ÉTAT DES RUINES
Dans notre revue rapide de l'histoire, nous sommes arrivés à la conquête d'Alexandre , signal d'une transformation nouvelle et, cette fois, définitive. La Grèce désormais se mêle à l'Egypte et la pénètre en tous sens. Alexandrie est fondée et la vie maintenant va se concentrer chaque jour davantage dans la ville grecque , devenue le rendez-vous du monde entier.
Toutefois, éclipsée par une si redoutable rivale, Saïs n'abdique point complètement ses prétentions et ne ferme point ses sanctuaires. En dépit des convulsions politiques qui avaient marqué les derniers jours de la nationalité égyptienne, elle conserve son caractère de grande cité religieuse et savante; les inscriptions de la statuette naophore nous montrent les étrangers eux-mêmes rendant un hommage éclatant à la puissance de ses dieux.
Sous les Lagides, Saïs n'avait rien perdu encore de son importance. Une inscription du Louvre, qui date du deuxième Ptolémée, nous en a conservé l'irrécusable té-
moignage. On sait (Qu'Alexandre s'était fait proclamer fils d'Amon et donner par les prêtres une sorte d'investiture religieuse. Ses héritiers établirent à leur tour une série de cultes royaux, dont l'énumération se retrouve en têt« de tous les actes de leurs règnes. M. Révillout a constaté le premier que l'organisation des divers sacerdoces de fondation ptolémaïque se référait d'ordinaire, au moins pour les rois, à quelque fait militaire, à quelque campagne heureuse et illustrée par des victoires. C'est en de telles circonstances, par exemple, que les honneurs divins furent votés et conférés par les prêtres à Evergète et à Epiphane *).
Il en avait été ainsi pour Philadelphe en l'an 20 de son règne, comme nous l'apprend la stèle en question (Louvre, C, 123). Malgré l'état fragmentaire dans lequel l'inscription nous est parvenue, nous sommes à même d'y recueillir de curieux renseignements sur la marche suivie en cette occasion, et aussi sur les événements par lesquels on prétendait justifier cette divinisation anticipée *). Contrairement à ce que l'on pensait jusqu'ici Philadelphe avait déjà remporté à cette date de sérieux avantages sur les Nubiens et sur d'autres nations étrangères. Il manda aux grands de sa cour de lui faire amener «les épistates gouverneurs des temples, les prophètes , les pères divins des temples de l'Egypte du Sud et du Nord». Une lacune sur la stèle ne permet pas de lire le nom du lieu oii se tint cette assemblée préparatoire. Philadelphe y prononce d'abord un discours , dont il ne reste qu'un très-court fragment, et qui semble con-
1) E, Révillout^ Revue égyptolog. I, pp. 8 et suiv. ; p. 182 et suiv.
2) Comme rois d'Egypte, les Ptolémées étaient dieux par droit de naissance; mais il y a là comme une divinisation spéciale, constatée par des titres d'une nature particulière, que les prêtres leur confèrent avec une solennité exceptionnelle.
tenir une allusion à la grandeur de Neit, à la protection qu'elle étend sur le pays. Puis les assistants répondent en chœur: «Que la parole du souverain, notre seigneur, soit faite, comme il Ta prononcée, tout entière». Et tout le monde se met en marche, «les prêtres portant avec eux les insignes sacrés du pays d'Egypte. Voici qu'ils s'en retournèrent au lieu, avec S. M., c.-à-d. vers la ville de Sais, pour vivifier le pays après dévastation. Voici qu'il (le roi) accomplit les rites pour se la rendre propice (la déesse, Neit) .... Lorsque furent arrivés les prophètes, les pères divins de la demeure de Neit au Keu oii se trouvait S. M. , ils dirent devant S. M. : Le roi notre maître a fait apparaître l'image de la reine, germe des deux pays, Ar-
sinoé, sa sœur» (ici une nouvelle lacune). Enfin le
roi arrive et «après lui des chars, des chevaux en quantité innombrable, des soldats, des troupes d'élite, sans fin. Royale manifestation au sanctuaire de la mère» (du Soleil, c.-à-d. de Neit).
