‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 3 sur 294 · LES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LES RELIGIEUX

Ordre de SaintnBenolt: Bénédictim, Camaldules, Cisterciens, Célestins. — Le Carmel. — Ordre de Saint-François. — Les Frères-Prêcheurs. — Autres : Au^ustins, Chartreux, PréinonLrés, Jésuites, etc.

Ordre de Saint-Benoît

Dom Cyprien Alston, Bénédictin de l'abbaye de Downside, Angleterre, nous assure que, déjà au commencement du xiv^ siècle, son ordre avait produit 37,000 monastères'. Depuis lors, combien d'autres a-t-il fondés, et pour en venir de suite à la question qui nous occupe, combien sur le nombre total, a-t-il dédiés à notre Sainte ? Nous l'ignorons. Les dictionnaires, index, catalogues ou autres ouvrages qu'on peut consulter relatifs aux ordres religieux, se contentent en général d'indiquer l'appartenance et le lieu des abbayes, monastères, couvents, mais le vocable reste à peu près toujours lettre mortel Toutefois les Bollandistes signalent en passant im couvent bénédictin de Sainte-Anne qui aurait existé à Padoue au douzième siècle '. Un Dictionnaire de statistique religieuse en place un autre à Aix-la-Chapelle en l'année 1150, et nous ne discutons pas. Les religieuses du même ordre avaient aussi un couvent de ce nom à Rome, un autre à Venise * avec une chapelle ornée de *' cinq autels en marbre; " un autre plus récent à Issy près Paris, fondé en 1637 *.

L'Occident a comme l'Orient son Athos : c'est le Montserrat, près de Barcelone, en Espagne. M. Alexandre de Laborde, dans son Voyage pittoresque et historique de l'Espagne, a consacré de belles pages à cette autre montagne sainte, à la Vierge miraculeuse que l'on y vénère, aux monastères qui portent son nom et celui de sa Mère, enfin aux ermites dont cette admirable solitude est peuplée. Nous n'avons ici rien de mieux à faire qu'à le citer, en résumant :

" Les vues de cette montagne et la description du lieu ne donneront au lecteur qu'une faible idée de ces beautés ; mais si le sort le conduit dans ce lieu divin, il partagera notre émotion et regrettera coname nous de ne pouvoir la peindre . . .

" Quand on est sorti de Barcelone par la porte de Saint- Antoine, on traverse les belles campagnes qui avoisinent cette viUe ; à gauche, se voient les villages de Sans et de San-Bay ; à droite, ceux de Sarria, de San-Just, de Ginestra ;

LE CULTE DE SAINTE ANXE EX OCCIDEXT (il)

un peu plus loin on franchit la rivière de Llobregat, et après l'avoir côtoyée quelque temps, on découvre le Montserrat qui domine majestueitsement les alentours.

" Le Montserrat, entièrement différent des autres montagnes, est un de.s lieux les plus extraordinaires que l'on puisse voir, et par cela même des plus difficiles à décrire. Qu'on se figure un assemblage de cônes cylindriques immenses, un faisceau de pains de sucre semblables à des pyramides de toute espèce, placés sur une assise de rochers isolés dans la campagne, et élevés à plus de trois mille pieds au-dessus d'elle. Cette structure singulière a fait donner à la montagne le nom de Montserrat ou Motd Scié. Les rochers qui la composent sont formée; de pierres calcaires arrondies, de différentes couleurs, de quartz blanc veiné de rouge, de pierres sablonneuses jointes les unes aux autres avec de la terre calcaire et im peu de sable, lies eaux ont formé des ravins dont le plus considérable, nommé Santa-Maria, di\nse la montagne en deux parties. . .

" Le Montserrat est ordinairement entouré de nuages qui cachent son sommet ou s'abaissent à sa base. Isolé ainsi au milieu de la plaine, il semble être un temple naturellement consacré à la di\-inité. En effet, il n'e.«t habité que par des moines de l'ordre de Saint-Benoît et des ermites qui font vœu de ne l'abandonner jamais ; ici les idées reUgieuses sont dans ime harmonie imposante avec la grandeur de la nature. A peu près au miUeu de la montagne et au-dessus des rochers, est placé le couvent, et sur les pyramides qui l'entourent, les ermitages qui en dépendent, et qui sont comme autant d'habitations de missionnaires répandues dans les lieux les plus escarpés de ces déserts.

