‹ Le crime: étude socialeChapitre 26 sur 49 · ORGANISATION PHYSIQUE ET PHYSIONOMIE DES CRIMINELS · texte numérisé non relu

ORGANISATION PHYSIQUE ET PHYSIONOMIE DES CRIMINELS

1. ImpûBÊibilitê d^établlr un type utiique d'organisntion physiqua de criminels, — Les cODtradietions de J'école italienoe. — Methodiî siD^ulière- — Mécomptes successifs. — Origines de ces coûfusiCQs et de ces mé comptes. — II, Indices de d enveloppements défectueux dans rorgâDisation physique des criminels. — — 11 est vraisemblable que les assassius ont plus de vigueur que d^inteUigence et que le contraire a lieu chez les escrocs. — Ce qui explique la direction particulière prise par le peuchant criminel u'eipiique pas la naissacLce et les premiers développements de ce penchant. — Marcha ndon, Pranzinî, Philippe* — Le développement défeclueuï peut être et est sou veut le résultat, non la cause des habitudes criminelles, — 111. La physiononîie des criminels, — Description de Maudsiey. ~ E numération incomplfete. -^ Des changements considérables que subit la physionomie des malfaiteurs» — Hors de la prison, — Dans la prison, — Après k condamnation. — Deuï portraits de Me ne selon, — Deui porEmils de Gampi, -^ Témoignages étrangers.— Influence de la libération progressivo sur la physionomie, — IV. Les traits ethniques et nationaux disparaissent-ils dans la physionomie des criminels?^ Cas dans lesquels cette théorie peut être vérifiée, — Cas nomlire ux où elle est fausse, — EipIicaiioUp

Les criminela, hommes ou femmes, ont- ils certains caractères physiques qui les distinguent ? Y a-t-il, au

physique, un type criminel? La question ainsi posée, n'est pas faite pour éclairer d'une lumière bien nette les recherches de la science. Supposons que ces caractères existent et admettons qu'on les ait déterminés. Reste à se demander s'ils sont innés ou acquis, et c'est là la partie du problème la plus importante. La physionomie, par exemple, traduit au dehors le mode habituel de notre activité psychique, nos réflexions, le genre de nos études, les impressions que nous recevons de notre entourage actuel, beaucoup plus que notre constitution native, laquelle d'ailleurs a pu changer plusieurs fois. Prétendre d'autre part que nos goûts et nos habitudes ne doivent rien à notre propre initiative, qu'ils sont absolument déterminés en nous dès notre naissance, c'est trancher ce qui est en question. Puis enfin, a le crime » c'est en définitive une abstraction. . On a bien le droit d'en user, puisque sans abstraction il n'y a plus de langage ni même d'idée. Mais si l'on veut vérifier cette abstraction en la comparant à la réalité vivante, il faut évoquer bien des espèces, bien des variétés de criminels. Pour qu'il y eût réellement un type criminel relevant de la physiologie, il faudrait qu'on en retrouvât les traits essentiels chez tous les malfaiteurs quels qu'ils fussent. Si on ne le peut pas, si on estime (comme il est difficile de le nier), que les assassins, les voleurs, les violateurs, les escrocs ont chacun le leur, on provoque alors la question suivante : A quel moment et dans quel sens les caractères constitutifs de l'organisation physique de ces hommes ont-ils agi sur leur conduite? Ont-ils agi pour pousser l'individu dès le principe à un emploi criminel de ses aptitudes? Ou bien quand cet individu, par suite d'une déviation toute morale, s'e^t décidé à ipal faire, a-t-il simplement accompli le geure.de mp-l <jiui réppn^t

à.ses talents, à ses forces, comme à la nature de ses conuaisaances? On voit que tout cela est très complexe. On a encore tout embrouillé davantage en s'appliquant à confondre, de parti pris, ce qu'il eût fallu distinguer, c'est-à-dire le véritable criminel et le malade, l'homme responsable de. ses habitudes et l'homme voué par sa naissance aux hasards d'une vie sans boussole et finalement à la folie.