Nous savons , par le Décret de Canope , que la coutume s'établit r^ulièrement sous les Lagides de réunir chaque année un synode du corps sacerdotal de l'Egypte:
(fl ^ n i 51 k ^ .^® i i i^ r
(?^J?^ î^^) auprès du roi du S.
et du N. , là oii était S. M., c.-à-d. à Alexandrie*). L'ha-
1) Les Ptolémées, ayant consacré les spoliations accomplies déjà parles princes Saïtes de la XXVI® dynastie et doté leurs soldats aux dépens des biens possédés par les temples, ils jugèrent nécessaire de remplacer les revenus enlevés aux prêtres et de leur assurer une légitime indemnité, en organisant , . sur le produit des impôts directs , un véritable budget des cultes. La quotité annuelle en était réglée dans ces assemblées annuelles, dont le roi avait la présidence effective. (Cf. Révillout, Retme égyptol, in« année, p. i05 et suiv.)
bitude se maintint jusqu'à Epiphane : celui-ci exempta enfin les prêtres d'un voyage, qui, dans les moments de troubles ou de guerre, devenait fort difficile et parfois même impossible.
Mais le concile qui nous occupe actuellement paraît avoir été d'une nature exceptionnelle, et ce fut sans doute pour lui donner plus de solennité qu'au lieu de le tenir dans sa capitale politique, Philadelphe le convoqua dans un des sanctuaires les plus vénérés et voulut le mettre sous l'invocation de la grande déesse Neit. Ce seul fait démontre jusqu'à l'évidence que Saïs n'avait point d^énéré de sa grandeur, et que la demeure de la mère des dieux conservait alors tout son prestige.
Alexandrie était une ville de bien fraîche date et, quoiqu'elle fut déjà la capitale et comme le cœur du monde oriental, sa gloire était trop récente pour faire oublier complètement celle de son antique voisine. De même qu'autrefois les législateurs et les philosophes de la Grèce étaient venus chercher des inspirations à Saïs, maintenant les successeurs d'Alexandre y venaient réclamer, dans le concert des dieux, la place octroyée de tout temps aux maîtres reconnus de la double terre. D'ailleurs, en leur qualité de Grecs et d'amis des lettres, les Ptolémées devaient se sentir une dévotion instinctive pour Neit, que les philosophes et les historiens avaient si souvent assimilée à la Minerve Athénienne.
M. Brugsch, d'accord en cela avec les auteurs de la Description de V Egypte^ pense que Saïs fut dépouillée pour enrichir Alexandrie, qu'on enleva aux temples et aux monuments de Saïs de quoi construire ou compléter les palais des rois, les temples, les ponts, les canaux, etc. Ainsi, dit-il, s'élevait, sur les ruines de la grandeur égyp-
tienne, la nouvelle ville grecque et cosmopolite^). Il y a, croyons-nous, quelque exagération dans ce tableau. Mais du reste on pouvait enlever à Saïs quelques pierres de ses temples , on n'enlevait pas avec elles la doctrine , la science, l'inspiration religieuse qui y présidaient. L'esprit Saïte persistait quand même et les souverains tenaient toujours à honneur de témoigner de leur respect envers ses dieux.
Lorsque l'Egypte fut devenue une province romaine, Saïs demeura une ville considérable et l'une des premières de la contrée. Strabon, qui vécut sous Auguste et sous Tibère, l'appelle «la métropole du bas pays, rj fitjfFÇÔTtoXig tîjq xàrco x^çag *) ; et il détermine sa position exacte, lorsque ayant nommé Naucratis, qui est sur le Nil, il ajoute que Saïs est éloignée du fleuve de 2 schènes (c.-à-d. 60 stades, soit un. peu plus de deux lieues) '). A propos de la bouche du Nil appelée Tanitique, il remarque qu'on la désigne aussi quelquefois par le nom de Saïtique (tô Tavirixbv aràfia^ ô rirsg Saïrixàv Aé/w^yi) *). Ces indications prouvent que Saïs avait gardé une grande place et qu'elle continuait à l'emporter sur les autres villes du Nord, puisqu'on la présentait comme la capitale, la métropole du Delta. Et cependant il y avait là d'autres grandes villes, Tanis par exemple, de laquelle le même Strabon dit, après avoir parlé du nome Tanite: xat noXig iv avrœ /ueyccXti Tàng.
Un peu au-dessus de Saïs , nous apprend encore le même
1) Brugsch, Histoire, éd. allem. p. 736. — Descr. de l'Egypte, Antiquités, V, c. 25.
2) Strabon, p. 681 et 682.
3) C'est d'après ces indications qne d'Anville avait établi, sur sa carte d'Egypte, la place exacte de Saïs.
4) Strah,, p. 682, 8.
auteur, se trouvait l'asyle d'Osiris, 'OalçiSog àavXov.à^nB lequel repose , dit-on , le dieu ^). Les auteurs de la Description de r Egypte pensent que cet asyle était situé près du viUage d'Asdymeh, où ils reconnurent des vestiges d'établissements antiques , consistant principalement en des monceaux considérables de briques de grande dimension.
