VI INTRODUCTION
chant chaque soir le soleil , ce roi des morts , ce dieu de la mort , voyait la vie immortelle réservée aux bienheureux , les Aswins , qui l'accompagnaient, assistaient naturellement à ce spectacle sublime. Us devenaient donc en quelque sorte ce que seront plus tard Castor et Pollux , les dieux de la résurrection. Aussi étaientils véritablement, comme les appelle le Véda, les fils du Ciel et de l'air, ou de Dyu. C'est un titre que traduit exactement le mot Dioscures (1). Ainsi, ces deux couples de dieux n'avaient pas seulement les mêmes attributs, ils portaient encore les mêmes noms. Leur parenté est donc manifeste. Les Dioscures grecs et latins sont les descendants directs et les héritiers légitimes des Aswins védiques.
A côté de ces vieilles divinités , que d'ailleurs nous ne retrouverons pas en Italie , il en est d'autres , étrangères elles aussi et venues de l'Orient, dont nous serons obligés de signaler en passant les rapports avec Castor et Pollux , vu qu'on les rencontre unies et même confondues avec eux sur plusieurs monuments figurés. On Ta vu tout à l'heure pour Mithra; il en sera ainsi d'Isis, de Sérapis et des Cabires. Il nous faudra bien donner place à ces dieux dans ce travail , puisque les Romains eux-mêmes , à partir de la fin de la République , les laissèrent prendre pied dans leur cité religieuse, et s'identifier complètement avec quelques-uns de leurs dieux , avec Castor et Pollux par exemple. On connaît le système de tolérance et d'assimilation adopté par l'Empire romain à l'égard des. cultes étrangers. M. Amédée Thierry l'a fait très justement remarquer (2) : au moyen du symbolisme et des interprétations allégoriques mis en faveur par les Grecs , on chercha à rallier au polythéisme hellénique et romain , qui se confondaient de plus en plus , les autres religions , même barbares , quand elles présentaient quelques conformités avec eux. Partout où des rapprochements devenaient possibles , on se hâtait de les proclamer , tenant compte des rapports , glissant sur les différences , et concluant sans scrupule d'une similitude même lointaine à une complète identité. Le procédé fut appliqué non seulement à Rome et en Italie , mais encore dans les provinces conquises. Les généraux prétendaient reconnaître les dieux romains dans les divinités locales des pays qu'ils traver-
(1) Voyez Rig-Véda, trad. Langlois, t. IV, p. 280, 416, 478. Cf. Maury, Religions de la Grèce antique , t. I, p. 209. Le mot de Aiotncoupoi , Atoaxopoi signifie à la fois fils de Zeus et fils du ciel.
(2) Tableau de l'empire romain , p. 320 et suiv.