‹ Le culte catholiqueChapitre 13 sur 21 · CULTE DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

CULTE DE LA SAINTE VIERGE

dont Dieu s'est servi pour préparer à son divin Fils une mère toule sainte et toute pure. Je traiterai aussi brièvement que possible chacun de ces points de doctrine que l'hérésie a si souvent attaqués.

Avant d'étudier l'existence de cette prérogative dans la Sainte Vierge, il est important d'en comprendre bien la nature, et pour cela il faut reprendre les choses de plus haut.

Dieu, dans son incomparable munificence, avait donné au premier homme non seulement 1rs éléments essentiels constitutifs de notre humanité, niais encore il l'avait gratuitement enrichi des dons les plus précieux de la nature et de la grâce. Ainsi les afflictions, les maladies, la mort lut étaient inconnues ; son travail, exempt des ïatiuucs et rempli de douces jouissances, servait à développer l'œuvre de la sagesse divine, à lui donner une manifestation plus éclatante, et à rendre plus harmonieux l'hymne que toute créature chante à son auteur.

Son intelligence était illuminée des clartés d'une science infuse, vaste, solide, sans mélange d'erreur, parfaite pour son état actuel.

Sa volonté, libre et droite, -ornée des plus nobles inclinations, se portait naturellement vers le bien, et ses passions, fruit naturel de l'union intime entre l'esprit et la matière, entre rame et le corps, étaient

dominées par la raison, pendant que la raison ellemême se soumettait à Dieu.

Ajoutez à tout cela les dons précieux de la grâce divine qui le constituaient dans un ordre surnaturel, qui établissaient en lui une admirable barmonie, un ordre parlait, et qui faisaient de l'âme humaine un miroir sans tache sur lequel venaient se refléter les rayons de la bonté et de la beauté divines.

Tel était l'homme au sortir des mains de son Créateur, véritable chef-d'œuvre., s'il en fût jamais, sur lequel Dieu semblait avoir épuisé tous les trésors de sa munificence.

Ces prérogatives extraordinaires n'étaient pas une faveur particulière au seul chef du genre humain ; elles constituaient un brillant héritage qui, dans l'intention du Créateur, devait se transmettre à toute la postérité.

Mais, hélas ! celui qui portait ainsi dans ses mains la fortune du genre humain tout entier, ne résiste pas à l'épreuve ; la séduction du démon se glisse peu à peu dans son âme et il succombe.

Le châtiment ne se fait pas attendre. Il est tombé, cet ange de la terre, et sa chute a été mortelle à son corps et à son âme. Mortelle à son corps, car Dieu l'a condamné aux souffrances, aux tribulations, à la mort. Funeste à son âme, car depuis ce moment elle a été sujette à l'ignorance, aux ténèbres de l'erreur, à la corruption ; son libre arbitre est devenu faible et chancelant. Le désordre des mauvaises passions s'est

Introduit en lui ; les sens sont devenus rebelles à la raison, el la raison, rebelle à Dieu. Il est tombé, ce roi de la création, et sa chiite a été mortelle non seulement pour lui, mais encore pour toute sa race 5 elle a souillé non seulement sa personne, mais encore sa nature, et c'est de celte nature viciée, dépouillée de toutes les sublimes prérogatives que le Créateur lui avait conférées, qu'hériteront tous ses descendants.

Le plan divin se trouve changé. L'humanité est devenue semblable à ces couches du globe que des révolutions terrestres ont replacées en sensinve Au lieu de naître dans la justice surnaturelle, dans l'amitié de Dieu, l'homme naît et naîtra dans la privation de la grâce sanctifiante, enfant de colère, eii aversion à son Dieu. Il s'est formé dans son âme comme une nouvelle force d'attraction qui l'entraîne non plus vers Dieu, mais vers les choses créées. C'est celte privation de la grâce sanctifiante, — que nous devions posséder, — c'est cette mort de l'Ame qui constitue l'essence du péché originel ; péché inhérent à notre nature humaine viciée en Adam, péché particulier à chacun de nous et aussi universel que la mort qui en est une des suites, péché que tout homme peut étudier et constater dans les pensées, dans leS désirs, dans les tendances déréglées de son intelligence el de son cœur, péché qui peut faire conclure à chacun de nous que «l'homme est un dieu tombé qui se souvient des deux. »

J'ai dit, d'après l'apôtre saint Paul, que la souillure

4G IMMACULÉE CONCEPriON DE MAlUÉ.

originelle atteint tous les hommes, (*) que ce funeste héritage, que cette nature viciée se transmet inévitablement à toute créature raisonnable. Il en est pourtant une qui fait exception, et que Dieu a soustraite, par un privilège tout spécial, à la malédiction universelle: c'est Marie, l'auguste Mère de Dieu. Elle seule, comme le lys au milieu des épines, a toujours été revêtue d'une éclatante pureté; elle seule, comme une brillante aurore, a apparu sur le seuil de la vie pleine de grâce et de beauté surnaturelle ; elle seule, parmi toutes les filles d'Adam, n'a jamais porté sur son front la flétrissure originelle. Telle est la nature de cette prérogative extraordinaire de l'Immaculée Conception deMarie. Dieu voulait s'en faire un temple digne de son Yerbe ; pour cela que fallait-il? Etait-il nécessaire de la soustraire aux tribulations de la vie, aux angoisses de la pauvreté, aux horreurs de la persécution? Non, car ce ne sont là que des suites du péché, mais non pas le péché lui-même. Il lui suffisait de la prévenir de grâces abondantes, de la préserver de toute souillure, de la conserver toujours immaculée. C'est ce qu'il a réalisé dans l'humble et chaste vierge de Nazareth.

Certains orateurs de la Société Biblique et de l'Alliance Evangélique n'ont pas hésité à proclamer que Pie IX, et avec lui tout l'épiscopat catholique, a imposé, en 1834, à la croyance des fidèles un dogme nouveau, inconnu à l'antiquité chrétienne. Celle

(1) Rom.V. 12, etc.

iMMÀCULÉE CONCEPTION DE MARIE. 47

assertion est fausse ; l'Eglise n'a jamais créé de dogmes, et elle n'en créera jamais. Jésus-Christ l'a constituée gardienne et interprète infaillible des vérités révélées ; son rôle est de les conserver intactes. Elle ne peut ni les changer, ni les diminuer, ni y rien ajouter. Toutefois ces vérités divines, immuables dans leur essence, sont susceptibles de recevoir en temps opportun des développements ou des explications. Ainsi, s'élève-t-il en quelque endroit une controverse religieuse, l'Eglise, assistée de l'Esprit de vérité, examine soigneusement sur ce sujet l'Ecriture et la Tradition, et, si elle le juge utile, elle déclare, elle définit que telle vérité est révélée. Dès lors, le doute cesse, les discussions s'apaisent, dès lors aussi, la foi implicite ne suffit plus, il faut un acte de foi explicite de la part de tous les fidèles. Qu'a fait l'Eglise en tout cela ? Elle n'a rien changé au dogme ; elle a seulement constaté et déclaré que telle vérité est contenue «dans la révélation divine et que désormais il faudra la croire d'une foi inébranlable.

La science moderne, qui fait tous les jours des progrès si étonnants, découvre quelquefois dans le ciel des étoiles nouvelles, qui semblent naître dans les profondeurs les plus reculées de l'espace, qui scintillent ensuite plus vivement au regard attentif, et qui finissent par devenir des astres de plus en plus resplendissants. Ces astres ne sont pas de date récente ; ils ne sont pas nouveaux ; ils sont seulement

aperçus. Quelque chose d'analogue se passe dans le ciel de l'Eglise au sujet de- certaines vérités de notre foi ; elles resplendissent et se développent peu à peu. Quelquefois le choc de la controverse les illumine ; puis une définition vient les faire briller d'un nouvel éclat. Mais en recevant ce supplément de lumière, destiné à les faire mieux comprendre aux fidèles, elles ne perdent rien de leur nature propre ; leur essence n'est pas du tout modifiée ; seulement nos regards peuvent les saisir avec plus de facilité.

C'est aussi ce qui a eu lieu par rapport à l'immaculée Conception de Marie. Le Souverain Pontife, en définissant ce dogme qui a causé tant de joie à l'univers catholique, n'a pas eu la prétention de le créer. Interprète infaillible de la doctrine révélée, il n'a fait que constater une chose, c'est que la préservation de la souillure originelle, ou la Conception Immaculée de Marie est une vérité contenue dans la révélation divine, c'est-à-dire dans l'Ecriture et la Tradition.

C'est ce que je me propose de démontrer aussi brièvement que possible. Nous pourrons reconnaître encore une fois que l'Eglise traite avec respect l'intelligence de l'homme, et que ce n'est jamais qu'en montrant les mottfs de crédibilité les plus plausibles, qu'elle impose un acte de foi à ses enfants.

Remontons un instant jusqu'à la source même de la création et de la rédemption. Dieu, voyant la chute de l'homme et ses malheurs, se détermine à

créer, à côlé de ce monde de péché et de misère, le monde de la rédemption et de la grâce. C'est le Verbe incarné qui en sera l'Adam nouveau ; ce Verbe aura une mère et cette mère sera Marie, et c'est ainsi qu'avant tous les siècles Marie est choisie de Dieu pour être l'Eve véritable, l'Eve du monde racheté et renouvelé. Ecoutons en effet la grande voix de Dieu qui dit au démon dans le paradis terrestre : « Je mettrai des inimitiés entre loi et la femme, entre ta postérité et sa postérité, elle t'écrasera la tête et tu dirigeras ton dard contre son talon.» [{) Ces paroles prophétiques, prononcées par Dieu à l'origine du monde et aussitôt après la chute de nos premiers parents, concernent, de l'aveu de tous, le Messie et sa sainte Mère ; les mêmes inimitiés qui existent d'une manière absolue et perpétuelle entre le démon et le fils de la femme ou le Christ, doivent exister également entre le démon et la femme elle-même, c'est-àdire la Vierge Marie ; la prédiction est identique pour les deux cas et est exprimée de la même manière : elle nous révèle clairement que Dieu n'a pas voulu que Marie fût atteinte de la morsure du serpent, qu'elle fût un seul instant sous la domination du tentateur, ni même qu'elle contractât la moindre liaison avec le démon. Mais si le péché eut pénétré dans son âme, comment se vérifieraient cette perpétuelle inimitié entre elle et le serpent, et ce triomphe éclatant qu'elle devait remporter sur son ennemi en lui

(1) Gen. 111,15.

écrasant la tête ? C'est dans ce sens que la plupart des Pères de l'Eglise ont interprété ces paroles de la Genèse. (!)

D'ailleurs, comment concevoir que Dieu eut pu consentir à habiter dans un temple déjà souillé par le démon, à prendre son humanité sainte d'une chair flétrie par le péché ? Cela ne semble-t -il pas répugner essentiellement à l'infinie sainteté de Dieu? Quiconque voudra réfléchir un peu sérieusement sur le mystère de l'Incarnation du Verbe, comprendra facilement que la Mère d'un Dieu devait être exempte de toute souillure, même de la tache originelle.

Aux yeux des saints Pères et des écrivains des premiers siècles, l'Arche de Noé qui seule échappa à un cataclysme universel, l'arche d'alliance construite d'un bois tout à fait incorruptible, la verge d'Aaron, qui seule, parmi toutes les autres qui se desséchaient, devint verdoyante, sont autant de figures de Marie immaculée dans sa conception. S'appuyant toujours sur les paroles des écrivains inspirés, ils soutiennent que Marie est ce lys, éclatant de blancheur et de pureté, qui fleurit au milieu des épines ; ils nous apprennent que Marie est cette femme admirable qui s'avance brillante comme l'aurore, b< lie comme la lune, élincelante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille.