A Sais même , on adorait toujours Minerve ev fi rifiiùav rriv ^A&rflfàVy c'est-à-dire Neit, pour parler le langage égyptien 2). Strabon signale, dans son temple, le cercueil (i^j^xi?) de Psammétique.
Enfin les Saïtes avaient, comme les Thébains, une vénération particulière pour le bélier {nqàfiarov). Ceci a trait à une vue que nous croyons assez moderne , d'après laquelle on avait consacré particulièrement à Neit, l'hémisphère supérieur du ciel et surtout le signe du bélier, que l'on considérait comme le premier signe du Zodiaque ').
Un siècle environ après Strabon, le géographe latin Pomponius Mêla, dans son livre De situ or bis (I, 9), écrit, à propos de l'Egypte: «Viginti millia urbium, Amasi régnante, habitarunt et nunc multas habitant. Earum clarissima, procul a mari. Sais, Memphis, Syene, Bubastis,
Elephantine et Thebae , in littore Alexandria , Africse
contermina, Pelusium Arabiae.»
Saïs est encore citée ici comme une des premières villes du pays. Si elle est nommée avant les autres, c'est assurément à cause de sa situation géographique; mais elle avait probablement conservé ses monuments plus intacts;
1) Strab., p. 682, 23.
2) Strah., p. 681.
3) V. Horapollon^ I, 11. — Proclus^ in Tim., p. 30: xaî yàp tôv fwJ/iwv à Kphç àvgtrat rg ééij/t, koù cârhq ô to'ijfigptvèç k^k^oç ' oZ $ii fJLé^ta-ra kcù ii xtvtirtxii rdv TavTÔç Tipvreti $vvafj^{ç. V. plus loin, Ile partie, chap. I, une autre enplication possible.
son commerce, son industrie devaient être plus florissants que ceux des anciennes capitales pharaoniques, tant de fois ruinées par les invasions étrangères. Respectée par les conquérants perses, qui avaient protégé tout spécialement ses prêtres, hautement considérée par les Lagides, qui y convoquaient des conciles destinés à consacrer leur gloire, elle continuait , à côté d'Alexandrie , la ville de tous les peuples, à représenter la vieille Egypte, — une Egypte bien ouverte et bien mélangée sans doute, mais encore fidèle, sinon en politique, du moins en religion, aux traditions nationales. Si ces traditions n'y étaient point conservées dans leur pureté primitive, du moins la forme, l'extérieur du culte, les usages anciens s'y maintenaient certainement, quoique la pénétration des doctrines étrangères ne permît point d'y attacher absolument le même sens, et qu'au milieu de tant de révolutions successives la foi elle-même eût été mise à de rudes épreuves.
L'administration romaine innova peu en Egypte. Comme province, elle relevait directement de l'Empereur. Auguste la traita avec douceur et les plus mauvais princes n'essayèrent point de lui enlever ses antiques coutumes, maintenues sans trop de difficultés sous la domination grecque. Tibère achevait des temples ou en commençait de nouveaux. Claude encourageait les savants Alexandrins, fondait un nouveau Musée, exploitait les carrières de porphyre. Vespasien se faisait proclamer à Alexandrie. Hadrien parcourait le pays en curieux , passionné pour les reliques du passé. Sous son règne et sous celui d'Antonin, son successeur, de nombreux monuments étaient bâtis.
Cependant , malgré la douceur d'un gouvernement tout paternel, qui témoignait d'une préférence marquée pour les Egyptiens , de fréquentes révoltes éclatent , surtout à Alexan-
drie, dont la population formée d'éléments disparates, était fatalement impossible à satisfaire: car, pour contenter tous ces Grecs, ces Juifs et ces indigènes, il eût fallu non pas seulement favoriser chacun d'eux, mais encore persécuter tous les autres. Le reste de la contrée était moins docile heureusement aux excitations séditieuses. Si la vie politique était éteinte, l'agriculture était plus florissante que jamais. La vallée du Nil étant devenue un des principaux greniers de Rome, les canaux d'irrigation étaient soigneusement entretenus ; le commerce prospérait sous la protection des préfets, choisis et surveillés avec une sollicitude inquiète par l'empereur; les temples étaient achevés, restaurés avec magnificence et les noms des Césars y figuraient entourés du cartouche à cote de ceux des souverains indigènes.
