‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 74 sur 294 · BELGIQUE — BRUXELLES · texte numérisé non relu

BELGIQUE — BRUXELLES

En suivant la rue de la Montagne, on arrive, après quelques minutes, à Sainte- Gudule. Là encore, dans un des vitraux de la chapelle du " Saint-Sacrement de miracle, " la Sainte apparaît et l'église elle-même possède une de ses reliques.

De Sainte-Gudule, une visite au Musée royal peut être utile si l'on veut seulement s'enquérir de la provenance des tableaux. Il va de soi en effet que les peintures qui empUssent aujourd'hui les galeries d'Europe n'ont pas été faites pour elles. Soit dit en passant, ce serait faire œuvre bonne que d'étudier ainsi Vubi premier de tant d'œuvres d'art, et il nous semble que ce serait une page intéressante pour l'histoire de la dévotion, si pareille histoire doit jamais s'écrire. A Bruxelles, le musée de peinture possède un catalogue savant, très élaboré, un vrai livre et qui nous fournira à son heure des descriptions et détails utiles. Entre autres choses, il nous apprit que le tableau de Jan Van Coninxlo intitulé la Descendance apostolique de sainte Anne, avait appartenu primitivement à une église de la ville, à l'église dite des Bogards ; que celui de Van Orley représentant les Episodes de la vie de la Vierge, provenait de l'église du Sablon ; qu'une sainte Famille avec Sainte Anne, superbe toile anonyme, provenait de même de l'église Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles, et ainsi de quelques autres moins remarquables.

C'étaient donc autant de sanctuaires où sainte Anne avait été connue et honorée. Le procès-verbal cité tout à l'heure nous en fait connaître deux autres de plus. Il est dit à propos de l'église Saint-Géry : " On nous a montré cinq calices consacrés avec patènes, dont l'un appartient à l'autel Sainte-Anne ; " à propos de la chapelle Saint-Laurent aujourd'hui détruite : " Il s'y trouve un autel Sainte- Anne '^ consacré. . .où l'on dit la messe tous les mardis en l'honneur de cette Sainte, par dévotion. " D'après le Perle-moeder dont nous parlions plus haut, il y en avait un autre encore à l'église Sainte-Elisabeth.

Avant de quitter la ville pour faire une course dans les environs, notons de plus une "maison pieuse " fondée sous l'invocation des sainte Anne en 1627 par dame Anne de T'Serclaes, près de la porte de Laeken, " pour l'entretien de huit pauvres vieilles femmes ^K" Notons aussi à l'hôtel d'Ursel un objet d'art très intéressant, c'est-à-dire, une petite sphère en bois sculpté, datant du xve siècle et mesurant un peu plus d'un pouce et demi de diamètre (0.04 m.) . Elle s'ouvre par le milieu. Chacune de ses concavités renferme un sujet en bas-relief ; l'un représente sainte Anne; l'autre saint Christophe. Inscriptions à l'intérieur : Prodiit ex Anna vas portans nobile manna ; et : Sancte Christofore, ora pro nobis. a l'extérieur : Gaude gloriosa super omnes spECiosA. VALE VALDE D (ecora). ; et : Salve radix sancta ex qva mun-

DO LUX est ORTA.

Laeken ! — Ce nom rappelle l'antique fontaine du quatorzième siècle dont Sanderus nous a déjà donné plus haut la description. Saluons-là du moins encore une fois en passant. Saluons de même la chapelle plus ancienne de Pede-Sainte- Anne dont il a été question déjà deux fois, et pour Auderghem également

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traité ailleurs, ajoutons d'après l'histoire, que son église était autrefois un pèlerinage très fréquenté'*.

Ce n'était pas le seul qu'il y eût aux environs de Bruxelles. Un autre pèlerinage très suivi, dit le baron de Reinsberg, se faisait jadis à la chapelle Sainte- Anne, entre Brusseghem et Wolverthem. "Cette chapelle, tiui existe encore, fut fondée en mémoire de ce que, suivant la tradition, la peste qui sévissait dans ces contrées, fut arrêtée en cet endroit par l'intercession de la Vierge. Au commencement du dix-septième siècle, ce petit sanctuaire était encore construit en bois, bien que, de temps immémorial, il fût fréquenté par des pèlerins qui y venaient implorer sainte Anne, pour être préservés de la fièvre. En vertu d'une autorisation accordée par l'archevêque, le 17 juillet 1640, il fut construit en pierre. La chapelle actuelle date de 1700 ; elle est en briques rouges ; les contours de la façade seuls sont peints en blanc'"."

