AAAAA^ '^ A
A/WV/VA I »
Et, à la suite de chacune des divisions, on pourrait presque dire des couplets, qui se succèdent sur le monument, nous voyons revenir, comme une sorte de refrain, ces phrases destinées à glorifier et la ville et la déesse, qui en est la principale protectrice: «S. M. a fait ces choses, parce que je lui ai fait connaître la grandeur de Saïs , qui est la ville de tous les dieux. Puissent-ils y rester
1) Traduct. de M. E. Grébaut; Mél. d'archéolog. ég. H, p. 248.
sur
leurs trônes
à jamais!
;^;" Ij^ '^-^ -
( ^ K.»^ '^; OU bien
i &it
cela, parce que je lui ai fût connaître la grandeur de Sa Majesté divine, qui est la mère de Ra lui-même», ;^^
^^ ^ ^^. Cambyse en effet entra dans la sanctuaire;
il adora, la face contre terre. Sa Majesté divine très grande, comme l'avaient fait tous les rois, il fit des offrandes considérables en toute chose bonne à Neit , la grande , la mère des dieux grands qui sont dans Sais, comme l'avaient fait
tous les bon rois ,vwvna Q ^^ T ^ \\ T T | ^^ -Vt-
Cambyse n'était point alors le fou furieux qu'il devint après son échec en Ethiopie. Il se laissa donc prendre aux habiletés, aux flatteries que prodiguait Hor-ut'a. Par ^rd pour ce rusé politique, dont il avait fait un ministre et un familier, qu'il avait maintenu ou plutôt rétabli dans les hautes dignités occupées par lui sous Amasis et Psametik III, le roi Perse consentit, nous dit toujours Hor ut'a, à faire une réforme considérable dans le temple de Neit. Amasis y avait introduit et grassement doté ses mercenaires grecs, à qui il avait trop généreusement distribué les terres appartenant à la déesse, le |
Le collège sacerdotal était ainsi privé d'une partie de ses revenus, et nous voyons, par la Chronique démotique de
Paris ^) , quelles vives et profondes rancunes avait fait naître cette spoliation déjà ancienne.
La conquête Perse n'avait point dû changer un tel état de choses. Seulement les nouveaux venus s'étaient installés d'eux-mêmes à la place des mercenaires d'Amasis: les dotations affectées aux Grecs avaient été transportées par le fait aux soldats Perses ou à leurs auxiliaires, et le temple n'avait pas moins à soufiBrir de leur présence qu'il n'avait souffert de celle de leurs prédécesseurs. Hor ut'a usa donc adroitement de son influence personnelle auprès de Cambyse pour faire cesser ces déprédations régularisées, et, s'il faut l'en croire, il réussit au gré de ses désirs^).
L'Egypte n'en conserva pas moins du passage de Cambyse un fâcheux et triste souvenir. On le voit, par les textes mêmes de la statue à! Hor ufa qui, tout en dissimulant ses regrets, par respect pour des maîtres dont il avait été le favori, revient à plusieurs reprises sur «la grande calamité qui affligea la terre entière telle qu'il n'y en eut jamais de semblable en ce pays». En effet , toute la contrée avait souffert de ce grand bouleversement, et il fallait bien des années pour lui rendre cette organisation savante , dont les ressorts avaient été brisés dans la tourmente de l'invasion.
Cambyse paraît néanmoins s'être laissé fléchir en faveur de Sais. Hor ufa eut le bonheur dit-il de «sauver ses habitants , ... arrachant le faible de la main du fort , sauvant, par sa crainte, ce qui en restait et leur permettant d'exister, bref leur faisant tout bien, au moment conve-
1) Révillout, Rev. égyptol. I^" année.
2) Le roi de Perse, d'après Tinscription , attacha assez de pnx au concoui*s d'Hor ufa pour l'emmener dans son propre pays, afin de s'aider de ses lumières.
nable pour le leur faire». H donna «des tombeaux à ceux qui n'en avaient pas, éleva leurs fils, rétablit leurs maisons, leur fit tous les biens comme un père fait pour son fils».
Mais c'était là une exception dans l'ensemble, et les autres grandes cités ne devaient pas retrouver de longtemps leurs institutions ni leurs privilèges. Tandis qu'on rendait aux prêtres Saïtes le neter hotep de leurs dieux, Memphis, Thèbes, Héliopolis, gémissaient sous le joug des gouverneurs perses et les garnisons étrangères jouissaient en paix des donations faites aux dépens des temples, comme en avaient joui auparavant à Sais les auxiliaires de Psametik et d'Amasis.