Les Egyptiens, qui, sous la domination des Perses et des Grecs, s'étaient, à plusieurs reprises, efforcés de secouer le joug, comme nous l'apprend la Chronique démotique de Paris, renonçaient maintenant à reconquérir leur indépendance. Les personnages les plus considérables se ralliaient au nouvel ordre de choses établi et devenaient les serviteurs zélés de la puissance romaine. M. Revillout a reconstitué, au moyen de plusieurs stèles hiéroglyphiques et démotiques, l'histoire d'une famille de pontifes , dont le chef avait été le triste adulateur du pire des Ptolémées, Aulétès, et dont le digne fils devint prophète d'Auguste, l'année même de l'invasion ^). De pareils faits ne jettent que trop de lumière sur l'époque qui fut témoin d'aussi basses trahisons. Le sentiment du patriotisme était bien décidément perdu en Egjrpte. Les Saïtes, qui s'étaient faits les auxiliaires dévoués des Cambyse et des Darius , devaient être les premiers
i) Revue égyptolog. Up année, p. 98 et suîv.
à se prosterner en adoration devant la puissance romaine. C'est au prix de telles compromissions qu'ils avaient obtenu, sous les régimes précédents, des faveurs signalées. Ces habiletés d'une politique plus avisée qu'honorable servirent du moins les intérêts de leur ville et les aidèrent puissamment à en maintenir l'intégrité. Elle leur dut de rester grande et brillante , lorsque tant de cités s'écroulaient autour d'elle ou ne conservaient plus que le souvenir de leur importance et de leur richesse d'autrefois. C'est ainsi qu'elle demeura, jusqu'à l'heure des convulsions suprêmes, un des derniers centres de la civilisation égyptienne ^).
Lorsque le pays fut devenu chrétien, des évêchés furent fondés dans les principales villes , sous la direction suprême de celui d'Alexandrie, qui prit bientôt le titre de patriarchat. D'après des renseignements qu'il avait recueillis auprès des prêtres coptes du XVIIe siècle, Vansleb prétend que ce fut seulement sous l'amba Démétrius , mort en 231, le 2e patriarche Alexandrin, l'adversaire acharné d'Origène,
1) Nous extrayons de l'ouvrage de M. J. de Rougé, intitulé: Monnaies des nomes ^ la nomenclature des types qui se rapportent à Sais et au district dont elle était le chef-lieu:
1. Minerve debout, tenant la chouette sur la main droite, et la main gauche appuyée sur la lance; à ses pieds, un bouclier. Hadrien, JE, 1. (C. M.).
2. Minei've debout, tenant la chouette sur la main droite, la gauche appuyée sur le bouclier. Antonin, M. 1. (C. M.).
3. Minerve debout tenant la chouette sur la main droite et la haste dans la main gauche. Hadrien, JE. 3. (Tochon, p. 208).
4. Vache passant à droite. Hadrien, JE. 4. (PL H, N**. 17.) Coll. Demetria.
Les trois premiers types, remarque Fauteur, présentent la figure de Minerve, que les Grecs avaient assimilée à Neit. La chouette n'est ici que l'attribut de Minerve : car elle n'a aucun rapport avec la déesse égyptienne. L'attribut vraiment égyptien, c'est la vache, de la monnaie du petit module, qui rappelle le rôle maternel de la déesse Neit «la grande vache qui a enfanté Ra. »
que l'Egypte fut divisée en évêchés ^). Mais c'est là une opinion peu probable. Les évêchés paraissent au contraire avoir été très multipliés à l'origine. Toutefois, si l'on s'en rapportait à ce témoignage, qui nous semble fort douteux, ce serait vers cette époque seulement que Saïs serait devenue un siège épiscopaP).
Saïs est assez souvent mentionnée dans les Papyrus Coptes. «L'auteur de la vie de St. Jean Kamé dit que ce saint était natif d'un bourg nommé Djepromounonsôn , dans le nome de Sai (MS. du Vatic. 60, fol. 88.) Dans la vie du patriarche Isaac, il est fait mention de Zacharie (MS. du Vat. 62, fol. 214, 222) et d'Orion, évêques de Saï. Le nom de cette ville se retrouve encore dans les mêmes actes» (MS. 62, fol. 225, 226) «).
Lequien') en décrivant les divisions du Patriarchat d'Alexandrie , indique , au 4e rang , l'élise de Saïs comme faisant partie de la Provincia ^gypti primae. Il cite d'abord, sans date , Hermaeon , mentionné par Mélétius de Lycopolis comme évêque de Saïs*). Viennent ensuite Paphnutius, en 362, qui, après la mort de Cîonstance, assista au concile d'Alexandrie et y signa en qualité d'évêque de Saïs; Adelphius, qui prit part au concile d'Ephèse en 431 oii, sous la présidence de St. Cyrille fut condamné Nestorius, et qui exprima hautement son avis en faveur de la lettre de Cyrille 5).
