PAR LES MONUMENTS
En Egypte, chaque ville a son culte spécial, ses divinité locales, auxquelles on reconnaît une sorte de primauté , et la religion qu'on y professe prend ainsi une physionomie toute particulière. Amon est roi à Thèbes, Ptah à Memphis, Ra à Héliopolis. A Saïs, la première de toutes les divinités est Neit, que les Grecs ont assimilée à Minerve, et elle y tient une telle place que, comme nous l'avons vu, la ville même est désignée, dans le langage religieux,
par l'expression de ^^^^^ U ^^ 0» d®°^®^^® ^^ ^^i*-
Les deux idées sont assez intimement liées l'une à l'autre, pour que souvent les Grecs aient pu appeler Saïa la déesse elle-même^). Partout en effet, dans les textes, elle est dite
"^^ ^::=7 n ^, Neit, la grande, la maîtresse de Saïs, la
1) Pamanias, in Baeotic. p. 734. Cf. Cic, de Nat. Deor. III, 23
vache, la grande, la maîtresse de Saïs ^). Elle est si bien rame de la cite, qu'on peut dire qu'il n'est pas un monument Saïte ou provenant d'un Saïte, qui ne se réfère à elle et qui ne célèbre son nom.
Son empire n'est pas borné par les murailles d'une ville , c'est une déesse de nome, nous l'avons vu en analysant les inscriptions du tombeau d'Am^en. C'est ainsi en effet que commence la religion en Egypte, par une sorte de féodalité religieuse *). Chaque dieu fut d'abord maître chez lui, dans les limites de sa province, offrant l'hospitalité aux voisins, mais commandant sans conteste.
D'oîi venait le culte de Neit? La déesse avait-elle été apportée par les premiers colons qui, de l'étranger, par risthme de Suez ou par le sud de l'Arabie, peuplèrent la vallée du Nil? Ou bien était-elle déjà honorée par les peuplades autochtones, adonnées au fétichisme? Question insoluble assurément. Cependant certains indices laissent entrevoir une partie de la vérité. L'autorité de Neit s'exerce d'une manière générale sur le Nord de l'Egypte, et particulièrement sur la partie occidentale du Delta. La Libye, cette [contrée vague, qui s'étend vers l'Occident jusqu'aux Syrtes, semble également l'avoir reconnue. Or, les premiers Égyptiens, en s'établissant dans le pays, subirent jusqu'à un certain point Tinfluence des cultes en honneur chez les indigènes ou chez les peuples des contrées voisines.
Les Libyens, si l'on en croit le témoignage de la Bible, auraient été d'ailleurs de même race que les Egyptiens. Au chapitre X de la Genèse, v. 13, les O^Sn? sont énumérés
4) V. Brugsch, Dict. géogr. p. 660.
2) V. Maspero^ Revue de Thist. des religions, 4880.
avec les Ludim , les Hanamim , les Naphtuhim , les Patrùsim, les Casluhim, d'où sont sortis les Pelistim et les Caphtorim, parmi les enfants de Mitsraïm. M. de Rouge identifie les Lehabim de rÉcriture avec les Lubu
<=> J ^m des textes égjrptiens. Il pense en effet que
«la race à laquelle les livres hébreux appliquaient le nom de Mitsraïm s'étendait bien au-delà de l'Egypte» *). Les Libyens auraient été alors de la même famille que les Egyptiens. S'il en est ainsi, les deux peuples seraient venus à des époques différentes coloniser la côte septentrionale de l'Afrique, dont ils auraient occupé chacun leur part, les Libyens s'étendant vers l'Ouest, tandis que les Égyptiens couvraient les deux rives du Nil. Mais il est permis de supposer qu'en arrivant ils trouvèrent les uns et les autres des peuples autochtones ou qui avaient pris avant eux possession de ces contrées.
Les rapports de la Libye avec l'Egypte commencent au début même de la monarchie. La tradition rapportait que Menés avait eu à combattre ces peuplades guerrières habituées déjà à parcourir , à piller les districts du Delta voisins de leurs déserts; il les soumit ou du moins les repoussa et sut leur inspirer assez de terreur pour mettre les nomes de l'Ouest à l'abri de leurs incursions. Ils les reprirent sous ses successeurs et furent encore vaincus. Peut-être quelquesunes de leurs tribus furent-elles dès lors introduites, admises en Egypte, comme d'autres le seront plus tard.
Entre les deux peuples s'établirent des relations continues, que la proximité des deux contrées rendait inévitables et, par suite, des échanges, des emprunts. Toutefois la
4) Mém. de TAc. des Inscr. T. XXV, Mon. des 6 prem. dyn., p.
civilisation des Égyptiens était fort supérieure à celle du pays qu'ils avaient conquis, ils durent donc tendre à imposer leurs croyances plutôt qu'à accepter celles d'autrui.
