BELGIQUE — LOUVAIN
trouviez du moins, voici vingt ans, de beaux souvenirs de la Sainte : d'abord sa chapelle, où se voyait jadis l'éblouissant triptyque de Quentin Metsys plus tard transféré au musée de Bruxelles, représentant la Descendance (ou Famille) de sainte Anne. Ce tableau avait été commandé en 1509 par la Gilde de sainte Anne qui existait alors à Saint-Pierre, et sans doute elle devait être très florissante la confrérie qui faisait ainsi travailler pour elle le plus grand peintre flamand de l'époque. — Peut-être est-ce elle également, continue notre ancien manuscrit, et nous le reproduirons désormais tel quel, comme si rien n'avait changé en Belgique — peut-être est-ce elle-même qui a doté l'église de la statuette si précieuse qu'on y voit — ou pour parler plus juste — qu'on peut réussir peut-être à s'y faire montrer. Trois fois l'année seulement, on l'expose à la vénération du public, mais hors de là, on la tient enfermée dans une retraite impénétrable, et si l'on veut savoir, derrière un panneau d'armoire qui cache lui-même une énorme porte de fer et un escalier, et une seconde porte en haut de l'escalier, et là sans doute quelque solide coffre-fort, le tout s'ouvrant au moyen d'un trousseau de clefs, énorme lui aussi, parce que les serrures sont très nombreuses et compliquées.
C'est délicieux pour un étranger, ces cordialités toutes gratuites, et il faut le dire naïvement, le cœur nous battait le jour où, par une faveur insigne, le vénérable doyen de l'église, aidé de son sacristain, voulut bien nous laisser voir à nous et au photographe qui nous accompagnait, l'inestimable trésor. C'était une statue d'argent massif mesurant environ deux pieds de hauteur sans le socle, et très lourde, parce que le métal n'avait pas été ménagé. Style fin du quinzième siècle. Ce sera peut-être notre bonheur plus tard de publier une gravure exécutée d'après le cliché que nous avons pu faire faire alors sur place et sur l'heure, malgré la lumière douteuse de la sacristie.
Si de Saint-Pierre nous passons à Saint-Jacques, écoutez le vieux document qui vous dit que, en 1491, maître Simon Wagevents coula pour la grande tour de cette église six cloches, dont l'une prit pour nom Sainte-Anne et pesait 1119 livres.
Allez à Saint-Michel voir l'autel de la Sainte ; à Sainte-Gertrude, et avec votre appareil maintenant, pour photographier les stalles les plus travaillées qu'il y ait au monde après celles de Westminster, et qui vous racontent en bas-reliefs ou rondes-bosses magnifiques toute la légende de la Sainte.
Venez de là chez M. Van Uytvanck, un artiste doublé d'un archéologue. Il a réuni une fois tous les principaux types des anciennes statues de sainte Anne qu'il a pu rencontrer dans la ville ou au dehors, et il vous offrira peut-être en photographie le groupe superbe de toutes ces statues réunies. — A plus tard encore.
Et enfin, si au sortir de chez M. Van Uytvanck, nous prenons la route de Terbanck, à l'opposé de Héverlé, tout près encore de Louvain, nous rencontrerons sur le bord du chemin une chapelle de monastère, vieille de deux siècles, contenant du côté de l'Evangile, un bel autel de sainte Anne, contemporain de sa fondation. i" Après quoi, nous n'aurons plus à noter qu'une toute petite
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chose, mais à notre avis, charmante, à savoir : que depuis on ne sait quand, et de nos jours encore, les enfants ont coutume, pour fêter la Sainte-Anne, de construire de petits reposoirs ou autels dans toutes les rues, et de demander de l'argent aux passants, pour y faire brûler des cierges ". — Sans doute, et permettez, ils pourraient faire plus mal.
Bruxelles et environs.
La chapelle de la rue de la Montagne a une histoire, et il s'y rattache des souvenirs qui témoignent hautement de l'ancienne piété flamande.
Vers la fin du xve siècle, vivait à Bruxelles un honnête marchand nommé Jean Van Zuene. Animé d'une grande dévotion envers sainte Anne, il avait conçu le dessein d'élever en son honneur un oratoire public, A Icet effet, il préleva sur ses bénéfices de petites sommes (ju'il déposait dans une cassette, et au bout d'une trentaine d'années, ses épargnes se montaient à six cents florins, somme considérable pour l'époque. Au désir de prouver à la Sainte sa dévotion se joignait celui de faire une œuvre de charité.
Avant (juc le canal de Bruxelles-Anvers fût constniit, disent ici nos documents, "les entrepreneurs de chariots qui voituraient les pa.ssagers et les marchandi.>-es vers les villes d'Anvers et Malines, et euvsuite vers la Hollande, comme aussi vers I^uvain, Tirlemont et le Païs de Liège, étaient presque tous logés environ la rue de la Montagne et la rue voisine, qui en a retenu le nom de Loyxgs-chariots, et afin de procurer à ces gens-là l'occasion d'entendre la messe avant leur départ vers les dites villes, Jean Van Zuene fit construire la dite chapelle Sainte-Anne sur la Bergstracte, ou rue de la Montagne. "'
Sentant la mort approcher, le pieux marchand avait en effet décidé par testament d'employer à cette construction les six cents florins de ses économies, et il choisit deux de ses amis, Nicolas Van Troostenberghe et Gilles de Coninck, pour exécuteurs de ses dernières volontés. Ceux-ci pressés d'accomplir le pieux désir de Van Zuene, firent l'acquisition de cinq petites maisons, dont trois (Haient situées rue de la Montagne et deux autres dans la petite rue voisine, j
alors appelée rue des Oi"fè\Tes. L'une d'elles était, selon les anciennes chroniques, une célèbre auberge portant ix)ur enseigne l'image et le nom de sainte Anne.
Immédiatement après cet achat, les deux bourgeois s'adressèrent au chapitre de Sainte-Gudule pour obtenir l'autorisation de bâtir leur ('hai)elle. Le chapitre s'y refusa, invoquant une ancienne ordonnance du Roi ciui défendait d'établir dans ses Etats des églises ou chapelles sans sa permission spéciale.
Rebutés mais non découragés, Nicolas et Gilles présentèrent leur re(iuête à Charles-Quint, et des lettres patentes ne tardèrent pas à y faire droit. La chapelle fut édifiée en peu de temps, et le 13 juillet 1519, elle était ouverte au culte et con.sacrée par Monseigneur Robert TH. duc de Croy, soixante-treizième évêque de Cambrai.
Ce fut une joie universelle dans les quartiers de la Berghstraete et du Spiegelbeek (marché-aux-Herbes). Jusqu'à la Révolution française, on fêta l'anni-