NOBLE DAME SAVILIA
A Godefroy de Peretti
l> Tous mes souvenirs de Corse resteront embaumés d'une odeur de myrte, de menthe et d'herbes sauvages. Les légendes du sol exhalent le même arôme épicé et un peu âpre. Voici celle de la belle Savilia, qu'un aimable compagnon m'a contée en allant d'OlmetoàSollacaro, au pied de la montagne où s'effritent, en nid d'aigle, derrière des blocs de granit et une forêt de chênes verts, les ruines et le donjon du château de Franchi, devenu plus tard le bien de Vincentello d'Istria.
Le comte de Franchi était en inimitié avec son voisin Giudice, comte d'Istria. Depuis longtemps ils guerroyaient; il n'était mal qu'ils ne se fissent; et tous leurs parents s'étaient jetés
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dans leur ce vendetta ». Chaque jour se succédaient les défis et les embuscades, les chocs d'armes loyaux et les coups de stylet traîtres. La belle comtesse Savilia entretenait cette haine au cœur de son mari, car Giudice d'istria l'avait aimée de désir violent, jadis, au point de vouloir l'épouser, et peut-être l'aimait- il encore de rage, en la voyant au bras d'un autre. Si bien qu'phtre les deux hommes grondait cette fureur de rivalité et de jalousie qu'éprouvent ceux qui combattent sous les yeux d'une femme, et pour elle !
Un soir que Savilia attendait son mari, parti en expédition depuis trois jours, elle se sentit assaillir de pressentiments mauvais. Les yeux fixes, du haut du donjon, elle scrutait la nuit, avec l'air d'y lire un malheur. Son cœur restait inerte comme si elle avait bu de la jusquiame ou de l'opium et, tout à coup, se réveillant, il battait à grands coups dans sa poitrine- Peutêtre quelqu'un lui avait-il jeté ce sort : le mauvais œil? Et elle tenta avec ses femmes l'épreuve de la goutte d'huile dans l'eau ou du plomb fondu. Les présages s'annonçant contraires, elle fit monter son chapelain, afin qu'il récitât des: