‹ Le culte des ancêtres dans l'antiquité HébraïqueChapitre 22 sur 46 · IMPORTANCE DU FILS · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DU FILS

même (1). Or, le nom de l'ancêtre est attaché à l'existence de ses descendants mâles qui s'appellent « un tel fils d'un tel ». « Par eux, dit Jacob de ses petits-fils, par eux mon nom sera appelé, ainsi que le nom de mes pères Abraham et Isaac. » (2)

Un monument, une yad, peut, à la rigueu}-, perpétuer le nom du défunt ; mais ce n'est qu'un expédient pour remplacer le fils manquant : « Ainsi dit Yahvéh aux eunuques qui garderont mes saljbats et s'attacheront à ce que j'aime... : je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un monument et un nom meilleur que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom éternel qui ne sera pas aboli. » (3)

Mais anciennement ce n'était pas seulement la satisfaction d'entendre parfois du fond de sa tombe prononcer son nom dans une généalogie qui faisait désirer à l'Israélite d'avoir des fils et des petits-fils ; il y trouvait un intérêt plus concret et plus immédiat. D'Absalom il nous est dit qu'il n'avait point de fils « pour rappeler, c'est-à-dire pour invoquer son nom » (4) : celui, au contraire, dont la descendance mâle se prolonge a une lampe à perpétuité dans sa ville (5). Ces façons de penser et de parler ne s'expliquent que si chez les anciens Israélites comme en Babylonie un culte était rendu régulièrement par le fils à ses ancêtres et s'il devait en particulier brûler la lampe en son honneur et invoquer son nom.

Et, de même, si la femme Israélite avait un si ardent

(1) E.-B. Tylor, Researches into thc Eaiiy Ilisiory of Mankiiul and the derelopment of cu'ilizatlon, 2° éd.. Londres, Murray, 1870. p. l'25-l.M , R. Andrkk, Etltnograp/iisc/ie Parallelen iiiid Vergleiche, Htultgixrt, Maier, 1878, p. 165-18i ; J.-G. Frazer, Le Rameau d'or, I, p. 330-378.

(2) Gen. 48, 16 ; 21, 12 ; Es. 48, 1 ; Nah. 1, 14 ; — 2 Rois 14, 27; Ex. 17, 14 ; Jos. 7, 9; — Es. 66, 22; Ps. 72, 17; 1 Sam. 24, 22, etc. Cf. Sellin, Beitrdge, II, 1, p. 50; L.-G. Lévy, la Famille, p. 112-117, qui ne veulent pas faire intervenir le culte des ancêtres. — Sur les croyances relatives au nom en Israël, comp. GiESEBREciiT, die alUestamentl. Schàtzuns; des Gottesnamens und ihie religionsgeschichtliche Grundlage, Konigsberg. Thomas, IDOl; dans le X. T., W. Heitmii-I.er. Im Samen Jesu, Eine sprach- und religionsgesch. l'niei stnchung zum y. T.. Inaugural-!) isserlation, Gôttingue, Huth, l'.t02; Jacob, Im y amen GoHes, Berlin, Calvary, 1903; — chez les Juifs, Blav, Altjiid. Zauberwesen, p. 117. 118. 121.

(3) Es. 56, 4. 5.

(4) 2 Sam. 18, 18. Voy. C, p. 201.

(5) 1 Rois 11,36, etc.. voyez C, p. 238-241.

désir d'avoir des fils, si c'était une honte pour une épouse que de n'en point mettre au monde, si la femme stérile donnait elle-même à son mari une concubine dont elle adoptait ensuite les enfants (1) ce n'était pas seulement parce que, en assurant une descendance à son mari, elle remplissait son devoir vis-à-vis de celui-ci et de son clan (2) ; elle y avait aussi un intérêt personnel direct. « Sept femmes en ce jour-là saisiront un seul homme en disant : Nous mangerons notre propre pain et nous fournirons nous-mêmes nos vêtements, mais fais-nous porter ton nom ! ôte notre opprobre ! » (3)

L'intérêt que la femme trouve à posséder un fils, c'est apparemment qu'elle aussi sera honorée par lui après sa mort. Peut-être voyait-on dans les chants par lesquels les filles d'Israël célébraient chaque année la fille de Jephté une sorte de compensation au culte qu'un fils ne devait jamais rendre à l'héroïne, puisqu'elle était morte vierge (4).

Le désir du clan de se perpétuer est sans doute un besoin primordial bien antérieur à la constitution de la famille patriarcale ; mais c'est sous l'influence du culte des ancêtres que ce désir avait, en Israël, revêtu la forme particulière qu'il a prise aussi en Chine, dans l'Inde, en Grèce. « La plus grande crainte du Chinois ordinaire, c'est qu'après sa mort il n'ait pas de fils qui lui rende le même culte, les mêmes honneurs que ceux qu'il a rendus lui-même à ses chers trépassés. » (5) Les Hindous déclarent nécessaire « d'avoir un fils légitime ou adoptif qui se chargera après leur mort de faire les sacrifices accoutumés » (6) En Grèce nous entendons Isée déclarer : « Il n'est personne qui, sachant qu'il doit mourir, puisse avoir assez peu souci de lui-même pour laisser sa famille sans descentlance; car alors il n'y aurait personne pour rendre aux morts les honneurs qui leur sont dus. » Les soldats de

(1) 1 Siim. 1, 6-2, 10; 2 S;nn. G, 23 ; Gen. 30, 1. 22. 23; Luc 1, 2.j ; etc.. — Gen. 16, 2; 30, 3-13.

(2) Gen. 19, 32. 3'i. SEi.i.iy, Btilnigc, II, 1, p. 50.

(3) Es. 'i, 1.

(4) Juges 11, 40.

(5) Albekt Rkvii.le, Histoire des rclifiions, III, La religion c/iinoisr, Paris, 1889, p. 187.

(6) Tylois, Cifi/. Pli/Il.^ II, ]). \')'i.

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