‹ Le culte de Castor et Pollux en ItalieChapitre 19 sur 89 · LE TEMPLE DU FORUM · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DU FORUM

C'est aussi dans l'intérieur ou sur les marches de ce même temple que se déroulèrent quelques-uns des grands drames qui agitèrent et ensanglantèrent le Forum. Dans la lutte entre Sylla et Marius, Sulpicius, satellite de ce dernier, se précipita avec des hommes armés vers le temple de Castor et Pollux , où les consuls tenaient alors une assemblée publique , dispersa la foule et tua un grand nombre de citoyens pacifiquement groupés sur les marches (1). C'est là aussi que Lucretius Ofella, persistant, malgré Tordre de Sylla, à poser sa candidature au consulat , fut tué par un centurion du dictateur qui , de son tribunal placé dans le temple, assistait d'en-haut à ce meutre (2). Sous les Gracques, au plus fort de la guerre civile , c'est au temple de Castor et Pollux que vint se réfugier le consul Opimius , lorsqu'il s'opposa à la loi agraire de C. Gracchus ; c'est là qu'il se retrancha comme dans une forteresse inviolable (3). Plus tard , dans sa lutte contre Milon , Clodius fit de ce temple une sorte de camp retranché et un repaire pour ses satellites (4). Au pied des colonnes s'engagèrent les démêlés soulevés par le refus de Caton de souscrire au rappel de Pompée, et par l'opposition de Bibulus à la loi Julia (5). Du haut des marches fut précipité cet infortuné consul qu'on appelait Pollux, parce que son collègue César Péclipsait autant que Castor effaçait son frère (6). Lorsque Octave rentra vainqueur à Rome , c'est tout de suite au temple des Castors qu'il se rendit, entouré de ses vétérans armés. Là, il était en sûreté ; de là il pouvait repousser les tentatives de résistance et les attaques des mécontents. Il pouvait même , comme on le fit plusieurs fois , arracher les pierres du temple pour en armer ses soldats (1).

C'est moins aux'luttes incessantes du Forum, forcément suivies de dégâts et de ruines, qu'à leur puissance chaque jour plus grande que Castor et Pollux durent de conserver à Rome un temple pieusement réparé et entretenu depuis sa fondation jusqu'à la fin de l'Empire. On recherchait l'honneur d'être préposé à

(1) Plutarque, SyUa, VIII. f

(2) ld. t ibtd., XXXIII.

(3) Appien, BeUum civile, I, 25.

(4) Cicéron (In Pisonem, V) : « Arma in templo Castoris (o proditor templorum omnium!) vidente» te, constituebantur ab eo latrone, cui templum illud fuit, te consule, arx civium perditorum, receptaculum veterum Catilinae militum, castellum forensis latrocinii, bustum legum omnium ac religion um. » Cf. pro domo suâ, XXI ; pro P. Ssxtio, XV.

(5) Dion Cassius, XXXVIII, 6 ; Plutarque, Cato minor, XXVIII-XXXII.

(6) Suétone, Cœsar, X.

(7) Cicéron, pro domo *ua, XXI ; pro P. Sextio, XV.

sa garde comme on se faisait un titre de gloire de l'avoir restauré et embelli. C'est ainsi qu'en 637, il fut remis en état par L. Caecilius Métellus qui consacra à Castor et Pollux les dépouilles des Dalmates (1). A l'époque de Cicéron , ce temple , orné d'ex-voto et de présents sans nombre , faisait l'orgueil des Romains : ses colonnes étaient revêtues du stuc le plus blanc et le plus fin , des lambris magnifiques décoraient le plafond (2), et une mosaïque éclatante , dont un fragment subsiste encore aujourd'hui , tapisait la cella au fond de laquelle se dressaient les statues en marbre blanc de Castor et de Pollux. Aussi quelle indignation oratoire saisit tout d'un coup Cicéron quand il reproche à Verres d'avoir osé toucher à ce temple si bien entretenu , d'en avoir abattu les colonnes qu'il ne trouvait pas (l'ignorant ! ) exactement perpendiculaires , puis de les avoir fait replacer où et comme elles étaient auparavant, tout cela pour s'approprier les bénéfices de ces réparations inutiles et en partie imaginaires (3). Qu'aurait dit Cicéron , — l'orateur, non le philosophe , - — s'il avait pu voir Caligula ouvrant une brèche dans la cella de ce même templq pour se faire un chemin plus direct du Palatin au Capitole , et dressant un piédestal à sa divine personne entre les deux statues de Castor et de Pollux , élevés pat lui à la dignité de portiers (4) ?

A cette époque , le temple était encore plus beau , plus grand et plus somptueux qu'au temps de Cicéron. Gomme il avait sans doute beaucoup souffert pendant l'incendie qui v détruisit tout à côté la basilique Julia rebâtie par Auguste, Tibère le refit entièrement , et le dédia en son nom et au nom de Drusus (759) (5). A partir de cette époque, une fête fut célébrée chaque année en l'honneur de Castor et Pollux le jour anniversaire de cette dédicace, c'est-à-dire le 28 janvier.

(1) Asjeonius, in Ciceronem, pro Scauro, 46. Cf. Tite-Live, LX1I, 8.

(2) Cicéron, In Verrem, II, I, 51, 55 : « Venit ipsein aedeta Castoris; considérât templum; videt undique tectum pulcherrimè laqueatum, praeterea caetera nova atque intégra » — «... omnes illae columnae, quas dealbatas videlis...»

(3) Id. %bid.

(4) Suétone, Caligula, XXII : « Partem Palatii ad Forum usque proraovit, atque sede Castoris et Pollucis in vestibulum transfiguratâ , consistens saepe inter fratres Deos médius, se adorandum adeuntibus ezhibebat. » Cf. Dion Cassius, L(X, 28.

(5) Suétone , Tibère , XX : « Dedicavit item sedem Castoris et Pollucis , suo fratrisque nomine , de manubiis. » Cf. Dion Cassius , LV, V -, Ovide, Fastes, 1,705 et suiv.

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