BELGIQUE — BRUXELLES
versaire de cet événement le 13 juillet de chaque année, le quartier recevant ce jour-là une décoration spéciale et la chapelle étant illuminée.
En 1579, le sanctuaire fut pillé par les hérétiques, mais les images, calices et vases sacrés furent bientôt remplacés et tous les dommages réparés, grâce à la corporation des teinturiers qui avait pris la direction de la chapelle. Un curieux registre de l'an 1600 nous renseigne sur l'état du sanctuaire à cette époque. C'est le "Procès- verbal d'une visite canonique de toutes les églises, chapelles, et autels, soumis aux doyen et chapitre de l'insigne église collégiale de Sainte- Gudule, en la cité de Bruxelles," faite en cette même année. Nous traduisons :
" Le 17 avril, les seigneurs députés ont visité la chapelle de Sainte-Anne située sur le BercJistrate :
" 1. Fabrique (construction) en bon état, et couverte. La chapelle est consacrée. Le surintendant est le Seigneur Malcote. Il y a quatre recteurs : deux des environs et deux autres appartenant à la Gilde des Pelletiers. — 2. . .
— 3. L'autel. — 4. 5. 6. 7. Messes fondées. — 8. Les Laudes se chantent les dimanches et jours de fête. — 9. Un calice doré, coujje d'argent, le reste de bronze. — 10. Deux autres calices de bronze, dont il n'est plus fait usage.
— 11. .. — 12. Le Saint-Sacrement est gardé avec révérence. — 13. La lampe brûle jour et nuit. — 14. — 15. — 16. Il n'y a aucune image scandaleuse.
— 17. 18. Les comptes sont rendus chaque année et les recettes excèdent les dépenses '-.
Plus tard, à partir de 1610, l'administration de la chapelle fut dévolue à un surintendant ayant sous lui deux directeurs. Ce conseil désignait pour célébrer les offices divins, un prêtre qu'on appelait communément le Recteur ou curé de Sainte- Anne.
Ces surintendants, choisis parmi les bourgeois les plus notables, tinrent à honneur d'embellir la chapelle confiée à leurs soins. Dès cette année 1610, ils firent élever une tour " aux frais de 1258 florins 7 sous, " dans laquelle on monta deux cloches deux ans après.
En 1623, la dévotion croissant toujours, Philippe Huenens acheta une maison voisine, qu'il transforma et qui devint le chœur de la chapelle agrandie. Il lui en coûta, disent encore les chroniqueurs, •' 2766 florins et 6 sous pour l'amélioration. "
En 1644, le Pape Urbain YIII confirma solennellement l'institution de la Confrérie de Sainte-Anne et l'enrichit d'indulgences. — En 1654, la vieille façade en briques fut remplacée par celle qui existe encore aujourd'hui et dans une niche surmontant la porte d'entrée, on plaça la belle statue de la Sainte en pierre d'Avesnes, due au ciseau du célèbre François Du Quesnoy. Quelques années plus tard, le pieux Guillaume Van Nyversele, protonotaire apostolique et recteur de la chapelle, obtint du comte de Salazar une insigTie relique de la Sainte que l'on enferma dans une châsse d'argent magnifiquement ciselée. Hélas ! l'œuvre qui avait coûté tant de peines et de soins allait être bientôt détruite. Le 14 août 1695, le maréchal de Villeroi bombarda la ville de Bruxelles. Quatre mille maisons et quinze égUses furent réduites en cendres. La chapel-
le de Sainte-Anne subit le même sort. Seule la façade ornée de la belle statue de Du Quesnoy demeura intacte.
Le zèle et la piété des Bruxellois s'efforcèrent bientôt de réparer ce désastre. Au bout de quatre ans, la chapelle était relevée, et le 21 mai 1699, Jacques Lyncar, archevêque de Tumi, réfugié en Belgique, en fit la dédicace.
Sous l'administration du surintendant Charlier se passa un événement relaté par les archives de la chapelle avec un luxe de détails qui témoigne bien de l'importance qu'on y attachait. L'année 1724, le recteur fit enchâsser une remarquable relique de la sainte Croix dans un reliquaire garni d'or et enrichi de perles fines. Ce précieux dépôt fut exposé le 28 octobre dans la grande nef de l'église de Sainte-Gudule. Après le salut, se forma une procession solennelle précédée d'une de ces magnifiques cavalcades si goûtées autrefois. Les membres de la Confrérie de Sainte-Anne tenant des flambeaux allumés faisaient escorte à l'insigne relique portée par le chanoine-chantre de la collégiale. La procession fit son entrée dans la chapelle au son de la grosse cloche de Sainte-Gudule. Le chantre termina la cérémonie par le chant du Te Deum, et le soir, [toutes les maisons s'illuminèrent soudain pendant que le carillon de Sainte-Gudule faisait entendre les sons joyeux de ses cloches légères.
En 1776, on enleva de la façade la belle statue de la Sainte pour la placer au-dessus du maître-autel, où on la voit encore aujourd'hui. De nombreux ornements sacerdotaux, de superbes dentelles, des vases sacrés, furent successivement donnés ou légués au sanctuaire par ses directeurs et d'autres personnes pieuses. Au moment où les membres de la Confrérie s'apprêtaient à, célébrer le 150e anniversaire de son établissement, les Français firent leur entrée à Bruxelles. Ils pénétrèrent de force dans la chapelle et firent main basse sur toute l'argenterie et les objets de valeur qu'ils y trouvèrent. Un chroniqueur dit ici avec tristesse : " Les troupes françaises ont enlevé notre beau ciboire d'argent doré, deux calices d'argent doré, la belle châsse d'argent de sainte Anne faite en 1683, et tout ce qu'elles ont trouvé de précieux, jusqu'aux ornements sacerdotaux. La châsse avait coûté 443 florins 8 sous. "
Le général Dumouriez, en quittant Bru.xelles le 23 mars 1793, ordonna, il est vrai, de rendre aux églises ce qu'on leur avait enlevé ; mais déjà toute l'argenterie de la chapelle avait été fondue et portée à la Monnaie. Les Belges avaient à peine fêté leur délivrance que les Français envahirent de nouveau leur pays. Le 14 juillet 1794, ces derniers confisquèrent tout ce que le sanctuaire avait acquis dans l'intervalle en fait d'argenterie et d'ornements précieux, et cette fois, pour plus de sûreté, ils emmenèrent comme otage M. le baron de Celles, surintendant de Sainte-Anne, qui, à peine arrivé à Paris, y mourut d'inquiétude et de frayeur.
Ia'. 25 juin 1799, la chapelle fut nii.se en vent« ; rendue au culte en 1802, fermée de nouveau en 1804, puis rouverte encore en 1814. Depuis 1874 elle sert à la congrégation de Notre-Dame de Ixiurdes comme lieu de réunion '».