L'ÉTYMOLOGIE DU NOM ET SES CONSÉQUENCES
DÉMONSTRATION ET PREUVES. IDENTITÉ DU SENS AVEC LES DIFFÉRENTES ORTHOGRAPHES DU NOM.
La théorie, nous venons de Texposer, dans toute sa hardiesse et toute sa netteté, telle que les textes nous l'ont fournie. Nous allons la soumettre maintenant à une contreépreuve décisive, qui nous amènera nécessairement à d'intéressants résultats. Si, en examinant l'étymologie du nom de la déesse, nous y trouvons une confirmation éclatante de la doctrine dont elle est l'âme, nous serons en droit d'aflSrmer que nous en avons exactement compris la pensée.
Le nom de Neit, lorsqu'il est écrit phonétiquement, se compose de deux signes: ""^ ^ n, t, les quels indiquent l'existence l'une manière absolue, et abstraction faite de toute espèce d'attributs^). Ainsi, ce que nous entendons
1) '^'^^ marque proprement le féminin, dont aa^ws ent la forme masculine,
par: les êtres, se dit ordinairement ^^ i. Dans l'hymne à Amon-Ra du Musée de Boulaq, Pexpression ar n-ti-u, revient trois fois au moins s appliquant à Amon: ^ ^ u
I <^^^ S\ AWVAA t=^±=t ^^37 ,^X32- g[ ,^J32^
Il ^1 3 "=" ^^^ . . . o ^, I ^e ^ ^ ^, (pl VI, 1. 2 et 3); ^ rTv i ^ "k
W 1 ^ rr. ^7)^ — ^v rr. T (vni/7).
On voit que, dans ces exemples, nti-u est en parallélisme avec unen-t-u; il y a donc une nuance de sens. L'un exprime peut-être l'idée d'existence sous sa forme la plus générale, la plus abstraite; le second l'existence concrète, réalisée. A cette expression ^^, ^Ttx s'oppose l'expression contraire ^^, signifiant: ce qui n'est pas actuellement et qui sera, non point le n&nt, mais ce qui viendra à la vie, et qui n'y est pas arrivé encore^).
Le groupe ^^ implique donc l'idée d'existence et répond, en quelque façon , au verbe substantif de nos langues aryennes, unissant l'attribut au sujet, parcequ'il affirme que le premier peut-être dit du second, lui convient, est en lui;
Y la forme plurielle, avec l'idée d'appartenance, qui sont à, ceux de,
C. liÀl. Le féminin s'emploie conventionnellement pour le neutre. Du reste ici, las deux nuances de sens conviennent aussi bien l'une que l'autre: celle qui est, ou: ce qui est.
1) V. Goodwin / {da.ns la Zeitschrift, 1876, p. 102), M. Maspero^
Zeitschr. 1878, p. 82, citant le passage du même hymne: '"^'w^aa
dit: La réunion de ces deux mots marquait la réunion des pei*sonnes et des choses] qui formaient l'ensemble de la création; dans le Roman (de Setna) "et les contrats , l'ensemble de la propriété.
et de plus, exprimant l'existence abstraite: Ce qui est, l'être. Donc la conception philosophique personnifiée en la déesse Neit ne serait autre que celle-ci: L'être, ce qui est, ou, sous la forme féminine mieux adaptée à la mythologie vulgaire: Celle qui est.
Avant d'aller plus loin, il est impossible que nous ne nous arrêtions pas un instant sur l'analogie étonnante, on pourrait presque dire l'identité, qui existe ici entre la langue égyptienne et les langues indo-germaniques. Dans l'une comme dans les autres, le groupe choisi pour signifier l'id^ générale d'existence est absolument le même.
11 se trouve, comme on sait, au participe présent des verbes, «une des formes, dit Bopp, où se montre le mieux l'aiîcord des langues indo-européennes», avec cette particularité curieuse «qu'à certains cas le suffixe participial en question est encore mieux conservé dans plusieurs de nos idiomes vivants de l'Europe, que dans le sanscrit pris à
sa source la plus ancienne» «La forme pleine de ce
suffixe, c'est toujours Bopp qui parle, est nt. Mais en sanscrit il ne garde son n qu'à un petit nombre de cas, appelés les cas forts» ^).
Le Grec au contraire, le latin et les langues qui en dérivent conservent presque toujours Xnt caractéristique. En Grec, tous les verbes l'ont au génitif et à tous les autres cas: XvovtoÇj Xvovti, etc. ri&svroçy ridevri; en latin: amantis, amanti, etc. Le verbe substantif, qui nous occupe spécialement ici, puisqu'il a pour destination propre d'exprimer l'idée d'être, retient partout cette forme participiale ni, qui marque l'existence pure, au sens le plus abstrait et le plus général. En Grec le nominatif, ro or,
1) Bopp^ Gr. compar. des lang. indo-europ. trad. Bréal, IV, 2 et suiv.
ce qui est, a perdu le t, mais il se retrouve à tous les cas indirects: bvrog^ bvri, et au pluriel, moins le datif, pour une simple raison d'euphonie. En latin, les phénomènes sont presque complètement parallèles: nomin. : ens, génit. : entis, et ainsi de suite pour le reste des cas. Inutile d'insister sur les idiomes néo-latins : nous trouvons les mêmes éléments dans l'italien essente, l'espagnol siendo, etc. nous les retrouvons également dans les langues germaniques, par exemple en allemand: seiend; dans les langues lettes, comme le lithuanien, qui «a conservé la nasale du participe présent à tous les cas des trois nombres du masculin et du féminin». Dans l'ancien slave, apparaît un ^ entre le « et le ^; mais cet é n'est, d'après Bopp, qu'une modification sans importance, un simple fait de prononciation.
