‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 172 sur 294 · NOUVELLE-FRANCE, ÉCRIVAINS · texte numérisé non relu

NOUVELLE-FRANCE, ÉCRIVAINS

" Encore quelques mots pour finir : on verra jusqu'où peut aller la confiance en sainte Anne. La dernière fois que je pris le bateau pour Beaupré, une jeune femme, portant un enfant dans ses bras, vint s'asseoir près de moi. La douleur avait fait pâlir son visage et ses yeux étaient sans éclat. Certain que le baby se mettrait bientôt à pleurer, je cherchai des yeux un autre siège ; mais pas une place ne restait libre. Me tenir debout tout le long du voyage, c'était impossible. Je me résignai, mais non pas de bon cœur. La pensée que l'enfant allait bientôt pleurer me rendit à l'avance nerveux et de mauvaise humeur. Il ne pleura pourtant pas, et j'en fus si charmé que j'entrepris sur le champ de faire amende honorable. Je dis quelques mots à la pauvre femme, et lui fis compliment sur la tranquillité du baby. Elle ne répondit pas. Elle se contenta de baisser les yeux sur le yoile blanc qui couvrait la figure de l'enfant. Ne sachant comment interpréter ce silence, et craignant qu'elle n'eût remarqué ma mauvaise humeur de tout à l'heure, j'avais hâte de lui prouver que je ne haïssais pas du tout les petits enfants,

" Arrivés au quai, je lui offris de prendre le baby dans mes bras et de le porter jusqu'à l'église. La femme pâle serra l'enfant plus fort contre son cœur, et ne répondit pas. J'en fus étonné. Il y avait cependant une telle douceur dans ces yeux creusés par la souffrance, que ces manières étranges ne m'offensèrent pas. Je suivis la femme de très près. Elle ne parla pas. L'enfant ne pleura pas non plus.

" Nous entrâmes dans l'église. La femme pâle paraissait bien faible. Je lui offris mes services. Elle ne dit rien, mais ses grands yeux creux se portèrent sur moi avec une telle expression de tristesse suppliante, que j'en fus ému. Je marchai devant elle, l'aidant à se frayer un chemin dans la foule. Au pied de la statue, la femme pâle me dit merci, et tomba à genoux. D'une main tremblante, elle rejeta en arrière le voile qui couvrait l'enfant. A ce moment, je ne sais quel rayon d'espoir mêlé d'angoisse illumina le front de cette pauvre femme. Elle souleva le pauvre petit dans ses bras, et lui fit toucher les pieds de la statue miraculeuse. — Et — ô mon Dieu, ayez pitié de nous tous ! — l'enfant était mort ! et la pauvre mère, guidée par sa douce et invincible foi, l'avait amené ici, espérant que la Bonne sainte Anne lui rendrait la vie !"

Dans notre article sur l'Irlande nous avons fait chanter les cloches de Shan-. don : écoutons ici pour finir les cloches de Sainte- Anne de Beaupré dans la mélodie que leur prête Gertrude Menard :

The Bells of Saint-Anne

Now from their turret gray and old,

Where call the swallows in the gloom, The tender bells of eventide

Float out across the night's perfume ; The music from their throbbing throats

Stirs the shadows like a flame.

And ail the drowsing world grows glad :.;.':

With love for holy one they name :

" Sainte Anne ! " their mellow voices cry : î

" Sainte Anne !"" La bonne sainte Anne ! " ,1,

" Sainte Anne ! " ^

420 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

The far dim stretch of meadow grass

Is ail a-glimmer with the dew ; Its shilling drops fall soft as tears

When slips the evening zéphyr through.

From out some mesh of soft brown blades,

A last, late thrush pipes low and sweet ; And once again the faithful bells

Their sacred melody repeat :

" Sainte Anne ! " they murmur in rcply : " Sainte Anne. . . etc.

Along the river's winding length

The tide is running fleet and white ; It drowns the reeds along the shore,

And hides the sandy bar from sight ; Vague sadness freights the misty air ;

Night settles like a thing of woe ; And in their watch-tower high and still

The bells are swaying soft and slow :

" Sainte Anne !" — the faint notes break and die

" Sainte Anne ! " La bonne sainte Anne ! "

"Sainte Anne !". ..

La Filiation de Sainte-Anne de Beauphé.

Le plus brièvement possible, encore ici, nous allons maintenant essayer de raconter la magnifique, nous devrions dire l'incroyable expansion du culte de la Bonne Sainte à travers l'Amérique septentrionale, depuis Beaupré ou Québec jusqu'à l'extrême Ouest canadien, et de là jusqu'à l'extrême limite méridionale des Etats-Unis.

Un coup d'oeil sur les tableaux placés plus loin en appendice édifiera le lecteur sur ce point, et pour ce qui est d'abord du Canada, mentionnons de suite, et entre autres : Sainte-Anne de La Pocatière, Sainte-Anne du Bout de l'Ile ou de Montréal, Sainte-Anne de Varennes, de Yamachiche, de La Pérade, du Cap-Santé, de Portneuf, de Sorel, de Stuckeley, de Prescott, d'Ottawa, de Banville, du Calumet, du Saguenay, de Rimouski, de Ristigouche ; Sainte- Anne des Plaines, Sainte-Anne au diocèse de Saint-Hyacinthe, Sainte-Anne des Monts dans le Golfe Saint-Laurent, Sainte-Anne des Montagnes, dans le comté de Bellechasse, pèlerinage nouvellement fondé et déjà très fréquenté ; Sainte-Anne de Cawetchin ou de Vancouver, et encore loin là-ba.s, Sainte- Anne des Chênes du Manitoba, Sainte-Anne du diocèse de Saint-Albert: — en somme, une trentaine de villages ou paroisses de ce nom et à part les églises de ces villages et paroisses, autant d'autres sanctuaires dédiés à la Sainte dans des localités de noms divers.

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