II INTRODUCTION
frappé du nombre considérable et du caractère souvent étrange des monuments sur lesquels figurent Castor et Pollux. « S'il est un sujet important et difficile à traiter, écrivait en 1841 M. Félix Lajard (1), un sujet dont on puisse dire avec assurance qu'il touche par tous les points aux croyances religieuses de tous les peuples de l'antiquité , c'est la question de l'origine des Dioscures et des diverses modifications que subit leur légende primitive. » Et M. F. Lajard promettait sur ce sujet une étude qui ne parut jamais.
Si des écrivains modernes on remonte aux auteurs anciens, on ne trouve encore que des renseignements très rares et très insuffisants. Pour tout ce qui touche au fond même du culte des Dioscures , le textes sont à peu près muets. Sans doute , lorsqu'il s'agit de raconter les exploits merveilleux qu'accomplirent Castor et Pollux comme héros ou comme dieux , les récits , les détails et les variantes abondent. Les poètes chantent à l'envi les aventures des deux Tyndarides, leur naissance miraculeuse et leur mort alternative , leur voyage avec les Argonautes , leur amour pour les filles de Leucippe, etc. , etc. Les historiens, de leur côté , racontent la surnaturelle apparition de Castor et de Pollux à la bataille du lac Régille, et les secours qu'il apportèrent aux Romains dans d'autres circonstances analogues. Mais quelle importance avait leur culte , quels étaient le caractère et l'étendue de leurs attributions, voilà ce qu'aucun écrivain ne rappelle et n'explique. Avec les textes seuls on pourrait peutrêtre indiquer le rôle qu'avaient les Dioscures comme protecteurs des guerriers pendant la bataille (2), et des marins pendant la tempête. Mais comment prouver que ces dieux étaient en même temp3 des divinités funéraires , des dieux de la bonne foi et des transactions commerciales ? Est-ce Ovide qui nous aidera, lui qui ne voit dans Castor et Pollux que des héros jeunes et amoureux pour ses romans mythologiques ? Est-ce Cicéron, le philosophe, pour qui ces dieux
(1) Annales de l'Institut archéologique, 1841, p. 170.
(2) Les faits de l'histoire romaine étant très rarement représentés sur les monuments figurés , on ne s'étonnera pas si ceux-ci ne montrent jamais Castor et Pollux dans les circonstances où ils sont directement mêlés à un événement historique. Les monnaies seules font exception. Aussi est-ce à tort que , dans un bas-relief de la villa Albani représentant un cavalier debout près de son cheval devant un édifice (Catalogue , n° 184) , on a voulu reconnaître le temple de Castor et de Pollux et l'un des deux dieux apparaissant au Forum après la victoire du lac Régille. C'est un épisode de la vie des deux Tyndarides, la mort de Lvncce,que rappelle ce bas-relief.