‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 16 sur 46 · C. — CONDITION DE LA FEMME · texte numérisé non relu

C. — CONDITION DE LA FEMME

La femme mariée sous le régime patriarcal, c'est-à-dire au fond sous le régime de l'achat, était, nous l'avons indiqué, dans une situation qui en principe tenait du servage, en dépit des correctifs que la pratique apportait à la théorie. Elle ne faisait pas réellement partie de la parenté de son mari.

Elle aurait pu sortir de cette situation inférieure si, comme c'était le cas chez les Romains, elle avait été introduite par un acte d'adoption dans le groupe religieux du mari. Mais il ne paraît pas que chez les Sémites elle l'ait été, même à un rang subalterne.

M. Schwally invoque, j)our soutenir la thèse contraire, le terme de neqthàh (de nàqab, percer), oîi il y trouve l'indice que l'on perçait à l'origine l'oreille de la femme comme

(1) Ainsi Jons refuse de livrer son fils Gcdéon-Jérubbaal (.luges 6, 30-32). Jacob fait cause commune avec ses fils Siméon et Lévi, bien (juil blâme leur conduite (Gen. S'i, 30. 31; 35, 5). Cf. Ghi'.m-ise.n, (^e/- Aliiu-nh., p. 2-J(>.

(2) Gen, 38, 2'i ; Deut. 21, 18-21.

(3) Ex. 21, 7; Néh. 5,5. 8; cf. 2 Rois 'i, 1 ; Job 24, 9. Sur l'étendue de la puissance paternelle en Israël, comp. L.-G. Lkvy, la Famille, p. 235-239.

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celle de l'esclave, pour rintrodiiire dans le culte de son mari (1). Seulement ueqêbàh ne signifie pas « femme mariée » mais « femelle » : il faut donc s'en tenir à l'étymologie traditionnelle. Le même savant allègue que, dans la langue de la mischna, qiddou.siin (proprement consécration) signifie « fiançailles » , qiddes 'issàh « prendre une femme pour fiancée » , etc. (2). Mais le sens de ces expressions semljle être plutôt, comme le dit le Talmud, que, en prenant une femme pour fiancée, l'homme « la rend interdite à tout autre homme comme une propriété sacrée » (3).

11 n'y avait pas chez les Israélites de rites religieux dans les cérémonies du mariage (4),

La femme étrangère avait le droit de continuer à adorer ses dieux ; c'était même là ce qui faisait le grand danger de ces mariages mixtes aux yeux des zélateurs de Yahvéh ; la faute de Salomon, selon eux, n'est pas tant d'avoir élevé des sanctuaires aux dieux de ses femmes que de s'être mis dans le cas d'avoir à faire cette offense au Dieu d'Israël et de s'être laissé entraîner à sacrifier lui-même à ces divinités étrangères (51. On fait un mérite à Ruth la Moabite, veuve d'un Israélite, d'avoir dit à sa belle-mère : « Ton peuple sera mon peuple; ton Dieu sera mon Dieu. » (6)

La femme, en effet, chez les Israélites comme chez les Arabes, ne cessait pas, par le fait de son mariage, d'appartenir à son peuple, à sa parenté, à sa famille. Une veuve qui n'a pas d'enfant, une épouse répudiée retournent en général à la maison de leur père. C'est à son père et à sa mère qu'a recours une jeune femme calomniée par son mari (7).

Si l'épouse était ainsi et restait une étrangère tant qu'elle

(1) ZatW, 1891, p. 181-183: Das Leben, p. 39.

(2) Das Leben, p. 194.

(3) qidd., 1\

(4) L.-G. Lévy, la Famille, p. 158 suiv. Chez les Arabes cependant, d'après M. Wellhausen, le mariage a dû, déjà avant l'islam, recevoir une consécration religieuse: m du moins Mohammed ne parait pas l'introduire comme quelque chose de nouveau, mais la supposer » {Die Elte, p. 443).

(5) 1 Rois 11, 1-13.

(6) Ruthl, 16; cf. 1, 13; 2, 12.

(7) Jug. 19, 2-9; Ruth 1, 8. 15 ; Gen. 38, 11 ; Lev. 22, 13; Deut. 22, 13-21. — RoBERTSON Smith, kinship, p. 61. 62. 101-103. 267. 268; Wellhausen, Die Ehe, p. 449. 450.

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n'avait pas de fils, elle acquérait, au contraire, une dignité d'un caractère sacré en devenant mère (1). Pour ne citer qu'un trait, qui marque bien la différence des deux conditions, Bath Sclièba, lorsqu'elle se présente chez David, son mari, s'incline et se prosterne devant lui; lorsqu'elle vient chez Salomon son fils, celui-ci se lève pour aller à sa rencontre, se prosterne devant elle, puis la fait asseoir à sa droite (2). Ce changement profond dans la situation faite à la femme au sein de la famille ne s'explique pleinement que si l'on fait intervenir l'influence de la religion ancestrale.

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