IN • HONOREM • DOMVS • DIVIN
CONCORDIAE
CIVIT • CASTORI
ET • POLLVCI
M • PETRONIVS
avaient, ce qui n'est pas impossible, un temple dans cette partie septentrionale de la Gaule, il n'en subsiste aucune trace aujourd'hui. L'inscription seule prouve que les Romains avaient porté avec eux dans cette région lointaine le culte des Dioscures.
On le retrouve encore sur les bords de la Seine, comme sur ceux de la Moselle et du Rhin. En creusant sous le chœur de Notre-Dame de Paris, on découvrit en 1711 un autel carré en pierre, sur Tune des faces duquel Castor était représenté jusqu'à mi-corps. Vêtu de la chlamyde, coiffé du piléus et armé de la lance, il tenait de la main droite les rênes de son cheval visible jusqu'au poitrail. Au-dessous , on lisait CASTOR (1). Sur l'autre face était figuré un sujet analogue, au bas duquel devait être inscrit le nom, aujourd'hui disparu, de Pollux. Ces curieux bas-reliefs ne montrent pas seulement les Dioscures honorés dans l'ancienne Lutèce; ils prouvent aussi que ces dieux romains étaient associés, dans cette partie de la Gaule, à des divinités indigènes. En effet, sur les deux autres faces de cet autel quadrangulaire sont représentés deux personnages divins, d'origine évidemment gauloise. L'un de ces personnages, nommé Cernunnos, est figuré avec des cornes semblables à des bois de cerf et garnies d'anneaux. L'autre, dont le nom est presque détruit (pn ne lit plus que Sevi-ri...os), est représenté armé d'une massue et combattant contre un serpent. Ce sont là évidemment deux divinités locales, plus ou moins semblables à Hercule et à Bacchus — figuré souvent avec des cornes et une longue barbe, — et qu'il est curieux de rétrouver ici en compagnie des Dioscures. Il n'est pas moins intéressant de constater que ces deux dieux latins avaient un autel, peut-être même un temple, à l'endroit où s'élève aujourd'hui Notre-Dame de Paris.
En somme, l'histoire des Dioscures latins est l'histoire de Rome même. Du Forum, où s'élève leur temple, et qui est le centre de leur culte, comme il est celui de l'empire des descendants d'Enée, les fils divins de Jupiter rayonnent dans tous les sens, et suivent en quelque sorte en tout lieu, dans l'Italie du Nord et du Sud, puis dans toutes les provinces successivement soumises, les armées victorieuses du peuple qu'ils protègent. Partout où elle établit un fonctionnaire , Rome établit aussi le culte des Castors. Dans les pays les plus éloignés, depuis Divodurum, sur les bords du Rhin, jusque dans une petite ville de la Mauritanie, des hommes comme Petronius et Saturninus prennent soin
(1) Catalogue, n° 86.
de rappeler plus ou moins directement par des ex-voto et des inscriptions que Rome, maîtresse du monde, conserve toujours la même reconnaissance et la même vénération pour les dieux qui, en l'aidant jadis à vaincre les Latins, ont assuré son existence et sa liberté.
Par la présence de Castor et de Pollux dans toutes les parties du monde soumis, on voit combien ces dieux étaient puissants et populaires. On le voit peut-être plus clairement encore quand on étudie les attributions nouvelles, pacifiques cette fois, qu'ont encore ces divinités guerrières qui promettent , apportent et annoncent la victoire. Leurs attributions sont aussi nombreuses, aussi importantes que leur culte est répandu. Tandis que celui-ci s'établissait dans l'Italie du Nord et dans l'Italie du Sud, à Rome même les Dioscures voyaient leur pouvoir grandir et s'étendre leur influence.