L'assimilation faite par les Grecs de Neit à Minerve a beaucoup contribué à faire croire que cette déesse était venue de Libye. Mais cette identification est de date récente, et Neit était adorée en Egypte avant la construction des grandes pyramides. Il y avait en effet en Libye une Athênè locale, Tçirœvig, du lac Triton. A-t-elle passé de Libye en Grèce ou de Grèce en Libye? C'est là une question controversée entre les savants qui s'occupent de mythologie hellénique. Elle avait un caractère guerrier parfaitement déterminé. Hérodote (IV, 180, 189) rapporte certaines traditions et décrit certaines coutumes, qui ne laissent aucun doute à cet %ard.
Il n'en pouvait être autrement: car nous savons que les anciens Libyens étaient des peuples surtout adonnés à la guerre. Une fois introduits en Egypte, ils devinrent, ou plutôt ils restèrent exclusivement soldats. Or, la Neit égyptienne, que l'on représente quelquefois avec un arc et des flèches semble avoir, elle aussi, un caractère belliqueux. L'hiéroglyphe même du nome où elle régnait en souveraine,
^^ avec ses flèches croisées , fait njutre dans l'esprit l'idée
d'une divinité guerrière. Mais c'est là plutôt une apparence qu'une réalité. Ces attributs et cet idéogramme peuvent s'expliquer par son rôle solaire; ils figurent le rayonnement de l'astre ^l^\ ^) et s'appliquent à elle comme en
Grèce l'épithète à'exri^oXog, exarti/ioXog au dieu de la lumière, Apollon. La TqiTœvlg libyque, l'Athêné guer-
1) Cf. p. Pierret, Panthéon Egypt. p. 35.
rière n'a donc avec Neit que des rapports tout extérieurs, et il est impossible de se fonder là-dessus pour prétendre que les Egyptiens auraient emprunté aux barbares Libyens le culte primitif de la déesse de Saïs.
Cependant, voici un argument qui semble militer en faveur de l'origine libyque de Neit. On sait que, dans différentes tombes royales de la XlXe et de la XX© dynastie, reproduites par Champollion et par Lepsius ^) — comme celles de Séti I, de Eamsès II, de Meneptah hotp-hi-ma — sont représentés des types des principales races d'hommes, qui peuplent la terre. L'une d'elles, la blanche , est figurée habituellement par les Tamehu *) , au teint blanc, à la barbe blonde, qui sont les habitants de la Libye. Ils sont reconnaissables aux deux longues plumes qui ornent le sommet de leur tête, à la mèche de cheveux qui retombe sur le cou, un peu comme celle des enfants en Egypte, aux tatouages qui couvrent leurs membres. M. Brugsch a reconnu et signalé, dans ces tatouages, le nom même de la déesse Neit, inscrit sur la jambe et sur le bras gauches. En effet, non-seulement sur la planche annexée au 2e volume de sa Géographie, mais aussi
4) Champollion^ Monuments de l'Egypte et de la Nubie, pi. XXTV et CCLXXIII. Lepsius, Denkm. III.
2) ^ ^ ^ j, Var.] 1^ I ei.' « k I ^- Il ^k. X I §()• ^' ^^^ ^^ Tamehu, Bevéria dans la Rev. archéol. 4864, pp. 38 et suiv. Le général Faidherbe (Bulletin de la Soc. d'anthropologie de Paris, 4874, pp. 444 — 445) pense que le mot Tamabu a pour racine le véritable nom national des Libyens autochtones {arn) mais que les Egyptiens désignèrent par ce mot l'ensemble des Libyens indigènes ou Berbères et des peuples blonds émigrés dans le Nord de l'Afrique. — V* aussi : Piètrement , Ethnographie des Tamahu (Extr. de la Rev. archéolog.). Ebers, iEg. u. die Bûcher Mose's, compare Tmhu et Libu aux mots coptes: TU^^€, incendere, ardere et Xifi^, sitis.
dans les dessins publiés par ChampoUion et Lepsius^) le signe présente une ressemblance évidente avec l'idéogramme
ordinaire du nom de Neit Q. Brugsch en conclut que la
déesse adorée dans tout TOuest de la Basse-Egypte et spécialement dans le nome saïtique pouvait être également honorée d'un culte particulier chez les Tamehu de Libye, voisins les plus proches de ce nome %yptien.
Cette conclusion est parfaitement légitime. Mais si on va plus loin et si Ton soutient que les Libyens sont les initiateurs, on aflfeme sans preuves certaines; et même, d'après les probabilités et l'analogie, on paraît renverser les rôles.