«Le même suffixe {nt) qui forme le participe présent s'ajoute aussi en sanscrit et en zend au thème du futur auxiliaire. 11 en est de même en grec et en lithuanien, où dtû-aohv, dé-aO'VTa, dîî-se-ùs, dtî-se-ntiù, représentent le sanscrit dâ'-syâ-n, da-syâ-ntam. Au féminin, le lithuanien du-se-nti, «celle qui donnera» représente très-bien le sanscrit dâ-sya-ntî .... Les aoristes en sanscrit n'ont pas laissé de participes. Mais nous avons en grec, à l'aoriste premier, aaç (pour gavg) ouvra j aavrBÇy qu'on peut rapprocher du participe sanscrit sân, santam, sântas». (p. 13).
Le suffixe nt joue, dans ces participes, futurs ou passés, le même rôle que dans les participes présents. 11 exprime toujours l'idée d'existence; seulement, tandis que, dans le dernier cas, la juxtaposition (avec ou sans voyelle) du
1) Boppy Gr. compar. loc. cit.
suffixe 7it et de la racine suffit à indiquer l'idée du présent, lorsqu'il s'agit d'un autre temps, l'intervention d'une caractéristique temporelle est nécessaire entre la racine et le suffixe participial, pour exprimer ou le passé ou l'avenir. Mais ceci ne change rien à la signification essentielle du suffixe nt y qui, dans ces divers emplois, a toujours la même valeur.
Cependant il existe une difierence considérable entre les langues aryennes et l'égyptien au point de vue de l'emploi de la syllabe nt^ différence qui tient au génie absolument opposé des deux systèmes grammaticaux. Les premières en effet sont des idiomes à flexions, qui, par un organisme délicat et savant, combinent, synthétisent sous la forme d'un mot unique et, en quelque sorte vivant, l'expression de plusieurs idées. L'autre au contraire procède, sauf des exceptions peu nombreuses, par simple juxtaposition ou agglutination. C'est ainsi que, dans les langues indo-européennes, la syllabe nt est un simple suffixe, qu'on ne trouve jamais seul, séparé d'une racine attributive sur laquelle il s'appuie, pas même dans le verbe substantif, où il est soutenu par une racine as^ es^ etc. exprimant ellemême l'idée d'être, en sorte que, au participe présent, TÔ bv pour dov , bg-ov ^) , ens , entis (pour es-e-ns , es-ent-is) signifient non pas seulement: ce qui est, mais: ce qui est étant.
En Egyptien, au contraire, "^ s'emploie toujours isolé, et possède à lui seul la valeur du relatif et du verbe substantif: qui est, ce qui est. Et voilà comment ce groupe peut servir à exprimer phonétiquement un nom propre, celui d'une divinité primordiale, qui, dans la cosmogonie
1) V. Bopp, IV, 5.
Saïte, personnifie le premier être, l'être unique, le rà ey ôv des Alexandrins.
Cette ressemblance ou mieux cette identité entre l'union des deux sons qui expriment une idée aussi importante, aussi indispensable dans le langage, ne saurait évidemment être considérée comme fortuite. Un certain nombre de racines attributives, communes aux deux familles ont déjà été relevées; il serait facile d'en grossir la liste. L'analogie si remarquable que nous signalons aujourd'hui, si elle était tout à fait isolée, pourrait à la rigueur passer — diflScilement, croyons-nous — pour un pur efifet du hasard. Mais il n'en est point ainsi. Nous pourrions comparer, par
■ ■■■mita
exemple, wvwv avec fiéyto, manere et même memini, mo-
numentum, qui correspond assez exactement à l'égyptien
; — cf^ ^v^ '^, ^ V signifiant: piquer et corres-
pondant au Grec r^firtay couper; ^N^, phonétique: ou ^ ^, ma-i, racine qui est évidemment la même que celle de fii/rtiç, mater; peut-être u ^^ , dont le radical est ai, Vf n'étant qu'un suflSxe, et qui ne paraît pas fort éloigné de pa/er; ^v ^ ^ mourir, où apparaissent deux
sur trois des éléments du mot: mors, mortis, mortuus, fiÔQJoç. Mais nous ne voulons pas multiplier ces rapprochements ^). Il importait seulement d'en effleurer quelques-uns
1) Ajoutons encore cependant quelques racines communes aux deux familles: S^ \^ * ^^ g t sanscr.:^w^,lucere; — Y yv forme factitive
M y ^\ en C. TAgO, sanscr.: stfiâ, gr. îirnf/i*/, etc.; — ^^ Il
étoffe, gi'ec: ffiinv, Vfjuvo^^ tissu, membrane; sanscr.: vêman, métier à
cSDa (•=ÎD cSDa C^ tisser; — ^ o i tt o fruits,cf.gr.T/xT«, enfanter, produire; —
^ oo cM oo
pour montrer que celui auquel nous nous sommes attaché dans ce travail n'était point une exception unique. Il n*est pas sans intérêt d'observer une concordance aussi exacte, sur l'expression d'une idée si simple et si essentielle en même temps, entre des idiomes aussi éloignés, à première vue, que l'^yptien et le groupe entier des langues aryennes ^).
