CHAPITRE IV
L'encens a une signification symbolique ; il est autorisé par un grand nombre de textes de la Bible et par la coutume de tous les siècles — Raisons des divers encensements usités dans l'Eglise catholique. — L'usage des lampes et d'>s cierges allumés est confirmé par les Livres Saints et par la tradition : mol ifs que l'Eglise a de conserver cet usage. — L'eau bénite et la Bible. — Symbolisme de l'eau bénite. — Les cérémonies de l'Eglise catholique conformes à l'Ecriture. Elles servent à donner à l'homme une haute idée de Dieu et de son infinie grandeur. — Le culte s'est développé régulièrement comme l'Eglise chrétienne. — Cérémonies protestantes. — L'adoration en esprit et en vérité — Opinions de certains écrivains protestants sur le culte catholique.
Pourquoi, disent les protestants, tout cet encens, ces lampes, ces cierges qui brûlent en plein jour, et qui se retrouvent si souvent auprès des images et des reliques? Pourquoi l'eau bénite à l'entrée des églises catholiques? N'est-ce pas là de la superstition, un reste d'idolâtrie échappé aux ruines du paganisme?
II semble que le protestantisme ne devrait jamais se permettre pareille objection, attendu qu'il est question de ces particularités du culte en beaucoup d'en-
CULÎE EXTÉRIEUR DANS L EGI.tSE CATHOLIQUE. 107
droits de la Sainte Ecriture pour laquelle il affecte une si profonde vénération. Mais ce n'est pas la première fois que l'erreur se contredit elle-même ; l'inconséquence lui est presque naturelle.
Ouvrons la Bible un instant. Dieu ordonne à Moïse de fabriquer de l'encens, un parfum particulier destiné à brûler devant le tabernacle ; il lui en indique la composition précise, jusque dans les moindres détails, et il défend d'en préparer de semblable pour les usages ordinaires. (x)
D'après la loi mosaïque, les objets offerts en sacrifice étaient parsemés de résines odorantes. De même dans le temple de Jérusalem, on offrait chaque jour, malin et soir, le sacrifice de l'encens.
L'Apocalypse nous montre un ange se tenant avec un encensoire dur devant l'autel qui est près du trùne de Dieu ; une grande quantité de parfums lui est donnée et la fumée de l'encens, composée des prières des saints, s'élève devant le Très -Haut. (2)
Jésus vient d'apparaître au milieu des hommes ; les mages, accourus de l'Orient pour lui offrir le tribut de leurs adorations, lui présentent de l'encens. (3) — L'évangile fuit l'éloge de la femme pécheresse qui, étant venue trouver Notre- Seigneur dans la maison du pharisien, lui baise les pieds et les oint de parfums précieux. (4)
(1) ExodXXX, 34-38.
(2) Apoc. VIII, 3, 4.
(3) Mt. II, 11.
(4) Luc. VII, 38, 46.
lOS CULTE EXTÉlUEUîi DANS L'ÉGLISE CATtiOLfQÙÉ*
L'usage de brûler de l'encens a toujours étéconservé dans l'Eglise chrétienne. D'abord en vigueur dans les régions de l'Orient, il s'est propagé en Occident ; les Constitutions Apostoliques, les écrits de saint Ambroise et de saint Ephrem, les liturgies de saint Jacques, de saint Marc, de saint Basile et de saint Jean Chrysoslôme nous parlent d' encensements qui avaient lieu pendant le saint sacrifice. (') Cette coutumereligieuse qui renferme un témoignage de respect, n'est donc pas nouvelle ; elle est aussi ancienne que l'Eglise et elle a même son fondement dans les Livres Saints.
Les anciens écrivains ecclésiastiques, tels que Tertullien, Lactance et Arnobe, qui semblent parfois répudier l'usage de l'encens, ne le condamnent pas d'une manière absolue, mais seulement lorsqu'il est offert aux idoles par les païens et que ces païens espèrent être purifiés de leurs souillures par cette seule oblation extérieure.
