‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 171 sur 294 · NOUVELLE-FRANCE, SAUVAGES · texte numérisé non relu

NOUVELLE-FRANCE, SAUVAGES

était, dit l'histoire locale, la vénération de ces pieux enfants des bois pour la Bonne sainte Anne du Nord, qu'un grand nombre d'entre eux se rendaient à genoux en récitant des prières, des bords de la grève jusqu'au seuil de l'église. Et, comme leurs cœurs étaient délicieusement émus en touchant l'enceinte vénérée ! comme ils baisaient avec amour le parquet sacré, et parfois avec des larmes plein les yeux ! Comme aussi ils chantaient, avec cette voix dont le timbre si pur ravissait autrefois nos premiers missionnaires ! comme aussi ils priaient leur sainte Patronne soit pour lui demander la guérison d'un être chéri ou la cessation d'un fléau ; soit pour la remercier de telle ou telle grâce obtenue par son intercession toute-puissante !

Chez les Micmacs, cette dévotion était encore si grande au temps de M. Painchaud, leur missionnaire, et c'est lui-même qui en rend témoignage, que pour obtenir d'eux le sacrifice d'une passion ou d'une mauvaise habitude, on n'avait qu'à leur dire : " Vous contristez le cœur de la Bonne sainte Anne, et vous lui prouvez que vous ne l'aimez pas. "

Naguère encore au Cap-Breton, à l'extrémité sud du Lac Bras-d'or, en leur jolie chapelle qui a fait donner à l'endroit le nom de Chapel Island, la fête de la Sainte durait toute une semaine, et la piété s'y entremêlait de jeux et de réjouissances qui attiraient un grand nombre de visiteurs au visage pâle, venus des villages voisins, et souvent de très longues distances. Un militaire poète, le colonel Hamilton, a raconté en beaux vers anglais, cette grande et intéressante festivité. Protestant de fait, mais catholique de cœur, il admire cette foi vivace et naïve du sauvage ; il la décrit avec attendrissement, et nous-même ne pouvons nous défendre de l'écouter.

Traduction :

Par essaims de canots, à grands coups d'avirons,

Flotille dansant sur le large Bras-d'Or,

Ou sur des barges plus solides, avec rames et voiles,

Equippées et appareillées à la manière des blancs.

Ils sont venus de mainte bourgade sauvage, de loin ou de près,

Les privilégiés de ces tribus nomades,

Portant des noms très harmonieux en leur doux langage.

Ils sont venus des rivages brumeux de Malag^vatchkit ;

D'où Benacadie et Eskasoni

Confondent leurs coteaux avec le ravin de Tweedmooge ;

De Wagamatkook dont les eaux roulent sur des sables d'or ;

De Whykomagh — doux nid qui s'abrite au flanc des collines ;

De Boularderie, et de Sainte-Anne à la ceinture de montagnes,

Et du pied des hauteurs solitaires de Victoria,

D'où Ingonishe baigne ses pieds dans l'Océan.

Et de maint vallon, et de maint cours d'eau, et de maint rivage.

Tous très chers à ces noirs enfants du sol,

Surtout à cette heure où leurs races à-demi éteintes

Se donnent comme un dernier rendez-vous.

418 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

Ils sont tous venus, hommes et femmes, têtes blondes ou têtes blanches,

Depuis le vieux radoteur éclopé, jusqu'au bébé nouveau-né ;

Tous à genoux pour célébrer la fête de bonne sainte Anne,

Et au milieu de la fête, ils tiennent grand conseil, comme au temps jadis.

Quand de graves entreprises attendaient la dernière parole des anciens ".

Plus récemment encore, en 1910, en souvenir de leur conversion à la foi catholique, les Micmacs de Ristigouche élevaient un monument à leur bonne Sainte et gravaient à sa base cette inscription touchante :

Monument du me centexaire

érigé le 24 juin 1910 en mémoire

Du très heureux jour où

la tribu des Micmacs

A la suite du grand chef Membertou

se donna au Christ

le 24 juin 1610

Bonne sainte Anne, priez pour nous " !

Souvenons-nous maintenant des belles et bonnes plumes qui ont voulu honorer notre Sainte, et s'il vaut mieux mettre en appendice le tableau un peu long et sec de leurs œuvres, signalons au moins des ouvrages plus ou moins «tendus par l'abbé Casgrain, Mgr David Gosselin, le R. Père de Ghj-velde ; des articles de journaux ou de revues par mesdames Anna-T. Sadlier, G. M. Ward (Madame Pennée) ; Laure Conan ; Joaquin Miller de San-Francisco ; Sir A-B. Routhier ; Cleveland Moffett, les Pères Rédemptoristes qui rédigent depuis vingt ans les Annales ; quelques poésies d'un \Tai et grand lyrisme, comme celles de Pierre-Martial Bardy, Gertrude Menard, Julia Farley, H. -M. Skidmore, Sara Trainor Smith, le R. P. Gildas, trappiste.

L'article, publié le 28 août 1884 par Joaquin Miller dans le San Francisco Weekly Chronicle, tranche trop sur l'ordinaire, est trop réellement touchant pour que nous n'en donnions pas au moins une partie (traduction) :

" On trouvera peut être bien absurde, dit l'autour après le récit de quelques faits, qu'un vieux mineur des Sierras, vieux rêveur et vieux rimeur, qui n'eut jamais foi en aucune religion et qui n'eut jamais non plus le temps de prier, se surprenne à raconter de pareilles choses, à donner sa parole dhonneur que tout ce qu'il vient «le dire n'est que la froide et al)solue vérité. Mais oui, c'est la vérité, et je sais que les miracles attribués à sainte Anne, à la Bomie sainte Anne de Beaupré, comme on l'appelle, sont authentiques, et que, s'il s'est fait des miracles autrefois, il s'en fait encore aujourd'hui.

" Il peut venir, et snns doute, il viendra ici beaucoup de voyageurs américains disposés à rire de tout ce (juils verront. Les Américains aiment tant h rire ! Mais je me permets de le dire, ce trait de notre caractère national, qui noas fait rire de ce que nous ne comprenons pas et mépri.ser les idées reçues, va quelquefois beaucoup trop loin.

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