‹ Le culte de Neit à SaïsChapitre 14 sur 25 · AA/V\/VA II O C · texte numérisé non relu

AA/V\/VA II O C

cipales de l'Egypte, il est dit: ^ s ,i== Q^ j^ £7^

Q Q ^^ 5T| tu es Neit, qui combat pour son fils, le protégeant lorsqu'il paraît avec (ou: dans) son corps. A Philœ, elle est appelée ça "^ ^37 ''^, et s'adressant

à Osiris, le texte ajoute: [^ ^^ ^ ^ Sî ^ H

^ ^ ^ S\ ^ (C il i i' ^^'^ '^j^'^'^i ^

membres par la flamme et par l'eau, te faisant recevoir le

sa (là protection divine) dans la plus pure des demeures ').

Ces notions ne s'éloignent pas sensiblement, on le voit,

de celles que fournissent des textes beaucoup plus anciens.

1) Duemichen, Insc. géogr. pi. 89.

2) Brugsch, Dict. géogi\ 1366.

3) Un texte d'Edfou cité par Brugsch, Drei Fest-Kalender , pi. X, col. 8, donne à notre déesse un titre que nous n'avons rencontré nulle part

ailleurs: ^ ^ XJ csS2r> ©t que Brugsch traduit par Œfifnerin der

Seen, celle qui ouvre les lacs, en ajoutant l'expression d'un doute (?). Est-ce là une allusion au lac de Sais, ou à l'inondation, ou faut-il comparer l'expression avec celle de \jf ^^ ^-^ ^^-j^ que nous avons relevée [sous l'Ancien Empire??

Nouvelle preuve de la fixité des idées religieuses. Les expressions diflPerent, mais les idées sont les mêmes. Tout cela pourtant ne nous apprend rien qui caractérise proprement Neit, qui la distingue des autres déesses. Celles-ci en effet portent, sur un grand nombre de monuments, des titres non moins relevés. Ainsi, pour n'en cit^r que

quelques exemples, Isis est dite: '] \\^ /www v^ '] MA ^ 1 iïj ^ , divine mère d'Horus , commencement des divins enfantements ^). Hathor est non seulement, elle aussi, u ITI w^ "^ ^^ ni n ""^^^^ ça, la vache grande qui enfante le soleil, mais elle affecte le rang de divinité primordiale, lorsqu'elle est saluée: ^ "^ ^ fil P 1 1 1 Sm ' ^^ grande, qui enfante tous les dieux. A Dendera, un titre plus considérable encore , l'assimile au dieu solaire lui-paême :

®-=^°"'^^'''^ï-^, soleil féminin,

maîtresse du ciel, régente de tous les dieux, devenue au commencement^). Elle représente donc alors le dieu égyptien, dans son acception la plus haute; et cela est si vrai,

que le temple de Dendera est appelé: '-p <^32- ^ p , demeure de l'unique (au féminin).

Nous avons vu également, aux époques les plus reculées, dans les textes des pyramides, sur le cercueil d' A paan;jfu, etc., ces mêmes déesses et d'autres encore placées au même rang et sur] un pied d'égalité absolue avec Neit. Cela suppose un travail d'assimilation, d'égalisation entre

1) Mariette, Monuments divers.

2) Pierret, Cours de 1883.

les divinités locales, qui a du s'opérer en partie dès les premiers siècles de la monarchie ^ptienne, qui peut-être même avait commence plus tôt , et qui s'est terminé au temps de la grande centralisation officielle, définitivement réalisée sous les monarques thébains. Dans le principe, chaque ville eut sa divinité propre répondant à l'état intellectuel et moral du temps et du milieu dans lequel elle avait pris naissance. Plus tard, ces notions diverses, formées isolément et dans des conditions variées, arrivèrent à se mélanger, à se fondre dans une certaine mesure, pour former un amalgame souvent disparate dans les détails, plutôt qu'un ensemble harmonieux et complet.

Sous l'influence des doctrines étrangères, apportées par les Orientaux, puis par les Grecs, ce travail de fusion fut poussé plus avant encore. Un certain sentiment d'émulation, de rivalité, une sorte de patriotisme local poussait les prêtres de chaque sanctuaire à ne point reconnaître la supériorité du dieu adoré dans le sanctuaire voisin, par conséquent à relever chaque jour davantage la dignité et la grandeur de celui qu'ils représentaient sur la terre. D'autre part, des idées philosophiques, puissantes et fécondes, comme celles que l'on découvre au fond du culte Saïte, exercèrent une attraction naturelle sur les esprits sérieux, capables de méditation et de progrès.

Lorsque se fut dégagée avec une entière clarté pour tous la notion du principe féminin, avec les conséquences cosmogonîques que la réflexion devait nécessairement en tirer, on ne put s'empêcher d'accorder à toutes les grandes déesses une part commune, ^ale, dans l'acte de la création. Pour cela, il fallut les identifier, sans tenir compte de leurs attributs spéciaux, de leur personnalité primitive.

