‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 71 sur 294 · BELGIQUE — ENVIRONS DE LOUVAIN · texte numérisé non relu

BELGIQUE — ENVIRONS DE LOUVAIN

Un ancien texte nous fait lire ; "En 1592, Marie-Madeleine de Hamale, femme du prince Guillaume de Croy, donnait son château aux religieux Célestins pour leur créer une demeure en ces lieux. En 1600, Charles I, duc de Croy, fit réparer le château devenu monastère, qui avait souffert pendant les troubles des Pays-Bas. Il mourut en 1612, et son corps fut déposé dans la chapelle Sain te- Anne. "

Un autre texte nous dit que, le couvent étant terminé, le corps de son pieux fondateur fut enterré dans la chapelle du monastère, " chapelle dite de Sainte- Anne, " et que " sa femme, étant morte quelques années après, fut déposée dans le même caveau. "

Chapelle de l'ancien château, ou chapelle du monastère ; chapelle ancienne comme le château même, ou plus récente et fondée par les religieux Célestins : quoi qu'il en soit, si sainte Anne maintenant avait disparu, au moins elle avait passé par là, nous le répétons, et sous sa garde maternelle, des générations de princes avaient dormi.

La tradition veut que, des pierres de cette chapelle démolie, on ait bâti le couvent des Franciscaines qu'on rencontre en deçà sur la rue de Namur. Et ces pierres encore ont la vie, puisqu'elles ont une histoire.

Ce n'est cependant pas tout, et notre excursion commence à peine !

A part cette chapelle du château, le chroniqueur du dix-septième siècle, tantôt nommé, nous en signalait encore une autre, "fort ancienne, " disait-il, au même village de Héverlé. Disons de suite que, aujourd'hui, il y a Héverlé tout court et Vieux-Héoerlé, Oude-Héverlé en flamand, deux communes distinctes, mais que le vieil auteur ne distinguait pas lui-même, probablement parce que, de son temps, elles n'en formaient qu'une seule. Ce détail ou cette lacune, en compliquant nos recherches, nous ménagea cependant d'agréables surprises,

A Héverlé tout court, une coquette église se présenta avec de beaux motifs de la Sainte, notamment dans les verrières, où nous la trouvions d'abord en pied, puis avec la Vierge, tandis que, à côté, dans un troisième vitrail, saint Joachim bénissait Marie. Cependant ce joli sanctuaire, en apparence assez récent, ne pouvait pas être la " vieille chapelle " du vieux chroniqueur, et nous n'étions pas au but.

Au dehors, un bon monsieur qui prit la peine d'écouter nos questions, nous conseilla d'aller tenter fortune, plus loin, à Oude-Héverlé. " A trois quarts d'heure d'ici, en suivant toujours la chaussée, vous verrez, disait-il, une église, puis un peu au-delà, sur la route de Charleroi, une espèce de petit oratoire qui doit être ce que vous cherchez. "

Le soleil commence à baisser; la route est fort belle, comme toutes les routes des vieux pays ; nous reprenons donc notre chemin. A trois quarts d'heure peut-être du monsieur, mais en fait, à une heure et quart de notre pas, nous apercevons en effet l'église du village. Courage !" un peu au delà, " et nous y sommes ! Enfin, dans le lointain, un grand arbre se dessine sur la voûte bleuâtre du ciel : un grand arbre épanoui en bouquet, en palmier, et sous son ombre, nous entrevoyons une maçonnerie en forme d'oratoire. C'est

170 LE CULTE DE SAIXTE ANNE EN OCCIDENT (il)

peut-être cela ! Nous approchons, nous arrivons. Voici un petit édicule, mais de fait tout petit, de neuf ou dix pieds à peine de hauteur sur à peu près cinq de largeur, sorte de niche posée sur un socle et fermée par un treillis de fer, derrière lequel nous apparaît le groupe déjà si familier de sainte Anne portant sur son bras à la fois la Vierge et l'enfant Jésus. Par terre, une pièce de bois posée transversalement, nous invite à nous agenouiller. Rien que la statue, avec son type très caractéristique du quinzième siècle, nous ramène très loin dans les âges passés, et à cette même place où nous sommes, devant cette Sainte- Antie-<lu-chemin, comme nous l'appelons à part nous-mcme, il nous semble que des milliers et des milliers de passants viennent se mettre à genoux tour à tour pour prier comme nous.