Les collèges d'hiérogrammates avaient été violemment dispersés ^). C'est encore la statue naophore qui nous l'apprend. Et ce fut seulement sous le règne de Darius, règne éminemment réparateur, qu'ils purent être sérieusement reconstitués. Darius est en efiet un roi tolérant, d'une piété large et éclairée, qui se plaît à restaurer les monuments des différents cultes , répandus sur la surface de son immense empire. Attaché à la religion de Zoroastre, dont la première mention officielle apparaît précisément dans les inscriptions cunéiformes qui datent de son règne, il révère Ormuzd comme le dieu suprême. Mais il ne prétend point obliger ses innombrables sujets à répudier les dieux de leurs pères. Il permet à chacun d'adorer la divinité suivant
1) Les collèges d'hiérogrammates avaient déjà souffert dans les troubles qui précédèrent l'avènement des Saïtes. Car nous voyons sur une statue naophore du Louvre (A. 93) un personnage nommé Pefaaneit contemporain d'Amasis, parlant des grands travaux d'embellissement exécutés sous sa direction à Abydos, se vanter d'avoir réparé la demeure des hiérogrammates (pa-anx) qui était en ruines, et d'avoir remis en vigueur tous les droits d'Oshis.
les rites particuliers de son pays et de ses ancêtres, et prescrit seulement à tous de ne point mépriser Ormuzd.
On le voit successivement se faire initier aux mystères des principales religions, qui se partagent son Empire. Ainsi, en Babylonie, il écoute et recueille avec respect les enseignements des prêtres Chaldéens, sacrifie dans les temples d'Anou et de Bel, de Sin et de Mardpuk.
En Egypte, il fait de même. Il a connu comme Cambyse «la grandeur de Saïs», et aussi celle des autres sanctuaires vénérés des bords du Nil. Il ne se contente point, comme son prédécesseur, de rendre aux adorateurs de Neit leurs dignités et leurs terres. Ici encore se fait sentir l'heureuse action de notre Saïte; et cette fois, elle s'exerce non pas seulement au profit de ses compatriotes, mais au profit des prêtres de l'Egypte entière. «S. M. le roi Darius, vivant éternellement, m'ordonna, dit-il, d'aller en Egypte, tandis que S. M. était en Aram, comme grand souverain de tous les pays et grand chef de l'Egypte, et cela afin de rétablir nombre de collèges d'hiérogrammates , après leur destruction Je fis selon l'ordre de S. M. , je les recueillis (les hiérogrammates) dans tous les adyta de leurs hommes au moyen de fils de gens (de la caste) sans aucun mauvais sujet absolument. Je les plaçai (ces enfants) sous la main de tous savants (pour les guider) dans tous leurs travaux. S. M. ordonna qu'on leur donnât toute sorte de bonnes choses à cause du plaisir avec lequel ils faisaient tous leurs travaux. Je les mis largement en possession de tous leurs honneurs et de tous leurs approvisionnements convenant à la profession de scribe, comme dans le principe on faisait pour eux.
S. M. fit ces choses parcequ'elle savait [que c'était le meilleur moyenj pour réveiller une vie nouvelle au milieu
de toutes les ruines, pour rétablir le nom de tous les dieux, leurs temples, leurs revenus et pour renouveler leurs fêtes
<=> I — ^♦— q c=û-, -Hf— .^^ npi -*— n-^ 1)^
p Q I /www I ^ A^/wv\ 1^ v ^l|^ /wwv\ JS»\
L'honneur de cette œuvre de réparation, ex&utée par Hor ut'a, revient en définitive au sage monarque, assez bien inspiré pour en avoir compris l'utilité, et assez habile pour en recueillir les fruits*).
Le traître bienfaisant, qui énumère avec un orgueil satisfait tous les services rendus par lui à sa ville natale, pourrait être soupçonné d'exagération, quand il parle de la déesse dont lui et ses ancêtres ont été les interprètes et les représentants sur la terre.
