‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 90 sur 294 · DANEMAKK, SUÈDE ET NORVÈGE · texte numérisé non relu

DANEMAKK, SUÈDE ET NORVÈGE

pas un village, pas une seule famille danoise n'avait gardé la foi des aïeux.

Le Danemark compte aujourd'hui après 72 ans, 12.000 catholiques répartis en 24 paroisses, parfaitement organisées, dont cinq à Copenhague : Saint-Anschaire, Notre-Dame du Rosaire, le Saint-Sacrement, Sainte-Anne et Saint- André.

La belle place Sainte-Anne, bordée de grands palais et ornée de statues, rappelle aussi, comme l'église de ce nom, le souvenir de l'ancienne dévotion danoise. Un concile tenu à Copenhague en 1425 rendait en effet ce décret significatif : " Nous statuons que la fête de sainte Anne, mère de la bienheureuse Marie, Mère de Dieu, soit à l'avenir célébrée chaque année, dans toute notre province, le lendemain de la conception de la Vierge, et qu'il y ait ce jour-là vacance de travail pour le peuple ^ "

De cette ancienne liturgie il est resté quelques hymnes dans les bréviaires de Sleswig, de Roskilde et d'Aarhus ; une séquence de belle inspiration, des oflSces rimes dont l'un offre cet invitatoire :

Adsunt Annae grata sollemnia, Laude dulcisona plaudat Ecclesia.

Suède et Norvège.

Les réformateurs du xvi^ siècle, ainsi que nous avons pu le constater déjà, n'ont pas réussi à détruire tous les monuments de l'ancieime piété catholique. Ici et là, de vieux manuscrits, de vieux incunables ont échappé à leurs perquisitions, ou bien ils les auront jugés inoffensifs. C'est ainsi que pour la Suède et la Norvège, des hymnes, séquences, offices rimes y attestent l'existence d'une fête en l'honneur de notre Sainte aux xiv^ et xv^ siècles. A Skara, Upsal, Lincopen, Vadstena, Strengnaès, Lund, la fête revêt un caractère de solennité, comme l'indique l'emploi de la séquence à la messe. A Trondhiem, c'est tout un office rimé, invitatoire, antiennes, répons, qui célèbre la Sainte :

Florens sanctimonia Anna plorat et implorât

Jam gravis setate ; Dona Sancti Spiritus ;

Plena magna gratia Cœlum rorat et irrorat

Audet caritate. Gratiam divinitus . . .

Dans un hôpital dit " de Sainte-Brigitte, " la même fête aurait eu lieu dès le xive siècle, ainsi qu'en témoigne un codex du Vatican cité par le Père Dreves. Notons au moins cette douce prière :

Dele nostras O Maria,

Anna, miserias ; Dulce refugium,

Deus in te Confer Annae,

Monstrat eximias Per patrocinium,

Virtutes potentiae Nos sanctorum gaudiis

Dotesque clementiae. Perfrui perpetuis.

204 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

Un passage des Révélations de sainte Brigitte nous est déjà connu (A/ .-A. 627). On dit que " cette illustre princesse étant à Jérusalem en 1378, entrait souvent dans la demeure d'Anne et de Joachim. Elle connaissait la mère de Marie ; elle avait reçu de ses reliques à Saint-Paul-hors-les-Murs, et durant une extase, s'était entretenue avec elle^. " On ne peut douter que dans son pays et les nombreux monastères qu'elle y fonda, elle ait recommandé de parole et d'exemple une dévotion qui lui était chère.

Dernier détail : A Aure, en Norvège, dans l'ancienne église dédiée à Marie, on voyait un autel de bois qui, malheureusement, a été brûlé. Sur le bas-relief central apparaissaient la Vierge et sainte Anne. On le considérait comme d'une extrême antiquité.

Russie.

La revue Allemande Der Katholik annonçait en 1903 qu'un Livonien germanophile, mu par une pieuse et patriotique pensée, avait pris à tâche de recueillir scientifiquement les détails relatifs au culte des saints dans l'ancienne Livonie, l'Esthonie, la Courlande. Ses notes couvraient une douzaine de pages dont deux se rapportaient à notre Sainte. — Nous savons par ailleurs que l'évêque Magnus Olaï, d'Abo, en Finlande, dans la première moitié du xv^ siècle, s'occupa avec zèle de la splendeur du culte cathoUque ; édifia à la cathédrale la chapelle du Saint-Sacrement, et fonda les confréries de Sainte- Anne et des Trois-Rois».

La Russie du reste a subi de bonne heure l'influence byzantine, surtout en art, et si rien n'était plus cher à la peinture orientale que la Légende de la Vierge, et particulièrement celle de son enfance, on n'est pas surpris de rencontrer cette même légende traitée à la façon byzantine à Saint-Sophie de lûew, à Saint- Georges de Ladoga, à Stoudenitsa, à Nereditsi près de Novgorod.

Aux anciennes confréries signalées ailleurs s'ajout€ un grand ordre de chevalerie, " l'Ordre de Sainte- Anne. "

Fondé à Kiel, en Prusse, en 1735, par Charles-Frédéric, duc de Holstein- Gottorp, il fut introduit en Russie par son fils, Paul III, vers 1762. ^Quand Paul I monta sur le trône en 1796, il fit reconnaître cette fondation de son grand-père, comme institution nationale, divisa l'ordre en trois classes, accessibles aux indigènes et aux étrangers, et décréta que les chevaliers de Saint- André porteraient aussi la décoration de Sainte- Amie.

L'ordre conserva cette organisation jusqu'en 1815. A cette époque, l'empereur Alexandre y ajouta une quatrième classe réservée aux militaires, et dont les membres portent la décoration émaillée sur la garde de leur épée. Pour entrer dans la première classe, il faut avoir le rang de général-major.

La fête de l'ordre est célébrée le 3 (14) février. La décoration consiste en une croix pattée dont l'écusson porte le chiffre de sainte Anne et la plaque, la devi.se Amantibus jrietatem justiliam etfidem. Atu amis de la crainte de Dieu, de la jtistice et de la fidélité. Les chevaliers de la première classe la susiwndcnt à un large ruban clair avec deux minces lisérés jaunes, passé en écharpe de

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