NOBLE DAME SAV1L1A
trois jours sans manger ni boire. Elle fit jurer vengeance à ses proches; Elle maudit Giudice, l'assassin, jusqu'en sa parenté la plus éloignée. Et après les funérailles, elle resta prosternée cinq heures, le corps à plat sur la dalle mortuaire qui recouvrait la dépouille de son seigneur, dans la chapelle.
Pourtant, au milieu de son amour et de sa douleur, elle réfléchissait. Elle avait tout à craindre ! Le comte Giudice était puissant, vindicatif, cruel. Il portait son âme sur son visage, farouche et laid. Il venait d'appeler à lui de nouveaux partisans. Qu'il assiégeât le château, que deviendrait-elle ? La division entrait déjà parmi les siens ! Alors, privée du maître et de l'époux qui l'eût défendue, une terreur inconnue se glissa dans ses moelles.
Mais, étant avisée, et pleine de ruse pour son âge, elle se confia à son chapelain, moine souple et aux yeux fins, qui comprenait à demimot, d'un sourire.
— Allez ! lui dit-elle, devant le comte Giudice, et dites-lui que les hommes seuls font la guerre aux hommes, mais non de faibles femmes à des capitaines tels que lui. Qu'il épar-