Mais nous avons vu d'autres monuments, d'origines diverses, lui donner des titres voisins de ceux qu'elle porte sur la statuette naophore, l'appeler: la mère divine, la grande, la mère de tous les dieux , la mère de Ra , etc. Cependant il faut avouer qu'aucun autre ne s'exprime avec autant de précision sur l'importance extraordinaire de son rôle, qu'aucun ne lui attribue avec une pareille netteté le rang suprême, la primauté absolue sur tous les dieux.
La phrase la plus décisive a donné lieu, il est vrai, à de longues controverses entre les égyptologues; mais le sens
1) Ces textes sont empruntés à la publication et à la traduction des inscriptions de la statuette naophore, données par M. Révillout dans la Revue égyptologique , I, 72 et suiv.
2) Polyen (Stratag. VII, 7) rapporte que Darius vint à Memphisj pour réprimer un soulèvement contre le satrape Aryandes, et que, trouvant les Egyptiens en deuil d'Apis, il promit 100 talents d'or à qui le rem placerait, ce qui lui concilia tous les esprits.
en a été définitivement établi, avec une sûreté incontestée, dans la traduction de M. Grébaut, que nous avons reproduite: «celle qui a commencé d'enfanter, n'ayant pas été enfantée»^); ou, plus expressément encore, avec la correction de M. Pierret: «celle qui a commencé d'enfanter, n'y ayant pas eu (encore) , c.-à-d. avant qu'il y ait eu enfantement quelconque»*).
Au point de vue philosophique , cette aflirmation ne peut avoir qu'un sens : c'est que la divinité en question a existé éternellement, qu'avant elle rien n'existait. Au commencement des temps, la puissance dont elle était douée entrant en action, et cela sans qu'elle ait eu à subir aucune influence extérieure, sans l'intervention d'aucune puissance étrangère, préexistante ou seulement coexistante, elle a commencé d'enfanter; c'est-à-dire que d'elle est sorti un premier être, qui est Ra, puisque partout elle est dite: mère de Ra; et celui-ci a produit les autres êtres.
Faut-il la considérer simplement comme l'espeice sans bornes, ou comme le chaos primitif, comprenant tous les éléments confondus, et qui aurait été organisé par Ra? Cette hypothèse paraît peu probable. Car un tel être primordial serait purement passif, apte peut-être à recevoir l'ordre , la forme , qui lui seraient imposés par un créateur.
1) V. Mélanges d'archéologie égypt. et assyiienne, l'article de M. Grébaut sur Texpression: cUM M] M.
2) M. de Rougé, dans son Mém. sur la stat. naoph. (Rev. archéolog. 1851), traduisait: Neit, la grande mère, génératrice du Soleil, lequel est un premier-né (ujA-JIMC€) et qui n'est pas engendré. M. Brugsch, Histoire d'Eg. , éd. angl. rendait de même la première partie de la phrase; pour la seconde , il est d'accord avec l'interprétation de M. Pierret no (other) being was yet born, aucun (autre) être n'était encore né, avant qu'aucun être ne fôt né. Dans son dernier ouvrage sur la Mythologie égyptienne, il s'est rangé à l'avis de MM. Grébaut et Pierret.
ou plutôt un fabricateur intelligent, mais noi à produire lui-même, et par l'effet d'une virtualité innée, la force vivante, qui deviendra l'ordonnatrice de l'univers.
Il faudrait reconnaître alors l'existence de deux principes, l'un qui serait la matière infinie (ce qu'on appelle en Egyptien P§§), l'autre l'intelligence suprême agissant sur elle pour la façonner d'après un plan déterminé^). Or, Ra n'est point le contemporain de Neit , ni , par conséquent son %al; il est sorti d'elle, il est son fils. Et il est impossible de soutenir que cette génération soit considérée comme étemelle, comme en dehors de la durée: car l'expression même de Iml , m R, indique que la naissance de
Ra n'est point réléguée dans l'éternité infinie, puisqu'elle marque avec soin qu'il a commencé, ou plutôt que Neit, sa mère, à un certain moment, a commencé d'enfanter. Donc, il y avait eu auparavant un temps où elle était seule, c'est-à-dire à l'état d'être pur, sans modifications, ni attributs déterminés, sans rien qui vînt la préciser, la définir en manifestant son action.
1) Cette forme du panthéisme a existé, a été en faveur en Egypte, M. Brugsch le montre par une multitude de citations dans son ouvrage récent : Religion und Mythologie der alten ^gypter. Mais ce n'est pas celle-là que nous voyons à Sais.