Les résultats de ces confusions ont été mis en lumière par les physiologistes eux-mêmes et par des aliénistes distingués.

« S'il faut en croire certains auteurs, dit M. le D^ Dubuisson *, la capacité crânienne serait plus grande chez l'assassin que chez le voleur : l'assassin serait brachycéphale et le voleur dolichocéphale ; l'assassin aurait le nez crochu^ et le voleur l'aurait retroussé: l'assassin aurait le regard terne et froid, tandis que le voleur l'aurait oblique ou errant. Mais alors comment expliquer ce fait, qui semble bien établi, que la plupart des criminels commencent par le vol et finissent par l'assassinat ? Faut-il admettre que le voleur change de nez en se faisant assassin?

(c Encore si les faits d'après lesquels ce type a été constitué étaient acceptés généralement par les partis^.ns de l'école 1 Mais il n'en est rien. — Le criminel est grand et lourd, dit Lombroso. — Il n'est ni grand ni lourd, dirent Thompson en Angleterre et Virgilio en Italie. — La capacité crânienne est inférieure chez le crimipel, dit Lombroso. .-r- Elle est supérieure ou

* Archives d^ anthropologie criminelle, 15 janvier 1888, p. 38.

* Pour être juste, il faut dire que Lombroso hésite un peu ; il dit : « Le nez SQUMnt aquilin ou mieuco crochu > . {L'Homme criminel^ p. 225.)

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égak, disent Bordier, Heger, Wiesback, Ranke, etc.

ce Ces contradictions se rencontrent jusque chez le même auteur. L'homicide, dit Ferri, a le bras plus long en Piémont, en Vénétie, en Emilie, en Romagne, en Calabre ; il Ta plus court en Lombardie et en Sicile ; il l'a tantôt plus long tantôt plus court dans les Marches et la Napolitaine !

a Que dire des caractères tirés de la couleur des cheveux ? — Le criminel est brun plutôt que blond, disent les Italiens. — Il est blond plutôt que brun, disent évidemment les Allemands et les Suédois. Autre point : on sait rimportance attachée par Técole à cette fossette moyenne qui chez les criminels remplacerait deux fois plus souvent que chez les non-criminels la crête de l'os occipital. Mais comme le fait observer M. Tarde, dans sa Criminalité comparée, cette fossette moyenne se rencontre chez les Juifs et les Arabes, population de criminalité inférieure par rapport aux Européens, quatre fois plus souvent que chez les non-criminels*. Peut-on vraiment s'attacher à des faits aussi rares, aussi secondaires et auxquels il est si facile d'opposer des faits contradictoires ? »

On en a cherché d'autres. Mais on a commencé par employer une méthode vraiment trop facile. On a disséqué et mesuré des criminels sans prendre la peine de les comparer à d'honnêtes gens ; et tout ce qu'on trouvait dans leurs personnes, on le notait comme caractère essentiel du criminel-né. « Si Ton avait examiné d'une façon aussi minutieuse des séries de crânes recueillis au hasard dans un cimetière, on eût trouvé les mêmes particula-

1 Sur rinsigniûaDce de cette derDière idée, voyez encore les observations de M. Cb. Feré à la Salpôtrière {Dégénérescence et criminalité^ p. 73].

rites en grand nombre. Mais les crânes vulgaires n*ont pas le privilège d'attirer Tattention au môme degré que les crânes de criminels ; et nous pourrions citer un criminologiste par occasion qui a publié un mémoire sur une série de crânes d'assassins sans avoir pris au préalable la peine d'étudier la moindre série de crânes quelconques. Il n'est pas étonnant que, dans de pareilles conditions, on considère comme anormaux et comme propres aux crânes d'assassins, des caractères assez communs pour être considérés comme à peu près réguliers * . »

Il y a eu ainsi quelques mécomptes successifs qui ne manquent pas de gravité... ou de gaieté, selon la manière dont on les prend. Ce n'est pas d'hier qu'on a prétendu trouver dans les têtes des criminels des anomalies, des asymétries, des irrégularités de toute sorte. L'un de ces caractères soi-disant exceptionnels est-il signalé par l'autopsie d'un malfaiteur ; on y voit tout de suite un signe caractéristique. Mais il est rare que d'autres anatomistes, dont l'attention est attirée sur ce caractère, ne le retrouvent pas sur un grand nombre de sujets pris dans la vie normale.