Mais revenons à la religion égyptienne. Nous avons montré que le nom de Neit, orthograpliié '^ (nous parlerons
plus loin du déterminatif U) pouvait s'entendre dans le
même sens que le mot "^ dans la langue usuelle, en y ajoutant le sens cosmogonique qui en découle, et qui donne à la conception même une valeur philosophique et religieuse. Mais voici une première difficulté. Ce nom n'est pas toujours écrit par les deux signes phonétiques '^. Il se présente très souvent, et dès les époques les plus
anciennes sous la forme idéogrammatîque que voici: qr ,
la couronne rouge, posée sur l'hiéroglyphe de la corbeille. Cette orthographe est-elle de nature à compromettre notre explication étymologique, et par suite notre interprétation du dogme? Nous ne le croyons pas. En effet, la couronne peut avoir deux valeurs: ou bien elle est véritablement la couronne, avec un des noms qu'elle peut
j savoir, savants; cf. les richis de Plnde; —
fl\, gr. Ktpaç, cornu; — (j ^^t lat.; necare; — l| ^^t angere,
étreindre, etc.
1) Nous laissons de côté les rapprochements avec les langues sémitiques. V. le travail de M. Tabbé Ancessi : PS causatif et le thème N dans les langues de Sem et de Cham (actes de la Soc. philol. III).
porter dans la langue; ou bien le signe V est simplement phonétique et signifie, comme partout, le son n.
Examinons cette dernière hypothèse et admettons que V
ne veut pas dire autre chose que n. Dans le groupe C/Omplexe '^ que nous avons rencontré d'abord , quel est celui des deux éléments phonétiques qui exprime l'existence? Non point le o, / assurément, qui n'est d'ordinaire que le signe du féminin ou de l'état construit et qui, souvent même, est purement explétif. C'est donc Yn /vwvva qui constitue à lui seul la mcine, une racine réduite à sa plus simple expression, uniiittère, et pour l'écriture une sorte de signe algébrique, destiné à repr^nter l'idée d'existence.
Ce n'est point là du reste une manière de voir nouvelle. M. de Rougé à démontré le fait dans sa Chrestomathie (p. 49). Il reconnaît que aa^^^a est usité pour indiquer le relatif ,
comme en copte îî, tout aussi bien que ''^j ^^\ (copte HT€), développé par le t final. Avec les affixes., ajoute-t-il,
^ est: l'être par rapport à toi, ce qui est toi, ^
ce qui est lui , aa^ ce qm est nous , etc. (c . htor, HToq,
etc.). Pour la 1ère personne, le support est un peu difierent, il semble emprunté à la forme an, c. ahok, plur.
AHOH, aÏÏh. Mais ce support an n'est pas autre chose que
la même particule aaaaaa, dans la variante ^ , avec pré-
fixion de la voyelle forte. Ce même support devient l'expositif du sujet employé après le verbe, dans les cas où le copte se sert de X€ ^).
1) Cf. de Rougé ^ mena, sur Ahmès; Brugsch, Gramm, hiéroglyphique.
Dans son travail sur les pronoms personnels , M. Maspero a développé le même principe, en citant des applications plus étendues et plus variées. Analysant les divers usages de
H et surtfjut de /vws^^, il fait voir que cette particule a/wsaa
peut être prise à l'état libre, ou bien devenir préfixe ou sufl&xe.
A l'état libre , elle marque, dit-il, la possession, la dépendance; entre un verbe et un nom, la direction de l'action exprimée par le verbe. Préfixée, elle sert à former des adjectife, comme en copte. Elle donne naissance au pronom relatif ^^, '^^i elle est un des supports les plus usités des suffixes pronominaux dans les pronoms personnels absolus. Enfin , elle annonce le sujet , elle en est l'exposant. — Suffiixée, elle paraît à la fin des pronoms per-
sonnels du pluriel: 1) ^7., rf.' ^ ^^^ P «T^"
et des démonstratifs ^, ^, [j. '^ ^3, et au temps
passé des verbes.
Sa valeur primitive est celle qu'elle a dans le relatif, c.-à-d. : qui est. Ainsi s'explique l'absence de tout autre verbe dans les phrases où figure le relatif ^^, et l'emploi
81 fréquent de /^ a, \\* oppose a /^ ^ , ce qui n est pas; celui de A^ ^f^ ^^^3:^ = chacim , etc. ^).
A ces observations, nous ajouterons quelques remarques, qui n'ont d'autre but que d'en confirmer la justesse.
4) Maspero, dans le Journal asiatique, ann. 4874. — V. aussi la Gramm. hiérogl. de M. Brugsch, qui fixe avec beaucoup d'exactitude, tous les emplois de www et de '^'^^ , ^^ , et particulièrement les pages 45, 40 et 77.
