‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 60 sur 294 · ILES BRITANNIQUES — EXEMPLES DES GRANDS · texte numérisé non relu

ILES BRITANNIQUES — EXEMPLES DES GRANDS

trouble et pensée par l'adversité devant ditte, il requérait souvent nostre Seigneur Dieu, sa glorieuse Mère et les beneurez sains et saintes de Paradis, entre lesquelz il avoit especiale dévotion à madame saincte Anne, la pryant qu'elle le voulsist ayder en sa querele, et à elle se voua, disant que à la première ymage pourtraite ou taillée à la samblance d'elle qu'il trouverait, il y ferait ses prières et offrandes. Or advint que en ce saint dimence de Pasques flories, ainsi que le roy alloit à procession, et tout son peuple aprez luy, par bonne dévotion, comme au service du jour apartenoit, ainsi que la procession fut revenue dedens l'église et arrestee devant le crucefix, où le peuple s'agenouilla reveramment, le roy pareillement se mist à genoux pour honnourer le crucefix, et là, à ung piller, pendoit à l'encontre du roy un tableau fermé et cloz d'une che\dlle de fer, comme il est coustume en quaresme de muchier toutes ymages es églises : dedens lequel tableau ainsi fermé avoit une petite 3'mage d'allebastre fourmee et taillée selon la figure et semblance de madame saincte Anne ; lequel tablet, ainsi fermé que dist est, se ouvry soubdainement en rompant ceste dite cheville de fer, laquele chose bien aparcheurent le roy et tout le peuple, qui là estoit présent. Et quant le roy congneut l'ymage, il luy souvint soubdainement de son veu, remercyant Dieu et saincte Anne, et prenant ce pour bon espoir de prospereuse adventure que Dieu luj' voulloit envoier en sa querele. Si honnoura l'ymage en donnant illec ses offrandes humblement et dévotement ; aussi firent tous les assistens, moult esmer\^eillés du dit miracle. "

Et le lecteur devine le résultat, c'est-à-dire la " descomfiture " du comte de Warwick, en attendant qu'il fût "occis." La victoire "par la voullenté de Dieu, le mérite des glorieuz sains et moiennant la vraye querele, demoura au roy Edouard ... et y estoient ses ennemis plus de xxx m (30,000) comme il fut sceu de vray, contre ix m : non plus n'en avoit. Après laquele battaille ainsi finee, le roy haultement remercya Nostre Seigneur de la belle grâce que fait lui avoit en ceste journee^^. "

En passant, ce comte de Warwick était-il un descendant de la famiUe du même nom qui, sous Henri IV d'Angleterre, quelque soixante ans auparavant, faisait placer sur son tombeau une statue en pierre de sainte Anne, " peinte des plus fines couleurs et ornée d'or, d'azur, de fine pourpre, et de fin blanc"?"

A Edimbourg, ce qu'on appelle le " Parc Sainte-Anne " faisait autrefois partie du domaine royal comme l'indique à l'évidence son nom gaéhque de Croft-an-Righ, ou " Champ du Roi. " D'anciennes maisons conservées aux alentours et près du palais actuel de Holyrood semblent avoir été des résidences de courtisans. C'est vraisemblablement par un roi d'Ecosse que le parc aura été si bien baptisé, et en tout cas, il nous plaît beaucoup de l'imaginer.

Les grands imitent les monarques s'ils ne les ont pas précédés. Ainsi avant l'année 1397 un " Hermitage Sainte- Anne " était bâti à Cambridge par Henry Tangmer, un des principaux bourgeois de la ville. De même, en 1398, William Dalby fondait un hôpital à Okeham, Rutlandshire, sous le vocable de Sainte-

138 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

Anne et de Saint-Jean l'Evangéliste, tandis que Walter Cook, chanoine de Lincoln, construisait à KnoU, Warwickshire, une belle chapelle dédiée à la Sainte et à saint Jean-Baptiste. Plus tard, vers 1486, Richard Delves, presbyter, établissait une Chanlry à l'autel sainte-Anne dans l'église de Warrington, comté de Lancaster".

Londres

Mais il nous tarde de venir en plein Londres, en pleine capitale, et de voir comment cette ville s'est conduite à l'égard de notre Sainte.

