‹ Le culte de Castor et Pollux en ItalieChapitre 27 sur 89 · VII · texte numérisé non relu

VII

(5) Un jour Pollux tua d'un coup de poing un médisant qui l'accusait d'aimer son frère d'amour (Plutarque, De frat. amore, XI.)

Pulex Geminus, qui livra vingt-trois combats singuliers dont il sortit vainqueur, soit par C. Servilius Ahala, qui tua Spurius Melius, coupable d'avoir aspiré à la royauté (i). Sur ces deux deniers ce n'est donc que l'absence des Dioscures que Ton peut constater.

Cela même indique combien les souvenirs et les emblèmes de famille avaient peu à peu empiété sur le vieux type officiel. Néanmoins il subsista toujours : on le retrouve tel qu'il était à l'origine sur des deniers frappés au moment de la guerre Sociale. Au reste, si, à cette époque, les officiers de la monnaie représentent les Dioscures plus rarement et autrement que par le passé, les Romains n'en conservent pas moins à ces dieux leurs attributions commerciales et leurs vertus pacifiques. Du fond de leur temple, autour duquel ne cessent de se réunir les hommes d'affaires, de s'agiter les questions financières et de se conclure les marchés, Castor et Pollux surveillent et encouragent toujours la bonne foi du peuple qu'ils aiment.

Sous l'Empire, le type officiel des deniers d'argent a complètement disparu. Les bustes des empereurs remplacent la tête casquée de la déesse Roma, et si Castor et Pollux figurent encore sur quelques monnaies, ce n'est plus guère avec leurs attributs et dans leur attitude ordinaires. Ces dieux, ou plutôt l'un de ces dieux (car ils sont désormais rarement réunis) n'est représenté d'ordinaire que parce que l'empereur, dont on voit la tête au droit, a voulu s'identifier avec lui ; coutume renouvelée des Grecs : déjà, à Athènes, Démétrius Poliorcète et son père Antigone s'étaient fait appeler dieux sauveurs et représenter sous la figure des Dioscures (2). Rome et les provinces impériales perpétuèrent cet usage. Horace s'était contenté d'entrevoir Auguste assis à la table des dieux entre Castor et Pollux, et buvant avec eux le nectar divin. On fit mieux dans la suite. Sur une monnaie de Commode, l'empereur apparaît assis sur un rocher, un sceptre à la main, tandis que Castor, appuyé contre son cheval, se tient respectueusement debout devant lui (3). C'est encore avec ce dieu, qui présidait comme eux aux jeux équestres, que s'identifient Géta, Gallien, Postumus(4). Ce dernier est représenté vêtu de l'habit militaire , armé

(1) Voy. Beger, Thés, brand., t. II, p. 559; Havercamp, Âd. Morell. , p. 386-

(2). Beulé, Monnaies d'Athènes, 169. — Les deux fils de Xénophon étaient aussi comparés à Castor et à Pollux.

(3) Catalogue, n° 108.

(4) Md., n- 109, 110, 111.

d'une lance et tenant son cheval par la bride. Le mot Castor, écrit en toutes lettres à l'exergue, ne laisse aucun doute sur la volonté qu'a eue l'empereur de se faire passer pour le fils de Jupiter.

Quand par hasard les deux frères divins sont réunis, c'est encore pour représenter deux membres de la famille impériale, Ainsi ces deux bustes desDioscures surmontés d'une étoile, qu'on trouve sur une monnaie impériale de Tripolis, ne sont que les images de Commode et d'Annius Vérus (1). C'est encore Commode, et avec lui cette fois Antonin, qu'il faut reconnaître dans ces deux jeunes gens couchés sur un leclisternium , et tout semblables à Castor et Pollux (2). Sur une autre monnaie enfin , ce sont les fils de Gallien qui sont figurés avec le costume et dans l'attitude des deux jumeaux divins ; c'était une coutume très répandue et une flatterie très goûtée du maître. A tout instant les provinces donnent sur leur monnaie le nom de At&xxoupot et 2upioi Kdtëetpoi soit à deux frères de la famille impériale, comme Aurélius et Lucius Vérus, soit même à l'empereur et à l'impératrice, comme Marc Aurèle et Faustine la jeune (3). Jusque sur une pâte de verre du cabinet Stosch, on retrouve Caius et Lucius, les petits-fils d'Auguste, métamorphosés en Dioscures.

Nous voilà bien loin du type primitif des deniers de la République. On s'en éloignerait davantage encore, si l'on passait en revue toutes les monnaies des provinces impériales sur lesquelles apparaissent Castor et Pollux. On retrouve ces dieux identifiés non plus seulement aux empereurs, mais aussi à des divinités étrangères qui, en Orient, en Grèce, à Rome même, viennent s'associer et se confondre avec les Castors. Ceux-ci, comme les autres dieux de l'Italie, so sont nécessairement ressentis de l'invasion des cultes orientaux. Malgré cela, à l'époque de Juvénal, qui fait allusion à leur bonne foi, et sous le règne de Maxence, qui par hasard les associe sur des monnaies aux origines de Rome (4) les Dioscures sont, comme au temps de Postumius et de Pyrrhus, les dieux de la guerre et du négoce. Leur temple, toujours debout et pieusement entretenu, rappelle leur toute puissante intervention

(1) Catalogue, n° 134.

(2) lbid., 108, en note.

(3) lbid., n° 128.

(4) Sur cette monnaie , Castor et Pollux sont représentés de chaque côté de la louve qui allaite Rémus et Romulus. C'est le seul monument figuré qui donne à ces dieux une place dans l'histoire des premiers temps de Rome (V. le Catalogue, n° 113).

sur les champs de bataille; les textes, les inscriptions et les monuments figurés montrent qu'ils sont les dieux bienveillants de la mer; les dépots de toute sorte, argent, traités, testaments, dont, au second siècle de l'ère chrétienne, ils ont encore exclusivement la garde, prouvent qu'ils sont toujours par excellence, aux yeux des citoyens paisibles, des dieux pleins de bienveillance et de bonne foi, de loyauté et de vigilance.

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