Puis contemplant toujours l'originelle intégrité de

(l) Cf. F. X. Patritii, De pronomine IPSA, hoe est, de immaculatâ. M»rite origine a Deo prœcdicta disquisitioy Bornai 18&3»

IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE. 5i

la Vierge et tous les dons célestes qui ornent son aine, ils la célèbrent comme la colombe pure, comme la sainte Jérusalem, comme le trône élevé de Dieu, comme la demeure que s'est bâtie l'éternelle Sagesse. Ces paroles si élogieuses sont une preuve frappante de la croyance des premiers siècles au dogme catholique de l'Immaculée Conception de Marie.

Mais la plénitude des temps arrive : le Messie prédit depuis quatre mille ans va enfin paraître. L'archange Gabriel est le messager céleste, choisi pour annoncer à l'humble vierge de Nazareth le mystère ineffable de l'Incarnation. Voici en quels ternies saint Luc nous fait le récit de cette ambassade que le ciel envoyait à la terre : « L'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans la ville de Galilée, appelée Nazareth, à une vierge qu'avait épousée un homme nommé Joseph, de la maison de David ; le nom de la vierge était Marie. Or l'ange étant venu vers elle, lui dit: — le vous sa'ue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes. Lorsque Marie l'eût entendu, elle fut troublée de ses paroles, et elle pensait quelle pouvait être celte salutation. Mais l'Ange lui dit : — Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu ; voilà que vous conceviez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très- Haut et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, sou père ; il régnera éternellement sur la

maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. Marie dit à l'Ange : — Comment cela se fera-t-il? Car je ne connais point d'homme. Et l'Ange répondant lui dit : — L'Esprit-Saint surviendra en vous, etla vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi la chose sainte qui naîtra de vous sera appelée le Fils de Dieu. Et voilà qu'Elizabelh> votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois est le sixième de celle qu'on appelle stérile, car rien n'est impossible à Dieu. Alors Marie reprit : — Yoici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole. Et l'ange s'éloigna d'elle.» (l) Cette salutation si sublime, si extraordinaire que fait l'archange à l'humble vierge, a des caractères tout particuliers. Elle n'est pas d'origine humaine ; elle vient du ciel ; elle est apportée par un messager céleste ; c'est sans aucun doute au nom de la Très- Sainte Trinité et par son ordre qu'elle est prononcée. Non seulement elle a Dieu pour auteur, mais elle est absolument unique dans la Sainte Ecriture, et elle n'en est que plus digne d'admiralion. Jusque-là aucune créature n'avait mérité un témoignage aussi éclatant de respect et de vénération de la part de la cour céleste ; aucune n'avait encore été appelée pleine de grâce, comme pour exprimer une qualité permanente et inhérente à la personne ; aucune n'avait encore reçu du Très-Haut un message aussi honorable, aussi officieux. Elle n'est pas appelée Marie, mais

(1) Luc. I, 26-38.

pleine de grâce, et par là se trouvait énoncé le privilège unique en vertu duquel elle avait été prévenue de. la grâce, comblée de la grâce, formée en grâce, à la différence des autres enfants d'Adam qui sont tous formés dans le péché : tel est le véritable sens de celte salutation et de celte bénédiction particulières qui distinguent Marie entre toutes les femmes.

Celte croyance, basée sur les Saintes Ecritures, a passé dans le domaine de la tradition. Les plus anciens Pères de l'Eglise, les plus grands Docteurs de tous les temps nous enseignent que Marie a toujours été pure comme un lys sans tache, plus pure même que les Séraphins, que les Chérubins et toutes les légions de la milice céleste, plus sainte que toute autre créature, toujours innocente, toujours immaculée, toujours exemple de tout péché, de toute tache même originelle. Ces expressions et autres semblables reviennent à chaque instant sous leur plume, soit qu'ils commentent l'oracle divin de la Genèse, soit qu'ils expliquent la salutation angélique, soit qu'ils parlent en général des gloires et de là sainteté de Marie. Quelquefois ils disent expressément que la Bienheureuse Vierge a été seule pure, seule sans tache, qu'elle seule na jamais été séparée de Dieu ; ils rappellent fille immaculée de Dieu, innocente colombe, ciel nouveau, source de toutes les grâces, vierge que la rouille du péché n'a jamais atteinte ; ils la comparent à la rose qui naît d'une tige épineuse mais qui est cependant sans épines,

etc., etc. (!) Cette glorieuse prérogative de Marie, déjà, reconnue à l'origine même du christianisme, revêt des formes moins indécise*, mieux déterminées à mesure qu'elle s'avance à travers les siècles ; la première aurore fait place à un jour radieux. — Origène écrivait, au troisième siècle, que Marie n'a point été infectée par le souffle du serpent venimeux et que la salutation de l'ange à la Yierge est unique dans la Sainte Ecriture. (2) — Saint Ambroise considère la bienheureuse Yierge comme ayant été, par l'effet de la grâce, pure de toute souillure du péché. (3) — Saint Amphiloque affirme qu'elle a été formée sans tache it sans péché. (4) — Saint Cyrille d'Alexandrie est encore plus explicite. « A l'exception, dit-il, de celui qui est né d'une Vierge, et de cette même Vierge très-sainte, qui a mis au monde l' Homme-Dieu, nous naissons tous avec le péché originel, et nous venons tous au monde affectés de cette grave cécité que nous avons contractée de notre premier père. » (5) — Déjà le grand évêque d'Hippone, saint Augustin, marchant sur les traces de son père spirituel, saint Ambroise, n'hésitait pas à dire : « J'excepte la Sainte Vierge, dont je ne veux pas, pourl'honneurdeson FilsetNotre-Seigneur, qu'il soit jamais question quand il s'agit de péché. »

(1) Cf. citationes PP. ap. Perrone* De immaculato B. V. Marite conceptu, Romae, 1847.

(2) Ilom. I et Vin Luc.

(.3) In Ps. CXVIIL

(4) Serm . IV in S. Virg. eto.

(5) In evang. Joan.

Ce ne sont pas là quelques voix isolées au milieu de l'univers chrétien, mais c'est le concert le plus unanime d'éloges qu'il soit possible de rencontrer ; ce sont aussi les voix les mieux autorisées qui se font entendre.

C'est d'abord la voix de la prière publique, expression la plus lumineuse et la plus fidèle des croyances des peuples. Parcourez les plus anciennes liturgies connues dans l'Eglise, et qui remontent aux premiers siècles du christianisme, telles que celles qu'on attribue à saint Marc, à saint Jacques, à saint Ba>ile, à saint Jean Chrysostôme : toutes proclament que Marie a été conçue sans la tache originelle. Dès le quatrième ou le cinquième siècle l'Eglise d'Orient célébrait par une fête spéciale cette sublime prérogative de la Mère de Dieu, et cette fête s'est conservée jusqu'à nos jours, même chez lessehismatiques.

La voix des Ordres religieux n'a été ni la moins solennelle, ni la dernière à défendre la même doctrine et à en réclamer la définition. Les Bénédictins, les Chartreux, les Cisterciens et autres religieux d'une origine postérieure, tous désireux de répondre aux desseins de Dieu dans les diverses fonctions de leur Ordre, recouraient a la Vierge immaculée comme à la plus puissante avocate auprès de Dieu. Les quelques voix discordantes qui se sont faitentendre à certaines époques n'ont pu réussir à détruire l'unanimité à peu près complète qui a toujours existé sur ce sujet. C'est celle même doctrine que soutenaient, — dès le

moyen-âge et avant le commencement de la controverse relative à l'institution de la fête de l'Immaculée Conception en Occident, — les plus savantes Universités de l'Europe, telles que celles de Bologne, 'de Paris, de Cologne, d'Oxford, de Cambridge, de Salamanque, et, plus tard, celles de Louvain, d'Alcala, de Valence, etc.

Cet enseignement, consacré par la science, proclamé avec éclat dans la chaire chrétienne, identifié avec la liturgie de l'Eglise, popularisé au moyen de certains ordres militaires et de confréries placées sous le patronage de Marie immaculée, cet enseignement, dis-je, a toujours reçu l'approbation au moins indirecte des Souverains Pontifes et des conciles. Les Papes défendirent d'attaquer cette doctrine soit en public, soit dans les conversations particulières ; ils allèrent même jusqu'à fulminer les plus graves censures contre quiconque oserait violer cette défense. Cette manière de procéder nous fait bien voir la persuasion où ils étaient que cette doctrine est contenue dans le dépôt de la révélation confié à leur garde. Le concile de Bàle, considéré au moins comme une réunion de savants théologiens, a reconnu et proclamé la Conception immaculée de Marie. Et l'immortelle assemblée de Trente professe bien clairement la même doctrine, lorsque, dans son décret sur l'universalité du péché originel, elle fait une exception toute spéciale en faveur de la Mère de Dieu. (l)

(1) Cane. Trid. sess. XV.

IMMACULEE CONCEPTION DE MAiUE. 5?

Enfin la croyance de l'Eglise universelle s'est manifestée, de la manière la plus éclatante, dans les réponses des évèques catholiques au souverain Pontife actuel. ToUs affirment qu'eux et les peuples confiés à leurs soins croient en la Conception immaculée de Marie, et tous manifestent le désir de voir le successeur de Pierre ériger en dogme de foi celle vérilé révélée.

Aussi Pie IX, revenu de son exil de Gaéte où l'avait emporté la tempête révolutionnaire et entouré des évoques venus des quatre coins du globe, prononçait, en 1854, les paroles solennelles qui placent la Conception immaculée de la Sainte Vierge au nom* bre des articles de noire foi Par là l'immortel Pontife ajoutait un nouveau rayon de gloire à la couronne de Marie ; par là aussi il s'acquérait un droit tout spécial à la puissante protection de cette Vierge miséricordieuse au milieu des angoisses et des malheurs qui lui étaient encore réservés.

Ce n'est qu'après avoir interrogé les traditions des vieux âges, ce n'est qu'après leur avoir demandé, avoc une sollicitude toute filiale, si celle que l'Eglise nomme V Etoile du matin s'est levée avec une aurore sans tache, ce n'est qu'après avoir constaté, par la croyance du peuple chrétien, la parfaite intégrité de Marie, qu'il se prononce définitivement. Comme on le voit, le chef de l'Eglise n'a pas agi sans fondement ; il n'a pas inventé cette doctrine ; il l'a trouvée semblable à un grand arbre, ombrageant tout l'univers,

58 IMMACULEE CÔNCEÎflOH DE MAil'E.

développée avec les siècles et prolongeant ses racines jusqu'à l'âge apostolique.

L'objection qu'on tire de l'universalité du péché originel se résout facilement, si l'on considère que Marie a été immaculée dans sa Conception non pas par nature, mais uniquement par un privilège tout spécial de Dieu. Les anciens Pères de l'Eglise, les Docteurs, les théologiens catholiques, les Papes et les conciles avaient bien sous les yeux, tout comme nos adversaires, le texte de saint Paul où il est dit que tous ont péché en Adam; (') cependant cela ne les a pas empêchés d'admettre que Marie a été exempte de celte souillure originelle. Ils n'ignoraient pas non plus que Jésus-Christ a racheté tous les hommes, qu'il les a délivrés du péché, et qu'il est mort pour tous, mais ils savaient aussi que la rédemption et la mort du Sauveur ont été pour le genre humain un. remède contre le péché déjà commis, tandis que pour la Sainte Yierge elles l'ont empêchée de recevoir l'empreinte de la faute originelle et l'ont soustraite à cette mort de l'âme. Si donc la Sainte Vierge a possédé la justice originelle, si elle a été pure et immaculée dans sa Conception, elle ne l'a pas été par nature, mais par privilège spécial, et ce privilège elle le doit aux mérites du Rédempteur, son divin Fils.

Les quelques objections que l'on tire de certains témoignages des saints Pères se résolvent absolument

(.1) Rom. v, 12.