Ainsi elles furent toutes établies au même plan ; et chacune d'elles fut, pour ses dévots, non-seulement la mère du soleil et la mère de tous les dieux, mais encore la divinité primordiale, et le principe même de l'existence du monde. Cette unification, procédant d'une pensée très lai^e assurément et très élevée, fut le dernier terme et comme le couronnement de la grande synthèse, dont nous avons parlé plus haut.

Le culte de Sais semble avoir eu, comme le donne à entendre Hérodote et aussi la statuette naophore , un caractère particulièrement mystérieux.

Dans le grand Papyrus magique , traduit par M. Birch ^), on lit: «I am the seat of Neit, hidden in the hidden, concealed in the concealed, shut up in the shut up, unknown I am knowledge». Quelles sont les raisons de ce secret si soigneusement gardé? Nous les avons déjà laissé entrevoir. Les prêtres des autres temples n'étaient point d'humeur à humilier devant le trône de Neit la majesté de leurs dieux; et, comme les intrigues ne leur coûtaient pas plus que les miracles, une coalition redoutable aurait pu menacer l'ambition tyrannique de cette déesse et les prétentions exagérées de ses fidèles. Voilà pourquoi ils dissimulaient prudemment sa doctrine, n'en révélant l'essence qu'à un petit nombre d'initiés, préparés sans doute par un long noviciat et par de difficiles épreuves. Ceux-là seulement, comme plus tard Cambyse et Darius, et comme auparavant les rois Saïtes, pouvaient se vanter de con-

1) Records of the past, T. VI, pp. 423 et sqq. N'ayant pas le texte lui-même à notre disposition, nous avons cru devoir reproduire la traduction de M. S. Birch.

naître réellement «la grandeur de Saïs», ^^' ^ ©•

Jusqu'à la XXVIe dynastie, en effet, le secret paraît avoir été assez scrupuleusement enfermé dans l'enceinte sacrée. Mais, lorsque le pouvoir passe définitivement aux mains de princes originaires du nome Saïtique, qui font de sa capitale celle du pays tout entier, Neit, sa divinité tutelaire, se montre désormais hardiment avec ses prétentions à la suprématie et apparaît comme la plus puissante, la première de l'Egypte. Grandie par l'abaissement de ses rivales, — et la ruine des dynasties royales entraînant avec elle l'amoindrissement des dynasties divines, — en même temps que ses adorateurs recueillent l'héritage des anciens rois , elle aussi semble à son tour s'emparer de l'hégémonie du ciel.

Les souverains se recommandent d'elle et mettent leur gloire à se proclamer ses fils ; la qualification de Se-Neit est vulgaire parmi les Pharaons de cette époque, et c'est ainsi que M. Maspero a expliqué les singulières métamorphoses que subissent certams noms royaux dans les récits d'Hérodote i).

Le règne de Neit ne sera pas aussi grand sans doute, aussi brillant que celui d'Amon ou de Ptah. Sa gloire s'épanouit au milieu de la décadence générale du pays, au milieu des troubles de toutes sortes, des invasions et des conquêtes. Mais l'amour de la patrie n'est point la vertu propre de ses sectateurs, et l'impersonnalité , le caractère panthéistique de son culte ne pouvaient que favoriser les

4) V. Maspero^ CJomment. sur le Ile liv. d^Hérod. dans TAnnuaire de rassociation des études grecques. — Le nom de la fille d'Apriès, Nitétis, envoyée par Amasis à Cyrus, et dont Cambyse aurait été le fils, dénote également une dévotion particulière à la dame de Saïs.

tendances cosmopolites, la fusion des peuples, par la soumission à la fatalité, c'est-à-dire au vainqueur.

Nous voici arrivés à cette statuette naophore du Vatican, sur laquelle les travaux de MM. de Rouge, Chabas, Brugsch, Révillout ont appelé successivement l'attention du monde savant, et qui va nous fournir des renseignement d'une valeur incontestée sur le culte de Neit à Sais ^). Les statues naophores sont très fréquentes surtout à partir de l'époque Saïte, et il n'est guère de Musée en Europe qui n'en possède aujourd'hui plusieurs spécimens. Mais celle qui nous occupe, par le nombre et la nature des Inscriptions dont elle est couverte, jouit d'une célébrité justifiée.

Le personnage qu'elle représente était un de ces Saïtes, peu scrupuleux sur les questions de patriotisme, qui surent, par des concessions plus habiles qu'honorables, se concilier l'afiFection de leurs maîtres étrangers.

Il était fils du grand-prêtre en fonctions sous Apriès. Amasis, peu soucieux de laisser les amis et les parents de son prédécesseur détrôné en possession de dignités si considérables, avait remplacé le père et avait donné au fils un commandement dans la marine. Irrité de se voir privé du sacerdoce, qui était devenu héréditaire dans sa famille, celui-ci se fit bientôt un des plus chauds partisans de Cambyse. En récompense, il fut rétabli dans la place occupée par ses aïeux , et il obtint des faveurs marquées , non-seulement pour lui, mais pour le temple, auquel le roi Perse rendit, à sa prière , les domaines qui lui avaient été] enlevés. Aussi devint-il l'âme damnée des Perses ; il accompagna Cambyse

1) La dernière traduction complète du texte a été donnée par M. E. Révillout dans le Revue Egyptologique , T. I, p. 72 et suiv.

dans ses états; mais il profita aussi du séjour que fit le conquérant à Sais pour l'initier à ses mystères.