La chajMille de Koekelberg, également sous l'invocation de sainte Anne, et dépendant autrefois de la paroisse de Berchem-Sainte-Agathe, s'est développée depuis en église succursale, sans doute à cause du concours des jjèlerins.

A Willebroeck, sainte Anne est honorée comme seconde patronne de la paroisse, avec saint Nicolas comme titulaire.

A Roo.sendael, l'ancienne abbaye avait consacTé un autel à notre Sainte, bénit en 1570 par Ghislain, évêque .suffragant de Cambrai'".

Menu détail encore. La forêt de Soigne est divisée en quatre parties apjîelées triages. L'un de ces triages est assigné i\ sainte Anne. Il y a plus ; on a même voulu baptiser le plus beau hêtre de la forêt et on l'a nommé : " le hêtre de Sainte Anne " {SùiVAnna bnek) '».

BoUelaere.

Si grande qu'ait été l'affluence des pèlerins à Auderghem et à Brusseghem, elle a toujours été incomparablement plus nombreuse à Bottelaere. Bottelaere est pour la Belgic^ue ce que Sainte-Anne de Beaupré est pour le Canada, en sens que c'est le premier et principal pèlerinage de la Sainte, le pèlerinage d'un peuple, tandis que les autres sont des pèlerinages de localités et de groupes à part.

Citons d'abord l'historien du diocèse de Malines, Van Gestel, qui écrivait en 1752 :

" Depuis environ l'année 1643, sainte Anne est honorée à Bottelaere connue une Patronne et une Mère, surtout le mardi de la Pentecôte et le jour de sa fête, ce dernier étant toujours précédé d'une neuvaine. Aujourd'hui on voit dans ce village une l)elle et spacieuse église érigée en l'honneui- de cette sainte avec le produit des aumônes et offrandes des pèlerins qui continuent de s'y rendre chaque année en grand nombre, attirés par la renommée de miracles "sans cesse renouvelés*"."

Les BoUandistes reproduisent une déclaration écrite en 1727 par le clergé de cette localité et constatant de fait que, " devant l'image (la statue) de la Sainte, les démons sont chassés, les malades guéris, les femmes exaucées dans

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leurs plus légitimes désirs. La Sainte protège ceux qui l'appellent à leur aide dans les dangers ; rend aux insensés l'usage de lai raison, et accorde en un mot des faveurs de toutes sortes ; c'est là ce qu'attestent non seulement l'expérience de tous les jours, mais encore des centaines de peintures, d'images, d'ex-voto, de témoignages signés par des prêtres et des médecins. Un fait digne de remarque, c'est que, malgré sa vétusté, la sainte image est e.xempte de toute trace de corruption ; de plus, en passant dessus un linge blanc, on peut s'assurer qu'elle n'est jamais souillée par la poussière que soulèvent nécessairement les pas de la multitude des fidèles et le nettoyage de l'église. La dévotion du peuple est excitée par la présence des reliques de la Sainte et le concours des fidèles est tel, qu'on a vu parfois jusqu'à quatre mille personnes y recevoir la sainte communion en un même jour-'. "

Un 28 juillet d'environ trente ans passés, l'intérieur de l'église gardait encore, avec un parfum de fleurs et d'encens, toutes les décorations de la fête célébrée l'avant-veille. L'image qu'on disait déjà si vieille en 1727 paraissait au contraire très fraîche et très belle. Nos prières finies à l'intérieur, il restait à les continuer au dehors. Au-dehor? en effet, disséminés ça et là dans les champs, sept petits édicules très gracieux attirent l'attention du pèlerin. Chacun d'eux renferme, derrière un grillage, im bas-relief représentant l'une des scènes de la vie de sainte Anne. Nous avons admiré surtout la Présentation de la sainte Vierge au Temple, et la Mort de sainte Anne. Dans le pays, on appelle ces stations les Sept Salutations de sainte Anne, et les pèlerins ne manquent jamais de venir y faire leurs dévotions, soit en groupes, soit isolément. Tous les jours, nous dit le curé, on en voit s'y arrêter.