Au sujet des tatouages observés sur les Tamehu^ M. Lefébure nous a suggéré une hypothèse ingénieuse. Les Egyptiens avaient coutume de marquer au fer chaud nonseulement les bestiaux qui leur appartenaient, mais aussi, en certaines circonstances, les prisonniers de guerre. Ainsi,
au grand Papyrus Harris, 77/5, Ramsès III dit: ® \^
«J'ai fait prendre possession à leurs chefs des forteresses qui sont à mon nom, je les ai faits chefs de troupes auxiliaires, chefs de tribus (ou: de corps de troupes); estampillage a été fait de leurs matelots à mon nom; il a été semblablement pour leurs femmes et pour leurs enfants».
1) Denkm. m, 136, tombeau de Seti I.
H pourrait en aVoit été de même pour les Tamehu, cites dans les tombes royales. Seulement, ceux-ci auraient été marqués, non pas au nom du roi, mais au nom de la déesse Neit, à laquelle ils auraient été attribués et consacrés comme une sorte d'offrande vivante, humaine, ainsi que les autres of&andes dont les souverains enrichissaient les temples des dieux au retour de leurs expéditions victorieuses. Si cette conjecture était vraie, les Tamehu seraient
devenus la chose, le bien de Neit, de véritables | i,
et cela par le fait de la conquête. Ils auraient pu être auparavant, dans leur propre pays, des adorateurs de la déesse de Sais. Mais rien n'autorise à penser qu'ils aient importé son culte en Egypte à des époques antérieures ^).
Quelle que soit d'ailleurs son origine, Neit est unedéese bien à part, dont le domaiae dut être au début exactement déterminé et délimité au moins en Egypte, si l'on admet qu'il se soit étendu plus loin vers l'Ouest. C'est une personnalité divine qui semble bien tranchée et distincte, qui ne devait point se confondre tout d'abord avec les autres déesses.
Malheureusement nous manquons de renseignements sur
4) E. de Rongé ^ Mém. sur les attaques, Rev. archéol. 4867, H, p. 82, après avoir constaté que remblème de Neit paraît tatoué sur les bras et les jambes des Tamehu typiques, ajoute: Ce symbole est très significatif; il établit un trait d'union entre ces peuples et les parties occidentales de la Basse-Egypte, et annonce les rappoiis originels entre les deux populations quant à leur principale divinité féminine. Quelle que pût être la source primitive de ces rapports, il demeure certain que la race antique occupant le Nord de TAfiique servait de type aux artistes égyptiens pour figurer les Tamehu
On voit que M. de Rougé ne faisait que poser la question et ne tentait même pas de la résoudre. U constatait simplement les rapports originels des deux peuples. Etre plus affirma tif, dans Tétat actuel de la science, c'est s'engager trop hardiment sur le terrain de la pure hypothèse.
les débuts des cultes locaux. Lorsque les monuments viennent nous apporter quelques données certaines, quelques lumières encore bien faibles , la fusion entre les types divers est déjà à peu près accomplie et il devient difficile de distinguer avec netteté les linéaments propres à chaque figure divine.
Sur Neit en particulier, les documents anciens fournissent peu de chose. Point d'hymnes qui soient spécialement consacrés à la célébrer. Elle est souvent mentionnée dans les textes hiéroglyphiques, mais avec trop peu de détails pour qu'il soit possible de recueillir sur elle et sur son culte des informations très précises.
A l'époque Saïte seulement, c'est-à-dire en des temps relativement très modernes il nous est donné, grâce à la statuette naophore , de pénétrer dans son sanctuaire et d'en surprendre quelques secrets. L'Egypte par bonheur est de pays conservateur par excellence. Sans affirmer absolument que rien n'y change, on peut remonter sans trop de chances d'erreur du présent au passé, ou d'un passé plus récent aux siècles les plus lointains. Les temples reconstruits au temps des Ptolémées reproduisent des légendes religieuses qui datent des premières dynasties, de plus haut peut-être.
Nous serons donc autorisé, par analogie, à induire les idées, le culte antiques, d'après les idées et le culte plus modernes. L'étymologie du nom nous offiira des indications précieuses. Avec ces données d'ordres divers, nous tâcherons d'éclairer quelques points obscurs de la religion %yptienne.
