BIOGRAPHIE DE CASTOR ET POLLUX D'APRÈS LES MONUMENTS FIGURÉS
En Grèce, avant de devenir des dieux , Castor et Pollux ont été des hommes. Fils mortels de Tyndare, roi de Sparte, et de Léda, ils sont nés en Laconie (1) , se sont illustrés, l'un comme dompteur de chevaux, l'autre comme pugiliste (2), puis sont morts. « La terre féconde les recouvre dans Lacédémone, leur patrie (3), » dit Homère qui veut expliquer pourquoi du haut des portes Scées Hélène cherche vainement à découvrir ses frères parmi les guerriers grecs récemment débarqués. Ce n'est que quarante ans environ après leur mort (4), que Castor et Pollux, ressuscites et transfigurés par la légende, cessent d'être les Tyndarides pour devenir les Dioscures , ou fils de Zeus. Dès lors ils ont leur place dans l'Olympe hellénique.
En Italie , Castor et Pollux n'ont jamais été que des dieux. Depuis longtemps déjà les Grecs les avaient divinisés lorsque les Romains les adoptèrent et les introduisirent dans leur religion.
(1) A Thérapnae, selon Pindare (Isthm., I, 31); à Amyclœ, d'après Théocrite (XXII, 122) et Virgile (Géorg., III, 89) ; au pied du Taygète, suivant l'auteur de l'Hymne homérique (XXXIV, 4); dans une île voisine de Pephnos, s'il faut en croire Alcman (v. Pausanias, III, 26, 2).
(2) Homère , Odys., XI, 300.
(3) Iliade , III, 243-44.
(4) Pausanias, III, 13, I.
Il ne semble donc pas qu'il y ait lieu de raconter, à propos de deux dieux romains, la vie fabuleuse de deux héros grecs. Cependant, comme la plupart des attributs que les Dioscures ont à Rome en qualité de dieux leur viennent des exploits qu'ils ont accomplis en Grèce pendant leur vie mortelle, il faut bien connaître ces exploits héroïques pour comprendre l'origine et le caractère de ces attributs divins. Comme c'est aux divers épisodes de la vie des Dioscures que les artistes ont le plus souvent recours pour exprimer, sous une forme sensible, les idées religieuses que personnifient ces deux divinités , il faut bien, pour pénétrer le sens symbolique de ces représentations, pouvoir en donner d'abord la traduction littérale. Pourrait-on, par exemple, expliquer le caractère de dieux lumineux qu'ont sur un grand nombre de monuments figurés les deux jumeaux divins, le lien qui les unit aux deux astres qui éclairent le monde, et dont l'un se cache sous l'horizon quand l'autre commence à briller, si l'on ne connaissait leurs rapports avec les Leucippides, leur mort alternative et la légende qui les fait tour à tour monter au ciel et tour à tour descendre aux enfers ?
Voilà pourquoi nous avons cru devoir réunir dans un premier chapitre les principaux documents biographiques que connaissaient les Romains et qui se trouvent reproduits sur leurs monuments figurés. De la sorte, bien connus dès le début comme héros grecs, Castor et Pollux seront plus facilement étudiés comme dieux romains. La légende hellénique renferme presque tous les éléments du culte latin et souvent le laisse entrevoir. Semblable aux propylées des mystères d'Eleusis, elle ouvre les portes du temple.
Des amours de Léda, épouse de Tyndare, et de Jupiter métamorphosé en cygne (1), sont nés Castor, Pollux et Hélène, ou,
(I) Un grand nombre de statues, de pierres gravées et de peintures murales représentent les amours de Jupiter et de Léda. Les statues ont cela de remarquable, que toutes, sauf celle du musée Saint-Marc (Clarac, Musée de sculpture, III, n° 716, pi. 412), ont un caractère essentiellement chaste. Les artistes, cherchant avant tout à faire une étude de nu, représentent de préférence la première scène de l'aventure amoureuse , le moment où le cygne , poursuivi par l'aigle, vient chercher asile dans les bras de Léda. Cet oiseau, presque toujours plus petit que nature , n'est là que comme un accessoire qui ne doit pas nuire à la figure principale (voir Clarac, Musée de sculpture, III, n°* 710 et suiv.). Les auteurs de pierres gravées, et surtout les peintres de Pompeï, n'ont pas, en imitant de très près la plupart de ces statues , conservé à leurs œuvres