ETATS-UNIS, SAINTE-ANNE DU LAC CHAMPLAIN
sur le lac s'y seraient sûrement arrêtés, et auraient fait mention de la chose. L'histoire nous montre du reste que M. de La Motte n'y était plus en 1670, puisqu'il remplaçait alors M. de Maisonneuve comme gouverneur de Montréal. Le fort abandonné tomba bientôt en ruines, et avec le temps, la chapelle, les cabanes et les palissades disparurent. Il ne restait naguère pour en dessiner la trace que des monticules assez nombreux formés par la terre qui s'était entassée peu à peu au pied des palissades.
En 1890, M. l'abbé Kerlidou, auteur d'une intéressante étude historique sur le sujet, se demandait si, après tant d'années d'oubli, le temps n'était pas venu de faire quelque chose pour honorer ce heu béni. Ecoutons ce chrétien et beau langage :
" La chapelle du fort Sainte- Arme, au lac Champlain, fut la première qui ait été dédiée à l'aïeule du Seigneur dans les Etats-Unis d'Amérique, et cela en 1666, il y a plus de deux cents ans ^ . — Là sont venus s'agenouiller plusieurs des hommes les plus illustres de la Nouvelle-France. M. de Champlain s'y est arrêté au mois de juillet 1609. — Les Pères Jogues et René Goupil que l'on espère pouvoir un jour honorer publiquement comme des confesseurs de la foi et des martyrs, y ont souffert, y ont versé quelques gouttes de leur sang. — Douze cents héros chrétiens revêtus, pour aller au combat, des insignes de Marie, que leur avait donnés la mère Marie de l'Incarnation», y ont prié, s'y sont confessés, y ont reçu le pain de vie de la main des fervents missionnaires, M. Dubois, M. DoUier de Casson, le père Albanel et le père Raffeix. — M. de Tracy, M. de Courcelles, M. de SaUères, M. le Chevaher de Chaumont, MM. de Sorel, de Chambly, Berthier, Charles Le Moyne, réunis là pour aller combattre les Iroquois, se sont mis une dernière fois sous la protection de sainte Anne et ont, grâce à elle, remporté bientôt une éclatante victoire. — C'est au fort Sainte- Anne que le vaillant et zélé prêtre sulpicien, M. de Casson, s'est dévoué pendant trois mois pour arracher à la mort ou préparer pour le ciel de malheureux soldats frappés d'une cruelle maladie''. — Les premiers missionnaires envoyés par M. de Tracy et Mgr de Laval pour prêcher l'évangile aux Iroquois d'Agnié, les pères Frémin, Peyron, et Bruyas y ont fait une station d'un mois, célébré la fête de sainte Anne et donné une mission aux soldats. — Enfin, le premier évêque de la Nouvelle-France, Mgr de Laval, de sainte mémoire, à la canonisation duquel on travaille, a daigné honorer le fort Sainte- Aime de sa présence, le bénir par ses prières et y passer quelques jours.
" Depuis, la divine Providence a veillé sur ces Ueux et n'a point voulu qu'ils fussent ni profanés ni oubliés. Des trois forts construits par les Français sur le lac Champlain, le fort Sainte-Anne seul a conservé son nom chrétien. Le fort Saint-Frédéric est appelé Crown Point, le fort Carillon est appelé Ticondéroga. Mais on dit encore : le vieux fort Sainte-Anne.
" Vingt- trois des premiers diocèses des Etats-Unis, dont plusieurs sont subdivisés, ont été fondés par des évêques français. N'est-il pas providentiel que le diocèse de Burlington, où sainte Anne a d'abord été honorée dans la République américaine, ait eu pour premier évêque un Français de Bretagne,
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pays si dévot à sainte Anne, Mgr de Goësbriand, lui-même particulièrement dévoué à cette grande Sainte et propagateur de sa dévotion®? "
L'appel si chaleureux du pieux abbé ne resta pas sans écho. Il pouvait d'ailleurs, en premier lieu, compter sur l'aide de son vénérable évêque. Il y avait des faits pour prouver que Monseigneur de Burlington était resté bon fils de Bretagne et bon fils de sainte Anne. Après sa promotion à l'épiscopat, il avait en effet dédié à la Sainte une des principales églises de son diocèse, celle de Milton, bénite le 12 septembre 1866, deuxième centenaire de la première Sainte-Anne américaine. Dans sa cathédrale même, il lui avait consacré un autel, un bel autel de marbre ; et sans doute encore parce qu'il l'avait ainsi désiré, l'église Saint-Joseph de Burlington, et l'église canadienne de Saint-Albans, un peu plus loin, s'étaient donné, celle-ci une chapelle, celle-là une chapelle et une riche statue de la Sainte.
En tout cas, l'entreprise de l'abbé Kerlidou fut couronnée de succès. Moyennant des aumônes et des sacrifices personnels, il put acheter l'emplacement de l'ancien fort, y élever une belle statue de la Sainte, construire une chapelle et une petite résidence pour le prêtre, établir un pèlerinage, et, tout cela, en poursuivant des études et des travaux de fouille qui ont fait honneur à la science comme elles ont réjoui la piété.
Sainte-Afine de Détroit, 1701.
Il est peu de villes des Etats-Unis, et certainement il n'en est aucune à l'ouest d'Albany, qui soit aussi ancienne que Détroit.
Vers 1895, le Catholic World constatait avec une sorte d'orgueil que cette ville devait compter tout à l'heure deux siècles d'existence ; que c'était là toute une époque pour l'histoire et la topographie américaines ; que les descendants des premiers colons y possédaient encore les terrains autrefois concédés à leurs ancêtres par le gouvernement de la Nouvelle-France ; qu'ils tenaient, comme au temps passé, le premier rang dans la société, et que enfin, ce qui valait mieux encore, en conservant dans la vie intime la langue et les usages des anciens colons, ils continuaient dans leur vie extérieure, de professer et de pratiquer la vieille foi catholique — "foi restée pure et fraîche comme les eaux de la belle grande rivière où la ville baigne ses rives. "
L'année 1701 est la date de la fondation religieuse de Détroit comme elle l'est de sa fondation civile, et de fait, en ce temps-là. c'était l'église ou la chapelle qui constituait du coup la ville ou la bourgade. Détroit appartenait pour lors à cette immense région qu'on appelait, en lui donnant d'autres hmites que celles d'aujourd'hui, " le Territoire du Nord-Ouest. " La première chapelle érigée sur ce territoire intéres.se donc, à ce titre d'église-mèrc, tout homme qui s'occupe d'histoiie religieuse, et à combien plus forte raison, elle nous intéresse, nous, à cause de la patronne qui lui fut donnée !
Donc, au cours de 1701, comme nous le raconte Gilmary Shea dans sas Colonial Days, La Mottc-Cadillac, nommé commandant à Détroit et cré<''