Au xiv* siècle, Londres possédait — nous l'avons déjà vu — une confrérie {chantry) de Sainte-Anne, et la traitait avec grand honneur puisque sa chapellenie était à Saint-Paul même. Dans la crj-pte de l'ancienne église — car on sait que la nouvelle ne date que de la fin du dix-septième siècle — "il y avait en effet, selon Dugdale, deux gildes ou confréries, dont la première, placée sous l'invocation de sainte Anne, avait été fondée en 1371, Jean d'AppDby étant alors doyen de Saint-Paul. De lui et de son chapitre, la dite fraternité, représentée par son recteur, obtint le libre usage, à des heures convenables, d'une chapelle y construite, et les clefs d'icelle, et la liberté d'jintroduire toutes peintures, images, livres, calices, etc, etc, en l'honneur de la sainte patronne, pour l'ornement de cett€ chapelle*^ "

Il y avait mieux cependant à Londres qu'une chapelle dans une crypte, fût-ce la crypte de Saint-Paul, il y avait, à la même époque, une église, en attendant qu'il y en eût une seconde et une troisième un peu plus tard.

La plus ancienne s'appelait "autrefois Sainte- Anne-des-Saules {SaiTil- Anne in the Willows), et elle existe encore aujourd'hui rue Aldersgate, derrière le bureau de Poste. John Stow, citoyen de Londres, en a écrit en 1598 : " Dans le Pope-Lane, église paroissiale de Sainte-Anne des Saules, ainsi appelée je ne sais pourquoi, mais selon quelques-uns, à cause des saules qui croissaient aux alentours. Maintenant, il n'y a plus guère de place pour tant de feuillage, excepté dans le cimetière où croissent quelques frênes. En 1548, un incendie détruisit cette église autant qu'elle pouvait l'être, mais depuis elle a été réparée, et l'on y voit encore quelques monuments d'antiquité". "

Un historien plus récent écrit à son tour : " Dans le quartier d'Aldersgate, avant l'incendie de 1666, il y avait six églises : Saint-Jean, Sainte-Marie, Saint-Olaf, Saint-Léonard, Saint-Botolph et Sainte-Anne. Sainte-Anne seule a été reconstruite. Elle s'appelait " église Sainte-Anne et Sainte-Agnès " du nom de deux sœurs ainsi nommées <iui l'avaient édifiée, ou encore Sainte- Anne des Saules, d'un bosquet de ces arbres (jui l'entourait. La date de sa fondation est inconnue mais on sait qu'un Jean de Chambrey en était le bénéficier en 1322. La charge de recteur était sous le patronage du doyen et des chanoines de Saint-Martin, et ce recteur allait aux offices de Westminster avec le chapitre. L'église fut détruite par le feu en 1548, réparée en 1624, de nouveau incendiée en 1666, reconstruite par Wren (l'architecte

de Saint-Paul), en 1680, et de nouveau restaurée et embellie en 1701-1703'" etc.

C'est une structure en brique de 53 pieds de longueur par 35 de hauteur. La tour, placée à l'ouest, mesure 14 pieds à sa base, et supporte une lanterne elle-même couronnée par une toiture qui dessine la lettre A majuscule. Hauteur totale 95 pieds. A l'intérieur, quatre colonnes corinthiennes, une voûte peinte en bleu-pâle et ornée de sculptures dont l'effet est très agréable. Vitraux peints*^.

Une seconde égUse existait dans le quartier des Blackfriars, ou qua ticr des Dominicains, ainsi nommés autrefois en Angleterre parce qu'ils portaient toujours la chape noire sur leur robe blanche. D'après John Stowe, le vieil historien déjà cité, elle fut détruite par Sir Thomas Carden en même temps que celle des " Frères noirs " (Frères Prêcheurs), mais sous le règne de Marie, le même personnage se voyant obligé de trouver une église pour les habitants du quartier, leur fournit un logement, lequel subit un désastre en 1597, mais fut rebâti, agrandi et béni le 11 décembre de la même armée'». Ce sanctuaire nouveau détruit dans l'incendie de 1666 où seize quartiers de la ville sur vingt-cinq furent ruinés, ne fut pas reconstruit. Le site cependant en est marqué par l'ancien cimetière dont il reste des traces dans la Church Entry, Ireland Yard. Les registres de l'église mentionnent, parmi les sépultures de personnages éminents, celles de Dick Robinson, acteur (1647), Nat-Field, poète et acteur (1632), William Faithorne, graveur (1691), et Van Dyck. Ce dernier mourut dans cette paroisse, laissant par testament une somme d'argent pour les pauvres. Sa fille, Justinienne, y avait été baptisée le 9 décembre 1641, le jour même de la mort de son père. Walpole dans ses Anecdotes of Pointers, nous apprend qu'Isaac Oliver, peintre-miniaturiste, y fut aussi inhumé et que son fils lui éleva, là même, un monument^".