Coogle
Pour Yn expositif du sujet placé après le verbe:
a donné qui est lui = il a donné, rien de plus simple. L'» du génitif peut s'expliquer de même. Si je dis, par exemple: J J J ^ O |, les splendeurs, la beauté de
Ra, que signifie cette expression , sinon: la beauté qui appartient à Ra, qui est en Ra, ou plus* encore: qui est RaP Car affirmer un attribut d'un sujet, c'est considérer ce sujet, dans le moment où l'on parle, comme figuré et, pour ainsi dire, personnifié dans l'attribut qu'on lui prête ^). La relation de l'accusatif, rendue aussi par n, n'offire pas
plus de difficulté : S\ ^ î[^ = j'aime (ce) qui est
lui, je l'aime.
Celle du datif est peut-être moins aisée à r&oudre. On peut admettre cependant qu'elle dérive de l'idée, d'appartenance, de possession, qui se rattache aisément à l'idée d'être. En outre de son acception primitive: gui est, T'v/vnw a pu prendre également, dans l'usage de la langue, l'acception accessoire, surajoutée, de: à.
Nous ajouterons que souvent, dans son emploi pour le datif, Vn est redoublé. Alors on pourrait dire que le premier signifie: à, et que le second marque l'existence. Ainsi: U — ^ yvw^A^^ je donuc à qui est lui, je donne à luL Quant au datif de direction ou du but de l'action, les
4) Dans Tlnscr. d'Una, 1. 44 (de Rougé, Recherches p. 336) ;^ J *^ ^ S. M. (Pepi) forma des soldats,
qui
myriades nombreuses, c-à-d. une armée de beaucoup de myriades de soldats.
^^^^^ a quelquefois un sens qui répond à notre participe: étant. Ainsi,
"'''^^ J, ^ -C2>- /www S\ I
st. de Mii-amar, (Br. Dict. p. 822: ^^ ^ ,,^^ '^ ^ £= Z-. ^utez ce que j'ai fait étant, lorsque j'étais sur la teiTe.
particules présentent une grande variété, suivant les verbes qui précèdent et les nuances de la direction ^).
Kespèce de relatif afifecté au pluriel: Yf ceux de, ceux
ou celles qui sont à*), rentre sans peine dans le même
ordre d'idées: | J Ij | "^^^ 7 3l' *^^*^ ^®® ^^*^ qui à Osiris, qui concernent Osiris, c.-à-d. toutes les fêtes d'Osiris. On comprend que de l'idée d'existence on ait passé à celle d'appartenance, puis de là à celle de possession, et enfin au simple datif.
Le rapport de causalité, figuré aussi quelquefois par «, et que rend notre préposition: par (en latin, l'ablatif), concorde encore très-bien avec la valeur primitive de Yn ^yptien. Jamais pareille chose n'a été faite à un serviteur
tel que moi par aucun souveram -,-j;^ ^ y
«J^ ^^^3^ )^ ') parceque S. M. m'aimait plus qu'-
aucun de sas serviteurs, veut dire: étant S. M. aimant plus que tout serviteur.
Awwv placé devant certains adjectife, comme ^»*=> '^^ |,
et qui a servi de préformante en démotique et en copte, mais dans un très petit nombre de cas, signifierait simplement: qui grand, qui est grand.
De même pour le vocatif, ordinairement rendu par l'article, quelquefois par: «: "^ ^ i, toi qui(es) homme^
c.-à-d.: ô homme! pour l'impératif: -^^ Q j\ -^ ^^
1) V. de Rongé, Chrestomathie.
2) On le trouve aussi écrit ^ (v. de Rougé^ Recherches, 338).
3) Tombeau de Ptah ases, Vie dyn. (de Rougé^ Rricherches sur les 6 premières dyn., p. 327, note).
viens, regarde ton père; littér. : veni gui tu es, adspice patrem tuum ^).
Quant au mot un, •^-, ^^^y ^^ F^* supposer, avec
M. Maspero, le renversement du primitif ^ en ^ >
Mais ce mot n'est toujours qu'une vocalisation spéciale de l'/w^^AA^ et il marque, lui aussi, l'idée d'existence, avec une nuance un peu différente: C'est ce que l'opposition citée de ^[^ i et ^" .v i semble mettre hors de doute ').
L'expression ¥ a ^maaa, que l'on a coutume de traduire par: voici, se résout aisément, d'après les données précédentes, en: Y j. se tient, /wsaaa celui qui est, ou: ce qui
®^*î f ^^ ^^^ ^ (a' ^* q^® ^^ fi*> c.-à-d. : on fit, voilà qu'on fit. M. Pierret a expliqué de la même manière l'expression: /wnaaa \\ ^^ ^ = un père, litt.: un
1) On considère généralement, dans la conjugaison, Tinsertion de Vn entre le verbe et le pronom sujet comme un moyen de caractéiiser le parfait, de même que la préposition <=>, r, est usitée pour marquer le futur.
2) Dans la Zeitschrift, 4878, p. 86, il a cité plusieurs exemples, provenant surtout de Dendera, de ^ employé comme verbe.