" Ce couvent existait déjà au ix« siècle. C'est un grand bâtiment situé sur un plateau très resserré et adossé à la montagne. " 11 semble, dit M. de Humboldt, que la montagne se soit entr'ouverte en cet endroit pour recevoir des hommes dans son sein."

Au-dessus du monastère s'échelonnent des ermitages, au centre desquels celui de Sainte-Anne occupe un joli plateau non loin d'un bouquet d'arbres, et communique directement avec le monastère par les seuls degrés qui soient restés praticables. Autrefois, il y avait douze ermitages, mais ils furent abandonnés lors de l'invasion française en 1811, et cinq seulement ont été depuis restaurés.

M. de Laborde continue : " Nous partîmes le dimanche, à quatre heures du matin, jx)ur aller assister à la messe des ermites qui se dit dans l'ermitage de Sainte-Anne . . . Quoiqu'il n'y eût point de lune, le ciel pur et étoile permettait de distinguer les ma.sses énormes des cônes suspendus de tous côtés sur nos t^'tes et que le vague de la nuit grandissait encore ; du côté de la plaine, on n'apercevait qu'une vaste étendue de brouillard Ixtrdée par les commets des coteaux en\'ironnants, derrière lesquels un léger crépuscule s'annonçait déjà par des nuances de pourpre et d'azur. Dans cesheux extraordinaires, les scènes les plus communes de la nature prennent un caractère Hublimo comme les mots simples dans les situations fortes. Nous montâmes longtemps dans les cavités des rochers, dont l'aspect devenait plus imposant

au sein de cette mystérieuse obscurité : le religieux, accoutumé à ces grands spectacles, marchait tranquillement appuyé sur son bâton et souriait de notre admiration. Arrivés à l'ermitage, nous entrâmes dans la chapelle éclairée seulement d'une lampe ; elle est assez grande, d'une forme longue et cintrée, garnie de douze stalles de bois noir. Plusieurs ermites étaient déjà en prière ; un d'eux sonna la cloche et nous les vîmes arriver au nombre de dix ; ils prièrent quelque temps, après quoi on alluma deux cierges. Le prêtre entra et commença la messe . . .

" C'était un beau spectacle de voir ces dix vieillards à longue barbe, vêtus de leur robe brune, et dont les figures vénérables et uniformes, rangées des deux côtés de l'édifice, semblaient deux rangs de bienheureux prosternés devant le trône de l'Eternel. Le jour qui commençait à paraître à travers les vitraux coloriés de la fenêtre, confondait sa lumière frêle avec celle des cierges, et les oiseaux du dehors mêlaient leurs chants gais au grave murmure de la prière. En sortant de cette demeure, je dessinai une vue qui représente l'ermitage de Sainte-Anne dominé dans le lointain par deux immenses pyramides ; quelques pas au-dessous on découvre le monastère entouré de nuages*."

Ajoutons qu'à la sainte montagne vinrent autrefois en pèlerinage Phihppe II d'Espagne, et le capitaine Ignace de Loyola, lequel, avant de fonder la Société de Jésus, venait faire don de son épée à la Madone de Montserrat.

Pour la Réforme de Cîteaux, nous trouvons une abbaye à Trêves dès 1231^; d'autres à Colleda près de Mayence, à la même époque *; à Oppenheim au quinzième siècle'; à Madrid et à Castella près de Tolède, en 1590'"; à Valladohd vers 1609 ". Il est vraisemblable que parmi les deux mille couvents d'hommes et les six mille couvents de femmes auxquels la réforme de Saint- Bernard donna naissance, il s'en fonda encore beaucoup d'autres sous le même patronage.