Un grand nombre des divinités de l'Egypte paraissent se rattacher aux vieux cultes fétichistes qui durent être en honneur parmi les populations autochthones. Ce sont les animaux sacrés qui établissent le lien naturel entre les formes toutes matérielles de la religion primitive et les personni-
fications plus relevées de la religion nouvelle. «En effet, l'Egypte ancienne a rendu un culte aux animaux , et chaque nome avait à cote de son dieu-homme un dieu-bête qu'il offrait à la vénération des fidèles. Thot était un cynocéphale ou un ibis, Hor un épervier, Sovkou un crocodile, Harmakhis un sphinx à corps de lion et à tête humaine, Amon une oie de belle venue , Anubis un chacal. Tous ces animaux furent adorés d'abord en tant qu'animaux, les uns comme le lion, le sphinx, le crocodile, parce qu'on les craignait et qu'on leur reconnaissait une force, un courage, une adresse supérieure à celle de l'homme; les autres, comme le bœuf, l'oie, le bélier, parce qu'ils rendaient service à l'homme et lui faisaient la vie plus facile. Plus tard l'idée première se modifia, au moins parmi les théologiens, et l'animal cessa d'être le dieu même, pour devenir la demeure, le tabemaxjle vivant, le corps, dans lequel les dieux mettaient pour ainsi dire une parcelle de leur divinité. L'épervier fut l'incarnation de Hor et non plus Hor lui-même, le chacal et le bœuf furent l'incarnation d' Anubis et de Ptah et non plus Anubis ou Ptah en personne. Dès lors , les dieux furent représentés indifféremment sous leur forme bestiale ou sous leur forme humaine, souvent même sous une forme mixte où les éléments de l'homme et de la bête étaient combinés selon des proportions diverses» ^).
Il n'en est point ainsi pour la dame de Saïs. Tandis que Maut est un vautour, qu'Isis et surtout Hathor sont figurées par une vache ou par une femme à tête de vache, Se;fet ou Bast par une lionne ou ime chatte, elle conserve toujours la forme humaine et ne consent point à incarner
1) MasperOy hist. anc. des peuples de l'Orient, éd. de 1886, p. 28.
sa toute-puissance dans un animal choisi pour la représenter sur terre. Quelquefois il est vrai les monuments l'identifient avec la vache Meh-ur-t, la grande pleine. Mais ceci provient évidemment de ce quelle a été confondue, à partir d'une certaine époque, avec les autres déesses considérées comme mères du soleil; et c'est une manière de rendre symboliquement l'idée de maternité; il s'agit d'un hiéroglyphe, d'une sorte d'idéogramme et non point, comme pour les taurelEiux sacrés de Memphis et d'Héliopolis, l'Ibis de Sesunnu, le bouc de Mendès, de l'incarnation de la divinité dans un animal où son âme vit emprisonnée. Strabon ^) rapporte à la vérité que les Saïtes, comme les Thébains, honorent spécialement le bélier. Mais si cet animal fut vénéré des Saïtes, c'était sans doute à cause d'Osiris et non de.Neit, divinité essentiellement féminine et que nous ne voyons nulle part en rapport avec le bélier, forme ordinaire de Chnum et d'Amon. D'ailleurs, c'est là un renseignement de date très moderne et les textes anciens ne nous apprennent rien à ce sujet.
Ainsi Neit n'a point à côté d'elle, dans son temple, de forme bestiale en qui son esprit descende et s'enferme, ainsi que Ptah, Thot ou Osiris. Elle est femme et mère, parcequ'elle est la nature féconde, qui produit et se renouvelle sans cesse. Sa figure, ses attributs sont toujours ceux qui conviennent à l'humanité idéalisée, comme dans la religion hellénique. Il ne reste autour d'elle aucune trace de fétichisme; elle personnifie une conception d'ordre très élevé, qui ne semble avoir rien de commun avec les superstitions grossières des peuplades indigènes.
Si Neit a une personnalité locale bien définie, elle ne
4) Strah. 690, 23 (éd. Didot).
demeure pas pour cela isolée dans son unité et dans sa grandeur. Elle est hospitalière, elle donne volontiers asile auprès d'elle aux divinités des autres nomes. Peut-être n'en fut-il pas ainsi aux temps primitifs , où le patriotisme local devait être plus exclusif, où les prêtres d'un temple considéraient comme inférieures, si non comme ennemies, les divinité des villes rivales. A l'époque Saïte, lorsque depuis longtemps ) grâce à des concessions réciproques et à des compromis de toutes sortes, on était arrivé à faire une seule religion de tant de religions diverses, la demeure d'un grand dieu en abritait toujours d'autres.
En décrivant les monuments de Saïs nous avons montré que Neit y était entourée de nombreuses divinité parédres. Ma, âeta, Isis, Bast^), Ra et Tum. Osiris Hemaq, Osiris du Ha4'X^b en était la principale. Toutes avaient des sanctuaires compris dans l'enceinte du grand temple de celle qui était la mère des dieux. Osiris lui-même, malgré l'universalité de son culte, n'était, à Sais, qu'un dieu secondaire, un dieu fils, et Neit semble passer avant lui dans la vénération des Saïtes. Remarquons d'ailleurs que ses trois derniers parèdres, Ra, Tum et Osiris ne sont autres que trois des formes principales du Soleil, à midi,, au soir et après son coucher. Il faut y ajouter encore Horus, le soleil levant, que l'on voit dans certains groupes figuré deux fois à côté d'elle, à sa droite et à sa gauche,
4) Le Todtenhuchy c. CXLV, 1. 84 — 82, parle aussi des dieux Khatii et Sekhet dans le sanctuaire de Neit.