AAAAA^ q
3) On pourrait comparer avec '^'^^ le mot J^ |, dieu, composé,
lui aussi, des deux éléments phonétiques n et ^, plus un r, qui n'avait pas une grande importance à la fin des mots, puisqu'il est si fréquemment tombé en copte, (et ici en particulier: JtiOVT€, liOV^). Userait donc possible de le rattacher à la même racine ; mais c'est là une simple conjecture. Il y aurait encore d'autres rapprochements à tenter; mais ils nous entraîneraient trop loin de notre sujet. — M. Lepage-Renouf ^ Lectures on the origin of religion, p. 93 et suiv.) a montré que le vrai sens de nuter est celui de pouvoir, puissance.
qui est père. Et cette construction était si bien dans le génie de la langue égyptienne, qu'elle est restée de règle absolue en copte. En efifet, contrairement à la règle générale usitée dans l'égyptien antique, en copte, on peut placer l'adjectif avant ou après le substantif auquel il se rapporte. Mais, celui des deux mots qui vient le dernier est
toujours précédé de tî: rcj(kAKApioc Heiu)T, ou: n€iu)T
HJikAKApioc. On appelle ordinairement cet « un h de relation. C'est en réalité Yn antique, signifiant: qui est; le père qui (est) bien heureux, ou: le bien heureux qui (est) père. Rien ne prouve mieux l'importance de Vn que cette persistance à travers toutes les phases qu'a subies le langage égyptien ^).
Cet usage de Yn remonte en eflFet aux plus anciennes époques. Pour établir solidement la valeur de notre démonstration étymologique et, par conséquent, celle de la doctrine dont elle est le fondement, il importe de le prouver ici par un certain nombre d'exemples. Nous les chercherons pour la plupart dans les monuments les plus anciens du grand ouvrage de Lepsius: {Denim. Abth. II), PI 45,
tombeau de Pehen-uka: 1 ® ZS '^'^'^^ jj ^ ^^» surveillant du trône du roi, (homme) qui est la résidence, la demeure du cœur de son maître. (Cf. même expression à
la pi. 48). PI. 46: ^ ^ J^ @, scribe qui est(c.-à-d.:
qui opère) en présence [du roi]. PL 51 tombeau d'Ei-meri :
aspect du labourage , en ce qu'il est (litt. : étant que il
d) En démotique, Tn, — , est soumis aux mêmes règles et se retrouve dans les mêmes emplois.
est celui) des localités de la demeure étemelle. PL 69 et passim, Texpression : | M ^""^ ^\, laquelle accompagne ordinairement les prêtres revêtus de la peau de panthère: = peau qui est ta mère, ou, comme ici: ta peau qui est mère, (sans doute: qui fait ta protection,
qui te protège). PL 71: Tombeau de Hotep-n-Ptah : H ? Kç:^ ^, lami unique, qui aime, qui est aime.
PL 104, même tombeau: Pf^fî ^^flfl
r\ '--'. Fait avancer en hommage celui qui est préposé aux bestiaux. Enfin, au Papyrus Prisse, on lit cette phrase:
pl 'ÎÉ ïïîi fait le chef interpellation à ses enfants; litt.:
aux siens qui sont des enfants^).
Ces exemples sont tous puisés intentionnellement dans des textes de TAncien Empire. On voit qu*ils confirment entièrement les vues grammaticales dont nous les avons fait précéder. On en conclura que la signification que nous avons prêtée à la particule /www ou ^^ a été de tout temps la vraie en Egypte, et cet argument qu'il convient de retenir ne sera pa« sans utilité lorsqu'il s'agira d'établir l'ancienneté de la doctrine.
Pour le moment, il ressort de toutes les considérations exposées ci-dessus que, dans le groupe '^, c'est Yn seid qui exprime l'idée d'existence. Par conséquent, si l'on admet que, lorsque le nom de notre déesse est écrit par la
4) Exemples empruntés aux notes de différents cours professés au Louvre par M. Pierrot. — Nombreux ex. au Pap. Plisse, trad. Virey.
couronne seule, ce signe a simplement la valeur*, n, Tidée principale, la conception qu'elle représente demeure la même, c'est-à-dire qu'elle est: l'existence, ou: ce qui est.
Mais nous pouvons aller plus loin et soutenir que , même écrit ainsi sous la forme d'un idéogramme, ce nom peut comprendre les mêmes éléments phonétiques, que nous avons vus précédemment distingués. On sait en efiet que l'un des phonétiques de la couronne du Nord est précisément: T"» r^, avec le déterminatif figuratif Y- C'est même \k, sans doute, son véritable nom: car l'autre désignation, celle de ^^ S/, écrit aussi A^ ^ e/
n'est qu'un qualificatif, une simple allusion à sa couleur, devenue, par habitude, une appellation ordinaire, bien qu'elle ne fat , dans le principe , autre chose qu'une épithète *).
Le mot '^ y paraît d'ailleurs avoir eu très anciennement le sens général de: couronne. Dès la V^ et la Vie dynasties, il est employé ainsi. En effet, dans la pyramide de Teti, 1. 334, on Ut: (| • JLJ^ ^ ^ ^
C^Tl <==* T V I ^' o ces taureaux de Tum,
faites prospérer Teti, faites arriver Teti à une couronne pour sa tête*).
Nous voilà donc autorisés à lire dans tous les cas ni ou nii, aussi bien et plutôt que », quelle que soit d'ailleurs
1) V. LepsiiM^ Denkm. H, pi. 99 et 445, où le nom de couronne de la Basse-Egypte est répété plusieurs fois.