Immaculée conception de marie. 59

d'après les mêmes principes. On ne peut guère supposer que ces hommes, si éminents par leur science et leur génie, soient tombés dans de flagrantes contradictions, et cela d'une page à l'autre. Il est bien difficile de croire qu'après avoir énoncé clairement l'origine immaculée de la Sainte Vierge, ils soutiennent de suite le contraire. Juger des opinions d'un écrivain par un bout de phrase ou par quelques mots détachés du contexte, c'est un système absurde et injuste, au moyen duquel on peut flétrir l'orthodoxie la plu? inattaquable.

Quant à saint Bernard et à saint Thomas, il a été démontré clairement que ces illustres Docteurs n'ont jamais nié la Conception Immaculée de Marie ; je ne veux pas aborder ici des questions de détails qui m'entraîneraient beaucoup trop loin. Qu'il me suflise de renvoyer à des écrivains qui ont traité ces sujets d'une manière plus spéciale* (l)

Les prodiges se sont multipliés en faveur de Marie. Ce n'était pas assez que, par une faveur toute particulière de Dieu, elle eût été exempte de la souillure originelle dès le premier instant de sa conception, elle devait encore conserver sans tache le lys précieux

(1) Cf. Perrone, Praehct. theol. t. II, p. 667, édit. Paris. 1863 ; Mnrian. Spada, Eiame critico sulla dottrina dell' Angelico dottore S. Tommaso di Aqvùto circa il peccuto originale rtU'tivamentc alla il. Vergime Maria,

60 VIRGINITÉ PERPÉTUELLE l)È MÀUÏE.

de la virginité, alors même qu'elle deviendrait la bienheureuse Mère du Sauveur. La Sainte Ecriture, les vénérables représentants de l'antiquité chrétienne, les plus savants Docteurs, comme les écrivains d'un Age plus moderne, tous s'accordent à placer au nombre des vérités de notre foi la croyance en la perpétuelle virginité de Marie, virginité du corps comme de l'âme, virginité qu'elle a conservée non seulement alors qu'elle concevait Jésus dans son chaste sein, mais encore pendant et après son enfantement miraculeux.

Qu'elle soit demeurée vierge lorsque Jésus a commencé à exister en elle, c'est une vérité si évidemment contenue dans la révélation qu'il n'y a guère que les Juifs, les sectes religieuses issues du judaïsme et les rationalistes modernes qui aient osé la nier ou la révoquer en doute.

En effet, les évangélistes nous enseignent clairement que Marie a engendré Jésus, non pas d'une manière naturelle et par une opération humaine, mais d'une manière surnaturelle et par l'opération du Saint- Esprit. L'ange, expliquant à Marie comment elle serait à la fois vierge et mère, lui avait dit : «Le Saint-Esprit surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, » (l) c'est-à-dire, le Saint- Esprit vous comblera de faveurs extraordinaires ; il descendra en vous par une effusion miraculeuse de

(1) Luc I, 35.

grâces ; il vous communiquera une fécondité toute divine pour être mère sans'cesser d'être vierge. — Saint Matthieu nous parle presque dans les mêmes termes de la naissance de Jésus : « Marie, sa mère, étant fiancée à Joseph, avant qu'ils vinssent ensemble, il se trouva qu'elle avait conçu de l'Esprit-Saint, » et lorsque saint Joseph songe à renvoyer secrètement cette vierge auguste, un ange vient aussitôt le rassurer : «Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie, ta femme ; car ce qui a été engendré en elle est du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus ; car c'est lui qui sauvera le peuple de tous ses péchés. {l) » Ces paroles renferment déjà la doctrine de la virginité de Marie. Comment croire en etfet que le Saint-Esprit, source de toute sainteté et la sainteté par essence, ait pu imprimer une souillure quelconque à un corps immaculé, qu'il ait pu, en opérant un mystère, permettre un amoindrissement même purement matériel de l'intégrité virginale ?

Loin de là, lesSaints Pères prétendent que la sainteté et en particulier la pureté et la virginité de Marie n'ont pu recevoir qu'un nouveau lustre, qu'une nouvelle consécration par suite de l'opération du Saint-Esprit et de l'habitation du Verbe de Dieu en elle. C'est ainsi qu'ils nous font voir la Mère du Sauveur vivifiée par la grâce de l'Esprit-Saint et

(1) Mt. I, 18-20.

semblable à l'eau baptismale qui reçoit de ce même Esprit la vertu de produire la régénération. (!) Ailleurs ils comparent la virginale fécondité de Marie, mère du Christ, à celle de l'Eglise qui est vierge et qui cependant engendre dans le baptême les fidèles, les membres mêmes de Jésus-Christ. (2)

D'ailleurs il suffit d'examiner un peu le colloque admirable qui s'établit entre l'ange et Marie à Nazareth pour se convaincre de la vérité catholique sur ce sujet. A peine entend-elle le messager céleste lui parler de maternité divine qu'elle demeure tout interdite ; elle n'a pas oublié la promesse solennelle, irrévocable, qu'elle a faite à Dieu de se consacrer à lui sans réserve et de ne contracter jamais d'engagement avec un homme mortel. Elle se trouble et fait humblement cette question admirable, qui révèle si bien ses préférences pour la virginité : « Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco?» Elle serait disposée à sacrifier la dignité de Mère de Dieu, si cette dignité était incompatible avec l'éclatante splendeur de son inviolable virginité. Mais l'ange s'empresse de la rassurer en lui disant qu'elle concevra d'une manière surnaturelle par l'opération de l'Esprit-Saint, c'est-à-dire, qu'elle deviendra mère de l'Homme-Dieu sans cesser d'être vierge; il confirme son assertion par l'exemple d'un miracle, sinon égal, du moins analogue, celui de sainte Elizabeth qui,

(1) S. Léo, De nativ. sorm. IV, c. 3 ; serai. V. c. 5.

(2) S. Aug. scrm. 213, c. 7.

jusque-là stérile, avait conçu dans son soin le précurseur du Christ, et enfin il en appelle à la toutepuissance de Dieu pour laquelle rien n'est impossible, (i) C'est cette même doctrine que nous enseigne saint Matthieu lorsqu'après avoir rapporté l'entretien de l'ange avec saint Joseph et avoir exposé le mystère adorable de la conception du Sauveur, il conclut en ces termes : « Or tout cela se fit pour que fut accomplie cette parole que le Seigneur a dite par le prophète: Voilà que la vierge concevra et enfantera un fils, et on le nommera Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. » (2)

Il est donc bien évident, d'après la Sainte-Ecriture, que Marie est demeurée vierge, tout en concevant Jésus dans son sein.

Mais ce n'est pas tout : elle a donné naissance au Sauveur sans être dépouillée de l'auréole de la virginité considérée mémo matériellement. C'est là un grand miracle, qui dépasse toutes les connaissances que nous avons des corps et des lois qui régissent le monde physique ; car, d'après toutes les règles de la nature, la virginité est incompatible simultanément avec la maternité. Il n'y a que la révélation divine, contenue dans les Saintes Ecritures et dans les enseignements de l'Eglise, qui puisse nous imposer la foi en ce miracle.

Bien longtemps avant la venue du Sauveur, le

(1) Luc. I, 34-37.

(2) Mt. I, 22-23.

propriété Isaïc, perçant les voiles de l'avenir, avait déjà rendu ce fameux oracle, par lequel il promettait au roi Achaz un miracle que celui-ci n'aurait pas osé demander : « C'est pourquoi le Seigneur vous donnera un prodige : voilà que la Vierge concevra et enfantera un fils dont le nom sera Emmanuel, etc.» (!) La traduction littérale du texte hébreu est encore plus explicite : « Yoilà la Yierge même concevant et enfantant un fils, et il sera appelé Dieu avec nous.» Comme il est facile de le voir, non-seulement elle est vierge alors qu'elle conçoit un fils dans son chaste sein, mais elle demeure vierge même dans son enfantement.

Qu'on ne vienne pas nous dire que cette prophétie d'Isaïe ne se rapporte pas à Jésus-Christ et à la bienheureuse Yierge Marie, car l'évangéliste saint Mathieu détruit cette assertion en affirmant que la naissance de Jésus d'une vierge a eu lieu afin que l'oracle du prophète obtint sa réalisation. (2) D'ailleurs le nom même d'Emmanuel, Dieu avec nous, que lui donne le Seigneur par la bouche d'Isaïe, désigne clairement l'existence des deux natures en Jésus- Christ, la nature divine qu'il possédait de toute éternité comme Yerbe de Dieu, et la nature humaine qu'il devait prendre dans le temps.

Enfin si Marie eût cessé d'être vierge en devenant Mère de Jésus, le prophète aurait promis au roi

(1) Is. VII, 14.

(2) Mt. I, 22, 23.

Achaz non pas un miracle, mais un événement tout-à-fait naturel et ordinaire. — Ce n'est pas non plus d'une vierge quelconque que parle Isaïe, mais de la Vierge par excellence, celle à laquelle ce nom convient d'une manière particulière et éminente. Donc, d'après saint Mathieu, la prophétie d'Isaïe se rapporte à Jésus et à Marie, et de même qu'elle a conçu son divin Fils d'une manière surnaturelle et par l'opération du Saint-Esprit, de même aussi elle a enfanlé Jésus, elle est devenue mère sans cesser un instant d'être vierge.

Cette vérité se déduit encore du texte de saint Luc où l'ange dit à Marie qu'elle concevra et enfantera un fils ; il calme les inquiétudes de la viçrge en lui assurant que le Saint-Esprit surviendra en elle et que la vertu du Très-Haut la couvrira de son ombre. Evidemment cette protection surnaturelle s'étendait à la conservation de la virginité de Marie même dans son enfantement. (l)

Marie est demeurée vierge non-seulement pendant plusieurs années, mais pendant toute sa vie. Il est vrai que la Sainte Ecriture garde le silence sur la dernière partie de sa sainte carrière ; cependant si l'on interroge la tradition des premiers siècles de l'Eglise, il est facile de se convaincre que les fidèles ont toujours cru à la virginité perpétuelle de Marie.

Parcourez, en effet, tous les symboles de foi, depuis celui des Apôtres jusqu'à ceux qui ont une origine

(1) Luc I, 26 sqq.

plus moderne, et vous y trouverez constamment que Jésus est né de la Vierge Marie, natus ex Maria Virgine. On aurait cru diminuer la gloire de la Mère de Dieu et porter atteinte à l'une de ses plus belles prérogatives, si l'on avait omis de lui donner son nom propre de Vierge, toujours Vierge, Vierge Mère (T). C'est ce que l'Eglise catholique enseigne encore dnns ce chant si souvent répété : Postpartum Virgo inviolata permansisti ; Dei genitrix, intercède pro nobis.

Lorsque l'hérétique Jovinien osa, au quatrième siècle, affirmer que Marie n'élait pas demeurée vierge dans son enfantement, mais seulement lorsqu'elle conçut le Sauveur, cette opinion fut déclarée contraire aux oracles de la Sainte Ecriture, à la profession de foi du symbole et à la doctrine ecclésiastique. C'est ainsi que s'exprima le concile de Milan dans sa réponse au Pape saint Sirice, qui lui avait appris la condamnation de Jovinien et de ses' sectateurs au concile de Rome.

Saint Augustin n'est pas moins explicite dans sa réfutation du manichéisme. Il affirme de la manière la plus expresse que Marie n'a jamais cessé d'être vierge ; que la naissance du Sauveur de la Vierge est un mystère digne d'un Dieu, un mystère ineffable que le langage humain est impuissante exprimer, que notre faible raison ne saurait comprendre, mais dont

(1) Ignat. adSmyrn. n. 1 ; ad Ephes. n. 19; Epiph. Haeres 78, n. 6j Miîthod. De Simon, et Anna, n. 9, etc.

il ne faut cependant pas douter, parce que la toutepuissance de Dieu ne connaît pas de limites. (l)

Les Saints Pères abondent en comparaisons qui établissent la possibilité du miracle de la virginité unie à la maternité.

