‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 169 sur 294 · NOUVELLE-FRANCE, CONFRÉRIE DE SAINTE-ANNE · texte numérisé non relu

NOUVELLE-FRANCE, CONFRÉRIE DE SAINTE-ANNE

Jrères de l'Association de Québec qui se proposent d'établir la dite Confrérie au dit Québec.

En voici le début si chrétien, si courtois, si français et respectueusement affectueux :

" Messieurs nos très chers confrères, salut en Nostre Seigneur Jésus-Christ ! Ne pouvant assés louer votre saint zèle ny vos grandes dévotions que vous avez témoigné par la lettre que nous avons reçue de votre part dattée de Québec •du quinziesme octobre dernier, nous vous sommes infiniment obligés de votre souvenir et encore plus de vos saints désirs et de la grande dévotion qu'avés envers Dieu notre auteur et notre très grande Patronne et admirons les peines que vous prenés d'établir une sainte confrérie en cette ville si éloignée en imitant nos anciens qui ne se sont pas contentés de faire du bien mais d'en procurer et préparer pour ceux qui devaient venir après eux, afin de parvenir à cette saincte citée en laquelle nous espérons entrer un jour par la miséri- <;orde de Dieu et les prières de notre grande et incomparable sainte Anne. "

Une autre période très ample nous assure que de toutes les bonnes œuvres, la plus agréable à Dieu a dû être l'étabUssement de cette confrérie de Sainte- Anne en la Nouvelle-France, parce que " Dieu lui-même y est adoré, la très sainte Vierge et notre Grande Sainte et Patronne honorées, et qu'assurément nous y recevons des grâces^ précieuses en la vie et encore plus à l'heure de la mort ... Et c'est pourquoy nous vous protestons que nous ne pouvons vous témoigner des recognoissances telles que nous désirerions en un si heureux subjet. "

Suivent encore deux grandes pages in-folio d'une écriture très fine, très serrée, où nous apprenons entre autres choses, que la confrérie de Paris possède " de tout temps " sa chapelle dans l'égUse des Billettes, bâtie en 1294 en souvenir d'un grand miracle eucharistique accompli en ce lieu ; que, desservie d'abord par l'ordre de la Charité de Notre-Dame, elle le fut ensuite, c'està-dire au XIV siècle et depuis, par les Pères Carmes " avec participation à toutes dévotions, indulgences, prières de ces saints religieux " ; que les rois de France ont toujours eu " singulière dévotion " cette confrérie, si bien que toutes les autres ayant été supprimées " à cause des désordres qui s'y commettaient, " et tous leurs vaisseaux d'argent ayant été fondus en monnaie " pour subvenir aux extrêmes nécessités de ces temps-là, " celle de Sainte- Anne fit exception. "

La pieuse confrérie de Québec n'appartenait pas exclusivement comme en France, à tel ou tel corps de métier, et par exemple pour l'instant, à celui des menuisiers : non tamen pro hominibus unius speclalis artis, disait expressément la bulle d'Innocent XII qui la confirma le 15 mars 1694. C'était avant tout une confrérie de piété, une sorte d'union de prière et de secours spirituels où pouvaient s'enrôler des personnes de toute condition, pourvu que leur conduite morale fût à niveau, par conséquent hommes, femmes et jeunes gens. D'après les Règles et Statuts établis par Mgr de Laval, les membres devaient visiter souvent la chapelle ; se confesser et communier le jour de leur récep-

LE CULTE DE SAIiTTE ANNE EN OCCIDENT (il)

tion et ensuite au moins une fois chaque mois ; assister à la messe qui se disait le premier lundi du mois pour les confrères défunts ; assister aussi aux assemblées afin d'y entendre " le petit mot d'exhortation " du chapelain, et de réciter dévotement " les litanies de sainte Anne et autres prières " (ynè 34) ; renouveler tous les ans leur consécration à la Sainte ; ne jamais prendre part " aux bals, danses et mascarades, " mais se faire un devoir de venir aux enterrements des confrères et d'y porter " un cierge jaune à la main ; " s'eutraider les uns les autres, même pécuniairement, et puis, comme après les préceptes \iennent les conseils, les confrères sont invités à loger les pau\Tes, réconcilier les ennemis, ramener les pécheurs à la voie du salut, enseigner aux ignorants les commandements de Dieu et de l'Eglise, etc. Pour toutes ces bonnes œu\Tes, la bulle d'Innocent XII accorde des indulgences de 60 jours. Elle en accorde aussi pour " accompagner le Saint-Sacrement quand on le porte en procession aux malades, ou ne pouvant pas l'accompagner, pour dire un Pater et un Ave, quand la cloche sonne à cette occasion. " Evidemment la confrérie possède d'autres indulgences plus grandes encore, c'est-àdire plénières ou de réels " pardons, " comme on a toujours dit jusqu'à nos jours en France, et parce que le Pape n'en est pas prodigue, on se donne sans doute plus de peine qu'aujourd'hui pour les gagner. Les occasions, au reste, sont très solennelles : le jour de l'entrée dans la confrérie, le jour de la fête de sainte Anne, à l'article de la mort '".

Les confrères payaient im droit d'entrée en se faisant inscrire, puis une redevance annuelle. Les revenus étaient employés à faire dire des messes ou chanter des services pour les confrères défunts, et une part en allait à la décoration de la chapelle. Ainsi le 16 août 1660, "par devant le notaire Audouart, étant présents Jean Le Vasseur, maître-menuisier à Paris, doyen de la confrérie de Sainte-Amie, Pierre Biron, Pierre Le Valseur, à présent maître-confrère de la dite confrérie, Ravmond Paget dit Quercy, Pierre ]Min ville (Mi ville), Guillaume Lo3'er, anciens maîtres de la dite confrérie, il a été résolu de faire faire un retable de dix-neuf pieds ou environ de hauteur sur une largeur proportionnelle — avec deux colonnes garnies et enrichies de leurs ornements entiers — et deux cadres, dont l'un sera pour placer le tableau de sainte Anne, et l'autre (au-dessus) pour placer le tableau du Rosaire. Et pour ce travail, la confrérie paiera à l'entrepreneur LemeUn 400 livres tournois, le bois à part. " De fait, un inventaire de la chapelle daté de 1746 montre avec orgueil, parmi beaucoup d'objets de valeur, " un retable et un grand tableau de sainte Anne " (ms 33).

Les aumônes continuent d'abonder : Pierre Miville donne d'un coup 80 livres 6 sols"; René Branche une somme indéterminée mais considérable; Matthieu-Benoît Collet, Procureur-Général du conseil, 50 hvres, et si tous les associés ne peuvent pas être aussi généreux — car il ne suffit pas pour cela de le vouloir — , les aumônes cependant couvrent toujours plus que les dépenses courantes. Elles permettent, par exemple, en 1691, de faire au registre cette glorieuse entrée : " Un service pour les guerriers à Sainte-Anne, 8 Uvres

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