Une troisième église est celle de Soho, dans le quartier de Westminster, consacrée en 16S5 par l'évêque Compton et dédiée à la Mère de la Vierge, ce qui fut fait, dit un auteur, " par manière de compliment pour la princesse Anne. La tour elle-même fut construite aussi danoise que possible, pour flatter son mari danois^'. " Ce n'est cependant pas, dit un autre, une merveille d'art, et si elle n'est pas " ridicule " comme certains nous l'affirment^, elle a du moins un air étrange. Au sommet, un " monstrueux globe de cuivre " contient les cadrans de l'horloge. Au côté ouest, et visible de la Princess Street, se trouve la tablette consacrée par Horace Walple à la mémoire de Théodore, roi de Corse, mort en 1756 et enseveH dans l'église.

Trois hôpitaux de Londres portent également le nom de la Sainte, l'un sur le Manor Road, le second sur l'Alpha road et le troisième sur V Albert place, ces deux derniers tenus parles Sœurs de charité. Une autre maison appelée le Royal Asylum of Saint-Ann's society, fondée en 1709, sert de refuge aux enfants pauvres des familles protestantes^^. Enfin trois rues de la grande ville ont conservé leur nom maintenant fort ancien de St-Anne. Un bel exemple que nombre de villes catholiques pourraient imiter !

140 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDEXT (il)

Hors de la capitale.

Il existe aujourd'hui dans le Royaume-Uni au moins trente églises catholiques dédiées à sainte Anne, et loin que les protestants aient rayé la Sainte de leur calendrier ni peut-être de leur culte religieux, ils ont laissé ou donné son nom à près de cent autres églises ou chapelles publiques, possédées par les sectes diverses. Les dates données pour les premières sont en général peu anciennes, mais il est probable que, en maints endroits, l'église nouvelle n'est que la restauration d'une plus ancienne dont elle a ressuscité le vocable.

Quoi qu'il en soit, la Sainte avait une église à Barnestaple, dans le Devonshire, vers le milieu du quinzième siècle. Le fait est constaté par George OUver dans son Monaslicon d'Exeter-^. Le même auteur en signale une autre à Saint-Martin près Looe, diocèse d'Exeter, construite en 1436^.

A Lincoln, Saint-Anne Thorngate est ancienne. Là, d'après Leland, à Saint-André, d'après Gibbons, existait une Guild of Saint Anne, dont les pageants sont mentionnés en 1514, 1515, 1555, 1568. On l'appelait the great guilde, peut-être par opposition à celle qui occupait la chapelle Sainte-Anne du Lincoln Minster. Ici, en 1531, deux chapelains célébraient la messe, l'un à 5 heures, l'autre à 10 heures du matin. On ne dit pas que ce fût tous les jours, mais rien n'empêche de le penser^.

Sainte-Anne de Kilvington, diocèse de Middlesbrough, est de 1690 ; Ormskirk et Westby, diocèse de Liverpool, de 1732 et 1742. — En 1776, le marquis de Donegall faisait bâtir à ses frais celle de Belfast en Irlande, remarquable par son portique dorique, sa tour ionique et sa coupole corinthienne. — La cathédrale de Leeds, fondée en 1786 {alias 1790), s'est mise sous le patronage de sainte Anne, et trois autres églises qui en dépendent ont suivi le même exemple : celles de Bradford (1873), de Deepcar, et de Keighley (1835).

Liverpool a deux égUses, l'une à Edge Hill fondée en 1843, l'autre à Freshfield en 1886. — Birmingham, Manchester, Salford, Fairfield, Oldham, Stretford, Bradford, Ashton-Under-Lyne,Ugthorpe, Blackbum, Lanherne, Nantwich, Rock Ferry, Chertsey, Whitehaven, Vauxhall, et plus loin Dublin, en Irlande, et Cadzow, en Ecosse, ont de même chacun la leur. Dans l'Ile de Jersey, il y a un doyenné sous le nom de Sainte-Anne des Iles ; et dans l'Ile d'Alderney, encore deux égUses, la première assez ancienne. Nous donnons en appendice une liste plus complète.