La part faite à la dévotion, restait la question historique. Le chroniqueur avait parlé d'une " chapelle, " non d'un oratoire .sur le bord du chemin. Donc nous n'avions pas encore trouvé, mais l'église que nous avions tout à l'heure dépassée, sans même nous y arrêter, serait peut-être ce que nous cherchions. D'ailleurs ^L Van Even, confirmant la donnée du chronicjueur, nous avait dit quelques jours avant cette promenade : " Je ne sais pas bien, mais je crois que, à part la chapelle des Célestins, il y a eu autrefois mie église ou un sanctuaire quelconque de Sainte-Anne dans les environs de l'abbaye du Parc ou du village de Héverlé. "

Nous revenons donc sur nos pas, et cette fois pour faire halte à l'église paroissile. Une très singulière architecture ! De fait, l'édifice n'était guère qu'un toit, un toit excessivement aigu, excessivement haut, descendant presque jusqu'à terre, et supporté sur les côtés par des murs de dix ou douze pieds de hauteur à peine.

Comme nous faisions le tour du singulier monument, un vieillard vénérable apparut. C'était Monsieur le Curé. Il vint à nous, et nous eûmes bientôt fait de le mettre au courant de nos recherches. Il s'étonna d'abord que, à une lieue de là, on n'eût pas su nous renseigner mieux. Puis : " Voilà, dit-il, la " chapelle " de votre chroniqueur. Elle est si ancienne, si ancienne, que les gens d'ici la disent du temps de Noé. Quelques-uns, ajouta-t-il plaisamment, croient que c'est l'arche qui a sui-vécu au déluge ! Primitivement, ce n'était qu'une chapelle, assez grande, mais beaucoup moins que cette église. On l'a agrandie par les côtés en allongeant le toit jusqu'au plus près possible du sol, et en ajoutant au chevet une abside. "

Les soudures ici et là disloquées du mur de façade prouvaient à l'évidence les dires du Curé. On pouvait, grâce à elles, dessiner très exactement la physionomie de l'ancienne chapelle, et en faisant abstraction, ce qui était facile, des deux ajustages à droite et à gauche, très sûrement, nous avions sous les yeux ce que nous cherchions depuis trois heures et plus.

L'intérieur du monument acheva de nous convaincre, si toutefois il en était besoin. Au milieu de la voûte, un écusson portait en grands caractères ce nom tout simple, mais qui avait pour nous toute la portée d'une affirmation nouvelle ou d'une confirmation : ANNA. De plus, sur la console d'un pilier du chaur,

BELGIQUE — I;OUVAIN 171

se profilait le même groupe que tout à l'heure au bord du chemin, mais encore plus ancien d'apparence. Enfin, l'église restait encore dédiée à sainte Anne, au moins dans l'opinion du peuple, et la même abstraction qui nous avait aidé au dehors se répétant à l'intérieur, nous étions vraiment dans l'antique chapelle signalée par l'aimaliste anonj^me du dix-septième siècle, chapelle qui avait été juste assez grande alors poiur réunir quelques centaines de pieux fidèles ou pèlerins, mais trop petite pour être une église de paroisse.

Et c'est ainsi que ce jour d'heureuses découvertes fut par nous marqué d'un caillou blanc, selon l'antique usage !

L'" antique chapelle " ainsi authentiquée et localisée, restait à faire une autre enquête pour le collège de Sainte- Anne.

Ce n'est plus maintenant qu'une maison bourgeoise récemment restaurée, située sur la rue de Namur, vis-à-vis le collège du Saint-Esprit. Après la suppression de l'Université en 1797, le Collège fut vendu par la direction du prytanée français de Saint-Cyr, et devint une propriété privée. L'acquéreur le convertit en café. Les petites Sœurs des Pauvres s'j^ installèrent provisoirement vers 1858, et l'occupèrent jusqu'en 1862. Depuis cette époque, il sert de nouveau d'habitation particulière. La grande porte d'entrée, transportée au fond de la cour, et invisible mamtenant aux passants, rappelle seule l'ancienne destination de l'édifice. Heureusement, ici les documents ne manquent pas, et nous possédons même le texte du testament par lequel Nicolas Goblet, prévôt du chapitre de Notre-Dame à Dinant, fondait en 1553 ce collège pour nous si intéressant, l'un des quarante-deux dont se composait alors l'Université de Louvain.

Nous traduisons, puisque la pièce en vaut la peine ^ :

" Au nom du Seigneur, ainsi soit-il. . .