Sans remonter trop haut, on sait que, selon Bichat, les deux hémisphères cérébraux devaient être égaux l'un à l'autre. Là plupart des savants de son temps partageaient son opinion ; ils estimaient comme lui qu'un défaut de symétrie dans les deux parties d'un tel organe devait être accompagné d'un défaut de rectitude dans le jugement. « L'autopsie de cet illustre anatomiste, dont le crâne était des plus asymétriques, montre combien cette opinion était peu fondée *.

^ Manouvrier (professeur à l'Ëcole d'Anthropologie] , article des Archives d^anthropologie criminelle, 15 mars 1886. * G. Le Bon, Bévue d'anthropologie, 1879.

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En réalité, plus on étudie le crâne humain^ ^lus on trouve que c'est, chez tout le inonde, un organe très s^métrique*. « Il y a une inégalité de développement cop5tante entre les deux moitiés du crâne. » M. Çrust. J^e Bon a fait par exemple à ce point de vue des études suivies sur les crânes possédés par la Société d'Antl^ropologie de Paris. Il a fait de plus des épreuves méthodiques sur douze cents sujets parisiens avec le conformateur des cha peliers. Il a reconnu * ^llè lëy WâUUîs (jjav conséquent le cerveau) est tantôt plus développé à droite, tantôt plus développé à gauche, mais sans que la race ou l'état de Tintelligence semblent avoir une influence sur le sens de cette inégalité de développement. On ne s'étonnera donc plus si, sur une série de deux cents crin^inels français de diverses provenances dont les crânes ont été examinés après leur mort au bagne de Brest,, on ait trouvé « une proportion d'asymétries énorme ï> ^. Il est vrai que sur les crânes de trente-six décapités étudiés à Caen par M. Bordier, les asymétries étaient au contraire fort peu nombreuses, à en étonner l'observateur*. — Il est permis de conclure que le crâne et le cerveau des criminels risquent d'être asymétriques, plus ou moins, parce que c'est là un risque commun à tous les crânes et à tous les cerveaux de l'humanité.

Mais n'y a-t-il pas d'autres caractères, tels que Ja structure intime, l'arrangement des circonvolutions, etc. ? Ici, le savant viennois Bénédikt a cru plus d'une foi s doter la science de découvertes mtéressantes. La suite

* Broca disait : « Aucun cerveau n'est absolument symétrique ni absolument typique dans toutes ses parties. »

» Jèid.

* Voyez la Bévue d'anthropologie, année 1883.

* Voyez même Revm^ année 1879.

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des coi)aj?arais9Ja3. faites. p.vec cjes .eiu?éphales ordinaires, ne lui a pas permis (de paaintemr des conclurions.

Il signala *, par e;?:ejnple, comme étant l'i^ndes caractères, (Jes têtes crin^inelles, un mode de communication aijiormalç ,pu, plus, pu moins insolite des circonvolutions cér^,l)rales. Il appela plus particulièremept l'attention sur une continuité, anor;nale, disait-il, entre la scissure occipitale interne et la scissure occipitale extprne, et sur une forme spéciale de détachement du lobe occipital d'avec le lobe pariétal. Il donnait déjà cette configuration comité un caractère simiesque, faisant voir chez les criminels les produits indéniables d'un atavisme préhumain. Par malheur, cette configuration fut retrouvée, peu de temps après, sur des cerveaux d'homnies de lettres très distingués et innocents de tout attent,at.