De Bottelaere, il convenait d'emporter un .souvenir, et l'on devine lequel. Malheureusement, Monsieur le Curé fut au regi'et de ne pouvoir nous contenter : " Je ne connais ici, dit-il, qu'une personne qui possède une photographie de Téglise, et c'est Madame la Douairière. "

Faire une visite à ISIadame la Douairière nous semblait bien un peu hazardeux, mais nous comptions sans notre vénérable compagnon de voyage, le R. Père Portmans, alors Prieur de Gand, et plus tard, Provincial de nos Pères de Belgique.

Madame la Douairière nous fit le meilleur accueil du monde. Elle avait eu effet l'église en double, intérieur, et extérieur, et avec une grâce parfaite : " Prenez, dit-elle, je suis trop heureuse de faire quelque cho«e pour sainte Anne et pour le livre que vous lui destinez ! "

Si jamais ces humbles pages traversent la mer et qu'elles se rendent jusqu'à Bottelaere, qu'elles disent entre leurs lignes ce que leurs lignes ne peuvent ni contenir ni exprimer : mieux donc qu'un simple merci qui peut se dire et s'écrire.

Gand.

Faudrait-il mentionner encore une fois l'ancienne, très ancienne confrérie de Gand, si vénérable aujourd'hui avec ses neuf cents ans d'existence ? Au moins

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vivait-elle encore en 1860, ainsi qu'en témoigne un opuscule du temps. Elle avait son siège à Saint-Nicolas et il reste de son passé d'éloquents souvenirs : notamment un buste reliquaire de sainte Anne qu'on dit aussi ancien que la confrérie même, et un panneau déjà décrit ailleurs, portant les noms des confrères les plus illustres d'autrefois.

Nous n'avons pas dû non plus oublier une autre corporation indépendante de cette première, et qui s'appelait — n'en déplaise à la belle littérature — la corporation des tourneurs de bois. Un acte de 1521 témoigne en effet du choix qu'ils avaient fait de leur patronne^.

Mais il y a iftieux, et Gand possède aujourd'hui une superbe église dédiée à notre Sainte. Il a dû en exister une autre beaucoup plus ancienne, ou du moins une chapelle, sinon dans le même endroit, du moins quelque part dans la ville. Un texte nous dit en effet, que, " en 1644, la chapelle de Sainte- Anne fut construite sur l'emplacement d'une ancienne"." Par rapport à 1644, cette ancienne pouvait dater d'un siècle ou même plus. Rien ici n'a pu nous donner de renseignements précis, pas même l'historien des Antiquités belges, Gramaye, qui avoue ne rien savoir sur ce point ^.

La pose de la première pierre de l'église nouvelle eut lieu le 1er septembre 1853. A cette occasion, une plaque de cuivre portant une longue inscription commémorative en flamand fut enfermée dans une boîte de plomb et enfouie sous le sol. Il nous suffira d'y apprendre que le gouvernement, la province de la Flandre orientale, les magistrats de la ville et plusieurs particuliers avaient largement contribué à cette construction; que l'architecte était Louis Roelandt, le roi régnant Léopold 1er, l'évêque consécrateur Mgr Louis-Joseph Delebecque, le curé de la paroisse Messire Victor Aubin ; qu'à la cérémonie assistèrent le roi, le prince héritier, sa majesté royale Philippe, comte de Flandre et sa majesté royale la princesse Caroline, les autorités civiles et militaires, etc.

Rares sont les édifices où la polychromie intérieure produise aussi bon effet que dans cette église, assurément l'une des plus remarquables de la Belgique.

Bruges.

Bruges avait autrefois un couvent de Sainte-Anne occupé par des Chartreusines et nous n'ajoutons qu'un mot à ce qu'il en a été dit ailleurs. Depuis sa fondation en 134.S, les fidèles venaient y vénérer une relique et une image de la Sainte, illustrées par de nombreux miracles. Sanderus, pourtant si sobre de détails en général, signale le fait que, l'an 1569, une des religieuses, nommée Marie- Aurélie, fut guérie d'une paralysie après avoir vénéré cette image". "

Nous avons également fait connaissance avec les deux corporations des cordiers et des bezemmakers (faiseurs de balais), lesquelles se réunissaient pour leurs offices dans la chapelle Sainte-Anne de l'église Saint-Sauveur, et c'est à l'une d'elles que nous devons le magnificjue rétable dont nous avons donné plus haut la description. Une chapelle de même vocable se voit encore

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