DERNIERS MOMENTS DES CRIMINELS
en revue) et en dernier lieu sur Pranzini, voici la vérité, au moins pour Paris, le rendez- vous de tant de criminels de profession. En réunissant les témoignages de M. Tabbé Crozes^ de M. Tabbé Moreau et de M. Tabbé ^ Faure, on a une série de plus de trente années pendant 1 lesquelles un seul condamné (il s'appelait Frey *) a refusé \ / ]&i secours de sa religion. Tous les autres sont morts U \^^\ /vec des sentiments apparents de repentir ; ils sont morts ' * s^ A*eligieusement, et, s'ils appartenaient par leur naissance >\, / à la religion chrétienne, chrétiennement, selon les
exigences ou les invitations de leur église *.
Est-ce donc que la mort leur était devenue indifférente ? Et avaient-ils en face de Téchafaud l'insouciance de l'aliéné ? On l'a dit souvent. Mais Maxime Da Camp répond avec bon sens et autorité ^ : « Ceux qui affectent le cynisme et qui disent : Après tout, ça m'est bien égal, mentent aux autres pour essayer de se mentir à eux-mêmes, et n'en sont pas moins troublés. Il n'y a qu'à les voir ; tous sans exception, ils ont un geste qui les trahit, » Une preuve d'ailleurs de ce peu d'indifférence
France, n'avouez jamais, c'est ce qui m'a perdu I » Voici le récit de l'abbé Grozes : < Arrivé aux pieds de Téchafaud, j'embrassai de nouveau Âvinain. De lui-même il approcha ses lèvres du crucifix et parut se recueiUir de nouveau dans un sentiment de suprême *
repentir » Souvenirs de la Petite et de la Grande-Roquette^
1 Frey ne se laissa pas attendrir par le souvenir de sa mère. — Quand ce mot-là, me dit M. l'abbé Faure, n'a pas fait couler les larmes du condamné, il n'y a plus rien à espérer, tout est mort. Mais il est rare qu'il ne produise pas son effet.
* Je ne veux pas dire que la faiblesse du sujet et l'indulgence de < l'aumônier u'abrè{2;ent pas beaucoup les cérémonies. Mais je crois que plus de la moitié s'accomplissent dans des conditions de parfaite lucidité et de volonté bien arrêtée.
3 Maxime Du Camp, Paris, t. III, p. 344.
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est la joie indescriptible* que cause aux ccmdamnés graciés la nouvelle de leur commutation.
Mais nous touchons ici à une question bien intéi^s* gante, je veux parler des croyances ou des se&timents religieux de la dernière heure. C'est ^ur beaucoup d*écrivains une prefuve de plus de la faiblesse d'esprit de ces malandrins, t Quelle marque, disent-ils, de supersti- ' tion et quel trait de fétichisme et de lâcheté 1 Car nn changement si subit, un passage si brusque de la vie la plus abominable à des sentiments que Ton dit touchants et sublimes n'est pas admissible : il y a là comédie ou maladie! »
Il y aurait peut-être Tune ou Tautre si le chaagMaaent était aussi rapide qu'on veut bien le dire ou si la peur dictait seule la conduite du condamné. Mais la ^son voit, dès le premier jour, bon nombre de choses qui paraissent contradictoires. Réunis, les détenus sont ordinairement obscènes et raillent grossièrement les ministres du culte. Isolés, ils les accueillent avec une reconnaissance qui n'a rien de feint, a L'homme est plus près de Dieu dans le malheur que dans le bonheur » , me disait l'aumônier de la Santé *. A la Santé, il est vrai, on compte plus de huit cents individus en cellule. Il doit donc y avoir là plus de confidences, plus de ces entretiens familiers où le repentir éclate, où les larmes coulent et où les petits abus de confiance hypocrites, sans être bien rares, sont très loin cependant d'être aussi fréquents que le réel abandon. Mais qu'on aille à la
1 Expression de M. l'abbé Grozes.
* 11 m'avouait même naïvement (si je puis appliquer ce mot à un homme distingué et d'une intelligence très ouverte) (pi'il avait < plus de satisfaction * avec ses prisonniers qu'avec les gens du monde.