2) Maspero, Rec de travaux, IV, p. 52. Cf. aussi pyramide d'Ounas, même Recueil, p. 64.
rorthographe adoptée dans tel ou tel passage, C^ ou y j , la corbeille n'étant évidemment qu'une sorte de second
déterminatif ajouté par honneur. Notre argumentation ne se trouve ainsi pas plus infirmée par une des formes que par l'autre, et tout converge vers une conclusion identique,
puisque V étant lu n simple ou nt exprime la même
conception , la même idée générale ^).
Entrons maintenant dans le fond même de la doctrine, et nous verrons que tout ce que nous avons appris du culte de Neit, de son rôle cosmogonique , s'accorde d'une manière vraiment bien frappante avec la signification attribuée à son nom.
Elle est bien «la grande mère divine», si elle peut être qualifiée avec vérité et dans le sens le plus précis de l'expression: ce qui est, c.-à-d. l'être par excellence. Comprise ainsi par les adeptes, elle a pour eux, on le sent, une tout autre importance que les autres grandes déeses, dont les noms ne signifient rien autre chose par eux-mêmes
que la place , le lieu , comme celui d'Isis r^ o , ou , comme celui d'Hathor ^J, que la demeure d'Horus, ou, comme
celui de Maut o ^v\ , que la mère , fécondée par le dieu
mâle. Elle aussi est mère, mais d'une maternité qui n'a rien de commun avec les images grossières, anthromorphiques, usitées dans I9, plupart des triades. Point de taureau
i) Cependant le nom est écrit, plus fréquemment encore , et dès le temps des premières dynasties, par l'hiéroglyphe [], très souvent d'ailleurs précédé du phonétique '^'^ , qui en détermine la prononciation. Nous tâcherons d*en expliquer plus loin le sens.
LJ ^fca» V^ dépose en elle le germe destiné à le reproduire lui-même. C'est la vierge qui enfante, mais sans aucune opération, d'elle-même, par sa fécondité propre. Ce mystère, unique dans l'ensemble de la religion égyptienne, s'éclaire d'un jour tout nouveau , si Neit est bien réellement une personnification mythologique, représentant l'idée abstraite, si profonde et d'une compréhension universelle: l'être en soi, l'être absolu. Elle n'a besoin alors d'aucune intervention, d'aucun concours pour produire. Existant par elle-même, vivante et puissante, c'est elle nécessairement qui, n'ayant point reçu l'être, le donne à tout ce qui est. Les données que nous avons extraites des inscriptions se trouvent éclairées et complétées par cette interprétation si simple. Il n'y a point de dieu avant , il n'y a rien en dehors d'elle, puis qu'elle est: ce qui est. Donc elle a commencé d'enfanter alors qu'il n'y avait aucun enfantement
My. iï{ \\ g (Ti II Ra, ordonnateur du monde, créateur
des êtres, est son fils, ((ji P j)> c'estrà-dire qu'il est le
premier d'entre eux; il donne naissance aux autres dieux et ainsi sa mère peut être appelée: la mère de tous les
dieux, ^ ^\ I I I ' î lûais il tient son existence
d'elle, il procède d'elle: car il n'est qu'en tant qu'il participe de l'être en soi, '^.
C'est ce que le Todtenhuch traduit clairement dans cette phrase du chap. CLXIII: «Il (le défunt) est avec l'esprit parfait; il est l'âme du grand corps qui est à Saïs, Neit». Le grand corps qui est à Saïs, c'est Osiris, autrement dit: le Soleil, le premier et le plus grand des dieux. Et l'âme qui anime ce grand corps, c'est Neit: c'est-à-dire que Neit est le principe de la vie du Soleil, ce qui revient à dire
qu'elle est sa mère, ou autrement qu'il procède d'elle. L'état d'infériorité, l'espèce de dépendance, dans laquelle se trouve, à Saïs, Osiris vis-à-vis de Neit, est d'ailleurs tout expliqué, si Neit a véritablement le sens que nous lui donnons, d'abord au point de vue du langage, et, par suite au point de vue religieux. Etant 1 ame qui anime le corps du soleil, elle est ce souffle, cet esprit qui est le principe vital du monde; elle est, par rapport à Osiris ou à Ra, au dieu suprême, père des autres dieux, ce que l'àme ^) est par rapport à l'homme, pris individuellement. Jablonski a déjà rappelé à ce propos, les beaux vers de l'Enéide:
Spiritus intus alit, totamque infusa per artus Mens agitât molera , et magno se corpore miscet.
Mais ce n'est pas assez dire: elle est plus que l'âme , le principe qui anime, plus que l'esprit flottant sur les eaux: car elle est tout, esprit et matière; et, si elle agit, ce n'est point sur un autre que sur elle-même, rien ne pouvant être en dehors de ce qui est. En même temps elle est ce qui organise et ce qui est organisé , ce qui crée et ce qui est créé; ou, plus justement, elle tire d'elle-même, qui est la substance, tout ce qui existe, tout ce qui constitue l'univers. Les êtres, à commencer par Ra et les dieux, sont des virtualités, qui étaient contenues en elle, et ils en jaillissent naturellement, par cette force productrice , qui est le privilège et la loi de l'existence *). Naître,
4) Ou, pour parler à la manière des Egyptiens; les âmes '^S^ [ •
car ils en reconnaissaient dans Thomme plusieurs, de diverses natures.