Dans l'Eglise catholique, on encense le Saint- Sacrement pour exprimer l'adoration due au Sauveur caché sous les espèces eucharistiques ; on encense les reliques et le livre des Evangiles afin de manifester le respect dû aux saints et à la parole de Dieu. Les autres encensements quel'on fait sur les objets bénits, sur le pain et le vin destinés au saint sacrifice sont
(1) Cf. Marîngola, Antiquitatum cliristianarum institutiones t. 1, page 362, Neapoli, 1862 -} Asseinani Biblloth. Orient., t. 1, p. 143.
une image symbolique de la grâce qui sanctifie ces objets et les soustrait à un usage profane.
L'encensement du célébrant et des fidèles présents à la sainte messe signifie que leurs prières et leurs bonnes œuvres doivent s'élever vers le ciel comme un encens d'agréable odeur, suivant ces paroles du Psalmiste : «Que ma prière s'élève comme l'encens en votre présence. » (x)
Y a-t-il dans ce magnifique symbolisme le moindre vestige d'idolâtrie ? Personne n'osera le soutenir.
Nos adversaires nous reprochent encore l'usage des lampes et des cierges allumés en plein jour. Pourquoi, disent-ils, cette profusion de lumières? Qu'est-ce que cela signifie? D'où vient cette singulière coutume?
A cette objection je réponds d'abord que cet usage ne renferme rien de contraire à la Bible, puisque nous y lisons que sept lampes étaient constamment allumées dans le tabernacle de l'ancienne alliance ; elles étaient alimentées au moyen d'huile d'olives et étaient placées sur le chandelier d'or en la présence du Seigneur. (2) Si, dans la Nouvelle Loi, il n'y a rien qui prescrive l'usage de lumières, il n'y a rien non plus qui le défende. Bien plus, on voit dans la Sainte Ecriture qu'un grand nombre de lampes éclairaient l'appartement où saint Paul annonçait la parole de Dieu à Troas. (3)
(1) Ps. CXL, 2.
(2) Lévit. XXIV, 2-4.
(3) Aot. XX, 8.
L'histoire des persécutions dans les premiers siècles de l'Eglise nous montre les chrétiens obligés de se réunir dans les catacombes pour prier et assister au saint sacrifice ; là des lampes, des cierges illuminaient cet obscur dédale. L'un des buts qu'on se proposait, était sans doute de faire disparaître les ténèbres physiques ; mais ce n'était pas tout : les lumières étaient encore un signe de joie, une figure du Sauveur, lumière du monde, présent dans son Eglise, un symbole du feu sacré de l'amour divin que Jésus est venu allumer ici-bas dans les cœurs.
L'Eglise a conservé cet antique usage ; il est pour nous un précieux souvenir de ces temps reculés où nos ancêtres ont souffert pour la foi ; et il nous rappelle aussi les enseignements lumineux que Notre Seigneur nous a donnés et l'amour dont les fidèles doivent être pénétrés pour un Dieu si bon. « En Orient, dit saint Jérôme, on allume des cierges dans l'église en plein jour, non pour dissiper des ténèbres qui n'existent pas, mais pour exprimer une joie réelle et représenter, par cette clarté sensible, la clarté intérieure dont le Psalmiste a parlé, lorsqu'il a dit : Votre parole, Seigneur, est un flambeau qui m'éclaire et qui dirige mes pas dans le chemin de la vertu. » (l)
Cette coutume s'est conservée chez les catholiques depuis le berceau de l'Eglise jusqu'à nos jours ; nos solennités et nos joies religieuses trouvent leur plus brillante expression dans les illuminations de nos
(1) Adv. Vigilantium, ap. Bussière.
temples, des autels, des reliques et des images des saints. Pourquoi donc s'obstinerait-on à blâmer un usage conforme aux Livres Saints, en vigueur du temps des Apôtres et de leurs successeurs immédiats, conservé dans le monde entier jusqu'à nos jours ? Que fait-on dans la société civile quand on veut saluer le retour d'un roi, ou d'un général victorieux ? Comment lui exprime-t-on sa joie ? Comment honorel-on ses beaux succès ? Chacun s'empresse d'illuminer sa demeure et de faire disparaître sous des milliers de feux l'obscurité ordinaire de la nuit. Ainsi en est-il dans l'Eglise, lorsqu'elle veut manifester son allégresse et honorer son divin Fondateur ou les saints qui ont marché sur Ses traces.
