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plus rien à répondre ; il se tut, ne voulant pas avouer la vraie raison qui avait été Tanjour des plaisirs et la lâcheté. Mais enfin, c'est bien ainsi qu*un certain nombre de nos criminels ont été un moment tentés de se suicider.
Le jeune Ducret, nous l'avons vu*, s'était souvent entretenu dans des idées de mort, mêlées à des plaintes amoureuses et à des déclamations mélancoliques. Il avait avalé volontairement du laudanum et de la teinture d'iode peu de temps avant d'absorber ce litre de rhum qui le conduisit à un meurtre en apparence inopiné. Albert, que la fille Lavoitte *. entraîna plus tard à l'assassinat, raconte comment son premier vol fut le vol d'un revolver avec lequel il était résolu, dit-il, à se brûler la cervelle. Sa maîtresse venait de l'abandonner en lui emportant le fruit de ses économies. Il s'était enivré et voulait mourir, a Mauvaise idée ! dit-il dans son récit ^ (et avec plus de vérité encore qu'il ne le croit) ; je vendis ce revolver, ayant repoussé l'idée de me faire sauter la cervelle et n'osant pas reporter le revolver que j'avais pris. Cette entrevue ne fut que plus funeste à mon état moral. »
On peut également citer le curé DelacoUonge * qui, av^nt d'étrangler &a maîtresse, lui avait proposé de mourir ensemble . En cherchant dans Brière de Boismont ', l'on trouve encore l'histoire d'un individu sujet à de violentes colères, et qui, après avoir eu avec sa femme une scène comme il en avait souvent, renversant et brisant tout autour de lui, se porta subite-
* Voyez plus haut, p. 94.
> Voyez plus haut, p. 267.
3 Voyez Souvenirs de la Petite et de la Grande Moquette, t. II, p. 302.
♦ Voyez plus haut, p, 104.
' Brièrb db BoisicoMT, Du Suicide et de la folie suicide, p. 310.
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ment un coup de couteau. Il aurait pu tout aussi bien frapper sa propre femme et non pas lui. 11 se rendit d'ailleurs justice , puisqu'après avoir manifesté une certaine énergie morale ennoblie par le repentir, il dit au moment d'expirer : « Je paye le fruit de mes débauches ! »
Que faut-il ajouter à ces exemples ? Ceux des alcooliques qui, pris tout à coup d'idées sanglantes, frappent n'importe où sur eux ou sur les autres ? Ceux des individus bizarres ou malades qui, las de la vie et répugnant à se porter à eux-mêmes le coup mortel, tuent pour se faire exécuter ? On a vu en effet de ces gens-là : Lemaire était du nombre et, lui, semble avoir été sincère. Mais nous touchons ici à l'aliéné : or, nous tenons à séparer nettement les deux types, avant de parler des intermédiaires.
En définitive, il existe certainement des cas dans lesquels les projets ou les tentatives de suicide servent surtout à familiariser l'individu avec les idées de sang et de violence, c'est le hasard ensuite qui décidera. .. ; et il y a des cas où l'homme, acculé à une situation fausse, se trouve presque également sollicité à en sortir par le crime et par le suicide.
Mais à côté de ceux-là, combien d'autres qui n'y ressemblent guère I Quel soulagement le crime pourrait-il apporter aux malheureux ennuyés, dégoûtés de tout, malades, perclus de douleurs, ou incapables de supporter la mort d'une femme ou d'un enfant, ou irrémédiablement déshonorés, ou encore à ceux qui se tuent précisément par honte ou par remords d'un crime déjà commis? Ces derniers, il est vrai, nous le verrons tout à l'heure, sont peu nombreux ; mais ils ne sont qu'une variété particulière de la grande famille des souffrants
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qui n*oiit pas le courage de supporter leur mal ou d'es* sayer de le réparer, et qui, de désespoir, veulent supprimer en mflême temps le mal et la vie.
D'autre part, comment le suicide pourrait-il tenter les gens qui ne commettent le crime que par suite d'un amour effréné des jouissances? Rappelons-nous qu'en général le criminel est un être avide de plaisir, mais en même temps paresseux et lâche : deux raisons au lieu d'une pour reculer devant la mort et surtout devant la mort volontaire.
Mais dans les circonstances même où il semble qu'on puisse être indifféremment tenté par la mort d'autrui ou par la sienne propre, il y a des raisons morales qui inclinent avec plus de force à l'une ou à l'autre.
Supposons un homme jeté dans une situation critique, exposé à des difficultés cruelles, à là misère, à un certain déshonneur, réel ou conventionnel. On est tenté de croire au premier abord que si la faute en est à d'autres il sera porté à se venger sur eux violemment, et que, si la faute n'en est qu'à lui, un désespoir facile à comprendre devra le conduire au suicide. Eh bien ! il n'en est rien, et c'est même le contraire qui est la vérité. Quels sont ceux dont les torts sont les plus faits pour apporter dans votre âme une sorte de révolution? Ceux des personnes que vous avez aimées et à qui vous l'avez prouvé. Or, en général, ces déceptions cruelles causent plus de chagrin que de colère, et elles brisent plutôt qu'elles n'irritent. Le sentiment que nous avons des torts des autres nous rend moins mauvais que le sentiment des nôtres propres. On pardonne quelquefois le mal qu'on a reçu, on pardonne rarement celui qu'on a fait.
Un curieux relevé des statistiques vient à l'appui de
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cette opinion — qui me semble bien être l'opinion courante parmi les gens qui observent. Lorsque, par suite d*adultère, il j a attentat contre la vie d'un des deux époux, est-ce le trompeur qui tue Tautre? Est-ce le trompé ? Il semblerait naturel que ce fût le trompé. Ce n'est cependant pas ce qui arrive, si on en croit Guerry, dont les statistiques sont données comme des modèles d'exactitude par les hommes les plus compétents ' d'aujourd'hui. Quatre-vingt-seize fais sur cent, nous apprendil, c'est l'époux coupable qui attente à la vie de l'époux outragé ; jamais le mari adultère ne paye sa faute de sa vie. Les 4 0/0 représentant des époux infidèles sont des femmes ; et encore sont-elles moitié aussi souvent frappées par leurs complices que par leurs maris. Quant aux complices, ils sont exposés, à coup sûr, mais trois fois moins, af&rme Guerry, que l'époux trompé *.
Dans la débauche, dans la séduction, dans le concubinage, là où en définitive la femme est libre et où Fhomme est le plus souvent responsable de l'inconduite où elle tombe, c< plus des trois quarts des attentats sont dirigés contre la femme ^ ». Ainsi le veut la logique de la passion et celle du vice !
Mais qu'on se reporte aux comptes-rendus officiels *. Sur 8,187 morts volontaires, constatées en 1886 (c'est le
* J'ai nommé M. Yvernès.
* Adultéra^ er^o fenefica^ disaient les vieux jurisconsultes.
3 La proportion est peut-être un peu changée depuis que des acquittements très commentés ont encouragé l'épidémie de la vengeance au vitriol. Encore faut-il remarquer que la femme, à ,1aquelle on attribue la recrudescence de ce genre d'attentat, depuis plusieurs années, la veuve Gras, avait ainsi fait défigurer un jeune homme dont on peut dire hardiment qu'elle était la séductrice et dont elle voulait faire sa dupe et sa victime, sous tous les rapports.
* Voyez le dernier Compte-rendu, Paris, 1888, XXXIII et p. 131.