Ainsi, ils nous disent que si Jésus-Christ a pu sortir vivant du tombeau sans remuer la pierre qui en fermait l'entrée, s'il a pu pénétrer dans les maisons sans en ouvrir les portes, s'il a pu faire marcher saint Pierre sur les flots, si, à la voix de Dieu, une eau limpide a jailli du rocher dans le désert, il est bien évident qu'il n'est pas moins dans la sphère de la puissance divine de rendre féconde la virginité de Marie. Ailleurs, ils comparent ce prodige au phénomène de l'œil qui reçoit, sans se briser, les rayons du soleil et qui donne naissance à une image ; ils le comparent encore à la manne qui, tout en demeurant très-pure, répand une odeur des plus suaves, ou enfin à l'intelligence qui, sans éprouver le moindre changement, produit la parole. (2)

Lorsque Bonose et Helvidius s'unirent à Jovinien pour nier la perpétuelle virginité de Marie, il y eut contre eux une réclamation des plus accentuées dans toute l'Eglise. On les accusa d'impiété, de sacrilège, de blasphème et d'hérésie ; on n'hésita pas à

(1) Aug. cont. Julian.]. 1, c. 2 ; ad Volun. ep. 137, n. 8.

(2) Aug. ad Volus. ep. 137, n. 8 ; Gaud. Brix. tract. 9 de E<<mg. lect. 2, p. 281 ; Conc. Mediolan. ep. Ambros. 42 ; S. Maxim, hom. \n ramoa palm. p. 38.

déclarer qu'ils renouvelaient la perfidie des Juifs et on leur imposa silence. (l) — Saint Ambroise avait tant d'horreur pour la doctrine de Bonose qu'il préfère envelopper dans le silence cet énorme sacrilège. (2) — Saint Jérbme emploie tout un livre à réfuter Helvidius; il qualifie l'enseignement du novateur de criminel et de blasphématoire ; il repousse avec dédain V aveugle fureur de cet hérétique, qu'il appelle le sanctuaire souillé du Saint-Esprit ; enfin il démontre la conformité de la doctrine catholique avec la tradition constante de l'Eglise. « Est-ce que je ne pourrais pas, lui dit-il, vous remettre sous les yeux toute la série des anciens écrivains, tels qu'Ignace, Polycarpe, Irénée, Justin le martyr etbeaucoup d'autres hommes apostoliques? » — Saint Epiphane, Origène et les autres Pères ne parlent pas avec moins d'énergie et de conviction de la virginité perpétuelle de Marie. Leurs arguments sont généralement tirés ou de sa dignité de Mère de Dieu, ou du nom de Vierge qu'on lui a toujours donné, ou de la déclaration qu'elle fit à l'ange de ne connaître aucun homme, ou des figures prophétiques qui nous la montrent par avance dans l'Ancienne Loi, ou de la recommandation qu'en fit le Sauveur à saint Jean sur la croix, ou enfin de la tradition Constante dans l'Eglise. Tous ces arguments réunis forment une preuve inattaquable en faveur de la virginité perpétuelle de Marie.

(1) Conc. coll. Mansi, t. III, p. 675.

(2) De instit. viry., o- 5-9.

VlïlGÎNITi PERPÉTUELLE 0E MARIE, 6$

Après avoir établi de la manière la plus succincte possible la doctrine catholique sur cet imponanl sujet, il ne sera pas inutile de résoudre les principales objeclions que nous proposent diverses sectes protestantes. Ces objeclions ne sont pas nouvelles ; elles étaient déjà sous la plume des hérétiques du quatrième siècle, et c'est là que nos modernes contempteurs de la Mère de Dieu les ont puisées.

Elles peuvent se réduire aux quelques points suivants : Jésus fut présenté au temple par sa mère qui se soumit à la loi de la Purification : (*) or cet acte, d'après la loi mosaïque, suppose que Marie n'était pas demeurée vierge. — -A cela il est facile de répondre que Jésus et Marie se sont constamment soumis aux prescriptions du rituel mosaïque, bien qu'ils n'y fussent nullement obligés ; ils voulaient nous donner par là un exemple de la vertu d'obéissance, si nécessaire au vrai chrétien ; mais il serait illogique d'en conclure que Marie avait réellement besoin, comme les autres femmes d'Israël, de se présenter au temple pour être puriliée. C'est ce que fait observer saint Thomas lorsqu'il dit : « Bien que la Sainte Vierge n'eût aucune souillure, elle a voulu cependant accomplir le précepte de la purification, non pas qu'elle en eût quelque besoin, mais à cause du commandement de la loi... En effet, dit-il, de même que la plénitude de la grâce découle de Jésus- Christ sur sa Mère, de même aussi il était convenable

(1) Luc. II, 22.

70 VIRGINITÉ TERrÉTUELLE DE MARIÉ.

que la Mère se conformât à l'humilité du Fils. Par conséquent, de même que le Christ, qui n'était pourtant pas sujet à la loi, a voulu cependant être circoncis et accepter les autres fardeaux de la loi, afin de nous donner l'exemple de l'humilité et del'obéissance, afin de donner son approbation à la loi et d'enlever aux Juifs l'occasion de le calomnier, de même il a voulu pour toutes ces raisons que sa Mère accomplît les prescriptions de la loi, auxquelles elle n'était pourtant pas sujette, » (l) Tous les Pères sont unanimes à affirmer que Marie n'était pas tenue de se présenter au temple pour êlre purifiée, parce qu'elle est demenrée vierge lorsqu'elle a conçu et enfanté le Sauveur.

L'Ange de l'Ecole, Saint Thomas, a résolu avec sa lucidité ordinaire les autres difficultés bibliques que soulevaient les adversaires du* dogme catholique.

« C'est une abominable erreur, dit-il, que celle d'Helvidius, qui, tout en confessant que le Christ a été conçu et est né d'une Vierge, a prétendu néanmoins qu'elle avait eu ensuite d'autres enfants de Joseph. On ne peut pas appuyer son erreur de ce qui est dit dans le premier chapitre de saint Mathieu (v. 25), que « Joseph n'eut point de rapports avec elle (Marie), jusqu'à ce qu'elle eût donné naissance à son Fils premier-né, » comme s'il en eût eu réellement après la naissance du Christ, parceque le mot jusqu'à ce que, dans cet endroit, ne signifie pas un temps limité,

(1) S. Th. 3, q. 37, a. 4. ad 1.

VlRGÏNiTÉ PERPÉTUELLE DE MARIE. 71

mais indéterminé. Il est, en effet, d'usage dans la Sainte Ecriture de dire qu'une chose a été faite ou n'a pas été faite jusqu'au point précis où le doute pouvait s'étendre. (x)

« De même il pouvait s'élever un doute si, avant la naissance du Fils de Dieu, Joseph avait eu des relations conjugales avec Marie. C'est pourquoi l'évangéliste a pris soin d'écarter ce doute en établissant comme indubitable qu'elle n'en avait point eu avant l'enfantement. »

« On ne peut pas non plus s'appuyer sur ce que, dans l'Evangile, quelques personnages sont appelés les frères du Chrisl, comme si la mère avait eu d'autres enfants. En effet, l'Ecriture a coutume d'appeler frères tous les parents, comme Abraham appela Lolh son frère, quoiqu'il ne fût que son neveu.

(1) Saint Jérôme, réfutant l'erreur d'Helvidius, apporte un grand nombre de textes des deux Testaments qui prouvent que les particules jusqu'à ce que, avant que, tout en niant une chose pour le passé, ne l'affirment nullement pour l'avenir. (Is. XLVI ; Ps. CXXII ; Mt. XXVIII, etc.). L'Evangéliste ne veut donc pas dire que Mario eut des rapports avec Joseph après qu'elle eut donné naissance à Jésus, mais il veut simplement nous apprendre que le Christ avait été conçu d'une manière surnaturelle et sans la participation de l'époux de Marie.

De même l'oxpression premier-né, appliquée à Jésus, ne signifie pas que d'autres enfants soient venus après lui, mais elle indique seulement que Marie n'en avait point eu auparavant. Le premier-né, c'est celui avant qui personne autre n'a pris naissance ; cette appellation ne nie pas, mais n'affirme pas non plus qu'un autre soit né après lui. Cela est évident par les premiers-nés qui, selon la loi de Muiso, étaient consacrés au Soigneur et offerts aux prêtres.

En vertu de cet usage, les neveux de Marie ef ses autres parents sont appelés frères du Christ, et même les parents de Joseph, qui passait pour le père du Christ. » (!) Il ne manque pas d'exemples analogues à celui que donne ici saint Thomas. Ainsi Laban est appelé frère d'Abraham, (2) bien qu'il n'en fût en réalité que le petit-neveu. — Raguel appelle Tobîe son frère, et il n'était cependant que son cousin; de même le jeune Tobie donne le nom de sœur à la tille de Raguel, qui était simplement sa cousine. (3)

De plus nous ajouterons avec Aberlé (4) et avec l'abbé J. B. Glaire, (6) « que si ces frères de Jésus- Christ, dont parle l'Evangile, avaient été ses véritables frères selon la chair, il serait très- singulier que jamais Marie n'eut été appelée leur mère ; il serait tout à fuit inconcevable que Jésus eût recommandé sa mère à saint Jean, (6) tandis qu'ayant d'autres fils, c'eût été le devoir naturel de ceux-ci de la recueillir, et ils n'y auraient certainement pas manqué. — On ne voit dans le Nouveau Testament, comme fils de Marie, que Jésus, et c'est précisément par opposition avec ceux qui sont appelés ses frères, qu'il est désigné comme le fils de Marie. (7) La manière dont Jésus,

(1) S. Th. in Op. Comp. Theolog. c. CCXXV.

(2) Gen. XXIX, 15.

(3) Tob. VII, 4 ; VIII, 9.

(4) Diction, de la théol. catholique.

(5) La Sainte Bible selon la Vulgate Nouveau Testament,

p. XXXIV.

(6) Joan. XIX, 26, 27.

(7) Mr. VI, 3.

du haut de la croix, recommande sa mère à saint Jean, prouve encore qu'il était le fils unique de Marie, car il dit littéralement : Voilà le fils de vous, avec l'article déterminât if qui aurait évidemment manqué, s'il y avait encore d'autres fils de Marie.— Un nouvel argument en faveur de notre thèse est la possibilité de démontrer quelle fut, en dehors de la très-sainte Vierge, la véritable mère de ceux qui sont appelés les frères du Sauveur. »

Après avoir prouvé que les quatre frères de Jésus étaient simplement ses cousins du côté de sa mère, l'abbé Glaire ajoute : « Nos adversaires, nous ne l'ignorons pas, ont opposé à nos arguments des difficultés plus ou moins spécieuses ; mais ils sont forcés de convenir que ces difficultés ne dépassent pas les limites de l'hypothèse, et que sous ce rapport même notre sentiment est le mieux fondé en raisons. Quoi qu'il en soit, nous avons pour nous toute l'antiquité chrétienne, qui a toujours cru que Marie avait conservé sa virginité après avoir enfanté Jésus-Christ. Or, un pareil témoignage, si on consulte la vraie critique, doit l'emporter sur toutes les hypothèses, même les plus séduisantes. » (*)

De même, bien que Joseph soit appelé dans les Ecritures V époux de Marie et que Marie reçoive le nom de femme ou d'épouse de Joseph, on n'en peut rien conclure contre sa virginité. L'Eglise catholique a toujours cru qu'il y avait eu un mariage véritable

(1) Glaiio, La Sainte Bible... p. XXXV-XXXVI.

entre la sainte "Vierge et saint Joseph ; en effet, le mariage peut exister et réunir toutes les conditions nécessaires à sa validité, sans cependant être consommé. C'est ce qu'exprimait saint Ambroise, lorsqu'il disait : « Non defloratio virginitatis facit conjugium, sed pactio conjugalis. » (i)

Je ne veux pas entreprendre de rapporter ici tous les témoignages des saints Pères en faveur de la virginité de Marie ; ils sont innombrables et attestent la parfaite unanimité de croyance qui a toujours existé dans l'Eglise à ce sujet. Ces illustres chrétiens des premiers âges connaissaient la Sainte Ecriture d'une manière au moins aussi parfaite que le protestantisme moderne ; cependant ils n'ont jamais songé àrejeterce dogme, sous le faux prétexte d'impossibilité ou d'opposition avec les Ecritures.

