CRIMINELS ET DÉGÉNÉRÉS
I. Définitions de la dégénérescence. — Dégénérescence simple ei folie des dégénérés. —^ Caractères de la folie des dégénérés. — II. Divers degrés de la dégénérescence. Idiotie, imbécillité. — > Débilité mentale et dégénérescence supérieure. — Examen de ces deux derniers modes. — Augmentent-ils le penchant au crime ? — La dégénérescence physique et la corruption morale ne sont point liées nécessairement Tune à l'autre. ~ III. La dégénérescence alcoolique. — Effet plutôt que cause de la vie criminelle. — Causes morales de Talcoolisme. — Ce que deviennent les descendants des dégénérés criminels. — Quatre groupes à distinguer. — Sort de chacun d'eux.
Notre comparaison du crime et de la folie n'épuise pas encore toutes les questions litigieuses dont nous devons chercher la solution. Entre les fous et les criminels se presse une foule grandissante, que les aliénistes contemporains nomment les Dégénérés. Qu'est-ce exactement qu'un dégénéré ? En quoi diffère-t-il d'un fou et en quoi s'en rapproche- t-il ? Si ses caractères physiologiques ne le vouent pas fatalement à la folie, ne le portent-ils pas
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au crime avec une déplorable facilité ? Tout criminel ne sort-il pas d*un dégénéré ? Et le crime à son tour ne hâte-t-il pas la dégénérescence de la race? Peut-on débrouiller cette espèce de cercle vicieux qui fait que la dégénérescence et la criminalité sont incessamment cause et effet Tune de l'autre ?
Les aliénistes appellent aujourd'hui du nom de dégénérés, des individus chez qui le type normal de l'espèce est altéré par des difformités, infirmités, irrégularités, perversions innées ou chroniques. Il est sans doute bien des médecins et des savants qui regardent l'idée d'un type normal et surtout d'untype « éternel » de l'humanité comme une rêverie métaphysique. Mais enfin, même pour eux, les espèces actuelles tendent à se consolider. Or, la première condition d'une vigueur durable pour les représentants d'une espèce quelconque, c'est une certaine cohésion, c'est un équilibre aussi stable que possible de l'organisation tout entière. Aussi le mot qu'on donne le plus volontiers comme synonyme de dégénéré est- il depuis quelque temps le mot « déséquilibré ». — Nous parlons ici bien entendu de la langue technique et savante, non de l'argot des romanciers et des critiques <( décadents ».
Pour suivre les aliénistes sur leur terrain, il faut ici distinguer soigneusement deux choses : la dégénérescence simple et Isl folie des dégénérés.
Cette dégénérescence « simple » est encore extrêmement complexe*. Elle embrasse quatre formes principales : Vidiofie, Y imbécillité, la débilité mentale et la dégénérescence supérieure. Les deux premières demeurent en
* Voyez la thèse déjà citée du D' Legrain, Du Délire chez Us dégénérés^ Paris, 1886. Le D' Legrain est un élève du D' Magna n, dont il a mis à contribution les beaux travaux.