" A tous savoir faisons que l'an de l'Incarnation du Seigneur mil cinq cent cinquante trois, en présence de moi, notaire public, et des témoins soussignés, a comparu personnellement l'honorable seigneur et maître Nicolas Goblet de Bouvines, prêtre, licencié en droit canonique, prévôt de l'église collégiale de Notre-Dame de Dinant, au lieu et diocèse de Liège, résidant actuellement à Louvain au dit diocèse de Liège, pouvant, quoique malade, se tenir debout et marcher dans sa chambre, ayant pleine possession et contrôle, par la grâce de Dieu, de ses sens externes et internes . . . lequel susdit a fait son testament . . .

" D'abord, le dit Seigneur testateur a humblement recommandé son âme au Dieu tout-puissant pour le moment qu'elle aura quitté son corps, et il a désiré que sa dépouille mortelle soit ensevelie dans l'église des Frères Mineurs de cette ville de Louvain, devant l'autel de sainte Anne, choisissant ce même heu pour ses funérailles ...

" De même, le dit Seigneur testateur désire donner et faire accepter la maison qu'il habite à Louvain, avec toutes ses dépendances, pour fournir un logement à dix étudiants pauvres de l'Académie des Etudes générales en l'Université

172 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

de Louvain, ou pour en former le mieux que l'on pourra, un collège destiné à ces mêmes étudiants, le dit collège étant érigé, fondé et institué en l'honneur du Dieu tout-puissant et de sainte Anne. . .

" De même, le dit testateur, a légué au même collège ou à ses boursiers deux florins de rente annuelle et héréditaire pour l'entretien d'une lampe qui sera placée dans le mur, au-dessus de la porte du dit collège, devant l'image de la bienheureuse Anne, et qui devra brûler en chacun des jours futurs . . . Ensuite, le vingt-deuxième jour de juin, ajoutant à son testament, l'altérant et déclarant la chose, le dit Nicolas Goblet a ajouté, altéré et déclaré, en forme de codicille, ce qui suit :

" En premier lieu, il a déclaré posséder un tableau représentant l'image de sainte Anne, lequel il prie ses exécuteurs testamentaires de placer chez les Frères mineurs, en face de son tombeau, et au-dessous, un candélabre de bronze en forme de bras, sur lequel, en tout jour de fête triple», pendant l'office divin, et ce, à perpétuité, sera allumé un cierge d'une demi-livre pesant, entretenu aux frais du dit collège par lui érigé et fondé.

" De même, le dit Seigneur testateur veut que sous l'image de sainte Anne placée sur le mur au-dessus de la porte de sa maison, on pose sur le même mur une lame de bronze ou de cuivre portant sculptés en grandes lettres les mots suivants :

Collège fondé en l'honneur de sainte Anne par le Seigneur et MAÎTRE Nicolas Goblet.

Le vieux Parival parle avec éloge de ce collège, " auquel y a, dit-il, un Président et dix Ecoliers avec des Robes longues, qui embrassent premièrement la Philosophie, puis le Droit ou la Théologie. Les enfans de la parenté du fondateur, comme presque en tous les autres, ont la préférence, ordre juste et louable, car la charité bien ordonnée commence par soy-même. Ceux de Bouvain (Bouvines) suivent, puis de Namur et finalement de Louvain.'"

A part les trois chapelles dont il a été question tantôt, un vieux texte de 1730 en mentionne encore une autre dans la paroisse de Saint-Quentin : Sub parochia S. Quintini, sacellum publicum S. Annœ, extra muros, diclum in Vinckebos. Une petite chapelle sur le bord du chemin, à quelque distance de l'église, pourrait bien être ce sacellum publicum du vieux chroniqueur, mais nul n'a pu nous l'assurer. — Dans l'église elle-même, très ancienne et très belle, il y a un autel dédié à notre Sainte, et au-dessus, une des toiles les plus remarquables de Gaspard de Crayer. Elle représente sur un trône sainte Anne et la Vierge avec l'enfant Jésus, et îl leurs pieds saint Sébastien, saint Christophe, saint Antoine et saint Roch. Enlevé en 1795 et plafcé au musée de Bruxelles, ce tableau fut rendu ù, l'église en lîSOG.

Si vous revenez rue de Namur et descendez jusqu'à Saint-Pierre, l'église la plus remarquable de la ville — et entre parenthèses, combien auguste, et glorieuse, et chère au monde entier depuis 1914 ! — vous y trouvez, vous y

Page 1