2) Hermès exprime des idées semblables, lorsqu'il apprend à son disciple que «l'œuvre de Dieu est une, et c'est de faire naître ce qui est, ce qui est né et ce qui naîtra». Il ajoute: «si tu veux comprendre par un exemple, vois ce qui t'arrive, quand tu veux engendrer; sauf une
mourir, c'est simplement se transformer; ce qu'on appelle la création, n'est que la série indéfinie des métamorphoses de l'être.
On pourrait comparer Neit, en ce sens, à] l'Aditi de la mythologie védique, dont il est dit: «Aditi, c'est le ciel; Aditi, c'est l'air; Aditi, c'est la mère, le père et le fils; Aditi, ce sont tous les dieux et les cinq races; Aditi, c'est ce qui est né et ce qui naîtra;^. {Big-Féda, sect. I, lect. VI, h. 9).
Continuons à vérifier les témoignages monumentaux et à les confronter avec notre interprétation.
Nous avons vu qu'à Saïs, outre les identifications avec Isis et Bast, on adorait Neit sous le nom de Ôeta; ce n'est là sans doute qu'une qualification du caractère mystérieux, qui marque tout ce qui touche à son culte, et en particulier à celui qu'on lui rendait à Saïs. Mais elle est mentionnée ailleurs avec le nom de l| ''^; et ce nom était
sans doute fort populaire, puisqu'il était venu jusqu'en Grèce, où on le retrouve appliqué à la Minerve Thébairie (Béotie). Pausanias dit en eflFet: "Oyxa, ^carà y'kàaaav TTfv ^oi^vlxcav y xaXsrraij xai ij 2àig , xard rriv AtfvnTiœv q>évriv (In Beotic. 734). Que l'origine du mot oyxa soit égyptienne ou phénicienne, nous ne discuterons pas la question. Mais il existe, en égyptien, im mot
différence, c'est qu'il n'y a pas pour lui de plaisir, car personne n'est associé à son œuvre; il est à la fois le créateur et la création* S'il se séparait de son œuvre, tout périrait fatalement, car la vie se serait retirée. Mais si tout est vivant, et si la vie est une. Dieu est donc un. £t si tout est vivant dans le ciel et sur la terre, si dans tout il y a une vie unique qui est Dieu, tout vient donc de Dieu. (Hermès Trismég., trad. Ménard).
traduit par embrasser, joindre, réunir^). Or, cette manière de parler: fû ^^, celle qui embrasse, qui réunit), convient fort bien à une déesse conçue comme étant la source de tout ce qui est et le comprenant en son sein •).
M. Brugsch , dans son dernier ouvrage sur la Mythologie et la religion égyptiennes, cite plusieurs incriptions curieuses concernant la déesse Neit. Nous allons tâcher d'en faire notre profit.
Dans Tune (p. 58), elle est appelée: at at mut mut ;ifoperti pu ;foper em hâ-t, «le père des pères, la mère des mères, c'est-à-dire ce qui existe étant dès le commencement» , ou peut-être : le devenant qui devient dès le commencement», ce qui revient au: commencement du devenir; — toutes expressions que Ton voit ailleurs appliquées presque textuellement au dieu Ptah de Memphis*). Dans
4) Pierret^ vocabulaire hiérogl.
2} Il y avait, dans la mythologie égyptienne, une déesse spéciale, Anouké, compagne de Noum, formant avec lui et Sati, une sorte de triade, adorée à Eléphantine, aux confins de la Nubie. Elle est coiffée de la couronne blanche ou d'un bouquet de plumes. Cette Anouké paraît être une déesse éti*angère, d*origine sémitique. Bunsen la compare avec r'Aô^wf nommée *Oyjc« par Pausanias. 'Aô^'wf 'Sym, était adorée à Thèbes (de Béotie) en qualité de déesse des portes, dit Creuzer (II, 743) et, comme elle présidait, sous ce titre, à rentrée et à la sortie, il serait possible qu'elle y eût été représentée portant les clefe. Cette conjecture résulte d'un passage d'Eschyle, Sept. adv. Thebas, v. 164 sqq. cf. avec Aristophane, Tesmophor, v. 4453, sqq.
«Le nom d'Onga ou Onca, dit Guigniaut, note (II, 4348) que portait l'ancienne Minerve béotienne, semble être une forme féminine du nom d'Pgren, l'antique déesse de TOcéan chez les Pélasges. Ce nom paraît être en effet d'origine sémitique et congénère de l'hébreu OJiN , Agam , Ogom , qui signifie étang». — L'étymologie égyptienne, est, comme nous venons de le voir, également soutenable.
3) Si l'on prend %eper, g, dans le sens de faire être, lequel est fréquent dans les textes, même sans Vs causatif, on pourrait traduii*e encore: celle qui &it être, étant [elle-même] au commencement.
un second texte (même page), elle est dite: Mut Ra qam Atum ;fop nen ;^p qam enti m-;|fet ;|fop-8», mère de Ra, créatrice de Tum, existant lorsque rien n'existait, ayant crée (ou: organisé) ce qui a été après elle.
Ces qualifications si particulièrement significatives: existant au commencement, existant lorsque rien n'était, conviennent admirablement, on ne saurait le nier, à une déesse qui n'est autre chose que l'être absolu, l'être en lui-même.
