BELGIQUE — BRUGES ET TOURNAI
à Notre-Dame, derrière l'autel du Saint-Sacrement. Vers l'an 1770, on l'orna d'un autel de marbre construit dans le goût de l'époque.
L'église Sainte-Anne, de style Renaissance, et signalée au voyageur pour ses tableaux de Van Oost le Vieux et de Deyster, fut fondée en 1497 et reconstruite au commencement du dix-septième siècle, comme nous le voyons par le registre qui va suivre. En 1628, Denis Christofori, évêque de Bruges, adressait au pape Urbain VIII un rapport sur l'état de son diocèse, dont un passage nous intéresse et que voici :
" L'église paroissiale de Sainte- Anne dépend par droit de patronage de la cathédrale de Bruges. Les dimanches et jours de fête, on chante tierce et les autres heures avec la messe, pendant laquelle l'orgue se joue. A part le curé, il n'y a qu'un prêtre, plus un gardien et deux enfants de chœur. L'église reconstruite sur d'anciens fondements est toute neuve ainsi que le campanile. Les ornements laissent à désirer, mais les vases sacrés sont tout à fait convenables. Les maîtres de fabrique et ceux de la table des pauvres accomplissent très soigneusement leur devoir, et rendent compte de leur administration à l'archiprêtre et au curé. — Les communiants sont au nombre de deux mille environ ". "
Cette table des pauvres n'était pas une institution particulière à Bruges, ni à l'église Sainte-Anne ; elle existait dans beaucoup d'autres localités et paroisses, et on en trouve déjà au treizième siècle. Celle qui nous occupe à cette heure a laissé des souvenirs dans l'histoire. On sait par exemple, qu'elle avait un revenu moyen, déduction faite de toutes charges, de 3,850 florins (6,984 francs) avec lesquels elle trouvait moyen de secourir quatre ou cinq cents personnes. Elle a aussi laissé des souvenirs d'un autre genre, c'est-à-dire des méreaux de bienfaisance très intéressants. A part ceux que l'auteur a publiés en gravures autrefois, en voici un autre de l'église Notre-Dame. On y voit, dans un encadrement, la tête du Sauveur, de face, à longue chevelure, ayant trois globules de chaque côté. Au revers se trouve le monogramme de de sainte Anne en lettres gothiques entrelacées, avec les mêmes globules. Nouvel indice que la dévotion qui nous occupe n'était pas circonscrite aux églises de la Sainte, et que si la foule des fidèles se portait là de préférence ^, d'autres sanctuaires très nombreux tenaient la même chère Sainte en particulière vénération.
"Ses églises," avons-nous dit. Et en efïet, si Gramaye ne nous trompe pas, il y aurait eu dans le faubourg Muda, comme il l'appelle, un second sanctuaire *' très connu autrefois des dévots pèlerins de la bienheureuse Mère de Marie ^."
Tournai et Tournais is.
Jean Cousin nous a dit comment, dès 1391, la fête de sainte Anne se célébrait à Tournai avec " chant, luminaire et sonnage, " tout comme l'Assomption de la très sainte Vierge. L'ancien bréviaire de cette Église célèbre en termes enthousiastes l'auguste aïeule du Sauveur :
182 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)
" Elle est digne de toute louange ; elle est l'arbre de vie, dont un rameau a fleuri la Divinité ; la Terre-Sainte qui a germé le buisson ardent, incombustible ; le ciel sublime d'où surgit, lumineuse, l'Etoile de la mer ; elle a<st la stérilité féconde engendrant la simplicité immaculée, Marie visitée dans le temple par les anges, et élevée par eux comme une colombe domestique, la "Vierge dont Salomon a dit : " Lève-toi, viens bien vite, ô mon amie. " La bienheureuse Anne a fait briller sur le monde Celle qui fut le temple du Seigneur, le sanctuaire du Saint-Esprit. C'est justice que la Mère de la Mère de Dieu soit appelée Anna, c'est-à-dire gracieuse, puisqu'elle a donné naissance à une fille si gracieuse et si pleine de grâce. Anna a créé cette terre nouvelle d'où la vérité est sortie. Elle a fabriqué cette clef de David par laquelle la porte du Paradis nous est ouverte*."
S'il n'y a pas eu à Tournai, que nous sachions, de sanctuaire proprement dédié à sainte Anne, presque toutes les églises possédaient des autels sous son nom ou des images pieuses. Notre-Dame avait un de ces autels dès le xiii^ siècle. Un cartulaire de Saint-Brice nous fait connaître qu'à la fin du même siècle, il existait dans cette église une cha{)ellenie de Sainte-Anne^' ; un autre autel se voyait à Saint-Nicolas, et les mémoires signalent parmi les " images peintes " de la grande nef, celle de Madame saincte Anne^ (1479) ; à la chapelle Notre-Dame de la Merci, le rétable était orné d'un tableau figurant sainte Anne et saint Joachim " ; à Saint-Piat. c'était une statue en bois, antérieure à l'an 1420 ** ; de même à Saint-Jacques, l'aut-el de la Sainte datait au moins du xv® siècle».
Un inventaire du trésor de Notre-Dame pour l'année 1661 nous offre encore, " dans le bas de la*seconde armoire, " comme dit le texte, *" une image d'argent de sainte Anne, don du seigneur Jean Houart, grand-vicaire, ornée d'une chaînette d'or suspendant une croix du poids de deux onces trois estrelins et un peu plus, également en or, donnée par demoiselle Anne du Chamge. " De plus, " six petits candélabres d'argent, avec une croix d'ébène enchassé-e d'argent, appartenant à la chapelle Sainte- Aime *."
En 1842, Lemaistre d'Anstaing, auteur d'une monographie de la même église, parlait avec admiration d'une ancienne verrière représentant sainte Anne à côté de la Vierge et de l'enfant Jésus adorés par des anges. " Cette peinture, bien con.servée et entière, disait-il, c.-t d'une parfaite exécution, et d'une vivacité de couleurs qui se fait remarquer d'en bas. Date, 1581*^.
Aujourd'hui encore, le culte de la Sainte a conservé à Tournai et aux environs quelque chose de son ancienne popularité. Parmi les vitraux récents de Saint- Jacques, on remarque celui de sainte Anne et de saint Joachim, symbolisant le mariage chrétien.
An faubourg de Mairp. à Froyc-nnes, la diica.'^ae ou kermesse Sainte-.\nne se renouvelle chaque année, au dernier dimanche de juillet et jours suivants. Ces jours-là, il y a chônmge; les ouvriers désertent le^s ateliers et il est impossible de les y retenir pour (juelque raison que ce soit.
A quinze kilomètres de Tournai, Hejc}uepnies célèbre avec plus de solennité