On érige au moins des autels dans les abbayes d'Ourcamp, au diocèse de Noyon, de Koenigsdorff et de Brauweiler en Allemagne ; une chapelle au couvent des Célestins de Héverlé, près Louvain ; une autre à Saint- Venne de Verdun, celle-ci contenant, selon Martène, ime " figure (de la Sainte) d'un prix inestimable '^ " Notons aussi dans l'ancienne abbaye de Ferrières, un vitrail représentant notre Sainte avec saint Joachim ; dans le couvent des Bénédictines à Padoue, une toile remarquable de Domenico Campagnola (v. 1490-ap. 1550) ; au musée de Sainte-Catherine à Lubeck, une sainte Gertrude en compagnie de sainte Anne, saint Joseph et saint Joachim, superbe retable sculpté qui a dû appartenir autrefois à une église bénédictine ; et enfin, plus précieuses que les œuvres d'art, deux rehques insignes, l'une possédée par le monastère de l'Ile-Barbe, et entourée par lui de vénération depuis des siècles ; l'autre, mentionnée dans un inventaire du trésor de l'abbaye de Clairvaux, datant de 1640 : " Plus, un reliquaire d'argent doré en forme de chapelle ; au-dessus est une croix avec un crucifix d'un côté et la Vierge de l'autre ; il s'ouvre au milieu, où est un chrystal en oval par où l'on voit Occi'pxd sanctœ Annœ matris Mariœ Virginis^^."

LE CULTE DE SAINTE AJsNE EN OCCIDENT (ll>

Quelques ou\Tages de plume sont ici fort remarquables. En 1494 et 1495, un homme célèbre en son temps, Jean Tritcnheim, abbé de Spanheim, plus connu chez nous sous le nom de Jean Trithème, donne successivement son De Laudibus sandissimœ Annœ, ses Miracxda, son Rosarium en cinquante articles ou strophes, son Missale Officiiim, sans compter des séquences et des h>-mnes. Nous avons en ce moment sous la main le De Lavdibns. C'est une petite plaquette carrée, d'un texte gothique fortement empâté d'encn; grasse sur un papier jauni par le temps, noirci ça et là de notes manuscrites indéchiffrables, mais le t-out, vénérable en ses quatre cent vingt^inq ans, et à ce titre déjà, sans parler des autres, fort intéressant pour nous. L'opuscule se compose de quarante-huit pages, dont trente-six pour notre

Légende.

L'abbé de Spanheim nous apprend d'abord dans sa dédicace qu'il n'a rien emprunté aux traditions courantes, parce qu'elles ne lui ont pas semblé assez authentiques ; plus outre, il nous dit que lui, homme, va faire l'éloge d'une déesse ; lui, serviteur, l'éloge d'une souveraine ; lui, pécheur, l'éloge d'une très sainte (Ch. i) ; il demande à Dieu et aux saints la " grâce d'écrire dignement " {graliam scribendi, Ch. il) ; il presse les fidèles d'honorer la grande Sainte, et de faire, comme lui, l'expérience de sa bonté : " Croyez-moi, dit-il, j'ai mission de vous prêcher confiance," Crédite mihi. . . legatione fungor (Ch. m). Puis viemient des pages destinées à venger la mémoire de la Sainte contre ceux qui l'insultent et ceux-là, il les appelle des " chiens avides " (Ch. iv) ; d'autres nous font voir comment sainte Anne a été choisie de Dieu abceterno (Ch. v) ; comment elle a mené une vie très agréable à Dieu (Ch.vi); comment elle a donné naissance à l'Immaculée (Ch. vu), et l'a ensuite présentée au temple (Ch. viii) ; comment elle est eu grand honneur auprès de Dieu (Ch. ix) ; comment elle peut nous secourir dans nos misères (Ch. x); comment nous devons la tenir en grande révérence (Ch. xi) ; comment on doit célébrer sa fête, et ici — conseil pratique — : "Il ne faut pas chanter sainte Anne sur les airs des cantiques à la sainte Vierge, à cause de la confusion qui naîtrait de là, les fidèles n'entendant que la musique et ne comprenant pas les paroles " (Ch. xii) ; et encore comment on doit faire moidt autres exercices en l'honneur de la Sainte (Ch. xiii) ; comment de nombreux miracles justifient cette dévotion (Ch. xiv) ; comment la confrérie de Sainte-Anne fut établie à Osnabruck et comme quoi, il faut s'y enrôler (Cn. xv) ; comment enfin l'auteur " a voulu plus qu'il n'a pu " et " très peu satisfait à sa propre dévotion ", et comment au.-^si, il l'espère, le lecteur lui saura gré d'avoir tenu bon contre " les chaleurs de juillet qui l'accablaient. "

Oui, certes, quant à nous, nous lui en saurons gré. Il l'a dit : Non rcmuneratur a Deo ornatus servio, sed humilù devotio. " Ce que Dieu récompense, c'est l'humble dévotion, non le beau langage," et c'est sou humble dévotion en effet, plus encore que son " éloquence tuUienne " — un de ses mots — que nou.«« aimons chez lui. Six colonnes de ses œuvres, dans la Colledio de Gropp, et Kl somptueuse épitaphe à Saint-Jacques de Wurtzbourg, ne valent pas

pour nous cette modeste fleur qu'il a déposée, en un jour de vraie piété, au pied de la bonne sainte Anne.