Marie a donc été une créature tout à fait privilégiée de Dieu ; contrairement à ce qui arrive pour tous les enfants d'Adam, elle a été conçue sans la tache originelle, et lorsque le Seigneur l'appelle à devenir la Mère du Sauveur, il opère un nouveau miracle en sa faveur, il lui conserve l'intégrité virginale. Tous ces prodiges, dont la vie de Marie est parsemée, s'expliquent facilement si l'on considère qu'elle devait,

(1) De inetit. virg., c. VI. Cf. Ilieron. ep. XXII ; Aug. De Nv.pt. et de concup. 1. 1, c. 11.

dans les desseins de la divine Providence, devenir la Mère de Dieu.

La maternité divine de Marie n'a guère été niée dans l'Eglise depuis Nestorius au cinquième siècle. On ne pouvait non plus la révoquer en doute sans rejeter les Saintes Ecritures qui l'énoncent formellement. En effet, du moment que le texte sacré nous dit que Marie a conçu et enfanté l'Emmanuel, le Fils de Dieu fait homme, le Verbe incarné, en un mot Jésus Christ qui est vrai Dieu, il en résulte nécessairement qu'elle est la Mère de Dieu. Sans doute, Marie n'a pas engendré la nature divine ; ce serait une erreur grossière que d'affirmer pareille doctrine ; mais elle a enfanté selon l'humanité, le Verbe fait chair, qui est Dieu et homme tout ensemble : c'est dans son sein et de sa propre substance que s'est formé, par l'opération du Saint-Esprit, le corps de Jésus-Christ auquel Dieu le Verbe s'est uni hypostatiquement au moment de la conception ; ella a réellement donné naissance au Sauveur, qui est une seule personne divine en deux natures, de telle sorte que Dieu le Fils, engendré par son Père de toute éternité selon la nature divine, a été, dans le temps, engendré de la Vierge Marie selon sa nature humaine.

D'ailleurs l'Ange du Seigneur ne dit-il pas expressément à Marie que le saint par excellence qui naîtra d'elle sera appelé le Fils de Dieu ? (ï) — Et sainte K lizabe t h ne salue-t-elle pas la Vierge de Nazareth du nom

(1) Luc. I, 35.

76 f MATERNITÉ DE MARIE.

auguste de Mère de Dieu : « El d'où me vient ce bonheur, s'écrie-t-elle en la voyant, que la Mère de mon Seigneur vienne vers moi ? (l) Marie a donc engendré le saint, le Fils du Très-Haut, et c'est pour cela qu'elle est véritablement la Mère du Seigneur ou la Mère de Dieu.

Les Ecritures nous rappellent bien souvent que le Christ, selon sa nature humaine, descend d'Abraham, qu'il a des Juifs pour ancêtres, qu'il est l'héritier de David, qu'il est de la postérité de la femme, qu'il a été fait et formé de la femme, faclum ex muliere, (2) tout en étant Fils de Dieu et Rédempteur du genre humain. Or tout ceci ne peut s'appliquer à Jésu^-Christ que par sa naissance de la bienheureuse "Vierge Marie. Il est donc évident que Marie est devenue, par l'opération du Saint-Esprit, la Mère du Fils unique de Dieu, bien qu'elle n'ait jamais cessé d'être Vierge.

Nous pouvons donc nous écrier avec l'illustre patriarche d'Alexandrie, saintCyrille, dansun discours qu'il prononça à l'église de Sainte-Marie pendant la tenue du Concile d'Ephèse : « Nous vous saluons, ô Marie, ô Mère de Dieu ! trésor auguste de l'univers, lampe qui ne saurait s'éteindre, couronne de la virginité, sceptre de l'orthodoxie, temple indestructible, mère et vierge, par qui est béni dans les saints Evangiles celui qui vient au nom du Seigneur. Nous

(1) Luc. 1,43.

(2) Cf. Gen. XXII, 18 ; Ps. LXXXVIII, 37 ; Rom. I, 3 ; IX, 5 ; Gai. III, 16 ; Hebr. II, 11, etc.

MATERNITE DE MARIE. 7 i

vous saluons, ô vous qui dans votro sein virginal avez renfermé celui qui est immense et incompréhensible ; vous par qui la sainte Trinité est glorifiée et adorée, la croix exaltée dans tout l'univers ; vous par qui le ciel triomphe, les anges et les archanges se réjouissent, les démons sont mis en fuite, le tentateur est tombé du ciel ; vous par qui la créature déchue est élevée au ciel ; vous par qui le monde, asservi aux idoles, parvient à la connaissance de la vérité,... en un mot, vous par qui s'est levé le Fils unique de Dieu, la lumière de ceux qui étaient assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort... Et quel homme pourrait louer dignement l'incomparable Marie ? » — Saint Ambroise se demandait au quatrième siècle : « Qu'y a-t-il de plus noble que la Mère de Dieu ? » (*) Et, en effet, si la mère d'un roi de la terre est, à raison de sa dignité, entourée de plus d'honneur et de vénération que la mère d'un enfant du peuple, quels témoignages d'amour et de respect ne devrons-nous pas rendre à la Mère d'un Dieu ! « Concevez, dit saint Grégoire-le-Grand, ce que c'est que le Fils de Dieu, et vous concevrez ce que c'est que sa Mère ! » (2) — « Seulement de dire, reprend saint Anselme, que la bienheureuse Vierge est Mère de Dieu, coi l'élever au-dessus de toutes les grandeurs imaginables au-dessous de Dieu. » (3)

(1) Lib. de virg.

(.2) Ore*. M. in Lib. Reg.

(3) S. Ans. Serin, dt exeeUentia Virg.

Quand donc le protestantisme veut nous faire considérer Marie comme une femme ordinaire, quand il ne veut à aucun prix qu'on lui décerne les honneurs proportionnés à sa dignité, quand il lui répugne de vénérer dans la Mère du Sauveur des hommes l'humilité profonde, la pureté virginale, l'obéissance et la charité parfaites, en un mot la réunion de toutes les vertus chrétiennes, nous ne pouvons que déplorer de le voir contredire les notions du bon sens le plus vulgaire. Quoi ! Jésus-Christ lui-même a honoré sa sainte Mère ; il lui a été soumis ; il a fait grandir dans son âme. les plus brillantes vertus; il a multiplié les prodiges en sa faveur ; il Ta soustraite à la tache originelle et lui a octroyé le privilège d'une virginité féconde ; il a accédé à toutes les prières qu'elle lui a faites, et nous ne pourrions pas, nous chrétiens, honorer, aimer et vénérer celle que Jésus lui-même, notre divin modèle, a honorée, aimée et vénérée ! Le protestantisme professe le plus grand respect pour la mémoire de Luther, de Calvin, de Fox, d'Elizabeth et autres ; cependant trouve-ton dans la vie de ces célèbres réformateurs une seule vertu à imiter ? Oserait-on sérieusement parler de leur humilité, de leur modestie chrétienne, de leur pureté, de leur esprit de renoncement, de leur charité envers le prochain, de leur mansuétude toute apostolique, de leur soumission à l'autorité ? Ce serait une amère dérision. L'histoire se chargerait de démontrer de la manière la plus authentique que leur vie est un tissu

de vices et d'aberrations étranges plutôt qu'un résumé de toutes les vertus chrétiennes. Si donc le protestantisme porte son culte sur des objets qui en sont si peu dignes, pourquoi nous blâmerait-il de vénérer celle que les Saintes Ecritures appellent pleine de grâce, bénie entre toutes les femmes, remplie des dons de V Esprit-Saint, à la fois vierge et mère du Seigneur, celle que toutes les générations proclameront bienheureuse, celle en qui le Tout Puissant a fait de grandes choses ? Si le respect du protestantisme pour la Bible n'était pas un vain mot, il devrait être pénétré de vénération pour celle que la Bible exalte au-dessus de toutes les créatures. Malheureusement il semble avoir pris le parti de fermer obstinément les yeux à la lumière, du moment qu'elle lui arrive de l'Eglise catholique.

La maternité divine, qui est le fondement de la grandeur, de la dignité et de la puissance de Marie, est aussi la base sur laquelle repose le culte que nous lui rendons. Elle est lanière du Fils unique de Dieu ; mais ce Fils unique est né du Père éternel avant tous les siècles et c'est à la fois de lui et du Père que procède le Saint-Esprit. Elle a donc des relations intimes non-seulement avec le Verbe incarné, son divin Fils, mais avec l'adorable Trinité, ce Ainsi, reprend le R. I*. Félix, et le Père, et le Fils et le Saint-Esprit font rejaillir sur elle les éternelles et invisibles clartés. Et celte femme, pour ainsi dire parée de cette triple gloire, vous diriez qu'elle s'enfonce

dans l'abîme infini et qu'elle disparaît dans les profondeurs de Dieu ; car tout apparaît divin en elle, si ce n'est le fond de son être. Oui ! Marie a reçu une sorte de dignité infinie. Ne vous étonnez pas de cette parole, elle est de l'Ange de l'Ecole, saint Thomas d'Aquin : « Sans doute, au point de vue de sa grandeur personnelle, je la conçois plus grande et plus grande encore ; mais au point de vue de sa grandeur publique, elle touche à la limite de l'infini. » Aussi, lorsque je vois cette dignité qui s'élève des sommets de la création pour aller se perdre dans les profondeurs de Dieu,* comme ces cèdres du Liban qui ont leurs racines au sommet des montagnes, et qui portent au-dessus des nuages leurs têtes illuminées par les feux du soleil, alors j'éprouve le besoin de m'écrier avec saint Pierre Damien : « Ah ! que toute créature fasse silence, que toute créature baisse les yeux et qu'elle ose à peine regarder l'immensité de celte incomparable dignité. » (l)

Le culte que nous rendons à Marie est supérieur à celui que nous rendons aux saints, et c'est pour cela que nous l'appelons hyperdulie. Cependant il y a encore une distance infinie entre ce culte et celui de latrie qui n'est dû qu'à Dieu seul, parce qu'entre la créature la plus parfaite et Dieu Créateur il y a une distance infinie. Nous demandons à Dieu, source inépuisable de grâces, de nous accorder à cause des mérites de Jésus-Christ les faveurs dont nous avons

(1) Sermon sur la Maternité divine.

besoin ; mais à Marie et aux Saints nous demandons uniquement de vouloir bien prier Dieu pour nous, parce qu'étant plus agréables à Dieu, ils peuvent plus facilement nous en obtenir les secours nécessaires. Dieu est l'auteur de tout don parfait ; il en est le souverain Maître ; aucune grâce n'est accordée aux hommes qu'en vue du sang de Jésus-Christ, l'unique Médiateur essentiel du genre humain ; à Dieu seul appartient la plénitude de l'autorité souveraine ; Marie ne fait que demander et intercéder pour nous ; mais aussi, comme Mère de Dieu et ornée des plus sublimes vertus, nous croyons qu'elle a toujours un accès facile auprès de son Fils, et que sa puissance est plus grande que celle des autres bienheureux du ciel.