Les chapelles de tous ces dieux étaient, comme on le voit à Dendera pour les parèdres d'Hathor, des chambres isolées du reste de Fédiûce et formant, autour de celui de la divinité principale, un groupe qu'aucune communication particulière ne reliait au reste du temple. Y. Mariette^
Dendera, p. 465. Ce sont ces chambres que Ton appelait ' j^ ' mystérieuses. Cf. statuette naophore et plus haut, p. 34.
comme son fils ^). Et en effet Neit est le plus souvent qualifiée: Q ^^ ] >[N> N. la grande, la mère divine '^ ^ |, la mère de Ra; (| ra ^ d] O, lavax^he qui enfante le Soleil; et elle est représentée, dans ce rôle de mère, sous la forme de la vache Meh-ur-t % î^j
la grande pleine').
Lorsqu'elle affecte la forme humaine, — et c'est le cas le plus fréquent, — son attribut le plus ordinaire est la
couronne rouge S/, qu'elle porte comme étant spécialement révérée à Saïs , dans le Nord , dans le Delta. Elle paraît tr^-fréquemment aussi , k tête sannontée de l'hiéroglyphe
de son nom: U ^^ 5> ®t portant à la main, comme les autres déesses du Nord, le sceptre terminé par une fleur de papyrus: j )•
Les quelques renseignements que nous possédons sur les détails du culte de Neit proviennent de monuments de très basse époque, ptolémaïques ou romains. A ce titre ils pourraient passer pour ^suspects si l'on n'avait pas reconnu d'une manière générale la vérité du principe que nous avons posé plus haut, à savoir qu'en Egypte les textes les plus jeunes reproduisaient le plus souvent des conceptions beaucoup plus anciennes.
Ce sont les temples d'Edfou, de Denderah, d'Esné qui
1) L'un des Horus est plus grand que Fautre , c'est *A/»rff/»/ç; l'autre, plus petit, est ïjar-pe-chrat.
2) Sebek, qui est souvent rapproché de Neit dans les Inscriptions monumentales, devait avoir au moins une chapelle dans le voisinage de son sanctuaire.
3) Voir dans l'Appendice la note sur les représentations figurées.
nous fournissent ces indications précieuses. On sait que, dans certaines parties de ces temples, se trouvent répétés, à plusieurs exemplaires présentant des variantes entre eux, des tableaux où Ton voit s'avancer en longues files les nomes de la Haute et de la Basse-Egypte; chacun d'eux est figuré par un personnage qui porte des insignes spéciaux, et qui est censé présenter au dieu principal du temple l'hommage et les oflFrandes du nome dont il est le représentant. Un texte placé au-dessous de lui sert de commentaire explicatif de l'action accomplie par le personnage. Ailleurs ce sont des calendriers qui donnent, par mois, la série des fêtes solennisées non-seulement dans le temple où ils sont gravés, mais aussi dans d'autres grands centres religieux de l'I^pte.
Ainsi nous savons qu'il y avait deux fêtes principales de
i — I Neit: la pan^yrie et l'exode <^. Ce sont là sans doute
les deux solennités mentionnées dans le grand texte du temple d'Edfou qui indique, pour le nome Saïtique, le nom de la grande déesse, du prêtre et de la prêtresse, des arbres sacrés , de la barque , des canaux et des localités qu'on
a coutume de mentionner. U y est dit en eflfet: ^^^ "^
^^ j <à> .== ^^ n <=> ^ n <=> eUes auraient
donc été célébrées le 1er du 3^ mois et le 1er du 4e mois de la saison de per ou des semailles (Phamenoth et Pharmuti) ^). Ailleurs, et surtout dans les inscriptions d'Esné , il est bien fait mention d'autres fêtes de Neit, soit sous son propre nom, soit sous le nom local de Nebuu; mais nous verrons que
1) Bricgsch, Dict. géogr. Supplém. p. 1366. — J, de Bougé ^ Inscr. recueillies à Edfou, T. II.
la conception religieuse d'Esné est toute diflférente de celle de Saïs : et c'est à cette dernière seulement que nous avons voulu consacrer le présent travail. Cependant quelques-unes des nombreuses fêtes dont il est question au calendrier d'Esné étaient peut-être * communes aux deux villes et aux deux temples: celle du 27 Choiak par exemple, le mois spécialement consacré à Osiris, où il est dit: ^<SP r^ *4=* ""**"
fête de Neit: ouvrir les portes dans les grandes demeures et dans celles de ses dieux parèdres. Faire sortir processionnellement cette déesse avec le paut de ses dieux parèdres;
— celle du 20 Tybi: ^ ^^ "^ § ^U v-3>' *^ ^
—H— I ^ ^ © > ^ête de Neit grande maîtresse et de Hika; fête de son fils dans Saîs; — celle du 3 de Pharmuthi, surtout: TT ^ TJ ^ ^= t ^^ i^ ^ procession de Neit et de Hika au moment du matin. Et le texte ajoute: KSP \^ 1 ^ ^
-■ 1 (fi ^oJT? -5.-11 T^ =
. rs ^^ ^ r\ rK^ Fête aufçuste de cette déesse. Célébrer
la divine naissance de Ra dans ce jour; célébrer la divine naissance d'Horus à la fête de la Lune de ce mois. ^).
