NOUVELLE-FRANCE, AU BORD DES ROUTES
belle sculpture, était, selon la tradition, un précieux débris de l'ancienne chapelle des Jésuites de Québec. Un reliquaire renfermant une relique de sainte Anne, déposé sur un autel modeste au-dessus duquel était suspendu un tableau de la Sainte ; une statue du Sacré Cœur de Jésus, une de la sainte Vierge, une de saint Joseph, une autre de sainte Anne, et enfin de nombreux ex-voto formaient l'ornementation du sanctuaire.
Cette seconde chapelle dura soixante ans. Quand on vit qu'elle menaçait ruine, on songea à la reconstruire encore une fois, et cette fois encore, plus solide et plus grande que l'ancienne, c'est-à-dire, par cent six pieds sur quarante-six, et en pierre granitique. Le Cardinal Taschereau en bénit la pierre angulaire et rappela les doux souvenirs qui se rattachaient pour lui à ce petit coin de terre, souvenirs de sa vie de famille et de sa vie sacerdotale.
C'est une persuasion commune chez les habitants de la Beauce que la contrée a été maintes fois préservée par sainte Anne des graves accidents que semblait devoir causer la crue énorme et soudaine de la Chaudière. Cette rivière qui porte vers le Saint-Laurent ses ondes Umpides et calmes, dans son Ut peu profond, a parfois des crues effrayantes. Dans quelques heures, ses eaux se gonflent de plusieurs pieds et débordent sur les rives jusqu'à une distance de dix arpents et plus de chaque côté, selon que les coteaux sont plus ou moins éloignés.
Son Emincnce n'oublia pas un fait qui avait si souvent mis en exercice la maternelle protection de sainte Anne. Il raconta que, en une de ces circonstances, une vieille dame, sa grand'tante, voyant les flots monter rapidement, s'était dirigée pleine de confiance vers la chapelle, et avait crié très fort en ouvrant la porte : " Bonne sainte Anne, mais voyez donc : si vous n'arrêtez pas l'inondation, l'eau va certainement noyer tout à l'heure votre chapelle !" La tradition rapporte que, dès ce moment, l'eau cessa en effet de monter ^.
Saint-Joseph de Lévis, 1789. Nous laissons parler l'historiographe de la Seigneurie de Lauzon, M. Joseph-Edmond Roy :
" Sur la grande route du village de Saint-Joseph, on voit, à proximité de l'église, deux chapelles de genre ancien. L'une est dédiée à sainte Anne, l'autre à saint François-Xavier.
" La première fut construite sur un terrain qui fut donné à la fabrique le 7 juin 1789, par un habitant de l'endroit, M. Joseph Samson. Elle est à deux pas d'une propriété qui appartenait autrefois aux religieuses UrsuUnes et qu'elles avaient reçue, au commencement de la colonie, pour la dot d'une des filles de l'ingénieur Jean Bourdon. Cette propriété portait le nom de " fief Sainte- Anne. "
" Dans un mémoire que lé curé Masse adressait à l'évêque de Québec en
1799 sur la paroisse de Saint-Joseph, il disait : " Une seule chapelle se trouve
<létachée de l'église, laquelle est dédiée à sainte Anne. Elle est très décente
•et assez richement peinturée tant en dedans qu'au dehors. Feu monseigneur
432 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)
Hubert, en date du 29 avril 1791, a permis d'y faire une procession... La libéralité des dévots suffit pour l'entretenir. Il y a un syndic particulier qui retire les dons et les emploie. "
Voici le mandement auquel le curé Masse fait allusion dans son mémoire :
" Jean-François Hubert, par la miséricorde de Dieu, et Ui grâce du Saint- Siège apostolique, évêque de Québec, etc.
" A Hos très chers enfants en notre Seigneur, les habitants de la paroisse de Saint-Joseph de la Pointe-Lévi, salut et bénédiction.
" Sur la demande de M. Berthiaume, votre charitable curé, nous avons cru devoir permettre comme nous permettons par les présentes que chaque année, le dimanche auquel on fera la solennité de sainte Anne, vous fassiez une procession solennelle à sa chapelle construite dans votre paroisse à quelque distance de l'église, pendant laquelle on chantera le.-? litanies de cette grande Sainte, et le Te Deum au retour, en reconnaissance des grâces que sa puissante intercession a procurées de tout temps aux fidèles de ce diocèse qui l'ont invoquée avec une véritable confiance. Cette permission durera jusqu'à révocation de notre part ou de celle de nos successeurs ; on en fera la lecture dimanche prochain au prône de la messe paroissiale, et elle sera transcrite sur le livre de la fabrique et l'original conservé au coffre-fort.
" Donné à Québec sous notre seing, le sceau du diocèse et le contre-seing de notre secrétaire, le 29 avril 1791.
t JEAN-FRANÇS, Evêque de Québec.
Sur les MONTAGNES.
C'est le vrai mot et il existe en effet depuis 1880 dans la paroisse de.Sai«/- Damien de Bellechasse, une dévote chapelle dite Sainte-Anne des montagnes, où à peine deux ans après son érection, on put compter, en la saison d'été, 685 pèlerins. Les Annales publiaient en 1894 une relation des merveilles opérées par la Bonne Sainte en ce lieu béni.
Plus loin, c'est-à-dire, dans la Gaspésie, prè.>< du village de Percé ; plus haut encore, c'est-à-dire à 1300 pieds au-dessus du niveau de la mer, point le plus élevé de la contrée, un monument remarquable fut élevé en 1889. On lui a donné la forme d'un hexagone mesurant trente-six pieds de rayon sur une hauteur totale de soixante-cjuatre pieds. Six belles colonnes corinthiennes supi)ortent une coupole de (|uatorze pieds de diamètre terminée par une croix. Cette coupole sert d'abri à une statue de sainte Anne, haute de dix pieds, .•sculptée en bois et recouverte de plomb tloré.
Du haut des marches, comme à Notre-Dame de la darde, que ce petit édifice .semble avoir voulu imiter, le spectacle est grandiose, le regard s'étendaut à perte de vue sur l'immense golfe Saint-Laurent, une autre Méditerranée. Et sans doute.de la haute mer.au loin, les matelots saluent sainte Anne de la Gaspésie, comme ils saluent là-bas Notre-Dame de Marseille. . et de France.