E. - IMPORTANCE ATTACHEE A LA POSSESSION D'UN FILS. — ADOPTION
L'Israélite attachait à la possession d'une postérité masculine une importance capitale.
Cela tenait en partie à ce que la considération à laquelle peut prétendre un nomade dans sa tribu et vis-à-vis des
(l)Cf. J. JACORS,Juriior-n'o/it 171 Gcnesis, The archaeological Rei^iew, iiiars-aoùl 1888, p. 331. 342. C'est en vertu de cette coutume, rég'nante en Thuringe, que le père de Lutlier, bien qu'étant l'aine de sa famille, avait dû aller gagner sa vie aux mines deMansfeld (Fklix Kuhn, Vie de Luther, Paris, 1883, I, p. 20. j — Nous ne croyons pas, pour notre part, que le cadet ait eu un droit semblable chez les Israélites. Si c'est lui qui est le préféré dans les traditions patriarcales, c'est parce que le goût de l'imagination populaire pour l'inattendu, le merveilleux et la tendance religieuse à accentuer l'intervention divine trouvaient également leur compte à l'exaltation de celui qui était sans droit. C'est pour des raisons analogues que beaucoup de héros israélites sont fils d'une femme longtemps stérile ou qu'ils sont issus de la moindre des familles de leur tribu (Gédéon, Saul, David).
(2) B. Stade. GVP, I. p. 392; F. Buhl, </('<; socialen Verhàltnisse, p. 53. — Cf. au contraire Oort, Le rote de la religion dans la formation des Etats, RHR, 3, p. 102.
64 LE CULTE DES ANCÊTRES DANS LA lAMILLE PATRL\RCALE
étrangers se mesure au nombre d'hommes armés qu'il est en mesure de mettre en ligne pour défendre ses biens ou enlever ceux des tribus voisines, pour exercer la vendetta, protéger les fugitifs qui ont cherché asile auprès de lui, et assurer aux troupeaux de la famille les meilleurs pâturages et la première place à rabreuvoir'(l). Aussi l'Israélite désiraitil avoir beaucoup de fds. Quand Rébecca quitte ses proches, ceux-ci lui adressent ce souhait : « Puisses-tu devenir des milliers de milliers et ta postérité posséder la porte de ses ennemis ! » (2) « Comme les flèches dans la main d'un guerrier, dit un psaume récent, ainsi sont les fils de la jeunesse. Heureux l'homme qui en a rempli son carquois ! Ils ne seront pas confondus quand ils parleront avec les ennemis à la porte. » (3)
Mais ce n'est pas seulement en tant qu'aides dans le travail ou comme défenseurs contre les pillards que les fils étaient appréciés dans la famille Israélite. Le grand malheur pour un homme n'est pas tant de vivre sans enfants que de mourir sans fils. « Je m'en vais sans enfant », soupire Abraham. « Inscrivez-le comme un homme sans enfant », prononce Yahvéh contre Jéconia (4). Le « deuil sur un fils unique » est le plus amer de tous.
Et la raison pour laquelle le sort de l'Israélite sans descendant ou dont le fils meurt sans postérité est si lamentable, est clairement indiquée dans quelques passages : c'est qu'alors il n'a « plus de nom ni de reste sur la surface du sol » (5). La perpétuation du nom constitue pour le défunt une manière de survie ; le nom est, en effet « une sorte de double, d'efiigie, d'ombre » ; d'après la mentalité primitive, ce que l'on fait au nom d'une personne on le fait à la personne
(1) Sellin, Beitràge zur isr . iindjud. Rcliglonsgeschichte, II. 1 , p. 49. 50, (jiii cite de nombreux passages : GRi;>'iiiSEN, der Ahnenkultus, p. 218-220; L.-G. Lkvy, la Famille, p. '»!. 81. 82 ; cf.WETZSTEiN, dans Di'I.itzscii. Bibl. Commcntar ii.d. A. T., lob, p. 51'.). 520; Kx. 2, 16. 17, etc.
(2) (;en. 2'i, 00.
(3) Psaume 127, 4. 5.
(4) Gen. 15, 2 ; Jér. 22, 30.
(5) 2 Sam. 14, 7.