De tous ces sanctuaires dédiés à la Sainte, ou même de toutes les églises d'Irlande, y compris les cathédrales, nulle n'est plus connue, plus aimée, plus fréquemment désignée à l'attention de l'étranger que celle de Shandon, située dans la partie nord de la ville de Cork. Dans sa structure actuelle, elle n'est guère ancienne, datant à peine de 1722 ; elle n'a guère de style ; sa tour disproportionnée ressemble, dit-on, à une ix)ivTière ; ses murs n'ont pas la même couleur, deux côtés d'une nuance, deux d'une autre, une partie de la pierre provenant d'un ancien monastère franciscain, l'autre des ruines d'un

vieux château, mais elle possède des cloches d'une tonalité incomparable et elle doit sa prééminence au poète génial qui les a chantées, Father Prout, de son vrai nom Francis-Sylvester Mahoney. Qui ne connaît, s'il a fait un peu d'anglais, ou cherché des exemples d'harmonie imitative, ce petit poème délicieux, intitulé The Bells of Shandon, vraie musique en lui-même comme celle qu'il voudrait nous faire entendre ?

With deep affection and recollection I often think of the Shandon bells,

Whose soxrnds so wild would, in days of childhood, Fling round my cradle their magie spells.

On this I ponder, where'er I wander, And thus grow fonder, sweet Cork of thee,

With thy bells of Shandon That Sound so grand on

The pleasant waters of the river Lee 2'. En Irlande, les églises portent plutôt le nom de la rue ou de l'endroit où elles sont situées, et c'est pourquoi nous en trouvons si peu sous le nom de la Sainte, mais au moins nous avons cette Saint-Anne's Shandon, avec Dublin et Belfast. Il en était de même en général pour les monastères, ou s'ils avaient un patron, c'était toujours la sainte Vierge ou par exception un Saint irlandais^. Pour le reste, oii trouver des documents concernant le passé ? Le moindre cependant peut être un indice, tel celui-ci : " John Swaj'^n ayant occupé le siège d'Armagh plus de vingt-un ans, résigna en 1439, et fut inhumé à Saint-Pierre de Drogheda dans le sanctuaire de la chapelle qu'il avait luimême fondée et dédiée à sainte Anne ^. "

Du reste, on ne peut douter que notre Sainte ait été en grande vénération dans l'Ile des Saints, avant même que les Carmes si dévoués pour son culte ne l'y eussent propagé. Ici, dès les premières aimées du ix" siècle, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, était célébrée la Nativité de la sainte Vierge ^S et veuillez donc relire la conférence du Père Tom Burke sur la dévotion séculaire de ses compatriotes à la bénie Vierge Marie. Et encore une fois, que ce soit étroitesse d'esprit ou non, nous ne concevons pas cette dévotion sans l'autre qui nous occupe en cet ouvrage. Cette expression Vile des Saints est plus qu'un mot ou une épithète. "Du v^ au xi* s., écrit dom Cabrol, l'EgUse celtique est demeurée une pépinière de saints. Nulle part, excepté peut-être en F^gypte, les institutions monastiques ne se développèrent avec une plus grande rapidité et ne produisirent des types plus originaux et d'une sainteté plus généreuse et plus éminente^... " Nous citerions encore, si on nous le permettait, cette appréciation d'Ernest Renan :

" Peu de chrétientés ont offert un idéal de perfection chrétienne aussi pur que l'Eglise celtique aux vi ^ , vu « , viii ^ siècles. Nulle part peut-être Dieu n'a été mieux adoré en esprit que dans ces grandes cités monastiques de Hy ou d'Iona, de Bangor, de Clonard, de Lindisfarne . . . C'est chose vraiment admirable que la moralité fine et vraie, la naïveté, la richesse d'invention qui distinguent les légendes des saints bretons et irlandais. Nulle race ne prit

142 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

le christianisme avec autant d'originalité et, en s'assujettissant à la foi commune, ne conserva plus obstinément sa physionomie nationale."

Ce passage est tiré du livre intitulé La poésie des races celtiques (p. 438), et quel titre pouvait mieux convenir au sujet ? Poésie des cinquante-trois monastères fondés par saint Colomban seul ; des chapelles que déjà saint Patrice, en 432, et saint Brendan, en 553, dédiaient à l'Immaculée Mère du Christ ; des écoles "de saints et de docteurs ", car c'était tout un de la sainteté et de la science» ; des Uvres d'heures qui s'y multipliaient et où l'or, le minium, le carmin, le bleu outremer, les plus fines couleurs, les nuances les plus déhcates " pourtraicturaient " les saints du Paradis '*.

