FRANCE, ÉCRIVAINS
sans beaucoup de recherches, nous avons pu en trouver au moins une soixantaine, la pkipart écrits en français et pour le peuple. Les savantes dissertations de Le Febvre d'Etaples et de Natalis Beda (Noël Bédier) mises à part, (1512, 1519) parce qu'elles ne s'adressaient qu'à un public d'élite ; les divagations de Pierre Cousturier et de Bertrand de Périgueux (1529) sur le trimibium de la Sainte, traitées comme il convient, c'est-à-dire jetées au feu parce qu'elles sont positivement incongrues et presque grossières, il reste de bons li\Tes, peut-être parfois naïfs à notre moderne façon de juger, mais qui ont fait du bien en leur temps, par exemple :
Le Sépulcre de Madame Saincte Anne de Pierre Legrand, La royaU Mère de Jean Rabasse (1618), Les Gh'ajrdeurs de Sainte Anne du Père Hughes de Saint-François (1635), Les Triomphes de Sainte Anne du Père Mathias de Saint-Bernard (1651), La Vie et miracles de Sainte Anne du Père de LaCourt (1690). Nous ne parlons, du moins pour l'instant, que des ouvrages anciens, et parmi ceux-là il faudrait compter aussi tant de manuscrits disséminés dans les bibliothèques publiques de France. Nous en signalons ailleurs un certain nombre : Vie compendieuse et exemplaire de Madame Saincte Annxs (Auxerre, nO 122), Ci commance la vie Saincte Anne (Lille, n" 303, xvi^ s.). Petit livret à l'honneur de Saincte Anne et de la Royne par Rochefort et Fabri (Paris, Arsenal, xvie s.), etc., etc. ; et meilleurs encore, plus édifiants, quelques-uns qui traitent spécialement des miracles de la Sainte, tels : le n» 492 de Cambrai et le n" 844 de Douai (xve et xvi^ siècles).
Evidemment, le xix<^ siècle a beaucoup plus produit à lui seul que ses trois ou quatre devanciers, mais l'intérêt historique de ces ouvrages diminuant à mesure que nous nous rapprochons de notre temps, il suffira de mentionner en bloc la littérature aptésierme : Rémerville, Gay, Mathieu, Terris, et la littérature bretonne : Badiche, Alfred Lallemand, l'abbé Bernard, le Père Arthur Martin, Nicol, Delmas, LeGuen, Vicomte le Gouvello, et parmi les poètes Brizeux, Anatole I^ Braz, l'abbé LeBayon, Théodore Botrel, etc.
Ces derniers noms évoquent le souvenir d'œuvres poétiques plus anciennes et quelques-unes en effet très anciennes, comme La Vie de la Vierge de Robert Wace (fvers 1175), Le Roman de Saint Phanuel et le Roman de Saint Graal (xiii® siècle). Les trois Maries de Jean de Venette (xiv^ siècle). Le Mystère de la Passion, avec toute la légende de sainte Anne au commencement (première représentation à Paris en 1402) ; Le Mystère de la Conception, nativité, mariage et annonciation de la benoiste Vierge Marie, de Jehan Michel (1486). Si l'on prenait à la lettre un texte de M. de La Villemarqué, l'épopée bretonne de Lez Breiz serait même plus ancienne que le poème de Wace. Mais alors, pourquoi n'en trouve-t-on aucune mention, aucune citation dans les hagiographes bretons de la Sainte et les historiens de son culte ? Lez Breiz, de son vrai nom Morvan, vicomte de Léon, y fait preuve de la dévotion la plus tendre envers sainte Anne d'Armor, et nous avons reproduit autrefois à pleines pages les manifestations de cette tendresse. Interpolations
peut-être, mais quand même elles seraient certaines, ce serait le cas de dire avec les Italiens : Si non è vero, è bene trovato.
Plus authentiques, le Chant royal de Catherine d'.\mboise (lôôO), un servantois de Froissart, un curieux palinod mentionné par Didron, un passage de Clément Marot, mais surtout les offices rimes, les séquences, les hymnes pour la fête de sainte Anne ont été un fort stimulant de la dévotion îl son égard. Dès le xiii'^ siècle, à l'époque où Vincent de Beauvais et Bernard Gui racontaient la légende de la Sainte, ou même quelque cinquante ans plus tôt, les missels de Saint-Chéron-les-Chartres et de Sainte-Barbe-en-Auge inscrivaient l'admirable séquence Mater Mairis Domini citée dans un volume précédent. Les hynmes publiées par le Père Brèves hi festo Annœ gaudeat, Exultet cœli curia, Anna, noli flere, Clara diei gaudia, Lucis Jiujus festa, et combien d'autres ? sont toutes du xiii* siècle, et toutes de provenance française. Que donneront en cette matière le xiv^, le xv^ et la première moitié du xvi^ siècle, jusqu'à la suppression des liturgies particulières, c'est-à-dire propres à chaque église ? Les 50 ou 60 fascicules parus du Recueil des Pères Dreves et Bluhme en donnent à peine l'idée, parce que des milliers d'anciens livres liturgiques ont dû se perdre ou être détruits; parce cjue, ensuite, le recueil est loin d'être complet même pour la France.
Et maintenant, sans nous arrêter aux monastères, couvents, hôpitaux, refuges, autres monuments divers que la piét^ française a consacrés à la Sainte au cours des derniers siècles, voyons un peu où en est cette piété,
de nos jours,
en dehors de Sainte-Aime d'Auray et de la Bretagne déjà traitées plus haut.
Elle se porte de préférence comme autrefois vers les sanctuaires de pèlerinage, et parmi eux il convient de nommer d'abord Sainte-Anne de Martel, si bien mise en lumière, ces dernières années, par M. l'abbé de Bessonies :
" Il existe, dit-il, entre la Provence et la Bretagne, au nord de l'ancien Quercy, non loin du célèbre et antique sanctuaire de Notre-Dame de Rocamadour, une petite ville du nom de Martel, dont la fondation remonte à la première moitié du huitième siècle. Il paraît certain que Charles Martel, en revenant de combattre les Sarrasms, fit bâtir en ce lieu mie église qu'il plaça sous le vocable de saint Maur. Mais ce qui fait surtout la gloire de cette localité, au point de vue chrétien, c'est qu'elle sut toujours se préserver de la contagion du calvinisme, alors que tout le pays environnant en était infesté.
" Comment et par quelle voie le culte de sainte Anne a-t-il pris naissance dans la petite ville de Martel ? C'est une de ces éclosions mystérieuses qui ne frapijent l'esprit et n'émeuvent le cœur d'une population qu'au moment où elle en recueille les fruits. A l'origine, nous trouvons une simple image pieusement honorée : on avait dit très naïvement à sainte Anne : " Doimeznous ceci et nous vous donnerons cela ; si vous accordez la faveur que nous demandons, nous promettons de travailler avec toute notre énergie à étendre