En juillet 1885, la Société médicorpsy^îhologique de Paris était saisie d'une autre découverte qui promettait de faire quelque bruit ^. Dans le lobe frontal de nombreux assassins qu'il avait disséqués, ^^^jjg^^jii^iroy ait avoir constaté la présence de quatre ^circou v olutions au lieu de trois. Or, cette division en quatre parties, disait-on, est la rèj^le chez les animaux carnassiers. Il n'y avait donc plus aucvm doute, l'assassin n'était que le descendant des bétes féroces, imparfaitement déguisé sous une forme humaine. On voulut vérifier la découverte ; et, en efiet, un professeur d'anatomie de la Faculté de mé-* decine de Bordeaux trouva la quatrième circonvolution dans le lobe frontal d'un jeune Auvergnat exécuté à Riom. C'est alors que la question fut portée devant la Société médico-psychologique ; mais c'est alors aussi

1 Voye? les. Archives de neurologie, de 1880. ■ /

. * Voyez ies ^Annfiles médico-ps^hologiq^es^ .pjm^e )886, »*» 1, /

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que M. Ch. Feré fit la déclaration suivante : a Le dédoublement d'une des circonvolutions frontales ne constitue pas, à proprement parler, une anomalie, c'est une variété anatomique qu'on peut appeler banale ; on la rencontre sur un grand nombre de sujets qui n'ont point passé pour délinquants. Depuis que Bénédikt a appelé Tattention sur ce point, j'ai examiné des centaines de cerveaux, et j'ai acquis la conviction qu'il s'agit d'une disposition anatomique fort commune. Quant à l'existence de quatre circonvolutions distinctes dès leur origine et naissant de la frontale ascendante par un pédoncule séparé, elle est certainement plus rare ; mais on ne peut pas non plus considérer cette disposition comme une anomalie significative. » Dans un autre travail * (auquel on ne peut reprocher que d'effleurer un trop grand nombre de questions très diverses), ce savant pouvait dire avec autorité : « Il n'y a pas de cerveau humain qui soit exactement symétrique à quelque période de son développement. Si, d'ailleurs, on examine de près les anomalies signalées chez les criminels et les délinquants, on peut constater qu'il s'agit d'anomalies en général bien moins importantes, bien moins considérables que celles qu'on a cru rencontrer chez des individus supposés non criminels * . i>

* Gh. Feré, Dégénérescence et criminalité^ p. 74.

a Des observations analogues peuveat être faites à propos de vingt attestations de Técole italienne. Ainsi Lombroso signale, comme un des caractères des criminels la mesure plus grande de Tenvergure comparée à la taille. -^ M. A. Bertillon, cbef de service anthropométrique à la Préfecture de police, m'affirme que cette disproportion est la règle chez tout le monde.

Rappelons encore cette conclusion d'un travail (cité plus haut] de M. le professeur Manouvrier : < Pour nous, qui avons étudié environ quatre-vingts crânes de décapités, mais après avoir étudié des milliers de crânes quelconques, nous ne pouvons attribuer qu'à un

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D*où yîennent ces confusions étonnantes chez des hommes considérahles et très distingués ? Il faut le répéter ici encore : de ce que leur idée première a dévié, de ce qu'ils ont voulu faire rentrer tous.les criminels dans le même groupe que les fous moraux ou les épileptiques ou les malades qu'ils appellent des criminels- nés. Nous nuirons pas nier, quant à nous, que certains trouhles encéphaliques, certains vices très évidents dans la conformation du crâne ou dans les fonctions du cerveau ne puissent faire de quelques individus des êtres violents, dangereux et irresponsables. A Dieu ne plaise que, par un abus inverse de méthode, nous fassions rentrer les idiots, ou les maniaques, ou les épileptiques, dans les criminels. Nous tenons à constater nettement la séparation. Mais nous sommes prêts à aller plus loin. Nous entrevoyons très bien et sans la moindre inquiétude d'école, qu'on pourra réussir à trouver dans l'organisation des criminels certains troubles « liés » à leur état moral et à leur vie de désordre. Mais quelle peut être la nature de ce lien, il faut se le demander avec réflexion et sans parti pris.