«Chose admirable! s'écrie l'éloquent évoque d'Hébreu, Monseigneur Mermillod. un ambassadeur du Tout-Puissant vient traiter avec une pauvre fille du grand mystère de l'Incarnation. Pourquoi donc nous blâmer d'implorer son assistance ? Dieu nous en donne l'exemple. Quand il s'est agi du salut du monde, il sollicite le consentement de la Vierge de Nazareth. S'il lui a donné une si grande part dans cette œuvre, lorsqu'elle gémissait dans celte vallée de larmes, quelle part n'aurait-elle pas maintenant qu'elle règne sur un trône de grâces et de miséricordes ! Qui donc, le premier, a commencé à honorer cette Vierge sans tache ? Est-ce un moribond aux prises avec la mort, une faible femme entraînée par

la simplicité de son cœur ? Non, mille fois non ; ce n'est pas même un apôtre de Jésus-Christ, un prophète inspiré de l'Esprit-Saint ; c'est un habitant du ciel, une de ces pures intelligences qui contemplent Dieu face à face ; c'est un chef puissant de la milice céleste qui vient, au nom de la très sainte et trèsadorable Trinité, célébrer ses louanges et lui adresser une respectueuse salutation. Que sont tous nos éloges, sinon un pâle commentaire des paroles dej'archange Gabriel ? Le Seigneur qui nous commande d'honorer la mémoire des justes, qui glorifie ses saints en présence des peuples et des rois, serait-il offensé qu'on bénit les entrailles qui l'ont porté et le sein qui l'a nourri? Trente ans de sa vie sont tout entiers dans ces mots : « Il lui était soumis. » Permettezmoi une parole qui rendra ma pensée plus nette et plus claire.

« Supposez que dans cette ville existe un jeune homme pauvre, mais sage et laborieux ; il vit isolé, solitaire, seul avec sa mère. Un misérable atelier les abrite tous deux. Il gagne à la sueur de son front le pain de chaque jour ; son bonheur est d'aimer sa mère, de lui être soumis, de la voir sourire à ses travaux. Par un coup mystérieux de ce que le monde appelle le hasard, et que nous, chrétiens, nous nommons Providence, ce jeune artisan entend frapper à la porte de sa cabane. Les grands d'un peuple l'ont choisi pour roi ; ils lui apportent une splendide couronne, et de son échoppe il passe sur un trône.

Entouré de ce cortège et de tontes les magnificences de la terre, il relègue sa mère au fonds de son palais; il ne veut pas qu'on lui parle, et il punit des cachots les audacieux qui voudraient la saluer. Y a-t-il, M. F., une expression pour peindre la basse jalousie de ee parvenu? L'application de la parabole est facile à saisir. Jésus vivait sur la terre dans la boutique d'un charpentier ; il aimait sa mère, et trente ans de sa vie sont tout entiers en ces mots : « 77 lui était soumis. » Maintenant que du sépulcre il s'est élancé au plus haut des cieux, il dédaignerait sa mère ; il défendrait de lui adresser quelques paroles, et il punirait des éternels supplices le crime de lui redire la salutation angélique. Non, mon Seigneur et mon Dieu, vous qui avez dit : « Honore ton père et ta mère, afin de vivre longuement, » vous ne méprisez pas la vôtre. Vous qui avez dit : « Un verre d'eau ne. restera pas sans récompense, » vous glorifiez celle qui vous a donné non pas un verre d'eau, mais votre corps formé de son sang virginal ; vous êtes bien toujours le souverain Seigneur ; mais Marie n'a-t elle pas sur vous le pouvoir d'une mère ? Oui, c'est une créature, mais une créature qui vous a engendré, et qui est aujourd'hui la toute-puissance qui supplie, qui demande, la toute-puissance de l'intercession. »

Le protestantisme a fait grand bruit autour d'une parole du Sauveur à sa Mère ; Marie est appelée en

84 MATERNITÉ DE MAfctË.

deux circonstances du nom de femme f1) et de là on conclut que Jésus a voulu nous montrer le peu de cas que nous devons faire de sa mère selon la cliair. Mais nous ferons remarquer 1° que le nom de femme chez les Hébreux ne renfermait pas l'idée qu'on y attache parfois en fronçais. Les Grecs et les Romains, adressant la parole à des reines ou à des princesses, leur donnaient le tilre de femme. Eve, encore revêtue de l'intégrité originelle et de la virginité, reçoit également le nom de femme dans la Sainte Ecriture. Jésus-Christ, suspendu à la croix et prêt à rendre le dernier soupir, se sert de la même expression lorsqu'il recommande de la manière la plus tendre sa mère éplorée au disciple qu'il chérissait entre tous II n'y a guère lieu de croire que Jésus, la bonté par essence, eût voulu, dans une circonstance aussi douloureuse que celle de sa passion, aggraver l'affliction de sa mère bien-aimée, en employant visà-vis d'elle une expression blessante, une expression à laquelle, suivant, la pensée de nos adversaires, eût été attachée une idée de mépris. Tout esprit droit reconnaîtra facilement l'impossibilité d'un semblable procédé de la part du Sauveur. 2° Bien que ce nom de femme ne renferme rien de blessant, cependant il faut bien convenir qu'il n'a pas toute la suavité du nom de Mère. Il y a à distinguer entre la vie privée et la vie publique de Jésus. Dans la première, on

(I) Joan. 11,4; XIX, 26.

trouve à l'extérieur la vie ordinaire de famille ; il est soumis à sa mère ; il remplit à son égard tous les devoirs d'un fils souverainement parfait. Mais sa vie publique nous le fait voir à un autre point de vue ; là il remplit la mission que son Père lui a confiée ; il veut fonder une Eglise avec sa hiérarchie et constituer un sacerdoce nouveau « qui n'est pas, comme le sacerdoce mosaïque, le droit d'une tribu, l'héritage d'une famille, qui ne reçoit rien de la nature, rion du sang, rien delà chair et sur lequel la tendresse humaine la plus légitime ne puisse exercer le moindre contrôle. Ce sacerdoce ne lire pas son origine du sein d'une more ; il a sa source et il prend ses pouvoirs dans le ciel. Jésus dédommage la sienne, en versant dans son intelligence plus de lumières que n'en eurent jamais les patriarches, les prophètes, les apôtres et les docteurs des deux Testaments ; mais, en l'appelant femme à Cana, sur le seuil qui limite ses deux vies, il trace la ligne de démarcation entre la vie privée, où il obéissait en fils, et la vie publique, où il doit commander en maître. El cependant, à l'heure même, il fait en faveur de Marie, que l'ignorance suppose maltraitée par ces paroles, (Femme, qu'y a-t-il ici de vous à mci ?) deux miracles de premier ordre. A sa prière, il devance les temps marqués par sa prescience éternelle, et il change l'eau en vin, pour montrer qu'il ne peut rien refuser à celle femme qui est sa mère. Il en sera de même au Golgolha : là encore il

l'appelle femme, mais, en même temps, il en fait la corédemptrice du genre humain. » (*)

Le culte de la Sainte Yierge repose donc sur les autorités les plus sacrées et les plus imposantes ; la Sainte Ecriture, le témoignage des Apôtres du Christ, l'enseignement des saints Pères, des Docteurs de l'Egli«e, des conciles particuliers et généraux. Notre dévotion envers elle est fondée sur son éminente dignité de Mère de Dieu, sur les rapports intimes qu'elle a avec l'adorable Trinité, sur les prérogatives extraordinaires que Dieu lui a conférées, telles que sa conception immaculée, sa virginité perpétuelle, et qui en font une créature à part, sur l'excellence de ses vertus et de ses perfections, enfin sur la bonté de son cœur et la puissance dont elle jouit auprès de son divin Fils.

Ce culte, autorisé par les principes de la foi et par la pratique conslante de l'Eglise, est pleinement conforme aux données de la raison. Il est, en effet, souverainement raisonnable que nous honorions la Mère d'un Dieu, dans les veines de laquelle a été puisé le sang précieux destiné à racheter le genre humain; il est juste que nous vénérions celle qui a donné au monde entier un Libérateur et un Sauveur. Il est raisonnable que chacun soit pénétré de vénération pour une créature révolue d'une incomparable dignité, ornée des plus brillantes vertus, honorée

(1) Mandement de Mgr. Pavy, évêcjue d' Alger, sur le culte de la Sainte Vierge.

d'une ambassade céleste, annoncée à l'origine du monde par Dieu lui-même et plus tard par les prophètes, chantée et louée par tous les siècles, exaltée non seulement par la piété d'un vulgaire ignorant, mais par les accents toujours graves et mesurés des plus illustres Docteurs de l'Eglise. Quand je vois les Origène, les Alhanase, les Ambroise, les Augustin, les Basile, les Grégoire, les Anselme, les Bernard, les Thomas d'Aquin, les François de Sales, les Vincent de Paul, les Suarez, les Bossuet, les Fénélon, les Alphonse de Liguori et toute celte myiiade de génies chrétiens dont les noms brillent du plus vif éclat au frontispice de l'Kglise catholique et dans les annales de l'esprit humain, proclamer, avec tous les entraînements de l'éloquence et d'une irrésistible logique, les grandeurs de Marie, ses perfections, sa bonté maternelle envers les pécheurs, sa puissance sur le cœur de Jésus ; quand je les vois recommander ce culte comme très-utile, le propager partout, en démontrer l'excellence d'après les principes de la foi et de la raison, faire voir en Marie la suave bonté d'une Mère, d'une avocate, d'une protectrice puissante, je me demande si les esprits chagrins et frondeurs de nos à^es modernes ont bonne grâce à répudier insolemment le eu) te de la Sainte Vierge comme opposé aux principes de la révélation et de la saine raison. Qui croirait que tous ces immortels génies se sont laissé tromper, ont été emportés par

88 MATERNITE DE MAIUE.

un enthousiasme f util, et qu'il faut enfin se ranger sous les drapeaux de la science contemporaine !

Qu'on veuille bien se rappeler encore une fois que, d'après la doctrine catholique, 1° Jésus-Christ est l'unique médiateur essentiel et par nature; Marie n'est puissante au ciel qu'en vue des mérites infinis et du sang précieux de son divin Fils ; 2° nous n'adorons que Dieu seul ; nous nous contentons de vénérer Marie dont la grandeur repose sur le bon plaisir de Dieu ; 3° nous prions Marie non pas de nous exaucer, — cela n'appartient qu'à Dieu, — mais d'unir ses prières aux nôtres afin que nous soyons exaucés ; 4° Si nous érigeons des temples, des statues, des images en l'honneur de la Sainte Vierge, c'est pour honorer en elle les dons de Dieu et non pas pour proclamer qu'elle en est la source. (l) Comme on le voit, il n'y a rien dans ce culte qui ressente l'idolâtrie, la superstition ou qui soit une dérogation au culte suprême qui n'est dû qu'à Dieu.

Les premiers réformateurs eux-mêmes ne différaient pas d'opinion avec nous sur ce sujet. Luther a. écrit ces lignes : « C'est une pieuse croyance que la conception de Marie a été sans tache. Marie tient comme le milieu entre le Christ et les hommes. Il était digne et juste qu'elle fût préservée du péché d'origine, cette personne en qui le Christ devait prendre une chair supérieure à tout péché. Nulle femme n'a été,

(1) V. Mandement de Mgr. Pavy.

nulle ne sera jamais aussi sainte que Marie ; nu'le autre n'a conçu sans péché et sans volupté. » (l)

« Volontiers, reprend Calvin, nous honorons la Yierge Marie comme notre maîtresse, et nous suivons sa doctrine et ses préceptes. (2)

« Je crois pieusement, dit Bèze, et de plein gré que Marie a toujours été vierge jusqu'à la mort. » (3)

« Marie, ajoute à son tourOEcolampade, est la plus sublime des créatures; elle est la reine du monde ; plus qu'aucune autre elle a été honorée par le Seigneur et il n'est guère de grâces qu'elle n'ait obtenues.» (4)

Le Common Prayer Book des anglicans renferme une grande partie delà liturgie catholique concernant les fêtes de la Sainte Vierge ; on y célèbre la Purification et l'Annonciation de la Bienheureuse Vierge.

Terminons ce chapitre par la magnifique prière que saint Epiphane adressait à Marie au quatrième siècle : « Secouivz-moi donc, ô Mère de Dieu ! ô Mère de miséricorde, durant tout le cours de ma vie ; éloignez de moi les attaques de mes ennemis ; à mon dernier soupir conservez ma pauvre âme et repoussez le sombre aspect des démons ; au jour terrible du jugement, préservez-moi de l'éternelle damnation ; enfin mettez-moi au nombre des saints, et faites-moi partager la gloire de votre divin Fils. » (5)

(1) Serm. in fettiv- Deijjarae.