Nous pourrions nous en tenir là, d'autant que plus tard, en traitant de l'Allemagne, nous rencontrerons encore le pieux abbé, mais comment ne pas recueillir de suite ces lignes que lui consacre M. Emile Mâle dans l'un de ses magnifiques ouvrages sur l'art du moyen âge ? " L'idée d'une Conception immaculée commençait à remonter de la Vierge jusqu'à sa Mère. Il faut lire à ce sujet le livre capital du fameux humaniste allemand, Tritenheim. Il parut en 1494 et marque une époque de l'histoire des idées religieuses. C'est ce Uvre qui donna l'essor au culte de sainte Anne et aux idées mj'stiques qui se groupèrent autour d'elle...

" La thèse de Tritenheim est que sainte Anne est aussi pure que sa fille. Elle a conçu et enfanté sans péché. Bien plus, elle a été, elle aussi, choisie par Dieu avant la création du monde ; elle existait dans sa pensée de toute éternité. Pourquoi donc, si nous honorons la Fille, oublier la Mère ? Quels honneurs ne mérite pas ce sein qui a porté l'arche de Dieu, la reine du ciel !

" Sainte Anne apparaissait donc dans le livre de Tritenheim, avec une grandeur démesurée. Il est à peine nécessaire d'ajouter qu'il ne daignait même pas parler de la vieille fable de ses trois mariages ... De telles idées, qui n'étaient que la conséquence logique du dogme naissant de l'Immaculée- Conception eurent un succès immédiat. Une hymne de l'église de Mayence dédiée à sainte Anne l'appelle Anna lobe carens. D'autre part dès 1495, la Sainte fut associée au rosaire et une clausule fut ajoutée, en son homneur, à l'Ave Maria '*. "

Le Joacimus et Anna de Stengelius (Stengel), non moins édifiant, est plus savant, plus didactique. Pubhé à Augsbourg en 1621, il bénéficie des travaux antérieurs sur la généalogie du Sauveur, et il cite partout ses autorités, par exemple, à propos de la noblesse de naissance : Platon, Sénèque, Ovide, Cicéron, Juvenal, saint Augustin, saint Jean-Chrysostome, Boèce. Il dit pourquoi les évangéUstes n'ont pas fait mention des parents de la Vierge ; il fait une longue dissertation sur le mariage chez les Juifs ; se prononce contre le trinubium et finit par un bon chapitre intitulé : " Mort de Joachim et d'Anne, rehques pieusement conservées, apothéose, culte, miracle, confrérie, conclusion de l'ouvrage. "

Il convient encore de signaler divers passages de Dom Calmet dans ses Prolégomènes sicr la Bible ; et travail tout à fait récent, " dernier mot de la science, " peut-on dire, l'article signé par Dom H. Leclercq dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie entrepris en 1907 par la maison Letouzey de Paris. Heureux, dirions-nous en passant, les chercheurs à venir, puisque dans cet ouvrage et d'autres semblables, tels que le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, ils pourront faire d'innom-brables et si précieuses découvertes !