Il faut citer encore la fête du 13 Epiphi, où Neit se montre donnant de nouveau la naissance à son fils Ra').
4) Brugschi Mater, pour servir à la reconstruct. du Calendrier, pi. Xn, col. 44.
2) V. Brugseh^ Drei Fest-Kalender , p. 23 et suiv. et Matériaux pour servir à la reconstruction du Calendrier Egyptien, pi. X à XIIL
Mais tous ces textes sont trop peu explicites pour que Ton puisse aflfemer qu'il y ait eu coïncidence, aux dates citées, entre les cérémonies d'Bsné et celles de Saïs. Cette dernière ville est nommée une fois seulement; encore s'agit-il non pas de Neit elle-même, mais bien de son fils, c.-à-d. sans doute d'Osiris *).
L'inscription d'Bdfou nous apprend encore que le prêtre
qui pr&idait au culte de Neit avait pour titre: U y [1
J^ ^^ V r ^^ ^^^^ ^® ^ double demeure qui accomplit les cérémonies pour son ka (en l'honneur le l'âme de la déesse résidant dans le temple). Quant à la prêtresse, elle
est qualifiée: ^^^ J) f T ^.. ^ ^ grande du sistre, ou: qui agite le sistre devant sa face (la face de Neit). Nous parlerons plus loin du titre de ^^^ <-^ que portèrent plusieurs Saïtes célèbres, entre autres le personnage que représente la statue naophore du Vatican.
La stèle C, 218 du Louvre*) contient, sur les titres sacerdotaux de Saïs , quelques indications à recueillir. Celui auquel elle fut dédiée , Khemmes surnommé Kanro , citoyen
de Saïs (| -^ g f -Ç; ^ I était ^ ^ '^ /wvwv ^ <=r=> ^ n maître des mystères du ciel, de la terre et de l'enfer, titre qui est probablement résumé à la fin du même monument par ces mots: ^ ^ ^H c=.
Un w m ™^*^ ^^ mystères dans le temple de Neit.
1) Les fêtes d*Osiris sont détaillées avec beaucoup plus de soin et distinguées très exactement dans le texte de Dendera (Mariette, pi. lY, 35—39), traduit par M. Loret, Rec. de travaux, III, IV et V.
2) V. Pierret, Inscr. du Louvre, 2« part., p. 434 et suiv.
^ iiil^ I rDn®oiii<z:>iiilî^i
3^ ^y fonctions qui ne se rapportent pas, croyons-nous,
au palais du Pharaon, mais bien à ces deux parties annexes du temple de Neit, dont il a été question plus haut et où se faisaient d'importants travaux de tissage; il faudrait donc traduire: scribe royal dans la maison du Midi et dans celle du Nord, chargé de l'enregistrement (ou: du compte) des travaux exécutés dans ces deux maisons ; chef des choses qui y sont faites. C'est là une titre bien particulier à Saïs , puisqu'il se réfère à deux divisions connues et souvent citées du temple de Neit. Enfin, le même Khemmes est
qualifié encore de: ^ i^^Mi^SiS^îS bouche des deux bras , c-à-d. commandant l'action des servantes de Neit (trad. de M. Pierret). Cette dernière désignation nous fait connaître en même temps le nom des femmes employées sans doute à des ouvrages matériels dans le temple de Saïs. D'un rang plus élevé étaient évidemment celles qui, comme la mère de Khemmes, Anit , s'appellent
! h I vwsAA A ^ prêtresses chargées du sistre d'Isis. Elles
devaient former un groupe, un collège à la tête du quel se plaçait celle dont nous avons trouvé le titre à Edfou :
Une statue naophore du Vatican, celle de Psametik-Senb
^ J^ m^\ <S>^ i' ^P^^ ^ ^^^^^^ nombre de fonctions civiles et religieuses que le titulaire remplissait auprès du roi dans le palais, relate le titre de y \JÏ\ ^^ ^
suivi de ^^ x fils pur et de ^^ ^ *). Plusieurs statues de l'époque Saïte, à Florence, à Naples, à Berlin, au Louvre, mentionnent ces mêmes fonctions de y
Hdd
^ que Ton est tenté de traduire par: chef des demeures de Neit. M. Wiedemann pense qu'il s'agit ici, non des temples de Neit, mais des palais royaux: car on trouve quelquefois la formule en question remplacée sur des monuments analogues par celle-ci: Jy V t qui ne saurait
laisser de place au doute*).