Il faut bien admettre que si l'humanité cède à la tentation du crime, cette tentation est tout d'abord en-^ tretenuepar des faiblesses personnelles contre lesquelles' chacun de nous a la charge et l'obligation de réagir. Si'

défaut d*expérience, ropioion diaprés laquelle les caractères pa'tho-' | i logiques ou anormaux sont particulièrement nombreux dans les : ; séries de crftnes- d^assassins. > « - i . ' :

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ÛÔU3 lie luttons pas contre le^ mauvaises terndancéà que nous portons en nous; si nous ne devons pas" essayer de • réformel* notre caractère, si nous né devons pas nous appliquer touë à ne' pas tomber lourdement du côté où nous penchons, alors où est le devoir ?

Parmi ces dangers que nous trouvons infailïiblement en ' noufe-mémes, faUt-il placer certaines impérfefetîôhs organiques, créant chez les uns une tendance à Tâction, chez les autres, ude tendance à la parè'sse, faîâant céiix-cî presque insensibles et ceux-là trbp imprèssionnables ? Pôût^quoi non ? Trouvera-t-on un jour ou l'autre tiâns les formes, dans les proportions, dans le mode ' d'ïictivitô de' nos moindre^ organes, l'explication des tempéraments et des tendances ? Poui:'quoi non encore f Noti^diï*6ns donc très volontiers avec Ml ManbtivrieF^ « Il n*bst pas défendu de croire qu'une certaine infériorité moi'p'hologiqué du crânb et du cerveau (conlihùri^ d'^ailletlrs à certains assassins et à certaine individus tout à fait norma^ux), ôntpu enfe[*ei^ en ligh'é' décompte parmi leà nombreuses conditions de toute" Sdi^tê' 4^1 orlt^ fait de ces individus des criminels. »

C'est ce que» pensent en définitive parmi nous les anthropologistes les plus novateurs et les aliénistes les plus éminents. « Pour admettre dans le cerveau un centre unique d'impulsion homicide, dit le docteur Magnan, il faudrait éliminer tous les autres facteurs *. » Sans douté, parmi ces facteurs dé toute soHe, il peut î se trouver une inlper'feciîon cérébrale' qui pré'àômîne" ' au point d'annuler tous les autres caractères : il isst albi^s ' évident' qu'on a Séfànt' soi' iirl 'irresponsable. Mais on aura toi\jours à faire la distinction très judicieuse de

* V. AntuiUi m^icO'psychologiques, A« ï, ^'.^0.

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Brdcâ * « lin ou plusieurs caractères insolites n'empêchent pas un cefveau d'être à la fois très intelligent et très bien équilibré t> ; c'est lot*squ'elles Sont nombreuses, lorsqu'elles affectent des parties importantes, qu'ils sont « l'indice d'un dévdoppénlent défectueux d.

Cfes" dernières considérations méritent de nous retefnîr quelque tempe â deux points de vUe.

Parmi tant d'observations qu'on a faites ou cru faire' siit* l'orgânisatioh des criminels, une de celles qui parftiéfeeUt réûiiîr le pl\is de preures et le plus de Yraisemblkttée^ est la- suivante : les têtes des assassins ont un cUbe crâniisn pluë^ considérable.. . C'est là une des conclusion^ les mfeUi motivées du' m"émoii*e (justement célèbre pàMi les savants) du docteùi^Bordier *.

EUé'^e rapproche en partie (mais en' partie seUlemeht) d'une assertiôû à laquelle Broca tenait beaucoup. Broca avait fait Time lohgiië étude de ci*ânes extraits de l'ancien cimetfét*è' de l'Ouest' (17-90-1825) où l'on inhumait exclusitèinëtit leST' corps 'provenant de la morgue. Il les avait trouas d'une capacité moyenne supérieure non Seulement à Celle' de« crânes: de la fo^se commune; maiâ à celle' deé d'âne* de^ sépultures particulières. Il éii con-' clUÉtliJqUë eëfi éi'âfneS étaient ceilx d'individus victinies de leur <c exaltation », mais que cette exaltation même qui le* atfiiit tedfidUitii au suicidé n'avait pas été san^' un surcroît d'activité intellectuelle. Or, à ses yeux, les crimittels^,^* qui Ti veut mal, mai» qui, dirait-il, dépensent une ksisek ïùHb^ àô^é d'acti'iitéi doivbnt a^oir uUë fcapaciië cérébrale' supôrietire à la moyenne. C'est un cM^ac-^ tère'tïtti'*ôitii»^artj'<î(Mitiiaii ayecf lès suididés; ••

Léâf étU(l6é''extrëmbniënt* minutieuses dû dôctekr

« Mémdiréf'6l*,i?eVtti/^4wMj'ài?o%ïe, 18*70.

