ALLEMAGNE, SAINTE-ANNE DE DUREN
raconte n'a pas pu passer inaperçu pour les historiens, et à notre connaissance, au moins dix ou douze en ont parlé.
L'abbé Trithème, le premier, lui consacre toute une page de ses Annales d'Hirschau, et nous fournit des détails qui manquent dans le document pontifical. Dans sa version, le tailleur de pierres travaillait avec d'autres ouvriers de son métier à la tour de l'église Saint-Etienne quand la pensée lui vint d'enlever la relique. Elle était renfermée dans un buste d'argent qu'il emporta avec la relique elle-même à Diiren. Grande joie et grande affluence de peuple à Diiren. Grandes réclamations et dépenses du chapitre spohé pour rentrer en possession de son trésor. Résistance obstinée des gens de Dûren, que l'excommunication même ne parvient pas à soumettre, etc. ^.
Un auteur que nous connaissons déjà depuis longtemps, Polius, ne se contente pas à moins de vingt pages sur le même thème : Les femmes et jeimes filles de Diiren restent trois jours entiers devant la sainte relique, "adoucissant par de pieux cantiques leurs nuits sans sommeil. " Elles vont se présenter aux consuls et sénateurs, et à force de sollicitations, les décident à faire transporter la reUque de l'église des Franciscains à celle de Saint-Martin, ce qui eut lieu le troisième jour " au chant des hymnes mélodieuses et au miUeu d'une joie inaccoutumée. En souvenir de ce fait, ajoute l'auteur de VExegeticon, s'est perpétué l'usage, pour le jour de sainte Anne, de dresser en signe de supplication et d'action de grâces, un autel que l'on décore de tapisseries variées et d'un dais splendide destiné à recevoir la reUque de sainte Anne, comme on ferait pour le saint Sacrement 21. "
La même relation, au moins quant au fait principal, se retrouve dans Nicolas Serarius, historiographe de Mayence, Nicolas Schaten, annaliste de Paderbom, Wadding, historien des Frères Mineurs, Cuper, hagiographe de sainte Anne, Gelenius, auteur cité par Reiffenberg, sans compter Reiffenberg lui-même qui nous a fourni tout à l'heure le diplôme original de Jules II, et quelques autres comme Laurus et Colvener^*.
Leur cause aussitôt gagnée auprès du Saint-Siège, les habitants de Dûren songèrent à enchâsser dignement leur relique. Pour cela, dit Polius, ils fabriquèrent une double châsse dont l'une devait contenir l'autre. Ils construiskent la châsse extérieure en fer, lui donnant de longueur cinq pieds et sept pouces de Cologne, sur une hauteur de trois pieds et un quart, y compris le pignon. Ils la placèrent au miUeu du chœur, à droite, entre le grand autel et celui de la Sainte-Croix, où on la voit encore aujourd'hui. Elle est peinte en vermillon, les clous sont dorés ainsi que la base de la face antérieure, et elle est posée sur un socle de fer et d'airain. A l'intérieur, se trouve l'atitre châsse, celle-là en bois de hêtre, également en pointe, artistcment sculptée, peinte de bleu avec un semis ■d'étoiles d'or, et exhalant une très suave odeur 2». "
Cette châsse existe encore, ou du moins celle que nous avons vue à Diiren eh 1892 répond exactement, sauf les dorures et le "vermillon" qui ont disparu, à la description de PoUus. Le fond est noir, les clous et garnitures rouges.
Et pendant que l'église paroissiale honorait ainsi le buste reliquaire de sainte
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Anne, les fidèles lui rendaient des hommages analogues en leur particulier. C'est encore Polius qui nous l'apprend, on commença dès lors de représenter partout ce buste, en signe de reconnaissance et dévotion, sur les rideaux des fenêtres et des parois, sur les carreaux de vitre, les articles en métal, les médailles et monnaies, les ustensiles domestiques et d'usage journalier 2*. "
Pour revenir à l'église elle-même, la Providence semblait avoir voulu la préparer d'avance à l'honneur qu'elle recevait aujourd'hui. Devenue trop étroite, elle avait été agrandie au quinzième siècle et ressemblait depuis à une basilique. " Quand la chère relique y fut apportée, son titulaire, saint Martin, céda le pas à la divine sainte Anne, si bien qu'elle fut bien vite rebaptisée par le peuple sous le nom "de Palais de Sainte-Anne, " comme si, dit toujours Polius, "une lumière plus grande eût étouffé une lumière moindre'®. "
Plus tard, en 1631, une confrérie s'établit composée des personnes les plus honorables de l'endroit^. C'est la même, pensons-nous, qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours.
Et la dévotion, également, est la même qu'autrefois. Un témoin écrit à ce sujet le 25 juillet 1863 : " Le culte de sainte Anne est très répandu et très populaire parmi les catholiques de la Province rhénane. Diiren surtout en est le centre et contribue à le maintenir et à l'étendre. Le concours de toute la province à ce sanctuaire est réellement prodigieux, le jour de la fête, qu'on célèbre demain, et toujours avec une octave solennelle, des prédications extraordinaires, une ferveur et un ordre parfaits. Le parfum merveilleux que répand une précieuse relique de la Sainte, lorsqu'on ouvre la châsse magnifique où elle est conservée, est un fait inexplicable et un miracle permanent. J'ai respiré ce délicieux parfum . . . Les grâces obtenues sont nombreuses ; on en parle continuellement à Diiren. De tous côtés, on vient visiter ce sanctuaire, et de nombreuses processions y affluent, l'église étant très vaste. Afin de donner plus d'éclat au culte de la Sainte, on vient de la restaurer avec beaucoup de goût. Dans sa tour principale, on admire une des plus grandes cloches de toute l'Allemagne. Elle se nomme Annagloke, et ne sonne que les grandes solennités du pays.
C'est trop peu de dire cjue l'église est vaste : elle est plutôt grandio.se et mérite à tous égards le titre que lui donnait déj:\ Polius au dix-septième siècle. A distance, on aperçoit sa flèche gothique si fièro et si gracieuse, lancée très haut et dominant tout le pays d'alentour. Ariivé tout près, malgré tant de monuments qu'on a pu admirer ailleurs, on admire encore celui-là. C'est grand, élevé, de bon goût, nouveau. Tant d'églises se ressemblent que c'est plaisir d'en trouver une qui ne res.semble à rien.
A l'intérieur, on a fait de nouveau à la fin du dernier siècle, de grands travaux de décoration. Ils commençaient à l'époque de notre visite et nous espérons bien qu'ils n'ont pas gjité la pureté des lignes, ni enlevé à l'ensemble son cachet de majesté, (^ue si, par exomplo ils .se sont jiortés sur le maître-autel, nous ne saurions le n'gretter. Cet autel à deux étages, style Renaissance, style rococo, noua a fait mal comme tous ses pareils, malgré les deux groupes qui le couron-