Certaines sectes protestantes ont rétabli l'usage des lumières et même de l'encens ; un bon nombre ont fait replacer au sommet de leurs églises la croix que les chefs de la Réforme en avaient fait enlever. Puissent-elles opérer bientôt une transformation fondamentale et se réunir à l'Eglise catholique romaine, qui est la seule vraie Eglise du Christ !
Le protestantisme n'a rien négligé pour tourner en ridieule l'usage de l'eau bénite. Pourquoi, disent nos adversaires, pourquoi cette bizarre coutume de s'asperger d'eau en entrant dans l'église?
Chez tous les peuples, l'eau employée dans les cérémonies religieuses, a la signification symbolique de la pureté qui est requise pour rendre à Dieu un culte
convenable. Dans la loi mosaïque, le Seigneur avait prescrit un grand nombre de purifications par l'eau. (x) Chaque fois que les prêtres entraient dans le sanctuaire ou offraient de l'encens à l'autel, ils devaient se laver les mains et les pieds dans un bassin d'airain qui se trouvait dans le sanctuaire, entre le tabernacle et l'autel.
Cet usage a passé dans le culte chrétien et s'y est perpétué d'autant plus facilement que Jésus- Christ a communiqué à l'eau, unie aux paroles sacramentelles du baptême, la vertu de remettre les péchés. Nous le retrouvons à l'origine de l'Eglise. Tertullien rapporte qu'on avait alors la coutume de s'asperger d'eau ou de se laver les mains et le visage avant d'entrer dans la maison de Dieu. Les Constitutions Apostoliques parlent déjà de l'eau bénite comme d'un moyen de mettre le démon en fuite. D'après saint Basile, la bénédiction de l'eau repose sur une tradition venue des Apôtres. (2)
L'eau bénite, placée à l'entrée de la maison de Dieu, nous rappelle que c'est parle baptême que nous sommes devenus enfants de Dieu et de l'Eglise ; elle nous avertit de puritier nos pensées et nos affections, afin que nos prières méritent d'être exaucées. C'est ce qu'expriment les paroles chantées pendantj'aspersion de l'eau bénite : « Vous m'aspergerez avec de
(1) Num. XIX.
(2) De Spiritu Sancto, c. 27. Cf. Dicl. de la théol. cath., à l'art, eau bénite par Kraft.
l'hysope et je serai purifié ; vous me laverez et je deviendrai plus blanc que la neige. Ayez pitié de moi, Seigneur, selon votre grande miséricorde. » (*) Il n'y a done dans cet antique usage rien qui ne soit parfaitement en harmonie avec la parole de Dieu et avec les sentiments de religion dont une âme chrétienne doit être pénétrée.
Il est encore un point assez important sur lequel le protestantisme ne cesse de nous faire la guerre : ce sont les cérémonies de VEglise en général. L'accusation de superstition, le reproche d'avoir dévié de la simplicité primitive de l'Evangile, les blâmes les plus sévères n'ont pas fait défaut ; on trouve partout du papisme, des innovations coupables.
(Quelques remarques suffiront pour détruire toutes ces futiles incriminations. Dites-moi, vous qui êtes animés d'une si sainte indignation contre le culte catholique, où avez-vous lu dans la Sainte Ecriture que les cérémonies sont défendues ? Qui vous a enseigné à ne faire aucun cas des paroles de saint Paul ordonnant que, dans les églises, « tout se fasse décemment et avec ordre » ? (2) Cette prescription de l'Apôtre suppose l'existence de certaines règles déterminées.