Bordier apportent à ces conclusions un amendement d*une grande importance. Oui, le cube crânien des assassins parait être considérable ; mais le développement des crânes s*est opéré chez eux dans un sens particulier. La courbe frontale est réduite, la courbe pariétale antéropostérieure est augmentée. C'est en hauteur et en longueur, mais non en largeur que se fait le développement considérable du crâne chez ceux qui tueïit... Si ce mode de conformation est loin d'être observable chez tous les voleurs-assassins S du moins s'est-il présenté fréquemment dans la série des trente-six crânes d'assassins conservés au musée de Caen. M. Bordier dit en conséquence : «c De ces mesures, il est permis de conclure que la moyenne des assassins présente une infériorité intellectuelle notable. Ce défaut d'intelligence doit être d'autant plus sensible que la tendance à l'action motrice, à l'activité, à l'excitation semble plus considérable. »

Eh bien, soit! Cela est fréquent. Il faut s'attendre à ce que les assassins aient été plus prédisposés par leur structure organique à donner des coups violents qu'à organiser des combinaisons intellectuelles. Les escrocs ne sont point dans ce cas : ils aiment mieux vous attraper que de vous frapper. Je me demande quel est le crimi-

^,.11 faut noter, en effet, qu'en 1831, M. Lélut avait étudié à ce poiât de vile spécial les têtes de dix assassins. Son travail est intitulé : Examen comparatif de la longueur et de la largeur du ' crâne chez les voleurs- homicides: il figure dans le 2* volume de son ouvrage : la Physiologie de la pensée. Il conclut aussi : t II n*y a donc dans Ic^ dix assassins rien d'exceptionnel, rien de spécial cl9B8 le développement relatif des- d«^ux parties antérieure et posté''-. ' ri^uTe du cerveau, dans rélévstyoa de ces organes et surtout dans \% supériorité proportionnelle 4e 9« largeur sur sa loiyiçueur, dans la différence d^étendue des deux diamètres^transversaux ou postérieurs du crftn«, l« temporal et rinter^-Aurioulnire, c'est-à-dire de la fiaillie de la teinp« «u-ao^Uf et en ayant du pavillon de Toreille; *

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naliste ou le moraliste sensé qui puisse s'étonner d'une telle conclusion et surtout qui puisse en être troublé.

Il y a chez tous les délinquants un caractère commun : vouloir jouir le plus possible sans se donner de peine, donc aux frais et au détriment des autres. Je ne dis pas qu'à un moment donné ils raisonneront leur vocation, puis s'établiront voleurs ou escrocs comme ils s'établiraient domestiques ou menuisiers, après une délibération de famille. Non, cela est rare. Mais ils se disent tous les jours qu'ils veulent s'amuser, qu'ils ne veulent pas se laisser commander, qu'ils entendent bien user de leurs avantages, que ce n'est pas à eux qu'on en fait accroire, etc., etc. Alors ils prennent un de ces mille sentiers détournés où les « accidents » sont inévitables. Suivons maintenant cette tendance, une fois bien accusée et entretenue par l'habitude.

Il y a beaucoup de manières différentes d'y donner satisfaction. Les groupes de malfaiteurs se subdiviseront donc suivant les goûts et suivant les ressources. Les uns et les autres ne rechercheront pas toujours les mêmes jouissances, et surtout ne les recherchent pas par les mêmes moyens. Un individu né frêle et encore affaibli par le vice ou par un luxe d'occasion ne sera pas tenté d'escalader les murs ni de forcer des portes ; mais s'il se sent intelligent et apte aux combinaisons cérébrales, il inventera un genre particulier de filouterie : il ouvrira une banque sans capitaux, il fabriquera de la fausse monnaie et trouvera des émetteurs : il se fera annoncer dans les journaux' comme courtier, comme ' entrepositaire, comme hotnme de confiance, etc. Mais encore est-il bien entendu qu'il no fera tout cela que s'il prétend vivre aux dépenâ d'autrui ; car s'il désire vivre honnêtement, il emploiera les dons qu'il a reçus à quelque

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honnête métier, il sera un vrai courtier, un véritable homme de confiance, et ainsi de suite.

