‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 177 sur 294 · II. LES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

II. LES ÉTATS-UNIS

Sainte-Anne du Lac Champlain. — Détroit. — Le For! Chartres. — New- York {et région).— Vue d'ensemble: Chicago, Baltimore, Fall-River, Grect Falls, Manchester, etc. — Californie.

La question d'ancienneté, on le pense bien, se résume ici à quelques faits, et encore appartiennent-ils plutôt à l'histoire du culte en Nouvelle-France, Sainte-Anne du Lac Champlain, Sainte-Anne de Détroit, Sainte-Anne du Fort Chartres, les autres missions du même nom dans l'Ouest, les prédications du Père Carheil sont choses toutes françaises , mais la géographie actuelle du pays nous invitait à quelque générositéef nous faisons place d'abord, ici même, à ces vieux souvenirs.

Sainte-Anne du Lac Champlain, 1666.

La petite chapelle de Beaupré était donc à peine construite que déjà il s'en élevait une semblable à l'Ile La Motte, quelques cents lieues plus loin.

Champlain est le premier homme civilisé qui ait visité les îles du lac aujourd'hui appelé de son nom. Ce fut en 1609, lorsqu'il prit part à une expédition des sauvages des bords du Saint-Laurent contre les Iroquois. Il rencontra ces derniers à la tête du lac le 29 juillet. Dès ce temps-là, le mois de juillet était consacré à sainte Anne ; le 26, jour de la fête, Champlain devait être au milieu de sa course, à l'endroit où l'immense nappe d'eau se déploie dans toute sa beauté. Champlain était fervent catholique ; il connaissait, il aimait sainte Anne, et, comme tous les marins, il l'invoquait dans le danger. Lui dédia-t-il ce lac, les charmantes îles dont il est parsemé, les collines et les montagnes qui lui forment une couronne ? — Il ne l'a point écrit, mais il semble qu'on peut le croire.

Quoi qu'il en soit, lorsque cinquante-sept ans plus tard (1666), Pierre de Saint-Paul, Sieur de La Motte, construisit un fort dans l'île qui a pris de lui son nom, et le termina " environ la fête de sainte Anne, " on sait déjà comment il l'appela. Cette circonstance eût déjà suffi pour déterminer et comme imposer le choix de la patronne, mais d'autres motifs se joignaient encore à celui-là. Depuis quelque temps, il n'était bruit que des merveilles accomplies à Beaupré ; il y avait, avec le sieur de La Motte, plusieurs officiers et soldats bretons, entre autres Olivier Morel de La Durantaye, capitaine comme lui au régiment de Carignan. De plus, M. de Tracy, en ce moment

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vice-roi de la Nouvelle-France, avait une grande dévotion à notre Sainte, ainsi que l'atteste le beau tableau qu'il donna à Sainte-Anne de Beaupré, le 17 août de cette même année 1666 en reconnaissance des nombreux bienfaits dont il lui était redevable. M. de Tracy avait vu le succès de M. de Courcelles contre les Iroquois. Il préparait lui-même contre eux une expédition, et peut-être demanda-t-il, pour obtenir plus sûrement la protection de sainte Anne, que ce fort lui fût dédié. En tout cas, les événements prouvèrent que si, en cette circonstance, il eut de nouveau recours à elle, ce ne fut pas en vain.

Les pionniers de la Nouvelle-France étaient de vrais chrétiens, et ce n'était pas assez pour eux de se couvrir ainsi du patronage d'un saint ou d'une sainte. Lorsqu'ils pouvaient compter sur la compagnie ou les visites d'un prêtre, leur premier soin, en fondant un établissement nouveau, était de préparer tout ce qu'il fallait pour la célébration des saints mystères. Les missionnaires avaient des autels portatifs, mais il fallait préparer un endroit convenable pour les placer. Les premières chapelles de la Nouvelle-France ne furent souvent que des charpentes rudimentaires recouvertes de branches de sapins ou d'autres feuillagas arrangées avec goût. Le père Druillette nous dit dans les Relations de 1645 (p. 16), que les sauvages eux-mêmes, lorsqu'il les accompagnait dans les montagnes, sur les rivières et les lacs du Maine, pendant la saison de la chasse, prenaient plaisir à lui faire ainsi de ces petites chapelles avec des branches d'arbres.

D'autres fois, on se servait d'écorce. On lit dans les Relations de 1642, (p. 38), à propos de l'établissement de Montréal : " Le quinzième d'août, on soleranisa la première fête de cette Ile Sainte, le jour de la glorieuse et triomphante Assomption de la sainte Vierge. Le beau tabernacle que ces messieurs (de Saint-Sulpice) avaient envoyé, fut mis sur l'autel d'une chapelle qui, l)Our n'être bâtie que d'écorce, n'en était pas moins riche. " Quand on en avait le temps et que l'on pouvait disposer des matériaux nécessaires, on remplaçait le feuillage et l'écorce par des planches, en attendant, pour plus tard, des bâtiments en pierre.

Au fort Sainte-Anne, il est probable que la première messe fut dite ainsi daas une chapelle provisoire faite de branches ou d'écorces. Mais tout porte à croire que ce provisoire ne fut que de courte durée. Pendant la belle saison, lorsque, pour l'expédition de M. de Tracy, quatre prêtres se trouvèrent réunis au fort Sainte-Anne, M. Dubois, aumônier du régiment, M. Dollier de Casson, prêtre de Saint-Sulpice, les pères jésuites Raffeix et Albanel, un reposoir ou une chapelle de branches ou d'écorces d'arbres aurait pu suffire i\ In rigueur, mais, lorsque, jXîndant l'hiver suivant, ^L Dollier de Ca.sson y passa trois mois, ayant, comme il dit lui-même, de nombreu.ses communions et des exercices de piété quotidiens, il fallait nécessairement pour cela une chapelle solidement et chaudement bâtie. Du reste, le fait seul ici nous importe.

Il semble cependant que le fort Sainte-Anne fut vite abandonné. On n'en parle plus dans les Relations après 1669. Si les soldats français y avaient été de séjour encore à cette date, et au delà, les mi.ssionnaires allant et revenant

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