S'il faut en croire la légende racontée à Hérodote, Cambyse était fils d'une mère égyptienne; comme tel, il se rattachait à la véritable lignée royale , et devenait un prince l^itime, un véritable Pharaon. Au début de la conquête, lorsqu'il se montrait encore respectueux des traditions indigènes, il est parfaitement admissible qu'il ait recherché, accepté du moins une initiation , qui semblait établir et consacrer davantage encore la légitimité de ses droits. En efiet, dans une des inscriptions de sa statue , notre Saïte se vante d'avoir «fait connaître au roi la grandeur de Sais, qui est la résidence de tous les dieux,» et ailleurs ,f parlant de Neit, «la grandeur de Sa Majesté divine, qui est la mère du Soleil lui-même».

^ J ^) , et il se donne à luimême le titre de ^^ *^^ ur sun ^) , qu'on trouve sur les plus anciens monuments , et qui reparaît souvent à l'époque Saïte, sur des statues ou des stèles provenant de Sais, par exemple au Vatican, à Madrid, au Louvre').

1) Cette désignation, ajoutée partout à son nom, indique qu'il était plus spécialement attaché à la partie du temple de Neit, que nous avons vue ainsi qualifiée: (la demeure du Midi).

2) V. I^sius, Denkm. II, pi. 5, 78, 79, 91 , 92, 93, 96; Mariette, Mastabas, pp. 96, 203, etc. M. de Rougé traduisait ur sun par: grand inspecteur? M. Brugsch trad. : médecin, M. Lepage. Renouf: trésorier. M. Révillout (Rev. Egyptol. I, 73), pense qu'il faut voir, dans ce titre, au moins à l'époque où nous sommes, la désignation spéciale du sacerdoce suprême de Sais, et, rattachant la racine sun au copte COOTli, connaître, il l'interprète par ces mots: le grand de la Gnose, ou: le chef de la gnose , « appellation fort convenable, dit-il , pour le chef du sacerdoce de Sais, lequel avait des traditions mystiques et même gnostiques toutes particulières.» Cependant Hérodote rapporte que Cambyse emmena avec lui des médecins égyptiens. Ce renseignement semblei'ait confirmer la traduction de médecin, pour le titre de "^^ ^fT".

3) V. Wiedemann, dans le Rec. de travaux, VI, pp. 145 et suiv.

Quelque opinion qu'on puisse avoir sur la moralité de sa conduite, ce personnage avait tenu et tenait à Saïs un

rang des plus élevés. Il était: "^ -=^ \^ ;Ç^ H ?

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prince héréditaire, ministre du roi, compagnon unique, vrai familier du roi qui l'aime, inspecteur des scribes supérieurs, préposé aux écritures du ;(efit, gouverneur du palais, commandant de la flotte sous le roi Uah-ab-ra et sous le roi Ra-an;^-Ka.

Plus loin , dans les autres parties de l'inscription , il s'intitule ^=t '^o^, tantôt prenant seulement ce titre déjà signalé, tantôt le joignant à plusieurs de ceux que nous venons d'énumérer. Il était fils de Tumiritis , que M. Brugsch regarde comme une fille d'Apriès, et de Pef-a-neit, qui avait été lui-même grand-prêtre de Neit.

Ainsi, par lui-même et par l'éducation qu'il avait reçue

dans le temple de Saïs (v. son nom de 1 ^ ), il devait

être un dépositaire éclairé et fidèle des traditions religieuses transmises héréditairement dans sa maison.

Par conséquent, il était plus à même que tout autre de nous renseigner sur les idées, sur le système dominant dans un sanctuaire, dont il se montra, en toute occasion, le zélé et intelligent conservateur.

Or, il nous représente Neit comme: ^^ ^\ (t| J fîi P ^ V *s" ni r* ^^^ grande, la mère, qui en-

fante Ra, celle qui a commencé d'enfanter, n'ayant pas été enfantée^)»: ou, selon M. Pierret: «celle qui a commencé d'enfanter, avant qu'il y eût eu enfantement quelconque». Avec les deux traductions, le sens philosophique du dogme reste d'ailleurs à peu près le même.

Il fait connaître à Cambyse «les plans de la grandeur de la maison de Neit, qui est un ciel dans toute sa disposition, avec les plans de la grandeur des demeures de Neit et de tous les dieux et déesses qui y habitent, et aussi ceux du Ha-;^eb , qui est la résidence du souverain seigneur du ciel, et la grandeur de la maison du Midi et de celle du Nord, de la chapelle de Ra et de celle de Tum,

c.-a-d. le mystère de tous les dieux: |' <=p> -^^ M M

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