D'ailleurs ignorez-vous que le Sauveur lui-même a fait usage quelquefois jde certaines cérémonies ?
(1) Ps. L.
(2) Cor. XIV, 40.
Voyez le en présence du sourd-muet dont on lui demande la guérison. Il commence par le séparer de la foule ; il lui met les doigts dans les oreilles ; il touche sa langue avec de la salive ; il lève les yeux au ciel ; puis il soupire et prononce enfin une parole qui requiert une interprétation spéciale: Ephphela, c'est-à-dire, ouvre-toi. {}) N'était-ce pas là une suite de cérémonies qu'on retrouve en partie dans l'administration du baptême chez les catholiques?
S'agit-il de communiquer aux Apôtres un pouvoir qui n'appartient en' propre qu'à Dieu seul, celui de remettre les péchés, Jésus souffle sur eux et il leur dit: «Recevez le Saint-Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (2) Celte cérémonie, comme toutes les autres, avait une signification ; par ce souffle divin il donnait à ses Apôtres le pouvoir de vivifier les âmes et de leur rendre la vie surnaturelle qu'elles ont perdue par le péché.
Un jour on amène à Jésus une femme coupable d'adultère, et au lieu de répondre aux questions ins (lieuses des Scribes et des Pharisiens, il s'incline par deux fois et écrit du doigt sur la terre. (3) — Plus tard, il aperçoit un aveugle de naissance. Après avoir redressé certaines idées fausses chez ses disciples et leur avoir dit qu'd est lui-môme la lumière du monde,
(1) Mr. VU, 32-35.
(2) Jo. XX, 22.
(3) Jo. VIII, 6-8.
il crache à terre, il fait de la boue avec sa salive, il frotte de cette boue les yeux de l'aveugle, et il lui dit; «Va, lave-toi dans la piscine de Siloé» L'aveugle obéit et recouvre la vue. (*) Nul doute que les protestants eussent accusé le Sauveur de superstitions papistes, s'il n'avait lui-même existé avant la papauté ! Pourquoi Jésus, la toute- puissance incarnée, qui pouvait d'un mot faire jaillir du néant des milliers de mondes, pourquoi recourait-il à ces cérémonies ? Je laisse la solution de cette question aux orateurs do Y Alliance Evangêlique,
Quant à nous catholiques) nous croyons que l'Eglise, investie d'une autorité divine, peut, à l'exemple de Jésus-Christ, faire usage de certaines cérémonies qui parlent à nos sens, qui indiquent certains effets spirituels, qui révèlent les grâces intérieures octroyées à l'homme déchu. L'eau versée sur la lète de l'enfant au jour de son baptême nous exprime clairement la grâce qui purifie son âme de toutes les mouillures du péché; de même les autres cérémonies nous montrent tour à tour les effets de la grâce qui guérit l'aveuglement spirituel, la surdité spirituelle, la purification des sens, etc.
Nous croyons encore que ces différents accessoires du culte catholique, lorsqu'ils sont unis à un grand esprit de religion et de piété, contribuent pour beaucoup à augmenter le respect, la confiance, la vénération des fidèles pour les choses saintes.
(1) Jo. IX, 1.7.
L'homme n'est pas un pur esprit ; c'est à l'aide des sens extérieurs, par l'intermédiaire des objets sensibles qu'il s'élève à la connaissance et à l'amour des choses spirituelles et invisibles.