Chapelles

Nous indiquons, aussi en appendice, plusieurs chapelles, soit chapelles indépendantes, soit chapelles d'églises ou de monastères. Deux ou trois ont laissé trace dans l'histoire, à part celles de Walsingham, de Lincoln ou autres déjà mentionnées, et par exemple, George Oliver en place une au chevet de Saint-Sidwell à Exeter. Il l'a trouvée inscrite dans un registre de 1418, et il en est de nouveau question en 1437 dans un acte du Parlement relatif au revenu de l'église. Au commencement du règne d'Elisabeth, un étabUssement de charité y fut adjoint fondé par George et Oliver Manwaring'*.

A propos de l'église Saint-Cuthbert, à Edimbourg, nous lisons dans l'historien Wilson : " La paroisse Saint-Cuthbert paraît avoir été un des districts les plus anciens et les plus étendus qui aient été institués en paroisse. L'église est sans conteste d'une date très éloignée, peut-être même des premières années qui suivirent la mort de saint Cuthbert, ce qui nous porte à la fin du septième siècle. A part l'autel principal, il y en avait plusieurs autres dédiés à la sainte Trinité, à sainte Anne et d'autres saints, mais à leur sujet il ne reste plus de mémoires très précis. L'ancienne église a été soumise à bien des vicissitudes, et considérablement modifiée par des altérations et réparations successives, de sorte qu'il en restait comparativement peu de chose quand elle fut démolie en entier au milieu du dernier siècle et remplacée par l'affreuse grange que l'on voit aujourd'hui'*.

Une autre note relative à cet autel Sainte-Anne nous apprend que, en octobre 1487, un certain William Towers, d'autres disent Touris, d'Innerleith, accorda une rente de quatorze marcs pour le support d'un chapelain qui devait y célébrer la messe".

Deux autres chapelles à Edimbourg, c'est-à-dire à Saint-Gilles et à l'église de l'Abbaye {Abbey Church), étaient entretenues par la confrérie des Tailleurs», et si peu de renseignements que l'Ecosse nous ait fournis sur son ancienne dévotion à notre Sainte, nous nous tiendrons satisfait. — Du reste, en voici encore un autre qui, si minime soit-il, a encore pour nous quelque valeur : Jolm Smith, abbé de Kimloss dans le Comté de Moray, de 1505 à 1535, fut un insigne bienfaiteur de son église. Il lui donna, par exemple, un

grand lustre pour suspendre au-dessus du maître-autel, un chandelier à cinq branches, un devant d'autel en métal, des chasubles de soie ... et trois cloches appelées Anne, Marie et Jérôme^.

Autres petites notes

Les premières sont empruntées d'avance à l'Iconographie de notre Sainte (dernier volume du présent ouvrage), et c'est ainsi que les \'itraux de l'église de Tous-les-Saints {AU Saints' Church) à York, et d'autres à West Wickham, comté de Kent, nous la montrent encore instruisant la Vierge *^.

Dugdale décrit d'après le docteur Nash les vitraux qui décoraient l'église du grand Prieuré de Malvern : " Dans la nef -nord, dit-il, étaient représentées en cinq vitraux diverses histoires du Nouveau Testament, chaque vitrail ayant douze compartiments. Dans la première de ces vernières, on voyait les épousailles de Joachira et d'Anne, un ange disant à sainte Anne :

Cum veneris ad portam auream virum tuum obvium habebis ;

le même Ange apparaissant à Joacliim. . .le reste cassé"." Le prieuré de Malvern avait été fondé en 1083.

Au quinzième siècle, le comté de Surrey tanait une grande foire le jour de sainte Anne, et tenait ce privilège ou cette permission du roi Henri VI qui l'avait accordée en 1440 à Jean de Harmondes-North, abbé de Chertsey*^.

Oxford possédait une chapellenie (chantry) de sainte Anne, sûrement antérieure à 1502, puisqu'alors on la dit très florissante. C'est elle qui, plus tard, paie la plus forte taxe au roi Henri VIII, soit vingt sheUings, tandis que la contribution de la chapellenie de Saint-Thomas ne s'élève qu'à huit shellings, et celle du " Collège de l'Université", — ainsi on l'appelle — à deux shellings huit deniers.

