‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 93 sur 294 · AUTRICHE, TYROL · texte numérisé non relu

AUTRICHE, TYROL

groupes, soit en grandes caravanes, offrir leurs prières à la sainte Vierge, mais qui s'arrêtent tous en passant au village d'Annaberg, et la plupart, toute la nuit, pour rendre leurs hommages à la mère de Marie.

L'église et le presbytère attenant sont précisément à l'entrée du village. On les voit de très loin, et leur masse imposante produit un excellent effet. Le village est situé sur une hauteur d'environ trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer. L'église est grande et d'une belle architecture. On y reconnaît deux époques différentes. Le sanctuaire est beaucoup plus ancien que la nef, et formait autrefois toute la chapelle. Sur l'autel on remarque un groupe en bois de la Vierge et de sainte Anne tenant entre elles l'Enfant-Jésus.

Nous ne savons rien de la chapelle Sainte-Anne qu'on nous indique entre Ingelsberg et le Rastetzen, mais celle de la cathédrale de Salzbourg appartient à l'histoire, et la Gerniania Sacra en fait mention. En 1417, Eberhard III, archevêque de cette ville, la dota d'un nouvel autel avec tabernacle et d'une lampe à perpétuité. Plus tard, en 1591, Jean Lampl, seigneur de la cour, la fit renouveler, et après l'incendie qui suivit de près, l'archevêque alors régnant reprit le travail en faisant de grandes dépenses pour l'ornementation ''.

Un autre sanctuaire très cher aux fidèles est celui de Wiesmath, au diocèse de Vienne. La chapelle est située sur une montagne qui a pris le nom de la Sainte. On s'y rend en pèlerinage de tous les environs et de fort loin. C'est une chapelle isolée, dépendante de la commune et de la paroisse de Wiesmath qui l'a rachetée en 1803 pour la rendre au culte, car elle avait été sécularisée en 1782. Elle date de 1509, est très jolie en son style gothique et " mériterait, dit un auteur, d'être restaurée. "

Le Tyrol, au xv» siècle, faisait de la Sainte-Anne une fête solennelle, si tel est le sens de tua célébrant solemnia d'un office rimé que nous possédons. On ne peut douter en tout cas de sa dévotion envers la Sainte à lire cet office d'un bréviaire de Gries, et surtout la séquence Luce lucens in œterna d'un missel de Brixen. {Infra, n0 62). Autrefois nous avons cru que la poésie liturgique pouvait se traduire et nous risquons cet essai de 25 ans passé, la. Astre qui brilles dans l'éternelle aurore, lampe toujours ardente, nous apportant la lumière ; Ib. Bienheureuse Anne, du lac ténébreux où nous voguons, fais-nous monter

jusqu'aux foyers lumineux.

2a. Lumière du monde, tu as produit un astre nouveau, incomparable, plus brillant que le soleil.

2b. Car c'est de toi qu'a rayonné cette étoile des mers, dont l'éclat illumine les

océans immenses.

3a. Née de race royale, ta naissance le cède à un privilège plus spécial et plus

doux encore, 3b. Puisque tu es la Mère d'une enfant telle que l'humanité n'en a jamais produit de comparable.

208 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

4a. Tu es l'ouvroir céleste où la Trinité divine s'est tissé un vêtement d'humanité : 4b Fait men-eilleux qui trouve sa preuve dans la chair du Christ, cette chair

qu'il garde encore au milieu de ses fêtes du ciel. 5a. Ta chair et ton sang, c'est cette chair et ce sang du Christ, descendu de toi

en ligne droite par l'intermédiaire de Marie. 5b. Et cette virginale enfant fut le sceau de ton alliance avec Dieu, comme le

gage de ta noblesse sans égale.

6a. Tu es la fin de toute tristesse, la source de toute joie, toi dont le sein béni

de Dieu 6b . Nous donne l'enfant de grâce, Mère du soleil de justice, victorieuse de tout mal. 7a. Et ta puissance est sans borne, depuis que la suprême majesté du ciel t'a

glorifiée d'une telle maternité.

7b. Donne donc la paix à ceux que tourmente une pui.ssance ennemie, et des

richesses abondantes aux victimes de la pauvreté. 8a. Nous t'en prions, o Mère si bonne, comble des biens de la grâce tes pauvres

de la vie présente, 8b . Afin que, riches de tes bienfaits, après les combats de la terre, nous partagions

les trônes des élus triomphants.

A In.spruck, en 1607, l'archiduchesse Anne-Catherine de Gonzague, fille de Guillaume III, duc de Mantoue et femme de Ferdinand d'Autriche, fondait un monastère de Sainte- Anne pour les religieuses tertiaires de l'Ordre des Servites, et pour mieux marcjuer sa dévotion envers sa patronne, elle ordonnait à toutes les tertiaires de porter le nom (.VAnne avec celui d'une autre sainte». Dans la même ville, sur la rue Marie-Thérèse, on voit un monument appelé la "Colonne de Sainte- Anne ", élevé en 1706, en recomiaissance d'une victoire remportée sur l'ennemi. L'inscription porte :

Of hostes tam Bavar(or)um quam Galtum, A. MDCCiii Tyrohm invadentcs. rcpuLsos.

En Autriche comme en Angleterre, en Belgique, en France, en Italie, sainte Anne a son église dans la capitale, un beau sanctuaire des.'^ervi par les Pères Jésuites et fréquenté surtout par la colonie française de Vienne. Ailleui-s, elle a des autels : ainsi à Untz avant 1652 ( Polius ) ; ailleurs encore des villages ou communes portent son nom : ainsi Sainte-Anne sur l'Aigen, oij naquit notre cardinal Fruhwirth.

L'ancien royaume de Hongrie était consacré à la sainte Vierge : Marianum hoc regnum, comme di.'^cnt les historiens ecclésiasticiues, et ils vantent en même temps sa dévotion d'autrefois à l'égard de .sa sainte Mère. Au témoignage des Hollandistes, elle y était déjà très ancienne (luaiul le Père Scaboith, jésuite, se propo.sait en 1707 de publier un manuel i\ ce sujet. La seule jolie chapelle construite en hors-d'œuvre sur Vég\i>^ Saint-Martin de Prc^iourg pourrait servir de témoignage. Le plus beau style ogival du quatorzième siècle en fait un monument digne à la fois de notre Sainte et de la ville qui l'honore.

Page 1