Nous croyons enfin que, si Jacob a pu de lui-même oindre d'huile la pierre sur laquelle il avait reposé sa tête et l'ériger en monument commémoratif de sa fameuse vision, (x) s'il a pu, lui simple particulier, faire cette nouvelle cérémonie et être agréable à Dieu, (2) si, plus tard, la Synagogue a légalement institué une fête nouvelle d'après l'avis de Mardochée seulement, (3) en souvenir de la délivrance des Juifs, nous ne voyons pas pourquoi l'Eglise ne pourrait pas légalement établir les fêtes et les cérémonies qu'elle juge nécessaires à la majesté du culte. Sans doute, c'est Jésus-Christ qui a institué les sacremeuts ; c'est lui qui a attaché aux signes sensibles une vertu sanctificatrice ; mais il a laissé la détermination des accessoires à la sagesse de ses Apôtres et de son Eglise ; c'est pour cela qu'il a dit : « Celui qui vous écoute, m'écoute, celui qui vous méprise, me méprise. »
Le protestantisme critique la pompe de nos solemnités, les vêtements sacrés, la décoration de nos églises. Cependant il ne peut s'empêcher de les admirer. C'est qu'en effet tout est en harmonie avec l'objet que nous nous proposons ; nous voulons adorer
(1) Gen. XXVIII, 18.
(2) Gen. XXXI, 13.
(3) Esth. IX, 21, etc.
CULTE EXTÉRIEUR DANS L'ÉtiLÎSÉ CATHOLIQUE. \ il
l'infinie grandeur de Dieu qui habile clans nos temples, et pour un tel but rien n'est trop éclatant, rien ne saurait revêtir une trop grande splendeur. Voyez donc tout ce qu'on faisait dans l'Ancienne Loi, qui n'était que l'ombre et la figure de la Nouvelle. Quelle n'était pas la richesse des vêtements du grand-prêtre ! Quelle magnificence, quels trésors entassés dans ce temple qui n'abritait pourtant pas Dieu lui-même ! Quelles fêtes imposantes que celles qui attiraient à Jérusalem toute une nation ! Peut-on raisonnablement blâmer l'Eglise catholique de n'avoir pas voulu rester au-dessous de la Synagogue, de n'avoir pas moins l'ait pour la réalité qu'on faisait autrefois pour la figure. d'avoir travaillé à rendre à son divin Epoux la gloire qui lui est due ! Il est assez remarquable que ceux qui trouvent trop deluxe danslee églises n'en trouvent jamais trop dans les théâtres, dans les places publiques, dans leurs demeures. Cela vient probablement de ce que ces hommes mettent la matière au-dessus de l'esprit, la terre au-dessus du ciel.
L'ère sanglante des persécution ne fut guère favorable à la pompe du culte catholique. Traqués comme des bêles fauves, les chrétiens ne pouvaient pas manifester à l'aise leur amour pour les choses saintes et pour l'honneur de Dieu -, ils étaient pauvres, couverts de mépris el obligés de réserver pour des temps meilleurs une pieuse magnificence que Je» circonstances ne leur permettaient pas. Mais qui ne
voit de suite que ce n'était pas là un état normal ? Lorsque le soleil de la liberté chrétienne commença à briller sans nuages sur le monde, les fidèles eurent à cœur de témoigner à Dieu leur reconnaissance et leur affection dans desplendides solennités; ils firent aux diverses églises et aux prélats des dons considérables destinés à rehausser la majesté du culte ; tout progressa régulièrement sous la direction si sage des papes, des conciles et des évêques. C'était le petit grain de semence jeté en terre, puis s'élevant audessus du sol et devenant un grand arbre.
D'ailleurs, la plupart des sectes protestantes ont conservé, en s'éloignantde l'Eglise catholique, certaines cérémonies, certains usages qu'il serait difficile de justifier par la Bible. Je serais curieux de savoir sur quels textes on s'appuie pour démontrer la nécessité de recevoir la communion à jeun, de se servir de parrains et de marraines au baptême, de se mettre à genoux devant l'évêque qui donne la confirmation (n'est-ce pas là une superstition, une idolâtrie semblable à celle qu'on reproche aux catholiques?), de se revêtir d'un surplis blanc dans l'église, etc. S'il est permis au protestantisme d'adopter ad libitum les cérémonies qui lui plaisent, nous ne voyons pas pourquoi les catholiques ne seraient pas autorisés à en faire autant. Lorsqu'on est si bienveillant pour soi-même, ne faudrait-il pas l'être aussi un peu pour les autres?
