FRANCE, DE NOS JOURS
votre culte, à vous faire connaître et aimer. " Sainte Anne se montra généreuse, et la reconnaissance répondit à ses bienfaits.
" Les enfants furent les premiers à célébrer les louanges de la mère de Marie et à lui donner les prémices des hommages qui, depuis, lui ont été rendus avec tant de ferveur. Sa modeste image se vit entourée d'un essaim de petites filles qui se firent les angéliques apôtres de la dévotion naissante ; bientôt, leurs mères vinrent se joindre à elles ; des grâces obtenues, des guérisons étonnantes, des marques évidentes de secours dans des circonstances difficiles firent connaître au loin le maternel patronage de sainte Anne et lui amenèrent bien vite de nouveaux et nombreux clients. Au petit oratoire succéda une élégante chapelle, construite dans le style roman le plus pur : un vrai bijou encadré de plantes grimpantes, orné de vitraux d'un goût parfait..., et c'est là, au mois de juillet surtout, qu'éclate la dévotion des fidèles. Un des jours du mois voit arriver tous les enfants de la ville, portés ou conduits par leurs mères : une messe est dite spécialement à leur intention ; on leur fait baiser la relique et on les consacre à la gracieuse patronne de la cité. Mais que dire de la fête du 26 juillet ? c'est bien une fête de famille ! La messe de communion, la grand'messe, les vêpres solennelles suivies du panégyrique de la Sainte, la bénédiction du Saint-Sacrement, et le soir le Magnificat chanté en plein air et suivi d'une exhortation sur la sainte Vierge, suffisent à peine à contenter la dévotion des habitants de Martel. Aussi, Mgr l'évêque de Cahors a-t-il voulu favoriser cette piété en accordant une octave très solennelle avec prédication et bénédiction du Saint-Sacrement chaque soir. Pendant ces jours bénis, les serviteurs de l'aïeule du Sauveur se pressent nombreux aux pieds de sa sainte image. Que de ferveur dans leurs prières ! que de douceur dans leurs larmes ! Mais tous ne peuvent y venir autant qu'ils le voudraient; qu'à cela ne tienne ! Par une pieuse industrie de l'amour filial, des cœurs sont appendus aux murailles du sanctuaire pour représenter les absents.
" Allons à sainte Anne ! dit-on dans chaque difficulté, et les nombreux et touchants ex-voto qui entourent l'image vénérée, attestent que la douce patronne a reçu bien des vœux, exaucé bien des prières. La reconnaissance s'y traduit sous des formes diverses : ce sont des tableaux religieux offerts en souvenir de grâces obtenues, des plaques de marbre portant gravées des inscriptions éloquentes dans leur simplicité, des lampes et des cierges, symboles de l'amour fidèle et de l'ardente suppUcation... "
Ainsi continue le pieux auteur, heureux pèlerin qui se souviendra longtemps de cette Nazareth nouvelle si fraîche et gi-acieuse avec " ses murs du sanctuaire tapissés de lierre, de vignes, de jasmins et de rosier s où se jouent les petits oiseaux religieusement respectés ; " sa statue de la Sainte instruisant la Vierge ; sa rehque " apportée par un pèlerin de Terre-Sainte ; " le recueillement, la prière, la piété qu'inspire toute cette harmonie calme et douce. "
Reportons-nous de là sur les confins de l'Ain et du Jura, dans les montagnes richement boisées du canton d'Oyonnax, au diocèse de Belley. Là s'étend une
'M8 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (u)
prairie, riante en été, parfois dangereuse en hiver, à cause des tourbillons de neige qui la sillonnent. Une pieuse famille, affectionnée de temps immémorial au culte de sainte Anne, y entretenait un modeste oratoire où le pèlerin fatigué pouvait invoquer en passant celle que ses bontés ont fait nommer le Chemin du voyageur. Ce petit monument ne fut pas épargné en 1793, et on dut le réparer en des temps meilleurs ; mais comme il était situé dans un endroit fort humide, cette restauration imparfaite fut à peu près inutile ; la voûte s'effondra vers l'année 1830, et de ses ruines on retira les débris vermoulus de la statue qu'on y vénérait. Les choses en restèrent là pendant plus de vingt ans. INIais lorsque Monseigneur l'Evêque de Belley, après la définition du dogme de l'Immaculée Conception eût invité ses prêtres à faire placer, comme monument commémoratif , une statue de ISIarie Immaculée sur les points culminants de leurs paroisses, on trouva l'occasion on ne peut plus favorable de rebâtir la chapelle de Sainte-Anne. ... Le pasteur de l'endroit fit un appel aux moins pau\Tes de ses paroissiens. . . Ceux qui ne pouvaient souscrire de leur argent, offrirent leur travail personnel ... On se mit à l'œuATe avec ardeur, et la chapelle fut bientôt achevée. Des dons particuliers pour^alrent à son modeste mobilier, et elle prit le gracieux nom du site Alpestre où elle est bâtie : Sainte-Ayine de la Prairie.... Depuis lors la dévotion s'est propagée dans ces montagnes ; on en trouve des preuves palpables dans l'empressement des habitants à se faire inscrire dans une confrérie enrichie d'indulgences par Pie IX ; dans les messes que l'on fait célébrer ; dans les communions si nombreuses au jour de la fête, et dans l'affluence toujours de plus en plus grande des pèlerins.
A trois heues et demie d'Alençon, sur le flanc d'une montagne portant le nom de la Sainte, nous trouvons une autre chapelle de pèlerinage. Le premier dimanche qui suit le 26 juillet, sourds-muets, boiteux, épileptiques remplissent dès minuit, et l'on y compte parfois jusqu'à quinze mille personnes.
Sainte-Anne d'Argonne, au diocèse de Verdun, a son plateau, ses grands arbres, sa chapelle miraculeuse, ses fêtes, surtout sa grande fête du 26 juillet. Ce jour-là, notamment en 1878, le spectacle était grandiose et imposant, ainsi qu'en témoigne le journal V Univers dans un article daté du 9 août de la même année. M. l'archiprêtre de Verdun, Hussenot, célébrait la sainte me.s.se, et vingt-cinq ecclé.siastiques, de leurs voix mâles et vigoureu.ses, alternaient avec un chœur de jeunes fiUes. A l'évangile, l'abbé Buzy retraça à grands traits l'histoire de la montagne qui garde la chapelle de sainte Anne, et l'histoire de ce sanctuaire vénéré : " Il a disparu, dit-il, le vieux Clermont, cet antique castel avec ses fortes murailles. Ainsi paisse la gloire du monde, .souvenir de pui.s.sance et de force ... Il a disparu de même ce monastère, abri de la science, où les hommes amis du silence et de la prière, les disciples de saint Benoît, mêlaient aux fortes études le chant des louanges de Dieu. Mais, si tout s'est effacé, un monument reste encore debout sur cette montagne