‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 173 sur 294 · NOUVELLE-FRANCE, FIEF DE LA POCATIÈRE · texte numérisé non relu

NOUVELLE-FRANCE, FIEF DE LA POCATIÈRE

Et combien de chapelles au bord des routes ? Combien de chapelles ou d'autels dans les églises ? Combien de couvents, d'écoles, d'hôpitaux, de maisons religieuses quelconques dans les villes, villages, moindres hameaux ? Combien de statues, de tableaux, d'images, partout ? Plus rares sans doute, mais combien encore de reliques, plus chères partout que tous les trésors, notamment à Saint-Jean^o et Jacques-Cartier de Québec, sans parler de la basilique; à Saint-Joseph de Lévis, Saint-Gervais, Saint-Thomas de Montmagny, l'Ileaux-Coudres, la Baie Saint-Paul, Sainte-Marie de la Beauce, la Baie-du- Febvre^i etc !

Sainte-Anne de La Pocatière, 1672.

A une vingtaine de lieues de Québec, en aval du fleuve, un fief fut concédé, le 29 octobre 1672, par l'intendant Talon, à Marie-Anne Juchereau, veuve de François Pollet de Lacombe-Pocatière, capitaine réformé au régiment de Carignan et maréchal des logis. Combinant le nom de son mari avec le sien, elle le nomma " fief Sainte-Anne de La Pocatière. " Une humble chapelle s'éleva d'abord, puis une église, que desservait le curé de la Rivière-Ouelle. A 1715 remonte l'institution canonique de la paroisse, et à 1735 la construction de la première église en pierre. En 1814, le célèbre abbé Painchaud, fondateur du coUège Sainte-Arme, une institution dont les développements, avec le temps, sont devenus grandioses, est nommé curé de la paroisse et son premier soin est de ressusciter la fête de la Sainte, supprimée en 1806, à cause de certains désordres qu'on avait eu à déplorer à cette occasion. En même temps le culte reprend vigueur, la Sainte opérant d'ailleurs ici des miracles comme à Beaupré, et les anciens parlent en effet de nombreux ex-voto et témoignages de guérisons qui se voyaient autrefois dans l'église, ainsi que de pèlerinages venus des paroisses circon voisines. — En 1845-46, construction d'une nouvelle église, celle qui a péri en 1917, et qu'on remplace en ce moment par un édifice de meilleur style, tant il est vrai que " à quelque chose malheur est bon. "

Sainte-Anne de Varennes, 1693.

Cette paroisse date de 1693 et possède aujourd'hui une très belle égUse, témoignage de la générosité et de la dévotion de ses habitants. Le R. Père curé nous écrivait en 1898 : " De tout temps, à Varennes, il y a eu des prodiges, pour ne pas dire des miracles. Les paroissiens ont une grande dévotion envers leiu" patronne. La fête du 26 juillet est ici d'obUgation, par décret de Grégoire XVL La chapelle Sainte-Anne, à six arpents de l'église, où est le tableau couronné de la Sainte, le seul qu'il y ait en Amérique, est enrichie de grandes indulgences. "

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Montréal : Pointe Saint-Charles (1698) et Belleme (1714).

Une ville fondée sous le nom de Ville-Marie pouvait-elle ne pas honorer d'un culte spécial la Mère de Marie ? Dans son église Notre-Dame, elle dut dès l'origine lui dédier un autel, et en tout cas la chapelle Sainte-Anne y était sans doute fort ancienne quand Pierre Gaultier de la Vérendrj'e, le célèbre explorateur, y fut inhumé le 7 décembre 1749.

Dans la ville et la région, la fête de la Sainte était dignement célébrée, si l'on en juge par les mesures prises à cet effet. Le 25 juillet 1736, le Ueutenant-général de Montréal " défend aux cabaretiers et autres de faire aucun débit de boissons dans la commune et les environs, le jour de la fête de sainte Anne, à peine de 50 livres d'amende". "

Nous possédons une date précise pour Sainte- Anne-de-la-Poin te Saint-Charles, 1698, et nous écoutons le pieux auteur qui nous la fournit avec d'autres détails intéressants, dans sa Vie de Mademoiselle Le Ber, un bel ou\Tage trop peu lu de nos jours :

" M. Pierre Le Ber, frère de la célèbre recluse de ViUe-Marie, avait une tendre et filiale dévotion envers la très sainte Vierge et aussi envers la glorieuse sainte Anne qu'il honorait particulièrement, et qu'il avait grandement à cœur de faire honorer.

" Voyant que la sœur Bourgeoys avait fait élever la chapelle de Notre- Dame de Bon-Secours, à une petite distance de la ville, pour qu'elle pût servir de lieu de pèlerinage aux fidèles, et de station aux processions de la paroisse, il conçut le projet d'en construire une semblable, en l'honneur de sainte Anne, du côté opposé. M. Dollier de Casson (son confesseur) approuva un dessein si reUgieux et si utile, et accorda pour l'exécuter un arpent de terre, situé à la Pointe Saint-Charles. M. Pierre Le Ber y fit élever aussitôt à ses frais, la nouvelle chapelle, où l'on célébra la première messe, le 17 novembre 1698.

" C'est l'origine du nom de Sainte-Anne, donné depuis à ce quartier, non moins que de la dévotion des citoyens envers cette glorieuse aïeule du Sauveur. Il est du moins certain que les pèlerinages à cette chapelle, et les offices qu'on y célébrait quelquefois, contribuèrent à accréditer de plus en plus la dévotion envers sainte Anne, et à la rendre en quelque sorte générale et populaire.

"M. Pierre Le Ber signala encore sa piété en décorant ce sanctuaire de divers tableaux, qu'il peignit lui-même ; et aussi en faisant une fondation, par laquelle il chargea le Séminaire de Saint-Sulpice d'entretenir à l'avenir cette chapelle. "

Notons nous-même ici en passant un autre témoignage de piété : Monsieur Le Ber, mourant avant sa sœur, laissa dix mille livres à la communauté qu'elle habitait, à cette unique et facile condition qu'une sœur porterait toujours le nom de Sainte-Marie, et une autre le nom de Sainte- Anne ".

" Mais, continue notre auteur, après la conquête du Canada par les Anglais, comme la chapelle Sainte-Anne, alors isolée de la ville, était exposée aux

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