Mais, reprennent nos austères protestants, Jésus-
Christ n'a-l-il pas enseigné que Dieu exige de ses adorateurs un cul le en esprit et eu vérité (!) ?
Cela est vrai, et nous prétendons la même chose ; le culte intérieur est essentiel ; il est même la base nécessaire du culte extérieur. Ce dernier n'est d'aucun prix aux yeux de Dieu, s'il ne prend ses racines dans le cœur même, s'il n'est pas, pour ainsi dire, une efflorescence du véritable amour de Dieu. Ce que Jésus-Christ réprouve hautement, c'est cet attachement extrême aux cérémonies, aux pratiques extérieures du culte ; c'est un excès blâmable qui fait négliger la pratique des vertus sans lesquelles on ne saurait plaire à Dieu. Telle était la manière d'agir des pharisiens, vrais sépulcres blanchis, dont la religion consistait uniquement dans de vaines pratiques extérieures, dans de nombreuses ablutions ; ils recouvraient du voile de l'hypocrisie la dureté, l'ambition, l'avarice, la profonde corruption de leur cœur. Dieu ne pouvait pas se complaire dans un culte semblable ; aussi rappelait-il à ce sujet les paroles prophétiques d'Isaïe : Ce peuple m'honore des lèvres, mais le cœur de ces hommes est loin de moi ; et il est vain le culte qu'ils me rendent car, laissant de côté le commandement de Dieu, vous observez la tradition des hommes, la purification des vases et des coupes, et vous faites encore beaucoup d'autres choses semblables. (2) D'ailleurs puisque Jésus lui-même se conforma stricte-
(1) Joan. IV, 23, 24.
(2) Mr. VII, 6-8.
120 CULTE EÎTÉRÏEUB MXS L 'ÉGLISE CATHOXlOt'i''
ment à la loi de Moïse et voulut communiquer sa gi âce par des signes sensibles, il est bien évident qu'il n'a pas pu répudier tout culte extérieur, mais uniquement celui auquel le cœur reste complètement étranger, celui qui croit pouvoir se passer de l'observation des commandements divins, celui qui ne reçoit pas son aliment de l'adoration en esprit et en vérité.
Beaucoup d'écrivains protestants ont manifesté un extrême regret de voir le culte extérieur banni de leurs églises. « Je crois, disait Leibnitz, que Dieu ne rejette nullement les touchantes harmonies, les sublimes chants d'église, l'encens, le son des cloches et les autres choses qu'une pieuse dévotion pratique pour l'honorer, et que bien des hommes ont repoussé dans leur sombre simplicité. » (*)
« Aveuglés par l'esprit de secte, écrit Fessier, les fondateurs de notre église ont rejeté la plupart des allégories de l'Eglise Romaine ; ils imputaient faussement à la chose même l'abus qu'en faisaient certaines personnes.» (2)
« Chez nous, reprend Hall, on manque entièrement de sens religieux. Les églises et les bancs sont vides, la religion extérieure disparaît, et au nombre des justes reproches que peuvent nous adresser les catholiques, on peut ranger celui-ci : nous méprisons le
(1) Sy*t. theolog., p. 207.
(2) Theresia, t. II, p. 191.
service divin catholique sensible, mais nous ne visitons plus notre service divin spirituel. » (*)
En voilà assez sur ce sujet pour faire comprendre l'importance non seulement du culte intérieur, mais encore du culte extérieur et sensible ; le premier est toujours nécessaire, puisqu'il est comme une source de vie, mais le second ne doit pas être comprimé, si l'on ne veut pas éteindre en même temps le foyer qui l'alimente.
(1) Litteraturzeitung, Jahrg. 1819.