(2) De re/orm. Eccl. sermo If-

(3) Prêf. tur le Nouv. Testament.

(4) Serm. de laud. Maria.

(5) Epiph. Uaeret). 78.

CnAPITRE III

Doctrine du Concile de Trente sur le culte des images — Le dogme catholique travesti par le protestantisme. — Dieu défend d'adorer les êtres crées. — Le culte des images et la Bible. — Les peintures des catacombes. — Enseignement des anciens Pères de l'Eglise et du second concile de Nicée sur ce sujet. — Les iconoclastes du seizième siècle. — Vénération particulière des catholiques pour certaines images. — Les pèlerinages catholiques et la Sainte Ecriture.

Le protestantisme a si souvent travesti le dogme catholique concernant le culte des images qu'il est important de le remettre de suite sous les yeux du lecteur. Mien de plus simple, rien de plus conforme à la droite raison que cette doctrine exposée par le Concile de Trente dans sa vingt-cinquième session. « On doit avoir, dit-il, et conserver, surtout dans les églises, les images de Jésus-Christ, de la Vierge Mère de Dieu et des autres maints, et leur rendre l'honneur et la vénération qui leur sont dûs. non pas que Von croie qiïil y ait en elles quelque divinité ou quelque vertu pour laquelle on doive les honorer, ni qu'on puisse at ré 1er sa confiance en elles, comme faisaient autrefois les gentils qui mettaient leur espérance dans les idoles, mais parce que l honneur qu'on leur rend se rapporte

aux types premiers qu'elles représentent ; de sorte qu'en baisant les images, en nous découvrant et nous prosternant devant elles, nous adorons Jésus-Christ et nous honorons les saints, dont elles portent la ressemblance. C'est ce qui a été défini par les décrets des conciles et particulièrement du second concile de Nicée, contre ceux qui attaquaient le culte des images. »

Ce culte est donc seulement relatif et non pas absolu ; ce n'est pas l'image matérielle que l'on vénère, mais le personnage céleste qu'elle représente. Les catholiques agissent en cela comme le prolestant qui a conservé de l'affection pour un père défunt, pour un ami illustre : il place leurs portraits en un lieu convenable ; il les baise avec amour ; il porte sur eux des regards de tendresse ; aux jours de leurs fêtes, il les orne de guirlandes de fleurs. Personne n'est assez sot pour s'imaginer qu'il y a en cela un acte d'idolâtrie ; chacun sait que ce témoignage extérieur de respect et d'amour se rapporte non à la toile, ni aux couleurs des tableaux, mais aux êtres bien-aimés dont ils reproduisent fidèlement (dus les traits. Ainsi en est-il du catholique que l'on voit agenouillé devant une slatue du Sauveur, de la Sainte Vierge ou d'un Saint ; cet acte de vénération, ainsi que la prière qui l'accompagne, ne s'adresse pas au marbre ou à la pierre, mais à celui qu'elle représente.

H semble impossible de trouver une doctrine plus claire, plus compréhensible ; cependant, il faut bien l'avouer, un très-grand nombre d'écrivains protestants,

soit ignorance, soit mauvaise foi, nous ont traduits au tribunal de l'opinion publique sous l'accusation d'idolâtrie réelle ou de superstition.

Ainsi le docteur Clausen, parlant du catéchisme romain, vous dira qu'à propos du premier commandement, il est question de Yadoration des anges, des saints, des reliques et des images. (*) Qu'enseigne en réalité ce catéchisme ? Il enseigne Yadoration de Dieu, l'invocation des anges et des saints, et la vénération des reliques et des images.

Le docteur Ammon fait dire an catholique, dont il façonne la doctrine à son gré, que nous invoquons les saints, et surtout la Mère de Jésus-Christ, leurs reliques et leurs images. (2) Cependant quel est le catholique qui ignore qu'on n'invoque pas les images, mais qu'on se contente de les honorer ?

Avec non moins d'audace le docteur Marheinecke a affirmé « que l'Eglise catholique préfère la plus crasse superstition au mépris des reliques et des images, » et que « le concile de Trente, s'appuyant sur le deuxième concile général de Nicée, a sanctionné la plus vile adoration des reliques et des images et la plus triste idolâtrie. » (3) — Il y a dans ces lignes beaucoup d'erreurs très-graves : que faut-il pour s'en convaincre ? Uniquement lire l'exposé de la doctrine

(1) Kirchenrerfatsung Lehre und Ritus des Katholicismua und J')-otes(antismu9, etc., p. 429, ap. Bussière.

(2) Rudolph's undJda'v Bricfe, p. 139.

(3) Sy*tcm des Katholicimnu*, etc., p. 461 et 464.

CtLTÉ DES IMAGES. 08

du concile de Tronic sur le sujet qui nous occupe (sess. XXV). C'est ce que n'a pas fait le susdit écrivain ; car il aurait remarqué avec quel soin le concile écarte tout abus superstitieux, tout usage profane ou inconvenant, tout acle d'idolâtrie, et n'accorde qu'à Dieu l'adoration suprême ou le culte de latrie 11 est vraiment déplorable que nos adversaires, pour donner libre cours à leurs préjugés contre le catholicisme, nous prêtent des doctrines que nous avons toujours réprouvées et que nous ne consentirions jamais à admettre; aussi leurs coups n'atteignent ils en aucune manière les dogmes catholiques, mais uniquement l'échafaudage de doctrines qu'ils se sont construit arbitrairement.

Le suprême argument des secles protestantes contre le culte des images repose sur ce précepte du décalogue où Dieu avait dit au peuple juif : « Tu n'auras point de dieux étrangers devant moi ; tu ne le feras point d'image taillée au ciseau, ni aucune représentation de ce qui est dans le ciel, sur la terre ou dans les eaux ; tu ne les adoreras point, ni ne les honoreras : car c'est moi qui suis le Seigneur ton Dieu, etc. » (4) — Le but de ce précepte divin était évidemment de détourner le peuple juif du culte des faux dieux. L'histoire du veau d'or nous montre combien ce peuple avait de propension à l'idolâtrie, surtout par suite du voisinage des Chananéens, des Philistins et des Egyptiens, qui adoraient les astres et

(4) Exod. XX, 4 ; Ucut. V, S ; Lcvit. XXVI, 1.

les animaux de toute espèce. Voilà pourquoi Dieu recommande aux Juifs de ne pas adorer des dieux étrangers ; il leur défend de s'en faire des images pour leur rendre le culte suprême, pour leur demander des grâces et mettre en elles leur confiance ; car lui seul est le vrai Dieu, créateur de toutes choses et en particulier de l'homme.

Dieu défend donc uniquement de fabriquer des idoles ou des images pour les adorer comme des dieux. (1) Or les catholiques n'ont jamais cru que les images de nos églises fussent des dieux, et ils ne les ont jamais adorées. Donc la défense faite par Dieu ne s'applique pas aux catholiques.

D'ailleurs il est bien manifeste que ce veto du divin législateur n'était pas absolu. En effet, comment cela pourrait-il être, lorsqu'on le voit immédiatement après, ordonner à Moïse de faire deux chérubins d'or battu et de les placer aux deux extrémités du propitiatoire? (2) On n'osera pas, je le suppose, accuser Moïse d'idolâtrie, et cependant il exécute à la lettre les ordres que Dieu lui a donnés. (3) C'est ce que l'apôtre saint Paul nous rappelle, lorsqu'il décrit le tabernacle « audessus duquel étaient des chérubins de gloire qui couvraient le propitiatoire. » (4) Salomon lui-même en fit graver d'autres sur les murailles du temple de Dieu ; (5) les

(1) Cf. Exod. XXII, 24.

(2) Exod. XXV, 18.

(3) Exod. XXXVII, 8.

(4) Hebr. IX, 2-5.

(5) II Parai. III, 7.

prêtres, de même que le peuple, chantaient et se prosternaient devant l'arche d'alliance et devant les chérubins. — Comment concilier ces faits avec la doctrine protestante ? Est-ce qu'il faudrait détruire ce que Dieu a voulu édifier ? Irait-on, pour se conformer à nos fameux réformateurs, arracher du temple les images que Dieu lui-même a ordonné d'y mettre ? Blâmerait-on ce que Dieu n'a pas blâmé ? Un peu de réflexion suffirait pour faire voir les conséquences absurdes auxquelles on arrive en dehors de la vraie Eglise du Christ.

Ailleurs le Seigneur dit encore à Moïse ; « Fais un serpent d'airain, et expose-le comme un signe : celui qui ayant été blessé, le regardera, vivra. » (l) Le chef du peuple d'Israël s'empresse de mettre à exécution l'ordre de Dieu, et tous ceux que la morsure des serpents avait blessés et qui jetaient les yeux sur ce serpent d'airain, étaient guéris sur-le-champ. Cette vertu curative lui venait de ce qu'il était l'image symbolique de Jésus-Christ, qui devait être exalté en croix. (2) Sans aucun doute ceux qui s'agenouillaient devant ce serpent et qui le regardaient, lui portaient un respect religieux, non pas qu'ils reconnussent dans le métal dont il était fabriqué quelque vertu supérieure, quelque divinité, non pas qu'ils lui adressassent des prières, mais uniquement parce qu'il leur représentait le futur Messie. Yoilà donc, encore une fois, Dieu

(1) Num. XXI, 8.

(2) Cf. Joan. III, 14.

qui commande de faire une image (taillée au ciseau) ; le Sauveur, loin de blâmer l'acte de Moïse, reconnaît que ce serpent est le type de Jésus, de lui-même suspendu à la croix. Mais si Moïse et les Juifs ont pu élever et vénérer ce serpent d'airain, qui préfigurait le crucifiement du Christ, sans se rendre coupables d'idolâtrie, pourquoi le serions-nous davantage, nous, en mettant dans nos églises des images qui nous rappellent la mort de ce même Jésus pour l'expiation de nos péchés ? L'esprit de la loi, tel que l'entendaient les chefs du peuple juif, interdisait donc uniquement l'adoration des images.

S'il restait, par hasard, quelque doute sur ce sujet, il serait facile de le dissiper en rapportant encore la défense que fit le Seigneur aux Israélites d'ériger sur leur terre des monuments ou des pierres remarquables pour les adorer. (x) Cela n'empêcha pas Josuô et Samuel d'élever des monuments destinés à perpétuer le souvenir du passage du Jourdain, de l'alliance contractée entre Dieu et le peuple Juif et de la victoire éclatante remportée sur les Philistins. Le protestantisme se fût sans doute récrié contre la conduite des chefs d'Israël, mais le catholicisme mieux inspiré, se contente de dire en conformité avec la Sainte Ecriture : Faites des images, élevez des statues ; appelez à votre secours tous les beaux arts afin de perpétuer la mémoire des héros du christianisme ; qu'ils viennent, dans un langage compris de tous, chanter

(1) Lévit. xxvi, 1.

CILTE DES IMAGES. 97

les louanges de l'Eternel, l'amour infini du Sauveur pour l'humanité pécheresse, l'aimable pureté et les autres vertus de la Bienheureuse Vierge et des saints ; qu'ils fassent aimer le beau, le bien et le vrai ; qui pourrait blâmer un but aussi louable? Mais n'adorez pas les chefs-d'œuvre de vos mains ; ne placez pas votre confiance dans le marbre, la pierre, la peinture, les formes plus ou moins artistiques ; que votre culte se rapporte uniquement à ceux dont ils sont la représentation visible et il n'aura rien que de très-louable. Il ne faudrait pas s'imaginer que la coutume de faire des images et de les honorer soit d'une origine moderne. Qu'on aille visiter un peu les catacombes romaines, celles de saint Callixte, par exemple, ces galeries ténébreuses où nos ancêtres dans la foi allaient prier et se préparer au> martyre, vous trouverez un nombre considérable de peintures représentant Jésus en croix, la Vierge Marie, les saints, la plupart des personnages bibliques, les apôtres, ceux qui avaient versé leur sang pour la foi : voilà des témoignages authentiques de la croyance des premiers siècles de l'Eglise, témoignages qu'aucun homme raisonnable ne saurait récuser. Pourtant à cette époque où le paganisme était encore vivace dans tout l'empire romain, l'idolâtrie était beaucoup plus à craindre que de nos jours ; les abus pouvaient se glisser plus facilement dans ce culte rendu aux images. Toutefois les plus anciens Pères de l'Eglise le recommandent et par leurs écrits et par leurs exemples.