Cependant l'inscription du tombeau de Ra neb taui (Denkm. H, 149) semble bien citer une fonction se rapportant au culte de Neit, lorsqu'elle nomme ce personnage
contemporain d'un roi de la Xle dynastie: Y nn ^ V
t^ ^v ^ surveillant du temple de Neit , prêtre du support avec l'arc et la flèche '). Ces attributs qui appartiennent précisément à Neit, qui* figurent comme insignes de son nome et constituent pour ainsi dire, ses armoiries, ne permettent guère de douter que l'expression qui précède n'ait paiement trait à la même déesse. D'ailleurs, dans une autre partie
de l'inscription de Psametik-senb lui-même, le titre y uU ""^ ^ est suivi de celui-ci qui a un caractère évidemment
religieux ^ "^^ f.^,^ ^ et qui pourrait bien contenir une allusion au temple de Sais: car la statue naophore étudiée par M. de Rougé, dans un passage que nous
1) Wiedemann j dans le Rec de trav. Vie année, p. 119.
2) y. plus loin, même chapitre.
avons cite (p. 84), dit justement que la demeure de Neit c'est un ciel dans toute sa disposition M M f==5 d ^ ^^
Il y avait des | V de Neit, comme des autres grandes
divinité. Déjà les inscriptions de l'Ancien Empire en font foi et elles montrent que ces hiérodules comprenaient des hommes et des femmes. Us étaient probablement divises
en plusieurs classes comme nous le voyons pour les | V i des autres dieux, où trois degrés au moins sont très-souvent mentionnés. Ce titre de | se trouve joint quelquefois, à l'époque Saïte, avec celui de | [01, par exemple dans l'inscription gravée à gauche du naos dans la statue de Pefanelt .„ Vati».: f [g ] f "T H (| ™ ^
. i^ . "sr jj.
D'après le grand tableau du sanctuaire d'Osiris bâti sur la terrasse du temple d'Hathor à Dendera, le prêtre envoyé pour représenter Sais dans la procession solennelle est
désigné par ce titre: ^^^ x ^ qui se rapporte au culte
d'Osiris, mais il porte pour insigne l'arc sur un support
qui devait être une des marques distinctives du
sacerdoce de Sais. La barque sacrée que cite la grande liste géographique
1) n est vrai qu*il s'agit id d'une figure de style; mais elle pouvait avoir passé dans les habitudes du langage local.
d'Edfou est dite ^ |5 ^ ^ I f -^ ^ la
grande maîtresse qui aborde dans la localité nommée Bah. Les arbres sacr& du jardin sont le ien (acacia) .... et le sycomore dans la demeure du S. et la demeure du N. *)
ss ç I n o jp = " T 2 :;■
Les of&andes apportées par le nome Saïtique du Nord, d'après les Inscriptions déjà citées, ne nous font rien connaître de nouveau. Il vient, disent-elles avec une table ou
autel ' déterminé par ce signe ^\/\ ^ (Duemichen, I.
géogr. pi. CXI) ou un autre différent de forme (pi. LXXI)
et il oflfre des choses vagues : ^^ "^^ ^. c=z 1 A ^3
ou bien ^^^ i^ ^^ i qui ne sont nullement
caractérisées comme des productions spéciales d'une région ou comme des substances particulièrement consacrées à telle ou telle divinité. H en est de même dans la liste des nomes
de Philœ, où le Ve pr&ente It'^.TZ^ f^
*^*^ H 55 î ' ' * les substances du nome Saïtique septentrional avec ses choses excellentes.
Du reste, si ces différentes Inscriptions ne fournissent pas de notions bien précises sur le culte de Saïs, elles contiennent du moins des qualifications intéressantes de la déesse Neit, que nous examinerons plus loin.
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4) Ces désignations de n ^ et de oc:>< ® devaient non-seulement s'appliqner à deux grandes divisions de l'enclos compris sous la dénomination générale de JiJ ^ M, mais comprendre à la fois des constructions et des jardins.
Dès le temps des premières dynasties, le culte de Neit était très répandu, et la déesse avait déjà des sanctuaires dans plusieurs localités de l'Egypte; c'est ce que les monuments nous permettent d'affirmer d'une manière formelle. En effet, son nom paraît souvent dans les inscriptions des tombeaux les plus antiques à Saqqarah, àGizeh, où l'on a retrouvé les premières nécropoles memphites. Nous avons cité le plus ancien de tous, celui d'Am^en, fonctionnaire de Snefru (III® dynastie), lequel était gouverneur (?) du notne de Neit (Neit-hesep).