Après Dioscore, l'hérésie monophysite .domine en Egypte.
i) Vansléb^ hist. de Téglise d'Alexandrie.
2) Qu4iiremère, Mém. géogr. et histor. sur l'Egypte, I, 290.
3) Lequien , Oriens christianus , II , 519.
4) Gams^ donne, pour cet Hermaeon, la date 344, avec l'expression d'un doute (Séries episcoporum , p. 460).
5) Lequien^ Oriens christianus, II, 519 — 520.
Au temps du patriarche Petrus Moggus , qui avait accueilli d'abord l'Héiiotique de l'Empereur Zenon, puis les décrets du concile de Chalcédoine, les adversaires les plus ardents de ce concile se séparent de sa communion et forment l'hérésie des Acéphales. Parmi eux se fait remarquer un évêque de Sais, du nom de Jacobus, qui vivait vers la fin du Ve siècle *).
Les Saïtes semblent s'être distingués par leur passion et leur violence dans ces luttes religieuses. La chronique de Jean de Nikiou^) rapporte que sous Anastase les gens de la ville de Sa et ceux d'Aqêlâ étant en désaccord, les évêques des deux villes se rendirent auprès de l'empereur et lui demandèrent de tenir un concile, de chasser les Chalcédoniens d'effacer de l'Eglise leur mémoire , et d'exiler tous les évêques qui s'étaient unis à Léon l'hérétique, lequel proclamait l'existence des deux natures. Heureusement cette ambassade fut inutile et Jean de Nikiou ajoute que Tempereur, par bonté , ne voulut employer contre les hérétiques aucune contrainte.
Au IXe siècle, Chaïl (Michaël), évêque de Sa, avec ses collègues de Belbaïs , de Bana , de Misr et de Wissim déjoue les intrigues d'un candidat indigne et contribue puissamment à l'élection du cinquante-deuxième patriarche Jacobite d'Alexandrie, Yuçab ou Joseph. (831 — 850)').
Sous le patriarchat de Zacharie et de ses successeurs, Sanut et Christodule, se distingue un évêque de Saïs,
1) Petrus Moggus mourut en 490. — V. Renaudot^ Histor. Patriarchar. Alexandrin, p. 277.
2) Traduite par M. Zotenberg, Notices et extraits des MS. de la Biblioth . nat. T. XXTV, p. 500. Jean de Nikiou vivait à la fin du VI« siècle et au commencement du Vn«. V. Tintrod. de M. Zotenbei'g, en tête du texte éthiopien.
3) V. Renattdot, ouvr. cité.
Gabriel^ nommé en plusieurs circonstances dans l'histoire des patriarches Alexandrins. Lorsque Christodule, calomnié auprès du vizir Nazuri, est appelé devant lui pour se justifier, Gabriel est du nombre des quarante évêques qui se réunissent pour entendre sa défense. Plus tard, il est dél^ué, avec son ami l'évêque de Tanis, Michaël, pour porter un message sympathique au patriarche Jacobite d' Antioche, et il s'acquitte de cette mission avec^honneur ^).
Enfin, sous le 67e patriarche, Cyrille (1078—1092), figure encore un évêque de 8a, Macarius. Cyrille, après sa nomination, s'étant entouré de personnages peu recommandâmes, quarante-sept évêques d'Egypte se réunissent pour le forcer à se séparer de ces amis compromettants et Macarius est cité parmi eux*).
Grâce à ces diverses indications, nous pouvons constater l'existence de l'évêché et par conséquent de la ville de Sais (Sa) pendant toute la première partie du moyen-âge et jusqu'à la fin du XI® siècle.
On voit que la conquête musulmane n'avait pas sensiblement modifié les juridictions ecclésiastiques.
L'importance des patriarches Jacobites d'Alexandrie grandit même par la faveur des Arabes, que leurs intrigues avaient, dit-on, contribué à introduire dans le pays. Auparavant ils admettaient la primauté de l'évêque de Rome. A partir de la domination musulmane, ils deviennent les chefs incontesté de la secte Jacobite et ne reconnaissent plus de supérieur '). Leur autorité s'étend depuis l'Ethiopie jusqu'aux Syrtes d'une part et de l'autre jusqu'à
1) Le patriarchat de Christodule s'étend de 1047 à 4078. V. Renaudot, hist. Patriarch Alex. pp. 408, 428, 430.
2) Hist. Patr. Alex. p. 458.