Yoyez saint Justin qui nous décrit la forme que l'on donnait aux croix de son temps, et il ajoute qu'on la montrait aux incrédules pour leur condamnation. (x) Entendez Tertullien affirmer qu'on avait la coutume de représenter sur les calices Jésus-Christ sous la forme du bon pasteur, rapportant sur ses épaules la brebis égarée. (2) Alors, comme maintenant, on priait devant l'image de Jésus crucifié, puisque Tertullien et Minutius Félix, faisant l'apologie du christianisme, répondent à l'objection que les gentils faisaient aux chrétiens de prier devant des croix de bois. Origène, le grand catéchiste alexandrin du troisième siècle, ne craignait pas d'écrire que l'image de la croix a la vertu de faire trembler et de mettre en fuite les démons. (3) Saint Basile félicite un peintre d'avoir mieux exprimé avec son pinceau le martyre de saint Barlaam qu'il ne l'avait pu faire lui-même par ses paroles. (4). Une magnifique peinture, représentant Isaac courbant la tête sous le glaive de son père Abraham, faisait une telle impression sur saint Grégoire de Nysse qu'il en était touché jusqu'aux larmes. (5) D'après la liturgie de saint Jean Chrysostôme, le prêtre devait faire une inclination à l'image de Jésus-Christ placée dans le temple. (6)

(!) Dialog. cum Tryphone.

(2) De jwdicit. c. 7.

(3) Hom. VI in Exod.

(4) Orat. in saneti Barlaam martyrinm.

(5) Orat. de Filii et Sp. Saneti divinitate.

(6) Cf. Zoloni, Concordance des Ecritures, p. 298-299.

CULPE DES IMAGES. 99

Mais à quoi bon accumuler les témoignages ? Personne ne saurait nier raisonnablement que, dès le berceau du christianisme, il y ait eu des images religieuses dans les églises et qu'on les ail vénérées. C'est là un fait indubitable, aussi évident que le soleil en plein midi. Sept siècles de christianisme brillent sur le monde : personne ne songe à contester la légitimité de ce culte relatif rendu aux images Au huitième siècle, une tempête effroyable se déchaîne sur l'Eglise ; c'est le vandalisme sacrilège des iconoclastes. Un concile général, tenu à Nicée en 787, repousse cette doctrine et les conséquences funestes qu'elle entraînait après elle; il se prononce en termes formels sur ce sujet. «Nous ne voulons point, dit-il, qu'on regarde les images comme des dieux, ainsi que quelques-uns nous l'imputent à tort ; le culte que nous leur rendons se rapporte à Dieu et aux saints... Ce n'est point aux couleurs et aux tableaux que se terminent uns hommages, mais nous louons la gloire de ceux dont les images nous rappellent le nom et le souvenir. » (L) Il enseigne expressément que les chrétiens n'adorent que le Dieu trois fois saint et se conleiit.nl d'honorer et de respecter les images du Sauveur, de la Vierge Marie et des Saints, absolument comme on honore le roi dans son portrait, comme on aime sa mère dans la gravure qui nous la représente.

Après ce premier ouragan, il s'écoule encore une période sept fois séculaire avant que les scènes

(1) Conc Nie, art. 2.

barbares desiconoclastes se renouvellent dans l'univers chrétien. Il était réservé à la fameuse réforme du seizième siècle de continuer l'œuvre de destruction commencée par les Grecs du Bas-Empire, par des souverains insensés tels que Léon l'Isaui ien, Constantin Copronyme, Léon IV, Nicéphore, Léon l'Arménien, Michel Balbus et Théophile. Entre tous les premiers chefs du protestantisme, Carlostadt se signala par son acharnement sauvage contre toute espèce d'images. Les crucifix ne furent plus tolérés ; on les livra aux flammes, ou on les transporta hors des villes pour les y détruire. Pour orner leurs murailles désormais nues et dépouillées, ils mirent à la place des anciennes images des saints, les portraits de Luther et de Mélanchton, souvent aussi celui de Catherine Bora ; on peignit chez les réformés, surtout en Angleterre, des lions et des dragons sur les murailles, et jusqu'à nos jours la partie saillante et obligatoire des sermons

et des écrits protestants consiste en longues et

véhémentes tirades contre l'idolâtrie de l'Eglise catholique. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple,

Bodemann (l) ne se lasse pas de faire remarquer

que les catholiques violent chaque jour les paroles de l'Ecriture : « Tu ne te feras pas d'images, tu ne les adoreras pas et tu ne les serviras pas. » Comme toute cette argumentation prétendue victorieuse repose sur l'hypothèse que les catholiques adorent les images et

(1) Exposition comparée dis diverses doctrines, Goetting, 1842, p. 92.

comme cette hypothèse est fausse, la réfutation est toute faite. (1)

Il y a dans ce culte une autre particularité qui provoque l'indignation du protestantisme, c'est la vénération que les catholiques manifestent pour certaines images de préférence aux autres, c'est la coutume qu'ils conservent de se rendre en pèlerinage à certains sanctuaires célèbres. Toutes ces pratiques ne tiennent-elles pas de l'idolâtrie ? N'indiquentelles pas que les catholiques reconnaissent dans ces objets matériels une excellence propre, une vertu intrinsèque ? Est-ce que le peuple n'en doit pas conclure naturellement que Dieu est plus accessible dans un endroit que dans un autre?

Ces questions sont faciles à résoudre. Non. il n'y a pas la moindre trace d'idolâtrie dans cette piété des fidèles. Si leur vénération se porte sur une image plutôt que sur une autre, cela est du à des causes purement extrinsèques et accidentelles, et non pas à la persuation qu'il y a dans telle ou telle image une vertu divine. Sans doute Dieu peut bien, par des vues particulières de sa Providence, rendre telle de ces images l'organe plus spécial de ses bénédictions, le canal plus riche, plus ab indant de ses grâces merveilleuses et de sa toute-puissante bonté, — l'Ecriture nous en fournit des exemples analogues, lorsqu'elle nous rapporte les prodiges opérés par lus mains de

(1) Buchmann, Dict. de théûlog. catholique de Wctzor et Welte, art. Culte dot image».

saint Paul, par des linges et des mouchoirs appliqués sur le corps de cet illustre apôtre des nations ; — mais jamais catholique n'a cru que ces images ou statues miraculeuses fussent douées en elles-mêmes du privilège d'opérer des guérisons, de faire des miracles. Bien qu'il soit permis de révoquer en doute l'existence ou du moins le caractère surnaturel de certains faits eu particulier, toutefois il serait absurde de les nier d'une manière générale, et de refuser à Dieu le pouvoir de choisir l'organe qui lui plaît pour communiquer ses faveurs. Les plus grands génies, les saints de tous les siècles ont admis des faits de ce genre ; sommes-nous en droit de nous montrer plus exigeants qu'eux, ou de leur préférer les arrogantes prétentions des rationalistes modernes, de ces hommes que. par dérision, on est convenu d'appeler esprits forts, et dont toule la science se résume dans la négation ou le scepticisme ?

On se récrie contre les pèlerinages et l'on nous demande si Dieu est plus accessible en un lieu qu'en un autre. La Sainte Ecriture va leur répondre. On voit que « Jacob partit avec tout ce qu'il avait, vint au Puils du Serment, et là immola des victimes au Dieu de son père Isaac. » (}) Le Seigneur récompensa la dévotion de son serviteur en lui envoyant une vision céleste, comme il l'avait fait en faveur dlsaac auprès de ce même Puits du Serment' (2)

(1) Gen. XLVI, 1-8.

(2) Gen. XXVI, 23-25.

Après avoir ordonné aux Israélites de ruiner l'idolâtrie dans le pays de Chanaan, le Seigneur leur dit : « Vous viendrez au lieu que le Seigneur voire Dieu aura choisi d'entre toutes vos tribus pour y établir son nom et pour y habitor ; et vous offrirez en ce lieu vos holocaustes et vos victimes, etc. » (i) — Plus tard, Salomon adresse à Dieu, le jour de la dédicace du temple, une magnifique prière, afin qu'il daigne ouvrir l"s yeux sur celte maison Le jour et la nuit et exaucer la demande de son serviteur en ce lieu où il a promis que son nom serait invoqué; il supplie le Seigneur d'écouter favorablement tous ceux qui viendront le prier dans le temple. (2) C'est pourquoi Daniel, Lraîné en captivité à Babylone et empêché de se rendre à Jérusalem, comme le prescrivait la loi, s'agenouillait trois j'ois par jour auprès des fenêtres de sa chambre qui donnaient du côté de la ville sainte, et là il priait Dieu et lui rendait des actions de grâces comme auparavant. (3)

Voyez encore l'Assyrien, Naaman, qui est guéri de la lèpre, en se plongeant sept fois ('ans le- eaux du Jourdain, et qui demande ensuite à Elisée la permission d'emporter avec lui la charge de deux mulets de terre, afin de pouvoir offrir à Dieu sur celle terre, dans son propre pays, un sacrifice qu'il ne lui était pas possible d'aller offrir jusqu'à Jérusalem. (4)

(1) Peut. XII, 5-7.

(2) II Parai. VI, 20, etc.

(3) Dan. VI, 10.

(4) IV Rcg. V, 17.

D'où venait l'eunuque d'Ethiopie, lorsqu'il rencontra le diacre Philippe qui lui expliqua la prophétie d'Isaïe et lui conféra le baptême? Il avait fait un véritable pèlerinage à la ville sainte, pour y adorer le Seigneur, (i)

Qu'était celte fameuse piscine probatique de Jérusalem, sinon un lieu de pèlerinage, comme le sont maintenant ceux de Lorelte, de Lourdes ou de la Salette? Sous les cinq portiques dont elle était ornée gisait une multitude de malades qui attendaient le mouvement de l'eau pour descendre les premiers dans la piscine et y recouvrer la santé. (2) Mais d'où venait à l'eau celle vertu de guérir les infirmes ? Pourquoi un ange descendait-il du ciel pour agiter cette eau? Parce que tel était le bon plaisir de Dieu. Sans aucun doute l'eau n'avait pas par elle-même la puissance d'opérer ces cures merveilleuses, mais Dieu voulait bien s'en servir pour faire des prodiges et manifester sa puissance. Quelle plus grande répugnance y a-l-il maintenant à ce que Dieu se serve des reliques d'un saint ou de l'eau de Notre-Dame de Lourdes pour opérer de semblables guérisons? Est-ce que Dieu n'est plus libre, comme autrefois, de déroger aux lois de la nature dans le lieu, dans le temps et de la manière qu'il lui plaît davantage? Ce serait une absurdité de le nier. Mais alors pourquoi s'élever avec tant de véhémence contre ces pèlerinages, où la

(1) Act. VIII, 26, etc.

(2) Joan. V, 2 etc.

piété des peuples prend un nouvel essor et atteint un degré de perfection qui doit toucher le cœur de Dieu? Cette explosion de foi ardente chez les catholiques n'offre rien qui se ressente de l'idolâtrie. Ce ne sont pas les objets matériels, quels qu'ils soient, que nous invoquons ; toutes nos prières s'adressent ou à Dieu qui accorde les grâces ou aux bienheureux habitants du ciel qui intercèdent pour nous auprès de Dieu, par les mérites de notre unique médiateur suprême et Sauveur, Notre Seigueur Jésus-Christ. (l)

(1) Cf. Sheil, The Bille a gainst protest antism, Boston, 1851.

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