‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 19 sur 294 · CI. GIST. MADAME. MARGUERITE · texte numérisé non relu

CI. GIST. MADAME. MARGUERITE

DAME. DE. SAVZ. FILLE. LE. CONTE. DE. VIENNE. TRESPASSEE. l'aN. DE.

GRACE. M. ce. LXXX. X. OV. MOIS DE. SEPTEMBRE*.

A l'objection que cette chapelle a pu prendre le nom susdit longtemps après la date marquée, nous répondrions que c'est assurément possible, mais que la contradictoire l'est également et peut-être davantage. Le Bullaire de l'Ordre mentionne, sous l'année 1283, un couvent dominicain de Sainte- Anne à Nocera, près de Salerne^ Deux catalogues, dressés l'un en 1303, l'autre en 1308, signalent sous la même rubrique, les couvents de Padoue en Italie, et de Brunn en Moravie". Nous avons parlé ailleurs de deux autres monuments qui sans être tout-à-fait dominicains, nous rappellent au moins des souvenirs de famille où notre Sainte se trouve mêlée : les sanctuaires d'Auderghem et de Pede- Sainte-Anne en Belgique, l'un et l'autre existant déjà autour de rannéel250^

Nous aurons maintenant moins de peine à faire admettre que l'Ordre de Saint-Dominique faisait déjà la fête de sainte .\nne dès le xiv*" siècle, sinon plus tôt encore, nous ne disons pas " partout ", mais au moins en quelques-unes de ses maisons : à Olmutz, par exemple, comme nous l'avons déjà vu« ; probablement à Carcassonne, où d'après Bernard Gui, notre couvent dédiait un autel à la Sainte en 1308'; certainement en Angleterre, autour de 1370, alors que le Père Thomas Stubs, " maître en sacrée théologie, auteur d'une Chroniqm de r Eglise d'York," venait de composer un "Office complet avec messe de la bienheureuse Anne. ' ' Ce renseignement nous est fourni par Quétif-Echard », et nous voudrions savoir également où se chantait à la même époque l'hymne Solenmitas fidelium que nous rapportons ci-après. Faute de données plus complètes et plus précises sur ce lointain passé, remarciuons au moins qu'un " Office complet avec messe " suppose plus et mieux qu'une fête ordinaire, c'est-à-dire rien moins qu'une grande fête, une solennité : solemnitas. C'est écrit d'ailleurs.

Evidemment, avec les années, la fête finira par pénétrer partout, et il sufiira de signaler pour le xv^ siècle, nos couvents d'Angers, Limoges, Stuttgart, Constance, Cracovie, Aarau (Suisse), Crémone, ce dernier nous offrant dans un manuscrit de la Casanate tout un grand Office rythmé. Un manuscrit acéphale, sur vélin, coté par M. Rosenthal de Munich: Bréviaire doininicain du commencement du XV« siècle, et obligeamment prêté par lui à l'auteur, contenait un semblable

LE CULTE DE SAINTE AXNE EN OCCIDENT (il)

oflSce. Un codex d'Upsal de la fin de ce siècle, ou des premières années du suivant, nous a conservé une séquence de grande beauté, dont voici le début ;

Gaude, rutilans aurora,

Félix Anna et décora,

Quot nunc angelica ora

Te laudant cum Filia !

Une autre séquence plus belle encore, plus longue aussi, un souvenir de l'ancienne Pologne, demande ici une place à part, une place d'honneur, et comment résister à cet appel ? Ecoutons donc cette musique, celle du Lauda Sion, comme nous en avertit le codex d'où elle a été tirée, et joignons-nous à cette prière, la plus douce, la plus fervente qui soit. En vérité, nos Pères de Pologne savaient prier, ils savaient prier comme ils savaient mourir, et c'est à ce double titre sans doute qu'ils ont le privilège de porter sur leur robe blanche la ceinture rouge.

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