‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 175 sur 294 · NOUA^LLE-FRANCE, MANITOBA · texte numérisé non relu

NOUA^LLE-FRANCE, MANITOBA

A l'autre bout du pays (Manitoba)

Le 7 octobre 1905, un journal de Montréal publiait cette correspondance, partie de Winnipeg :

" Sur tous les points du globe la dévotion à sainte Anne a été grandissante, cette année. Tandis que l'on signalait des guérisons miraculeuses à Sainte- Anne de Beaupré, dans l'église de Saint-Jean-Baptiste de New- York, qui possède une relique de la grande thaumaturge, l'attention de la population catholique du Manitoba a aussi été attirée plus que jamais sur les faveurs signalées obtenues en l'église de Sainte-Anne-des-Chênes, lieu de pèlerinage depuis plusieurs années, mais qui, cet été, a vu une plus grande affluence de pèlerins que jamais, venus de toutes les parties du Manitoba.

" Disons d'abord ce qu'est cette paroisse. La Pointe-de-Chênes est un ancien rendez-vous des Métis visité de temps à autres par des missionnaires venus de Saint-Boniface, surtout par le P. LeFloch, 0. M. L, qui y fonda la première chapelle. Vers 1867, la construction de la célèbre route Dawson, pour abréger le trajet entre la tête du lac Supérieur et la rivière Rouge vint augmenter considérablement l'importance de cette mission, car Pointe-de-Chênes devint le terminus occidental de cette route à environ 30 milles de Saint-Boniface.

" C'est en ce lieu historique qu'en 1870 Mgr Taché fonda définitivement une paroisse, qui est désormais célèbre, en y établissant un prêtre résident, M. l'abbé Raymond Giroux. Ce digne prêtre, qui est encore curé de la paroisse, avait d'abord été missionnaire à Fort Frances, et avait ensuite montré le plus généreux dévouement à la tête du collège de Saint-Boniface. Aumônier du gouvernement provisoire et des soldats de Riel durant les troubles de la Rivière Rouge, il s'était concilié l'estime universelle par sa conduite pleine de tact autant que de zèle. Ses souvenirs de cette époque mouvementée sont des plus intéressants.

" Dès son arrivée à Sainte-Anne, M. Giroux fit transporter sur le terrain de l'église la chapelle construite par le P. LeFloch à un quart de mille de distance, et bâtit auprès un petit presbytère où il demeurera 27 ans. Sainte- Anne eut aussi son école dès le régime de la baie d'Hudson ...

" La façade de l'église est ornée d'une belle statue delà Sainte donnée tout dernièrement par une personne généreuse de Québec. Aujourd'hui Sainte-Anne est une station sur la ligne du Canadian Northern et la paroisse ne tardera pas à devenir pour le Manitoba ce qu'est Sainte-Anne de Beaupré à Québec. . ."

Au surplus, pourrions-nous ajouter nous-même, ce n'est pas d'aujourd'hui que notre Sainte a pénétré dans le Far- West canadien ou américain. Avant 1677, une rivière de la Baie d'Hudson avait été baptisée de son nom par les Français ; de même, vers la même époque, un fort y portait ce nom, fort que les chevaliers d'IberviUe et de Troyes ont rendu célèbre par leur victorieuse résistance contre les Anglais.

Au BORD DES ROUTES ET SUR LES MONTAGNES

Les premiers colons du Canada avaient apporté de France la pieuse coutume d'ériger des oratoires ou des calvaires au bord des routes, soit pour perpétuer le souvenir de quelque faveur céleste, soit pour attirer sur eux les bénédictions du ciel, soit encore pour porter le voyageur à des idées religieuses. Il n'y a pas de vieille paroisse canadienne qui ne compte un ou deux de ces pieux monuments, et l'un ou l'autre est maintes fois dédié à notre Sainte.

Dans les registres de Saint-Michel de Bellechasse, on lit, par exemple, sur une feuille volante, au commencement : " L'an mil sept cent et deux, le treizième jour d'avril, j'ay dit la première messe de Sainte- Anne dans la chapelle que nous dédiâmes le mesme jour sous son nom et sainte protection, et nous avons cessé de dire la messe dans la maison de M. Jacques Corriveaux qui a bien voulu donner le petit bâtiment qu'il avait faict pour une laitterie . . . M. de la Colombière permet la messe de temps en temps dans cette chapelle. (Signature) " fr. Hilaire, prêtre religieux Recollect et miss, à La Durantaye."

Au sujet de la Pointe-aux-Trembles (près Québec), nous voyons que Mgr Briand, dans un mandement daté du 26 juin 1778, " confirme la pieuse coutume observ'ée depuis longtemps dans la paroisse, de faire une procession à la chapelle Sainte-Anne et d'y chanter ensuite la messe un des jours pendant l'octave de la fête de cette Sainte ''. "

Saitiie-Marie de la Beaiice est une des plus belles et des plus anciennes paroisses de l'archidiocèse de Québec. Située dans une vallée superbe, elle est traversée en toute sa longueur par la rivière Chaudière, d'où la vallée ellemême a pris son nom. A un mille environ de l'église, se trouve une grande chapelle, riche en pieux souvenirs, consacrée à la bonne sainte Anne.

Deux sanctuaires plus modestes, comme il convenait aux commencements de ce nouveau pèlerinage, ont précédé celui que nous voyons aujourd'hui. I^ premier fut construit en 177S, avec la permission de Monseignem* Briand, évêque de Québec, et ce fut sur le domaine seigneurial, et par la générosité de M. Gabriel Taschereau, aïeul du célèbre cardinal-archevêque de Québec. Cet acte de foi, en même temps qu'il répondait à la religion de Monsieur et de Madame Taschereau, satisfaisait la piété des habitants de la Beauce, qui, natifs, pour la plupart, de la côte de Beaupré et de l'Ile d'Orléans, se voyaient avec peine éloignés de leur sanctuaire vénéré de la " Bonne Sainte- Anne. " Cette cha|x;lle, construite en bois, subsista jusqu'en 1828.

Quant ù la seconde, elle fut érigée en 1830 près de l'emplacement de l'ancienne, sur un terrain également fourni par un Taschereau, descendant de Gabriel. Elle mesurait quatre-vingt-dix pieds sur trente-cinq environ. D'un .style très simple, elle offrait cependant un rare cachet de piété, et les pèlelins, dit-on, étaient vivement impressionnés à son aspect. La chaire, d'une

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