ALLEMAGNE, SAIXTE-ANNE DE DUREN
sainte Anne la " Patronne des voleurs. " Nous allons dire pourquoi en racontant l'histoire de la relique de Mayence, comme nous l'avons promis tout à l'heure. Pour cela nous n'avons qu'à résumer un document vénérable signé par un pape, Jules II.
Jules, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu. . . " " Comme nous l'ont appris des personnes dignes de foi, la tête de sainte Anne, mère de la glorieuse Vierge, IMère de Notre Seigneur Jésus-Christ, ne recevant plus, dans l'église Saint-Etienne de Mayence où elle était conservée depuis longtemps, les honneurs et hommages convenables, un laïque, maçon de son métier, vraisemblablement inspiré de Dieu, a enlevé cette relique de l'église Saint-Etienne, pour la transporter au monastère de Saint^Corneille au diocèse de Cologne, espérant que là, elle serait entourée d'honneurs et de vénération. Il vint d'abord en la maison de sa mère, et celle-ci comprenant ce qu'il avait fait, le pria avec instance d'aller reporter la relique où il l'avait prise. Le maçon reprit le pieux trésor et vint le déposer chez les Frères mineurs de l'observance, à Dûren, petite ville du diocèse de Cologne.
" Cependant, nos chers fils les Doyen et chapitre de l'église Saint-Etienne, apprenant ce qui vient d'être dit, dépêchaient en toute hâte un frère convers des Chartreux avec mission de reprendre et de rapporter à Mayence la précieuse relique. Elle lui fut rendue, mais comme avant de se remettre en route, il était descendu dans une maison de l'endroit pour prendre un peu de nourriture, nos chers fils les citoyens de Dùren s'emparèrent de nouveau de la relique, dans la persuasion qu'elle avait été enlevée furtivement, et la confièrent cette fois à leur église paroissiale.
" Le peuple de Diiren et des lieux circonvoisins n'eut pas plus tôt appris ce fait, c'est-à-dire la présence en l'église paroissiale de cette dépouille sacrée, qu'une grande multitude de fidèles, mue par un sentiment de vraie piété, se précipita vers l'église pour la vénérer.
" Ainsi en fut-il les jours suivants. Ce concours des pieux fidèles durait depuis quelque temps déjà, et de nombreux miracles avaient pour effet de l'augmenter sans cesse, quand le doj'en et le chapitre de Mayence s'émurent de la chose, ils représentaient que cette reUque, bien ciu'elle n'eût pas été chez eux l'objet d'un culte particulier et d'une gi-ande vénération, avait cependant été conservée de longues années dans leur église, et ils se plaignaient qu'elle fût maintenant livrée à la dévotion d'un peuple étranger. C'est pourquoi ils en appelèrent aux tribunaux mêmes civils, les priant de prendre fait et cause pour eux contre nos chers fils les Recteur et Vice- Recteur de l'église de Dûren, et contre le Bailli, les Proconsuls, Consuls, Echevins et Université de la même ville, qu'ils entendaient ainsi molester, inquiéter, et obliger à restitution. Ils ajoutaient la menace d'excommunication majeure, de privation de bénéfices et d'offices, d'interdit et d'amende pécuniaire, à encourir par eux, si dans les termes d'un délai que le délégué du Saint-Siège à Mayence pourrait déterminer, sur leur demande à cet effet, ils ne restituaient pas la tête de sainte Anne...
242 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)
" Nous donc, considérant que les corps et reliques des Saints ont été très souvent, selon une disposition de la Providence divine, transportés d'un lieu dans un autre, et que le Pontife romain peut également, de sa propre volonté, les transporter ou faii'e transporter d'un lieu dans un autre, selon que le concours, la dévotion et la pieuse affection des fidèles, certifiée par des hommes dignes de foi, le lui fait juger expédient ;. . .
" Considérant que la dite relique de sainte Anne, longtemps conservée, il est vrai, dans l'églLse Saint-Etienne de Mayence, n'j' a cependant pas opéré de miracles, et cela peut-être parce qu'elle n'y était point assez honorée, tandis que depuis sa translation à l'église paroissiale de Diiren, une grande multitude de fidèles, poussée par une inspiration divine, comme on le croit, n'a pas cessé de la vénérer ; . . .
Considérant de plus que la dite relique, vu la profonde dévotion des fidèles, ue pourrait être enlevée sans scandale de cette église où nous de\'ons croire que Dieu lui-même vient de la placer, et désirant empêcher autant que nous pouvons, les scandales, et conserver et accroître la dévotion du peuple, Nous donc, nous souvenant que les reliques, de leur nature, ne sont le bien de personne, vwtu proprio, non à l'instance de qui que ce soit, mais après simple délibération personnelle, avec science et par considération pour notre cher fils dans le Christ Maximilieu, illustre roi des Romains. . .ordonnons aux Doyen et chapitre de Mayence de faire silence désormais sur la restitution de la dite relique et sur toute cette affaire en général ; . .décrétons, déclarons et voulons que la dite tête de sainte Anne soit conservée dans la dite église paroissiale de Dùren ; qu'on y continue en toute liberté de l'honorer comme on a fait jusqu'ici ; qu'elle ne puisse jamais être transportée ailleurs, et que les doyen et chapitre de IVIayence ne fassent jamais aucune réclamation à son sujet ;
" Ordonnant à ces mêmes doyen et chapitre de la dite église Saint-Etienne, sous peine de suspense, interdit et excommunication à encourir ipso facto par chacun d'eux contrevenant à nos ordres, de ne plus oser molester ou inquiéter à l'avenir les dits Recteur, Vice-Recteur de la dite église paroissiale, les Bailli, Coasuls, Proconsuls, Echevins et Université delà dite ville de Dûren au sujet <le la dite relique et de sa restitution, déclarant nul et de nulle valeur tout ce qu'on oserait faire ou attenter contre notre volonté, statut, commandement et décret pré^-ent. "
IjH paiMi demande ensuite aux intéressés de publier sa lettre et de punir ceux <{u'ï refuseraient de s'y soumettre, puis il termine ainsi :
" Qu'il ne soit permis à personne de contrevenir à notre présente lettre d'advocation, extinction, imposition, absolution, relaxation, statut, déclaration, volonté, décret et mandat, ou d'y contnîdire témérairement. Que si quelqu'un l'osait, savoir faisons qu'il encourrait l'indignation du Dieu tout-puissant et des bienheureux Apôtres Pierre et Paul.
" Donné à Rome, près Saint-Pierre, l'an de l'incarnation du Seigneur mil cinq cent cinq, le quinze des calendes d'avril, l'an trois de notre Pontificat". "
Tel est ce document, au moins dans sa teneure substantielle. I^ fait qu'il