‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 89 sur 294 · HOLLANDE · texte numérisé non relu

HOLLANDE

déconvenue, une grande envie de savoir davantage nous entraîna vers lui. Il fut en somme très aimable malgré des alternatives de confiance et de méfiance. Il nous dit que la grande tour de son église était en effet du xiv^ siècle ; que l'ancienne église avait été détruite, sauf la tour, pendant l'invasion espagnole, au dix-septième siècle ; que la nouvelle datait de 1650 environ, et qu'elle appartenait alors depuis plus de cinquante ans à la Réforme ; que la partie catholique de la population allait entendre la messe à Sluis et que cette résurrection du catholicisme était relativement récente, Saint-Anna étant toute protestante au commencement du siècle, etc. Un livre dont il nous traduisit quelques passages se trouva confirmer tous ses dires (H.Q. Janssen, Sint-Anna Ter-Muiden, in-8 Middelburg, 1850), et il eut l'obUgeance, quand nous allions prendre congé, de nous prêter une photographie de son église, à condition qu'elle lui revînt, dès qu'elle aurait été copiée, ce qui fut fait dans les vingtquatre heures. — Et merci à l'aimable pasteur, comme à la Bonne Sainte qui lui avait inspiré une telle complaisance. A l'église catholique de Sluse elle a son autel, et une belle plaque commémorative y rappelle un de ses miracles. Un jour peut-être reviendra-t-elle à la vieille tour qui garde son nom et l'appelle toujours.

La poésie nous invite encore et nous voudrions que ce fût l'hymne Uturgique proprement dite, étant donné que la Hollande, Utrecht par exemple, faisait déjà la fête de sainte Anne dès le xiv« siècle. Malheureusement, le poète, pour l'instant, est l'écrivain né sceptique et frondeur qui tournera plus tard en ridicule les moines, les prêtres, les papes, les théologiens scolastiques ; se moquera du culte des images, des reliques des saints, des pèlerinages; traitera de sots et de superstitieux les marins qui font des vœux à la sainte Vierge ou à d'autres saints pour éviter les naufrages. On a reconnu Erasme, et peut-être quelquesuns de nos lecteurs ignoraient-ils que Erasme, en effet, a écrit en l'honneur de sainte Anne tout un poème de quatre-vingt-quatorze vers, et un poème religieux comme le sujet même. Il a pour titre : Ryihmus iambicus in latidem Annœ aviœ Jesu Christi, et se trouve au cinquième volume des Opéra omnia publiés à Leyde en 1704. Ecoutons-en le début :

Salve, parens sanctissima Sacre beata conjuge, Sacratiore filia, Nepote sacratissimo.

C'est noble et pieux ce " salut à la femme très sainte qui eut pour époux un saint comme elle, pour fille l'Immaculée, pour petit-fils le Dieu de toute sainteté. " Et le poète, toujours grave à nous étonner, raconte, sans une ombre de scepticisme, toute la légende de la Sainte, comme l'ont fait les hagiographes de profession. Il croit à tout, à la longue stérilité, aux larmes et aux prières des deux saints époux, aux paroles repoussantes du grand-prêtre, à l'apparition de l'ange, à la rencontre sous la Porte dorée. Bien plus, il finit par une prière, et si simple, si vraie, qu'il faut l'entendre ;

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" 0 Mère, trois fois, et quatre fois, et cent fois heureuse ! Puisque tu le peux, viens en aide, nous t'en prions, à ceux qui te vouent leur culte filial. Ton patronage nous permet toujours d'espérer, quelque chose que nous demandions, parce que tu n'as qu'à vouloir pour que la Vierge, ta Fille, veuille aussi ; parce que, à son tour, le petit Jésus ne saurait rien refuser à sa Mère qui le prie ; parce que, enfin, le Père aime son Fils, et qu'un père aimant son fils ne peut non plus rien lui refuser ".

Il reste quelques autres vestiges de l'ancien culte. Et par exemple, c'est à Deventer en 1478, qu'arriva ce prodige dont nous parlions ailleurs (Angleterre). Un " tableau cloant " renfermant l'image de sainte Anne, s'ou\Tit soudain au moment où le roi Edouard IV, depuis quelques temps exilé en Hollande, avait pris le parti de regagner son pays. Où est-il maintenant ce "tablet" merveilleux ?

Quant aux notes qui vont immédiatement sui\Te, nous les devons à un vieil ouvrage intitulé Batavia Sacra et signé de douze initiales : T. S. F. H. L. H. S. T. L. P. V. T., alphabet qui nous reste inexplicable, mais peu importe puisque nous avons des faits.

Ainsi à Delft, sainte Anne était la patronne d'un monastère de femmes et d'une confrérie. De plus elle avait une chapelle dans l'église Saint-Hippolyte.

Elle en avait une autre à Gouda dans l'église Saint-Jean-Baptiste, et de même à La Haye dans l'église Saint-Jacques.

A Leyde, un hospice pour les veuves et les filles pauvres lui avait été dédié en 1507 par Wilhelm Brouwer et sa femme Sophie de Wilhelm.

A la cathédrale de Harlem, Nicolas de Hontem, consul, de concert avec sa femme Aleyde, avait érigé un autel pour la confrérie de sainte Anne, et cette confrérie était tenue de faire dire une messe le mardi de chaque semaine en l'honneur de sa patronne. On sait que dans la vieille Europe, le mardi était consacré à la Sainte. C'est l'Allemagne, pense-t-on, qui a la première étabU cet usage.

On retrouve cette messe septimanale à l'église de Northgo (ou Noertich, comme on dit aujourd'hui), et nous voyons que, en 1570, on la chantait solennellement. Même observance à Saint-Mathias de Warmond^

A ces renseignements fournis par le pieux in-folio, nous ajoutons pour finir — finir trop tôt à notre gré — une confrérie du xv* siècle à Gouda», un couvent de Franciscains à Harlem, avant la Réforme ; la Sint-Annenlant en Zélande ; une Saint-Anna Parochie dans la Frise occidentale, et une autre, au-dessus de Grocningen^ : un petit livre de dévotion publié par un auteur anonyme d'Amsterdam autour de 1720.*

Danemark (et Sleswio)

La renaissance catholique en Danemark date de l'année 1848, où Frédéric VII proclama définitivement pour tout son peuple la lil>erté religieuse. A ce moment le nombre des catholiques à Copenhague était de 550 âmes. L'extermination du catholicisme avait été telle et les lois si draconiennes que pas une tle,

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