‹ Le culte de Castor et Pollux en ItalieChapitre 18 sur 89 · LE TEMJ^E DU FORUM · texte numérisé non relu

LE TEMJ^E DU FORUM

textes plus précis encore permettent d'en reconnaître les ruines dans ces trois colonnes corinthiennes de proportions si justes, de forme si pure, d'une décoration si sobre et si élégante, qui se dressent à droite de la basilique Julia , en face du temple d'An* tonin et de Faustine , et devant l'église moderne de Santa Maria Libératrice (1). Parmi ces textes, nous citerons la lettre dans laquelle Martial trace l'itinéraire que doit suivre son livre pour se rendre chez Proculus , un de ses bienfaiteurs , qui habitait dans la dixième région, sur le Palatin : « Tu passeras, — dit le poète, logé, lui, près de la Pila Tiburtina, dans la septième région, — tu passeras près de Castor, voisin de l'antique Vesta et de la demeure de ses vierges (2). » Or , l'emplacement du temple de Vesta est tout proche de celui occupé par les trois colonnes qu'il faut restituer au temple de Castor et Pollux. Pomponius Laetus dit, de son côté , avoir vu deux inscriptions trouvées sur des plaques de marbre derrière ces trois colonnes , et constatant de la façon la plus formelle que les Dioscures avaient leur temple en cet endroit. Mais c'est dans le testament d'Auguste que se trouve la plus concluante des preuves. ïl y est fait mention de la basilique Julia

(1) Pendant longtemps ces ruines ont porté les noms les plus divers. Selon les uns, elles étaient les débris du temple de Jupiter Stator qui, invoqué par Rom u lus dans une bataille contre les Sabins, avait arrêté les Romains en fuite. D'autres attribuaient ces colonnes au temple de César. On devait pourtant savoir que celui-ci n'avait que quatre colonnes de face , et que d'ailleurs il se trouvait en face de celui des Castors, comme le dit expressément Ovide (Pont., II. 2, 85) :

Fratrîbus assimilis quos proxima templa tenentes Divus ab excelsa Julius œde videt.

On a prétendu aussi retrouver dans ces trois colonnes les restes du Comitium et de la GrsBCOstasis, « attribution inconcevable, fait justement remarquer M. Ampère , car les trois colonnes ont évidemment fait partie d'un temple. Or , la Grxcostasis n'était pas môme un édifice ; c'était un portique destiné aux ambassadeurs qui attendaient que le Sénat leur permît d'entrer dans la Curie. » Canina a identifié ces ruines avec la basilique Julia elle-même. Il faut dire qu'à son époque la voie, qui aujourd'hui sépare très visiblement ces deux, ruines, n'avait pas ericore été mise à jour. M. Bunsen a pensé que nos trois colonnes faisaient partie d'un temple élevé et dédié par Auguste à Minerva Chalcidica. Enfin Poggio (Descript. urb. Rom., p. 6 et suiv.), crut que Castor et Pollux avaient en cet endroit deux temples contigus (chacun le leur), et tournés l'un vers l'Orient, l'autre vers l'Occident , par allusion aux deux étoiles des Dioscures. C'est la dénomination de Tcmplum Castoris, donnée souvent au temple des deux frères, qui avait amené Poggio à commettre cette erreur. (•2) Bpig., 1, LXXI, 3-4 :

Quœris iter ? dicam : vicinum Castora canaj Transibis Veslœ Virgineamque domum.

« quxfuit inter sedem Castoris et œdem Saturni. » Or, tout le monde s'accorde aujourd'hui pour appeler basilique Julia ce vaste quadrilatère s'étendant entre les huit colonnes d'exécution grossière qui se dressent au pied de la rampe du Capitole et les trois admirables colonnes corinthiennes qui nous occupent (1). Les ruines du premier de ces édifices étant celles du temple de Saturne , les ruines du second ne peuvent être que celles du temple des Castors. La basilique reconstruite par Auguste ayant déjà à sa gauche Yœdes Saturni , les ruines qui aujourd'hui encore se dressent à sa droite , c'est-à-dire les trois colonnes dont nous parlons , sont bien les débris de Yœdes Castoris.

Ainsi , les Dioscures et leur temple étaient « sous les yeux mêmes du peuple romain (2), » au centre de la grande place publique, qui était le lieu des réunions et des délibérations de tout genre. Lorsqu'un orateur parlait à la tribune , il avait devant lui le temple des Castors. C'est au pied de ses colonnes que le triomphateur passait sur son char , lorsque , suivant la voie Sacrée , il montait au Capitole pour rendre grâces aux dieux,. Par l'importance du lieu et de la demeure qu'ils occupaient , comme par l'importance du culte qu'on leur rendait ., Castor et Pollux étaient Bien , selon l'expression de Cicéron , « les témoins et les arbitres de tous les événements et de toutes les affaires du Forum , des décisions les plus graves, des lois et des jugements (3).« Ils assistèrent, en effet, à de grandes scènes , tantôt pacifiques et tantôt sanglantes , dont souvent leur temple lui-même fut le théâtre. Ainsi , c'est dans ce sanctuaire vénéré entre tous , « in illo clarissimo celeberrimoque monumento, » que le sénat avait coutume de s'assembler dès que les délibérations et les résolutions à prendre devaient être graves. C'est là que le peuple romain se réunissait tous les jours pour discuter sur les affaires les plus importantes, là qu'on faisait des lois, qu'on rendait des jugements (4), que le préteur faisait de fréquents sacrifices, là enfin qu'on déposait, comme de juste, une partie du butin pris à l'ennemi (5).

(1) Si belles que Raphaël les copia et les représenta dans l'Incendie du Bourg.

(2) Cicéron, In Verrem, II, I, 49.

(3) In Verrem, II, V, 72 : « vosque omnium rerum forensium , consiliorum maximorum, legum judiciorumque arbitri et testes, celeberrimo in loco praetorii locati, Castor et Pollux... »

(4) Cicéron, In Verrem, II, I, 49, in fine : a quo sœpenumero senatus convocatur, quo maximarum rerum frequentissimae quotidiè advocationes fiunt... »

(5) Appien, Bellum civile, I, 54.— Asconius in Ciceronem pro Scauro, 46. C'est dans le temple de Castor et Pollux que furent trouvés les Fastes Capitolins. Ils y avaient été placés par Tibère.

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