Dans les tombeaux de l'Ancien Empire , (IVe, Ve et Vie djmasties), nous rencontrons à chaque pas des prêtres et surtout des prêtresses de Neit. La plupart des femmes des principaux personnages, revêtus eux aussi de titres sacerdotaux, sont vouées au service de Neit ""^ ^^ | y En même temps, elles portent très souvent le titre de prê-
tresses d'Hathor ^ | V, et ces titres semblent corrélatifs: l'expression nuter hon | y est fréquemment placée
entre les noms des deux déesses, se rapportant à la fois à Tune et à l'autre; Neit est nommée quelquefois la première, l'ordre est du reste variable *).
4) On serait tenté de croire que Tune désigne alors la divinité du Nord et l'autre celle du Midi, comme plus tard Uat* et Ne;ceb sont opposées
avec la même signification. Mais le nom d*Uat' î l/n se trouve lui-
même sur des monuments de la V^ dynastie (Inscr. des rochera d'Ouady- Maghara). Neit et Hathor représenteraient plutôt, croyons-nous, la déesse de rOccident et celle de TOrient. M. de Rougé (Monum. des 6 premièi^es dyn. p. 229 du vol. des Mém. de TAc. des Inscr.) a remarqué que le culte d'Hathor s'étendait vers TE. jusqu'au mont Sinaï et que les Egyptiens lui attribuaient aussi la souveraineté divine des Punt. Les deux divinités se
Ces qualifications se trouvent, par exemple, sur les monuments de Chafra-an;t', de Ra-n-;^u, de Mer-ab, de Pehen-u-ka, de Persen, de Seâa, de x^mes et d'autres, dont il serait inutile de donner ici la longue et sèche énumération^). La culte de Neit était si bien fixé dès lors dans tous ses détails , que la femme de Pehen-uka, T'efat-sen
w! ^^ ^ "^^^^ ®®* ^^^' prêtresse de la couronne de Neit, jj ^ Wg^ •] J.
C'était sans doute , ainsi que Ta remarqué M. Pierret *) , une prêtresse stéphanophore , chargée de porter la couronne de la déesse dans les cérémonies solennelles, comme nous voyons des canéphores à l'époque ptolémaïque. Elle-même, en signe de sa fonction spéciale, est représentée, le fix)nt ceint d'une couronne très-omementée.
L'ouvrage de Mariette sur les Mastaba fournirait une moisson non moins abondante d'indications analogues à celles que nous venons de puiser dans le grand recueil de Lepsius. Nous nous bornerons à mentionner le tombeau de la dame Hotep her-s, la stèle de Raneb nefer-t, femme de Ei-i, celle de Nub hotep, femme de Tep-m-an;^, etc.*). Il serait oiseux de vouloir insister davantage*).
feraient ainsi à peu près pendant, Tune dominant sur la partie orientale de TEgypte et les contrées voisines, Tautre sur la partie occidentale et également sur les peuples avoisinants.
1) V. Lepsius, Denkmaeler, Abth. H, pi. 40, 15, 20, 46, 83, 87, 109, etc.
2) Cours du Louvre, 1884.
3) Mariette, Mastabas, pp. 90, 162, 201, etc.
4) Nous remarquerons encore cependant qu'à la pi. ISdesDenkm., tomb.
de Ran^a-u, on trouve, pour sa femme, la mention suivante: 1 ^
déterminatifis du nom de Neit se trouvent réunis
D'autre part, sur le couvercle de la caisse inférieure du sarcophage d^Apa'anxu, (IVe dyn.) découvert à Saqqarah, au milieu d'un texte religieux fort obscur, on remarque une longue invocation , où le nom de Neit reparaît plusieurs fois. Il s'agit de la déesse personnifiant la lumière et symbolisée par l'œil, dans lequel Horus repose et se cache comme dans son corps. Cette déesse est invoquée en ces
V raH
termes, sous différents noms: fil Q
ô Neit, ô Annun, ô^ grande, ô grande des forces magiques, ô Nesert, accorde que les blessures que pourra faire cet Apa-an;j'U soient comme les blessures [que tu ferais toi-même]. Le texte continue en disant: «Accorde-lui d'être vénéré comme tu es vénérée, accorde que soit acclamé le nom de cet Apa-an;fu comme est acclamé ton nom; accorde qu'il soit aimé comme tu es aimée; accorde qu'il ait son sceptre ab parmi les vivants, accorde qu'il ait son sceptre makes parmi les mânes, accorde que prospère son glaive contre ses ennemis.» Après d'autres développements d'un caractère semblable, la même invocation se représente encore: ô Neit, ô Annun, etc. Et la suite du texte présente ce passage curieux, où est exprimée la double génération du dieu par la déesse et de la déesse par