Nous devons honorer encore davantage d'autres ceuvi-es littéraires bénédictines, c'est-à-dire des hymnes, oflSces, poèmes divers de grande beauté, si

12 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDE.VT (il)

beaux en effet que nous jugeons utile de les reproduire in extenso, au moms en appendice. Ainsi ferons-nous pour les autres religieux, et pour les pays que nous allons ensuite parcourir, ces hymnes étant de réels documents historiques et d'admirables témoignages de dévotion. Quant à les traduire, nous n'y .«longeons pju*!, sauf peut-être pour quelques passages ici ou là. Les mots, peut-être, pourraient trouver des équivalents, mais la musique des mots, la rime, le rythme, comment les traduire sans les détruire ? Nous disions ailleurs au sujet des séquences : Ce qui fait le charaie de ces pièces, c'est, avec le rythme qui leur est particulier, non seulement la rime simple comme ailleurs, mais la rime redoublée, la rime alternée, se répondant d'une fin de strophe à une autre fin de strophe ; c'est cette cadence harmonieuse de la phrase poétique, où chaque syllabe doit se prêter aux exigences d'une même musique toujours renouvelée ; c'est cette mélodie de la langue latine, si musicale elle-même par le mélange de ses longues et de ses brèves, et que l'on dirait si bien faite de Dieu ix)ur être la langue de l'Eglise de Dieu. Et c'est pourquoi, faire passer une de ces séquences dans la prose française, c'est lui ôter tout son cachet, malgré la bonne volonté du traducteur. Encore une fois, parce que c'est vrai encore ici : Traduttore traditore.

Un exemple :

la O quam felix, quam beata, 2a Anna dulcis, Anna pia.

De qua prodit illibata Cum dulci nata Maria ;

Virgo et puerpera. Nos foveto jugiter ;

Ib Per quam vita mundo redit, 2b Jesu, fili dulcis haruin

Per quam puisa mors recedit, Fac nos meritis ambarum

Per quam patent aethera. Te frui perenniter !

Autre exemple, à rime redoublée, celui-ci :

la Ave, veri Saloraonis Ib Ave, prolem genuisti

Matris Mater qua; coronis Per quam mundo lu.Kit tristi

Miris fulges, altis thronis Verus sol, quo dispandisti

In cœlesti patria ! Cœli nobis atria.

Donnez donc l'équivalent, le même accord musical dans une autre langue ! D'ailleurs nous avons peut-être déjà cité le mot d'Ozanam à propos des hymnes d'Eglise : à "savoir qu'on en comprend la moitié par les mots, l'autre moitié par le cœur," et ce devrait être assez.

Une hjonne liturgique suppose une fête, et c'est ainsi que nous avons conclu à l'existence d'une fête de sainte Anne, dès le XIII^ siècle, dans les monastères Wnédictins de Subiaco, Brescia, Saint-Pierre de Pérouse, Reims, Jouarreen-Brie, Senones (ou Sens), Saint-Alban, Lubeck'*. Rien d'étonnant qu'on la retrouve plus tard en beaucoup d'autres, et l'on se demande si elle n'y était pas plus ancienne que la date des manuscrits ofi elle se présente. Il semble en tous cas peu juste de dire, même pour Cîteaux en particulier, que " la

fête de sainte Anne y fut établie en 1454 i*. " Nous croirions plutôt que, à cette époque, elle y devint solennelle, c'est-à-dire " avec douze leçons," grands offices rimes, deux messes conventuelles, ce qui était sans doute un développement, une magnificence de plus, mais non une fondation tout à fait nouvelle. En tout cas, c'est ce que nous constatons vers la même époque chez d'autres religieux de la même observance. Ainsi, en 1433, les Camaldules avaient établi deux fêtes à douze leçons, celle de notre Sainte et celle de saint Ignace martyr, voidant qu'elles fussent de stricte observation, ce qui re\aent à dire solennelle. Un document à ce sujet est rapporté par Dom Martène dans sa Collection des Monuments historiques i'.

Il existait autrefois à Lehnin (ou Linange), diocèse de Potsdam, une grande abbaye cistercienne, et c'est de là, selon toute apparence, que provient le codex de Berlin intitulé Orationale manuscri-ptum Lehninense anni 1518, ou le Père Brèves a fait transcrire deux pièces très remarquables : Ave, radix sancta Jesse, et Salve, salve prœelecta. Ce ne sont pas des hymnes, ni des séquences pour la fête de la Sainte, mais des prières, de vraies prières qui se récitaient, semblet-il, indépendamment de l'office liturgique, et combien de fois au cours de l'année ? La prière, pour être fervente, n'est pas nécessairement courte, et en tout cas, il lui faut ici pour se contenter, une fois cinquante vers, une autre fois, plus de la centaine, et la ferveur se maintient, augmente plutôt jusqu'à la fin. Voyez en effet :

Page 1