NOBLE DAME SAV1LIA
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gne donc la veuve de son ennemi, s'il eut jamais quelque inclination pour elle, du temps qu'elle était vierge chez ses parents ! Et s'il se souvient encore du désir d'amour qu'il me porta, faiteslui entendre que mes sentiments ne lui furent jamais contraires, et que, dans le fond de mon cœur, s'il y pouvait lire, il ne trouverait rien que de bon pour lui.
. Le chapelain redit la commission au comte.
Comme il avait l'air sincère, Giudice, d'abord méfiant, le crut. Son intérêt lui soufflait de plaire : Savilia étant jeune, belle et riche. Il chargea le moine d'un message pour sa maîtresse. Elle le lut sans colère, renvoya le chapelain commeentremetteur, et accepta même des présents envoyés par le comte. Si bien qu'un jour, le cœur tout enfiévré, crédude, il s'en vint en habits de fête, et accompagné seulement de quelques pages, visiter Savilia et lui demander sa main.
Alors elle éclata de rire, d'un rire méprisant, et haineux. Ses proches, à ce signal, entrèrent, la dague au poing. Giudice, garrotté, fut jeté dans un cachot grillé de barres de fer.
Là, tous les jours, Savilia allait le voir. Elle repaissait sa haine en silence, avec des yeux de
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feu. Après l'avoir longuement contemplé, elle repartait de son rire d'insulte; et ce rire, où tintait une folie de vengeance, faisait mal à ceux qui l'entendaient.
Ensuite, elle parla. Menaçant Giudice, elle le traitait de lâche et d'assassin ; elle niait sa valeur, en exaltant celle du comte son mari. Elle luijetaitàla face cent invectives sanglantes, elle le faisait huer par les laquais. Il restait sourd, immobile, la regardant seulement en face, de ses yeux fixes de bête en cage.
Elle inventa des supplices plus raffinés. Quand il avait souffert la faim et la soif, elle faisait apporter devant elle des collations de viandes, de vins et de fruits. Et avec ses parents, elle buvait et mangeait, en lui jetant, parfois, par dérision, la grappe de raisin qu'elle avait mordue. Mais sombre, sans qu'un mot ni qu'une plainte sortissent de sa bouche, il la toisait toujours, sans baisser les yeux.
Ce silence outrageait la femme, ce regard la brûlait. Si Giudice l'avait implorée, peut-être eût-elle eu pitié de lui. Elle voulut qu'il souffrît davantage, et tous les soirs elle prit l'habitude de se faire déshabiller devant lui. Sa camériste