En voici d'autres, qui les confirment, avec des termes un peu différents. Sur une des murailles intérieiures du temple d'Esné (Latopolis) , la Saïs du Midi, on la voit ainsi désignée^): Neit, la grande, la mère de Dieu (ou: la mère divine), le père des pères, la mère des mères,
c'est le scarabée et le vautour (m, )^V), ce qui est
au commencement (ou: à l'état de commencement)». De même encore, dans une autre inscription: «la vache, la grande, qui a enfanté le soleil, et produit les germes des dieux et des hommes. La mère de Ra, la créatrice de Tum, existant lorsque rien n'était, et qui a créé ce qui fut après qu'elle fut».
Une des théories les plus répandues en Egypte faisait sortir toute la cr&tion du principe humide, de l'eau considérée comme élément primordial. Or nous trouvons Tex-
pression ^ ^^ ^^a,^ t=i, ^ ^=^^ ^ c:, s employée pour
A/NAA/VA o
désigner l'élément liquide (Urwasser). Pour ceux qui lui attribuent l'origine du monde, cet élément liquide con-
1) Brugschy ouv. cité, p. 444 et suiv.
2) Autrement dit: Texistence, le devenir et la maternité, les deux idées que nous retrouvons partout comme exprimant le rôle de Neit dans la cosmogonie.
stitue évidemment l'être primitif, Têtre par excellence, puisque tout le reste en est dérivé. Donc, rien de plus naturel que de lui voir appliquer un nom identique à celui que les Saïtes attribuent à la divinité primordiale. '^ i=i est ici comme une autre traduction de Tidée rendue par le mot 0^ le Nu, labyssus, où la triplication du««,0, n'est probablement que la marque du pluriel^).
n y a, dans le Panthéon ^yptien, une autre déesse, dont le nom est formé d'éléments phonétiques analogues à ceux qui composent le nom de Neit. C'est la déesse du ciel, Nut. La forme orthographique du mot est ordinairement différente, et la prononciation n'était certainement pas la même. C'est par le vase o qu'on écrit le plus souvent le nom de Nut: p=^, p=2,, Q-^ etc.; quelquefois ce-
pendant on trouve, avec la ligne brisée: o®, pS-, . ^^ F=qt ^f^, orthographes qui indiquent toujours une vocalisation en ou. Le déterminatif constant est le plafond , qui , employé parfois comme idéogramme, signifie Nu-t à lui seul g^. Le son devait être identique à celui du mot qui signifie : ville, ®, puisque ce dernier signe entre souvent dans la composition du nom divin. H différait donc très sensible-
1) M. Brugschy Religion und Mythol. p. 55—56, reconnaît que les Egyptiens se figuraient le Nun comme une étendue incommensurable (un-
ermesslich) d'eau et de ciel (v. les déterminatife ^SSÎS^ )• Mais il pense
que la signification du mot nun, c'est: être immobile, ce qui est immobile, l'inerte, et que, d'après les données égyptiennes, cette matière inerte a été Torigine de la création. L'idée de Neit, telle que nous la voyons à Sais, a quelque chose de plus pi'éds.
ment de celui qu'on prêtait au nom de Neit , tel que nous le font percevoir les transcriptions grecques, c'est-à-dire Nit ou Niit. Le nom de Nut admet même, en certains cas, ime réduplication de Vn, lorsqu'il prend la forme
ô^ F=^i "^^ c\ m' ®* laisse entendre une lecture:
Nen ut. M. Lefébure attribue au mot Nut le sens : eau *).
L'idée que représente cette déesse se rapporte à des phénomènes purement physiques. Elle est la voûte céleste, le firmament, considéré surtout comme un corps liquide, sur lequel navigue la barque du Soleil, et le vase qu'elle porte assez fréquemment sur la tête est en relation avec cette eau dont elle est formée. Dans certains textes, elle est dite fille du Nou, ou de Tefnut. Ailleurs elle se confond avec le Nou lui-même. Elle est l'épouse de Seb, le dieu de la terre et elle donne naissance à Isis et à Osiris. La notion de Nut est fort ancienne, puisqu'on retrouve sa filiation indiquée dans la pyramide de Pepi I^).
Le soleil sort de son sein le matin, et le soir il rentre dans sa bouche. Elle est par conséquent la mère de Ra, et par suite, la mère des dieux ou la régente de tous les
di«-:^Y^^nl•i:&l-P1n.
â 1 P m S l o ^' ou encore: ^ g ^^ â) m ? ^•). Elle a aussi un rôle funéraire. Le défunt est comme Sahu dans le sein de Nut*), C'est
4) Cours de l'école des Religions, 4886—87.
2) Recueil de travaux^ V, 466.
3) Langone^ Dizion. di Mîtol. eg. p. 394.
4) Y. Masperoj Rit. de rembaumement , p. 35.
elle qui, du haut de son sycomore, verse Teau de vie au défunt.
Son culte ne paraît pas avoir pris un développement spécial, sans doute parce qu'elle n'avait point de ville, ni même de grand temple qui lui fât consacré ").
Les titres que nous venons de citer sont de ceux que portent à peu près toutes les déesses , au moins à partir de répoque où s'opère la fusion des divers cultes. Mais nulle part nous ne voyons se former autour du nom de Nutun travail intellectuel comparable à celui dont le temple de Saïs semble avoir été le centre.