Un curieux diet roll — dépense de table — du prieuré de Saint-Swithin, à Winchester, pour l'année 1515, montre que le dimanche précédant la fête de sainte Anne admet certains adoucissements à l'austérité du réfectoire. — On sert ce jour-là du pain mouillé (dans de la sauce), des œufs, un quartier de venaison, une soupe à l'oignon, du bœuf, du mouton au goût de chacun, du vin pour le chapelain, des pieds-de- veaux pour le célébrant et ses ministres, une entrée spéciale pour le Sous-Prieur et VHordarian, c'est-à-dire l'officier en charge des biens de la communauté. Cette communauté comprend une quarantaine de moines, et la dépense, beaucoup plus considérable qu'aux jours ordinaires, monte à 8 sheUings, 43^ deniers ^.

Au temps de Shakespeare le nom de la Sainte est dans toutes les bouches, mais on le prononce bien souvent comme fait encore le peuple pour le nom trois fois saint de Dieu : hy Saint Anne ! by Saint Anne ! et cela est dit à propos de tout, à propos de rien **.

Avec regret maintenant nous allons dire adieu au passé en prenant note

144 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

toutefois d'une relique de sainte Anne à l'abbaye de Reading «, d'une Life of saint Anne, in verse, par Osbern Bokenam (xv^ siècle), d'un ancien hôpital Sainte-Anne à Ripon, d'une chapelle à Hessonford, comté de Cornwall, d'une Saint Anne's relreat à Sutton, diocèse de Liverpool, d'un couvent à Leeds et de trois autres en Irlande, c'est-à-dire à Tallaght, à Booterstown et à Miltown, après quoi, nous nous demandons ce qu'il reste

aujourd'hui

en Grande Bretagne, de sa vieille dévotion à notre Sainte. Nous parlons d'abord de la population protestante.

A moins que les choses n'aient changé depuis Grancolas qui nous l'affirme en 1727 : " L'Angleterre protestante a gardé plusieurs fêtes de nos saints, entre autres la Sainte- Anne «. " Elle a gardé aussi certaines coutumes populaires. Evidemment, la Réforme a fait ici son œu\Te, et l'élément catholique ou religieux a disparu, mais ce qui reste est, évidemment aussi, un souvenir des anciens jours, et à ce titre mérite encore d'être signalé. C'est ainsi, pour ne citer qu'un fait, que à Newbury (Berks), on fait toujours grande fête, le premier lundi qui suit le jour de Sainte-Anne. Pendant la journée, une grande procession défile par les rues de la ville, et l'on y promène, sous des formes plus ou moins grotesques, les emblèmes des diverses dignités civiques *'. Ce n'est pas sérieux, soit, et sûrement non, puisque c'est grotesque— nous venons de l'écrire, mais cela c'est l'accident de la chose, et il reste toujours l'idée, le sens même de la chose, comme en ces rites de l'Eglise qui n'ont besoin, pour être vénérables, que d'être compris, tant par les acteurs que par les témoins.

D'ailleurs fut-on anglais et protestant jusqu'aux moelles, on ne résiste pas indéfiniment au charme de la beauté morale et physique, et c'est pourquoi, peu à peu s'est propagé, en Angleterre comme aux Etats-Unis et ailleurs, le goût des images de la Vierge, peinture, gravure, statuaire, ce goût devenant une sorte de dévotion artistique à l'Immaculée. N'est-ce pas une protestante, et fanatique comme les femmes, Mrs. Jamieson, qui a écrit le bel ou\Tage d'art intitulé Legend of the Madonna ? Conjointement, parce que la Vierge avait une Mère, l'Angleterre protestante a beaucoup admiré le Mary' s Girlhood (Enfance de la Vierge) de Dante Gabriel Rossetti, une belle peinture en effet, un peu froide, un peu raide, il est vrai, mais très correcte, très noble et digne d'être chantée par la poésie, comme de fait elle l'a été ".

In vinculis Adam traham eos : "Je les attirerai par des lacets humains." L'art est un lacet humain. " L'Eglise anglicane, écrit M. Trésal, n'est pas sortie des entrailles de la nation ; Henri VIII et la reine Eli.^^abeth ont plutôt fondé le .schisme contre la volonté de la majorité de la nation, et s'il a pu durer, c'est qu'il a été et reste encore une institution d'Etat. Que deviendra l'Eglise d'Angleterre, quand le gouvernement du pays, rompant des liens (jui paraissent peu naturels à plusieurs, lui aura enlevé ce caractère officiel dont elle tire de si nombreux avantages" ? "

Page 1