CANADIENS-FRANÇAIS
Mais un jour vint où les récoltes furent moins abondantes, où la population, qui se multipliait avec une fécondité étonnante, se trouva à l’étroit ; l’âge d’or était passé.
Les terres épuisées auraient eu besoin d’une culture plus intelligente ; mais, privés d’écoles et de tous moyens d’instruction par la mauvaise volonté du gouvernement anglais et par leur propre indifférence, les Canadiens-Français étaient impuissants en face de cette situation malheureuse. Il aurait fallu à nos compatriotes, pour éviter le morcellement de la propriété, s’enfoncer dans la forêt, mais il n’y avait pas de lois alors pour protéger le colon, pour lui ouvrir des chemins, lui fournir les premières semences. Il leur aurait fallu encore se livrer au commerce, à l’industrie, exploiter nos mines et nos richesses forestières, mais ils manquaient de capitaux. Découragés, dominés aussi par un goût inné pour les voyages et les aventures, ils commencèrent à s’expatrier.
Pendant ce temps-là les Anglais,
qui n’avaient laissé échapper aucune occasion de s’enrichir, mettaient la main sur toutes les ressources du pays, établissaient des manufactures et accaparaient les principales branches de commerce. Venus en Amérique avec des connaissances variées, une éducation pratique, soutenus, quelques-uns, par les capitalistes de Londres et de Liverpool, ils avaient un avantage immense sur nos compatriotes. Ils joignaient à l’expérience et à l’instruction qui découvrent les éléments de prospérité, le capital nécessaire à l’exploitation de ces éléments.
Ce sont là des faits incontestables.
Nous ne prétendons pas dire que nous n’avons eu aucun succès dans ces nobles luttes du commerce et de l’industrie ; non, malgré tant de désavantages, quelques-uns de nos compatriotes ont figuré au premier rang et acquis de magnifiques fortunes ; les noms des Masson, des Cuv lier et des Renaud suffisent à justifier cette assertion. Ces hommes remarquables ont étonné le pays de leur har-