Supposons au contraire un gaillard solidement bâti^ à la tête plus dure que fine , aux bras vigoureux , aux mains larges et épaisses. Il ne sera évidemment pas si subtil et il comptera peu sur sa cervelle. S'il veut vivre honnête, il le peut : son organisation ne lui permet pas de s'établir fabricant d'articles de Paris, il se fera tailleur de pierre et charpentier. S'il s'engage librement dans l'armée, on peut conjecturer sans risque de se tromper qu'il n'entrera pas dans la cavalerie légère, mais on pensera qu'il a ce qu'il faut pour devenir tambour-major ou cuirassier. On ne dira pas pour cela, autrement qu'en manière de plaisanterie, qu il est né cuirassier ou né forgeron. Il en est de même chez les crinoinels. Marchandon n'avait que le genre de talent et la mine d'un domestique de bonne maison : Pranzini était assez bel homme pour être accueilli au moins dans le demi-monde. Philippe était une espèce d'Hercule de foire qui en imposait aux prostituées. Du jour donc où ils furent décidés, chacun de leur côté, à prendre la vie d'une femme quelconque afin de prendre son argent, la destinée de chacun deux était en effet tracée : le premier devait tuer une vieille dame bourgeoise, le second assassiner une de ses maîtresses les plus élégantes, et le troisième devait se contenter d'étrangler des filles publiques. Je me refuse à croire que le physique de l'un ou celui de l'autre le prédestinait à être un assassin ou même un simple malfaiteur.

Bref, la nature du crâne et celle des muscles fera biea qu'un malhonnête homme pratiq^uera l'assassinat ou l'escroquerie, qu'assassin, il jouera du revolver ou étranglera de ses propres mains. Il est plus malais iB nous

faire croire que -ce soient les dimensions de ses os ou retendue de son biceps qui l'aient fait malhonnête homme.

Une seconde observation non moins intéressante reste à faire. Chez beaucoup de prisonniers et d'individus décapités on rencontre des indices graves d'un « développement défectueux » des organes de la pensée. Mais un grand nombre de ces lésions, asymétries, saillies d'un os ou d'un autre, ossification prématurée, lésions des os, ulcérations, pertes de substances peuvent être pris pour les causes du genre de vie adopté ; ils peuvent aussi en être les effets. Ce sont là autant d'accidents dans l'évolution de l'encéphale et par suite dans l'évolution du crâne lui-nxême et de ses diverses parties. Or, les physiologistes paraissent aujourd'hui d'accord pour affirmer que la tête est l'un des organes les plus « malléables » et l'un de ceux qui peuvent mettre le plus de temps pour acquérir leurs dimensions ainsi que leurs formes défini- j tiviss*. « L'exercice, intellectuel développe la capacité' en même temps qu'il ennoblit la forme de la tête. » Le vice, la paresse, la misère, l'exercice de certaines professions qui exigent des attitudes anormales ne peuvent d'autre part que troubler cette évolution ; ainsi est compromis un équilibre 'qui, sans doute, chez les gens normaux, a oscillé à certaines périodes et s'est rétabli peu à peu, sous l'influence d'une activité réglée.

Le personnel du service anthropométrique parisien ne croit pas que l'organisme ait acquis son individualité complète et son « identité » avant vingt-deux ans. Mais

* Voyez Gbatiolet, Andtomie comparée du système nerveuœ, p. 309. — Cf. Dictionnaire Deghxmbre, article Phrénologie et dans la Ra^ue <V anthropologie^ de juillet 1888, un article de To-

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