‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 167 sur 294 · NOUVELLE-FRANCE, CAP BRETON · texte numérisé non relu

NOUVELLE-FRANCE, CAP BRETON

errent dans la république américaine . . . Dix années se passent à peine que les déportés reviennent habiter un coin de leur patrie. Parties de Salem, quelques familles prennent place sur des barques et s'en vont à la merci des flots . " ' Sur le rivage désert de la Baie Sainte-Marie, ils plantent une croix rustique, et à son ombre, commencent leurs défrichements. En 1766, onze années après la déportation et pendant de longues années encore, la colonie naissante viendra prier autour de cette croix de bois ; le dimanche, en l'absence d'un prêtre, un ancien y fera la mssse blanche . . . Comme la croix avait été pour les rapatriés de 1766 le signe de la résurrection et du progrès, à l'ombre de cette même croix devait germer la grande œuvre du Collège de Sainte-Anne, et c'est un nouveau gage, et l'on peut dire avec le poète :

J'en ai maintenant l'assurance.

Le peuple acadien n'est pas près de mourir''."

Moins poétiquement l'histoire ajouterait ici une explication, un détail. Le célèbre abbé Sigogne, décédé en 1844, avait été quarante-cinq ans missionnaire en Acadie. Lorsque, en 1880, on résolut d'élever un monument à sa mémoire, on estima que le plus beau témoignage de reconnaissance à son égard serait une maison d'éducation. Au seul nom de l'abbé Sigogne, toutes les bourses, comme tous les cœurs, s'ouvrirent à l'unisson, et Sainte-Anne de Clare s'éleva avec une rapidité qui tenait du prodige*.

Revenons maintenant sur nos pas. — A l'année 1639 remonte un des premiers convois réguliers de jeunes filles que Paris ait dirigés sur le Canada en vue d'y établir des foyers permanents, et le Mercure français de l'époque nous fait lire à ce propos :

" La piété n'a point de bornes et s'étend au delà des mers, jusqu'aux extrémités de la terre. Quantité de religieux étant partis les années passées pour amener les sauvages du Canada à la connaissance de leur Créateur, le grand fruit qu'ils y ont fait a donné envie à plusieurs personnes de contribuer à ce charitable dessein, et pour ce sujet, l'on tire tous les ans un assez bon nombre de filles de l'hôpital Saint-Joseph du faubourg Saint-Germain de Paris. Une si sainte coutume ayant donc fait choisir trente-cinq ou quarante filles dans cet hôpital, pour les envoyer à Dieppe, et les faire embarquer sous la conduite d'un capitaine nommé Bontemps, la fondatrice des Ursulines, veuve du sieur de Touvois-La Frété, voulut témoigner le zèle qu'elle avait pour la gloire de Dieu ; elle entreprit la conduite de toutes ces filles, leur associa quelques-unes de ses religieuses, avec intention de leur faire bâtir un couvent en ce pays-là, et pour appuyer ce dessein, alla trouver la reine à Saint-Germain pour recevoir ses commandements. Elle avait espéré un bon accueil de cette sage et grande princesse et ne fut pas trompée en son opinion. Sa Majesté approuva son dessein, loua son courage et sa piété, lui promit que sa libéralité seconderait l'ardeur qu'elle faisait paraître, et témoigna vouloir que l'Eglise qu'elle bâ-

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tirait en ce nouveau monde, fut consacrée k sainte anne, qui est sa patronne. La flotte dans laquelle elle était, partit de Dieppe, le 15 du mois de mai (1639)»."

Tel est le fait et tels sont les faits. Il y a doux plaisir à voir la " Bonne sainte Anne " accompagner ainsi la lointaine expédition, et prendre place par avance au berceau même des premières familles canadiennes.

L'auguste Souveraine ignorait-elle que la petite colonie de Québec possédait déjà Notre-Dame de Recouvrance ? ou bien voulait-elle à son tour et d'autorité royale consacrer la Nouvelle-France à sa propre Patronne, " Madame saincte Aune, " comme on disait alors ? Peut-être en la pauvre petite chapelle que nous venons de nommer n'y avait-il pas place pour un autel à la Mère de Notre-Dame, mais il y en avait au moins pour son image, et il nous est bien agréable de trouver dans un Inventaire des années 1640 et suivantes, parmi tous " les biens meubles appartenant à la Paroisse " : " Une statue de Notre-Dame et son Fils es bras, estoffée d'or, de 2 pieds de haut ; six pauvres images du travail de feu M. de Champlain, un tableau de cuivre de sainte Agnès tenant un mouton ; un taljleau de cui\Te de Notre- Dame et sainte Anne'".

Les dames Ursulines n'avaient pas dû oublier la recommandation d'Anne d'Autriche, mais ne bâtit pas qui veut une église, et il ne leur appartenait pas non plus de choisir elles-mêmes un vocable pour la modeste chapelle de leur couvent. Toutefois, c'est probablement à la suggestion discrète de sa fille, " la chère sœur Saint- Joseph, " que Madame de La Troche, en 1646, leur envoie 200 livres pour fonder une messe en l'honneur de sainte Anne. " Ce n'est pas assez et les Annales manuscrites de la maison nous fournissent pour l'an 1667 un touchant détail : " Le 29 avril, Monseigneur de Laval bénit la première pierre d'une chapelle à l'honneur de sainte Anne dans notre égUse, laquelle première pierre fut posée dans les fondements par Monsieur de Tracy, qui la faisait édifier. Elle a coûté deux milles livres. "

Entre temps une nouvelle Notre-Dame de Québec s'est élevée, et beaucoup plus vaste que l'ancienne, mesurant maintenant cent pieds de longueur. Ici nous ouvrons l'opuscule de M. l'abbé Casgrain sur le C^dte de sainte Anne en Canada, un travail déjà ancien puisqu'il date de 1871, mais sérieux, bien écrit et on dirait toujours nouveau. Nous y reviendrons quelquefois.

" Après l'incendie de la chapelle de Notre-Dame de Rccmnrance (1640) lorsqu'on commença, en 1647, la construction de l'église paroissiale de Notre- Dame de Quélxic, qui peut être considèrent comme la première egli.se bâtie en Canada (car avant cette époque, on n'avait guère élevé que de ptîtites chaptîUes), les missionnaires jésuites, qui remplissaient les fonctions curiales, obéis-sant autant :\ leur propre dévotion (lu'aux vd-ux des paroissiens, consacrèrent une des chapelles de la nouvelle église à sainte Anne. Jamais depuis

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