I. La Nouvelle-France
La dévotian à sainte Anne en France. — Cap Breton. — Québec : les Ursulines, Notre-Dame de Recouvrance, la Cathédrale, la Confrérie de sainte Anne. — Sainte-Anne de Beaupré. — Les Sauvages.
L'expansion du culte : Fief de La Pocatière. — Varennes. — Montréal.
— Yamachiche. — Acadie. — Montmagny. — Nouveau-Brunswick. — Saguenay.
— Manitoba. — Au bord des routes et sur les montagnes.
Dans la première moitié du xvii^ siècle, nous l'avons vu, la dévotion à sainte Anne était très répandue en France, et qu'il vînt de Paris, du Perche, de la Noi-mandie et surtout de la Bretagne, tout colon l'apportait en Nouvelle- France avec lui. A Paris, Anne d'Autriche donnait l'exemple ; en Bretagne, la Sainte elle-même affirmait par des merveilles sans nombre sa bonté et sa ]Duissance ; en Normandie, la piété se portait au village de Briais où une église vraiment monumentale avait succédé au vieil édifice, prouvant ainsi la confiance et la générosité des fidèles de l'endroit et de toute la contrée. Pour le Perche, patrie d'origine du plus grand nombre des premiers pionniers de la côte de Beauprét de Beauport et de l'Ile d'Orléans, écoutons M. l'abbé Gautier dans la revue Canada, Perche et Normandie (iv« année, p. 72, 8 décembre 1899) :
" A cinq cents mètres environ de l'église paroissiale et du château de La Ventrouse, à l'endroit où la route nationale de Paris à Brest traverse celle de Chartres à Granville, se trouve un carrefour célèbre appelé de temps immémorial le Carrefour de Sainte-Anne. Une partie de ce carrefour est située sur la I)aroisse de Tourouvre, et l'autre sur celle de La Ventrouse. Depuis plusieurs siècles, il porte ce nom, et ce qui lui valut ce beau titre, ce fut une modeste chapelle de Sainte-Anne fort renommée aux xvi^ et xvii^ siècles. Elle était bâtie sur le bord de la route de Paris à Brest, à peu de distance de ce carrefour. On n'en voit plus maintenant que l'emplacement, car elle a été démoUe pendant la révolution de 1789. Au moment de l'émigration percheronne, elle était, un pèlerinage très fréquenté, et, dans tout le cours de l'année, mais surtout pendant le mois de juillet, des pèlerins y venaient en grand nombre, la plus grande partie du Perche, invoquer la Mère de la sainte Vierge. On peut donc regarder comme indubitable que les immigrants, partis pour le Canada, de
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Tourouvre, de Mortagne, de La Ventrouse, de Randonnay et autres paroisses du Perche, étaient venus bien des fois prier dans ce sanctuaire, et, quand ils émigrèrent dans la Nouvelle-France, ils emportèrent, profondément gravée au fond de leurs cœurs, la dévotion à la Bonne sainte Anne, protectrice des marins et des voyageurs. "
Venons de suite aux faits, et comme ils sont nombreux, essayons d'être bref. D'abord, le Père Lejeune écrit dans la Relation de 1635 : " Nous avons six résidences en la Nouvelle-France : La première, commençant par les premières terres qu'on rencontre en venant en ces paj's se nomme la Résidence de Saincte- Anne : Elle est au Cap-Breton. "
Ailleurs : " Le Chibou, principale partie de l'île du Cap-Breton, est une grande baie d'environ deux lieues de large, qui va peu à peu s'estrecissant le long de six ou sept lieues qu'elle comprend sur le milieu à main gauche en montant ; au haut de la coste qui regarde le Norouëst, est basti le/ fort de Sainte- Anne, à l'entrée du port, vis-à-vis d'une petite anse*. "
Voici, d'après le Bulletin des Recherches Historiqves et une page de M. Benjamin Suite, l'origine de ce fort.
Le capitaine Daniel, parti de France le 2 avril 1629, pour venir au secours de Champlain à Québec, après bien des contretemps, arriva le 28 août au Cai>- Breton. Là, il apprit que, deux jours auparavant, Jacques Stuart, milord écossais, prétendant que le Cap-Breton appartenait à l'Angleterre, avait élevé un fort au port aux Baleines, après avoir pris et pillé les vaisseaux pêcheurs de Michel Dihourse, " qui faisait pescherie et secherie de molue. " Aussitôt Daniel, à la tête de vingt-trois hommes, s'empara du fort de Stuart, le rasa et y fit la garnison (soixante-deux hommes) prisonnière. Puis il se rendit à l'entrée de la rivière Chibou où il construisit un autre fort. Il le munit de huit canons, de munitions, etc., etc., et y laissa une garnison de trente-huit hommes, outre deux Jésuites. Il repartit pour la France le 20 novembre 1629» amenant avec lui ses prisonniers anglais.
Les deux Jésuites, le P. Vincent, compagnon de voyage de Daniel, et le P. Vieuxpont, qu'un naufrage avait jeté sur les côtes du Cap-Breton, donnèrent. à ce fort, en même temps qu'à la chapelle attenante, le nom de Sainte-Anne. Ainsi mettaient-ils sous la protection de la grande thaumaturge l'endroit du Canada le plus exposé aux incursions de l'ennemi'.
Disons-le de suite, la Bonne Sainte n'oubliera pas que ces avant-postes de la Nouvelle-France lui ont été confiés dès le commencement, et si un jour lx\ convoiti.se britannique réussit à s'en emparer de nouveau, elle en restera cependant la première maîtresse. Voyez un peu, s'il vous plaît, comment l'histoire se répète. Nous citons en l'abrégeant un délicieux passage d'un écrit qui vient de paraître (1920) :
" L'Angleterre veut effacer à jamais la race française de la péninsule acadienne. . . Les gens de Grand-Pré, du bassin des Mines, chassés de leurs foyers, bannis à cause de leur foi et de leur langue, traqués presqu'à l'égal des bêtea,